CAIRN.INFO : Matières à réflexion
linkThis article is available in English on Cairn International
figure im1

1Ce texte court est une exploration des manifestations de la « pensée partisane » aux marges de la science. La science répondant à une norme d’objectivité et l’objectivité étant incompatible avec l’esprit partisan, repérer la présence d’une pensée partisane en science revient à pointer une contradictio in adjecto. Par suite, les éléments partisans qui auront été identifiés devront être placés à la limite ou au-delà du domaine de la science. L’expression « pensée partisane » se trouvant dans le voisinage immédiat de l’idéologie, je rappellerai le sens de ces mots en indiquant sur quelle base on peut les distinguer. J’introduirai ensuite deux exemples – anthropocène et technique – qui me paraissent illustrer la pensée partisane dans le domaine des sciences et techniques. Par des voies très différentes, ces deux idées sont débitrices du contexte de la Guerre froide, ce qui n’est évidemment pas indifférent pour comprendre les mécanismes de leur formation et de leur diffusion.

Idéologie et pensée partisane

2L’idéologie a longtemps été un objet de prédilection de la sociologie de la connaissance – un peu moins aujourd’hui en raison de la présumée « fin des idéologies », une thèse inaugurée dans les années 1950 – en pleine Guerre froide – qui n’a pas à être examinée dans cet article [1].

3L’idéologie n’est pas un concept mais une notion [2], dont le sens varie selon les auteurs et les perspectives dans lesquelles ils sont engagés. Les sociologues classiques ont donné de l’idéologie des définitions plus ou moins précises – Karl Mannheim n’en donne aucune alors qu’Edward Shils fournit plusieurs traits de définition. La comparaison des approches classiques de l’idéologie (Marx et Engels [3], Mannheim [4], Gramsci [5], Shils [6], Rocher [7], Baechler [8], Bourdieu et Boltanski [9], Boudon [10]) permet de dégager les conditions qui font d’un agrégat d’idées données une idéologie :

c1.L’idéologie est un système d’idées organisé : « Système interdépendant de significations » (Mannheim) ; « système d’idées », « toute idéologie cherche à se présenter comme une science » (Gramsci) ; « caractère explicite de la formulation ; système intégré d’une morale ou de croyances données » (Shils) ; « l’idéologie est un système d’idées et de jugements, explicite et généralement organisé » (Rocher) ; « doctrine reposant sur une argumentation scientifique » (Boudon).
c2.L’idéologie a un caractère normatif-prescriptif : « Ensemble d’axiomes moraux fondé sur l’erreur » (Mannheim) ; « manifestation impérative d’une conduite » (Shils) ; « l’idéologie s’inspire largement de valeurs » (Rocher) ; « les idéologies combinent à dose variable des propositions prescriptives et des propositions descriptives » (Boudon).
c3.L’idéologie appelle le consentement : « Libérons-les des chimères, des idées, des dogmes, des êtres imaginaires sous le joug desquels ils s’étiolent. Révoltons-nous contre la domination de ces idées », « mystification » (Marx et Engels) ; « consensus demandé à ceux qui acceptent [une idéologie] » (Shils) ; « maintenir […] la croyance du groupe dans la nécessité et la légitimité de son action » (Bourdieu et Boltanski) ; « doctrine dotée d’une crédibilité excessive ou non fondée » (Boudon).
c4.L’idéologie vise sa propre réalisation : « Elles sont réellement incarnées dans la pratique » (Mannheim) ; « l’idéologie… instrument pratique d’organisation et d’action : d’organisation d’un parti, voire d’une internationale, et d’une ligne d’action pratique » (Gramsci) ; « association avec une personne morale destinée à réaliser un modèle de croyances » (Shils) ; « l’idéologie propose une orientation précise à l’action historique » (Rocher) ; « elle cherche à réaliser une valeur par l’exercice du pouvoir dans une société » (Baechler) ; « elle a pour fonction première d’orienter une action », « prophétie qui contribue à sa propre réalisation » (Bourdieu et Boltanski).
c5.L’idéologie légitime un rapport de domination : « Les pensées de la classe dominante sont aussi à toutes les époques, les pensées dominantes, autrement dit la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est aussi la puissance dominante spirituelle » (Marx et Engels) ; « l’idéologie […] instrument pratique de domination et d’hégémonie sociale » (Gramsci) ; « sa fonction générique d’auto-légitimation, i.e. de légitimation d’un mode de domination » (Bourdieu et Boltanski).
c6.Une fois démasquée, l’idéologie apparaît fausse : « Jusqu’à présent les hommes se sont toujours fait des idées fausses sur eux-mêmes », « charlatanerie philosophique », « presque toute l’idéologie se réduit ou bien à une conception fausse de l’histoire, ou bien à en faire totalement abstraction », « conscience fausse » (Marx et Engels) ; « s’écarte de la réalité », « états d’esprit idéologiques qui ne correspondent pas à la réalité » (Mannheim) ; « idées fausses », « théories douteuses » (Boudon).

4Ces conditions de définition n’ont pas la même importance. La condition c1 (système organisé) propulse l’idéologie dans l’environnement immédiat de la science. À cause de cela, il est plus difficile de démasquer une idéologie scientifique qu’une idéologie politique. La condition c2 (consentement) suggère d’expliquer comment naît et se diffuse le consentement social. La condition c6 (fausseté) est centrale pour le sujet, car elle identifie une idéologie par son écart au réel, et pose en retour la question de l’objectivité des descriptions et explications en science.

5Ainsi définie, l’idéologie entretient des rapports avec des formes de pensée apparentées, dont certaines ont déjà été distinguées.

6La religion remplit toutes les conditions de définition de l’idéologie sauf la condition c4. On a souvent dit que Marx considérait la religion comme une forme d’idéologie, ce qui n’est vrai que sous le point de vue de l’idéologie en général, c’est-à-dire des productions mentales qui intègrent la superstructure. La traduction force parfois l’inclusion, en rendant le membre « Die Moral, Religion, Metaphysik und sonstige Ideologie […] » par « La morale, la religion, la métaphysique et le reste de l’idéologie […] » [11]. Ailleurs, la religion et l’idéologie sont vues comme des formes distinctes, par exemple lorsqu’il est question des accusations portées contre le communisme « d’un point de vue, religieux, philosophique et idéologique ». La différence entre ces deux termes tient surtout au fait que la religion vise la transcendance et non l’organisation concrète de la société. En résumé, religion = (idéologie – c4).

7L’utopie a été distinguée par Mannheim. Dans le cas de l’idéologie, les individus restent « en deçà du temps présent » ; dans le cas de l’utopie, « ils ont dépassé ce temps ». Si l’on ramène cette différence à la définition conditionnelle précédente, on voit que l’utopie satisfait toutes les conditions sauf deux. Étant en dehors de l’espace et du temps, elle ne vise pas de réalisation concrète (c4) ; elle ne légitime pas de rapports de domination (c5). Par contraste, les idéologies comme le capitalisme ou le fordisme débouchent toujours sur les actions dans le monde concret. En résumé, utopie = (idéologie – c4 – c5).

8La théorie, que les auteurs anciens (de Gramsci à Althusser) assimilent à la science tout court, se rapproche de l’idéologie par son caractère de système organisé d’idées et l’adhésion qu’elle suscite. Mais on pourrait immédiatement ajouter que le type d’adhésion qu’elle suscite n’a que peu de rapport avec le consentement émotionnel que déclenchent certaines idéologies et certaines religions. La théorie se distingue fondamentalement de l’idéologie par son absence de caractère normatif-prescriptif, par le fait qu’elle ne vise pas son autoréalisation (cela n’est vrai que de la science appliquée), et surtout par son caractère vrai. En résumé, théorie = (idéologie – c2 – c4 – c6).

9La question se pose de savoir si le lexique courant qui vient d’être présenté est suffisant pour décrire la réalité, ou si de nouvelles formes para-idéologiques peuvent être identifiées.

10Je propose de nommer pensée partisane une pensée qui rencontre une forte adhésion au sein d’un groupe social déterminé, par laquelle ce groupe s’oppose à un groupe antagoniste, réel ou supposé, et dont le contenu-même est biaisé par cette opposition.

11La pensée partisane est voisine mais distincte de l’idéologie. Disons tout d’abord qu’il existe des exemples d’idéologie scientifique. La théorie des caractères acquis de Trofim D. Lyssenko ou la théorie cellulaire d’Olga B. Lepeshinskaja ont été des idéologies pseudoscientifiques, inspirées par les thèses soviétiques années 1930. La pensée partisane partage avec de telles idéologies le fait d’être un système d’idées organisé (c1) ; le caractère normatif-prescriptif (c2) ; l’adhésion (c3) ; et la fausseté (c6). Mais, à la différence de l’idéologie, la pensée partisane ne sert pas un plan d’action – ses détenteurs ne cherchent pas à la faire advenir par l’action politique (c4) ; et de ce fait, elle ne légitime pas un rapport de domination, sinon marginalement (c5). En résumé, pensée partisane = (idéologie – c4 – c5).

12La définition conditionnelle de la pensée partisane et de l’utopie étant les mêmes, il faut les distinguer. De façon lapidaire, cette différence tient au sens de la condition c4 : l’absence de dimension concrète de l’utopie résulte du fait qu’elle est tournée vers un futur indéfini ; celle de la pensée partisane, du fait qu’elle n’a pas de prise sur le monde réel qui constitue cependant sa référence. Elle peut, par exemple, être le résidu historique d’une opposition disparue.

13Ces définitions étant posées, je présenterai deux exemples de points de contact entre la science, normée par l’objectivité, et la pensée partisane, biaisée par définition.

Anthropocène [12]

14Le concept hypothétique d’Anthropocène désigne une nouvelle ère géologique dans laquelle l’homme serait devenu l’acteur principal des changements géologiques. Son début coïnciderait avec le début de l’ère industrielle. En raison de son rapport direct à la thématique du changement climatique (et indirect à l’économie verte), la notion a été abondamment médiatisée [13]. Le néologisme Anthropocène a été officiellement introduit par Paul Crutzen et Eugene Stoermer en 2000, même si Stoermer déclare avoir « commencé à employer le terme dans les années 1980 » [14].

15En retenant que le terme Anthropocène a été créé dans les années 1980 et popularisé en 2000, les promoteurs de la notion oublient un épisode important de sa formation.

16Le mot антропоген (Anthropogène, avec un g) a été utilisé en URSS à partir des années 1920 pour désigner ce que les Occidentaux nomment l’ère Quaternaire. Les géologues soviétiques décrivent eux-mêmes l’origine du concept. Rendant compte des travaux de la 2e Conférence internationale d’étude du Quaternaire qui s’est tenue à Leningrad en septembre 1932, Ivan M. Gubkin écrit :

17

« Certains auteurs (A. Pavlov, A. Zhirmunskij) suggèrent de changer le nom de cette époque et de donner au Quaternaire le nom d’Anthropogène [Pavlov] ou d’Anthropozoïque [Zhirmunskij], soulignant ainsi le rôle joué par l’homme comme facteur géologique modifiant. » [15]

18Le terme Anthropogène a été introduit par le géologue, stratigraphiste et paléontologue Aleksej P. Pavlov (1854-1929) dans une conférence prononcée devant l’Académie des Sciences le 29 décembre 1921 et intitulée : « Époques glaciaires et interglaciaires de l’Europe et leur rapport à l’histoire de l’homme fossile » [16]. Les expressions антропоген (Anthropogène) et антропогеновый период (période anthropogénique) ont été largement reprises par les géologues russes des décennies suivantes.

19Durant la Guerre froide, la littérature scientifique russe a été traduite en anglais à des fins de contrôle stratégique de l’information. Les articles de biologie et de géologie furent traduits par l’American Institute of Biological Sciences de Washington. La première occurrence du mot Anthropocene apparaît dans la traduction d’un article du biologiste Nikolaj N. Vorontsov (1934-2000) tiré des Doklady Akademii Nauk SSSR/Comptes Rendus de l’Académie des Sciences d’URSS en 1960. Voici le passage original et sa traduction :

20

« Темпы эволюции иожно-американских хомяков очень высоки—в течение плиоцена и антропогена здесь сформировались более 40 родов, причем ряд из них достиг уровня триб и подтриб. »
« The tempo of evolution in South American hamsters was very rapid – in the course of the Pliocene and Anthropocene 40 genera were formed here, at which time a series of them attained the level of tribe and subtribe. » [17]

21Anthropogène a été traduit Anthropocene à cause de la proximité des mots Pliocene et Holocene dans le texte, qui suggérait d’homogénéiser les suffixes -gène et -cène. C’est par cette voie qu’Anthropocene a fait sa première apparition dans une langue occidentale, l’anglais, en 1960.

22Le mot Anthropocene a ensuite été repris, entre 1960 et 1975, dans les publications suivantes : Bibliography of Agriculture, vol. 25, 1961, p. 4 ; International Geological Congress. Report of the Twenty-First Session, Norden, 1963, p. 309 ; Geochemistry International, vol. 3, 1966, p. 950 ; Doklady : Biological Sciences Sections, vol. 172, 1967, p. 62 ; Quarterly Review of Biology, vol. 43, 1968, p. 337 ; Radiocarbon, vol. 10, p. 464 ; Great Soviet Encyclopedia, vol. 6, 1975, p. 414 [18]. Le terme a probablement tiré un surcroît de popularité de l’existence de courants parallèles apparus à la même période, tels que l’anthropocentrisme écologique [19].

23On notera enfin que la série américaine des Doklady est conservée par l’Université du Michigan où professait Eugene Stoermer (cote QH301.A293).

24Résultat. Le mot Anthropocène n’a pas été inventé par Stoermer dans les années 1980 et popularisé par Stoermer et Crutzen en 2000. Ces auteurs ont promu une « notion nouvelle », en oubliant qu’elle avait été créée par Pavlov en 1921, avant d’être traduite dans plusieurs langues occidentales : l’anglais en 1960, le français en 1963.

25Entretenant une forme d’amnésie sur sa propre histoire, la notion partisane est apparentée au processus de l’« oblitération par incorporation » (OBI) dans l’histoire de la diffusion des connaissances, qu’ont étudié Robert K. Merton et Eugene Garfield. Les mécanismes de formation sont toutefois distincts. Le mécanisme de l’OBI désigne l’oblitération de la source d’une notion tombée dans l’usage courant : « Les émetteurs [transmitters] peuvent être tellement familiers des origines [d’une notion] qu’ils supposent par erreur que celles-ci sont connues de tout le monde. Préférant ne pas faire injure à la culture générale [knowledgeability] de leurs lecteurs, ils ne citent pas voire même ne réfèrent pas à la source originale. Et il s’avère que ces émetteurs innocents sont alors identifiés comme les auteurs de l’idée » [20]. L’oubli partisan de la notion d’Anthropocène résulte, quant à lui, plutôt de la réduction des échanges scientifiques entre les deux blocs durant la Guerre froide, et de l’opportunité qui s’offrait alors à l’Ouest de récupérer une notion créée par l’autre bloc.

Technique [21]

26Le mot technologie a deux sens principaux : la science des techniques, c’est-à-dire la description systématique des procédés industriels (sens 1 : Beckmann) ; l’application des connaissances scientifiques aux arts et métiers (sens 2 : Bigelow) [22]. La seconde acception est à l’origine du sens dominant aujourd’hui : « the practical application of knowledge » (Merriam-Webster’s Dictionary).

27Il est frappant de constater la forte réticence des historiens et philosophes français des années 1970-1980 à employer le mot « technologie », et leur préférence unanime du mot « techniques » :

28

Cellard : « Cet abus prétentieux et révélateur est aujourd’hui systématique […] quatre-vingt-quinze fois sur cent l’emploi de technologie, -gique n’est qu’un faux-sens emphatique et lourd. »
Guillerme : « Au regard de qui tient la polysémie pour une figure du Mal, technologie est à ranger entre les termes les plus exposés à une casuistique de la langue […] le destin sémantique de technologie peut être compris et expliqué comme l’effet d’un mode pervers de composition qui se résout dans la synonymie. »
Sigaut : « Mais qu’est-ce que la technologie ? […] De plus en plus, technologie est devenu une espèce de superlatif savant, ou pédant, de technique […] L’origine de cet abus est connue : c’est l’habitude prise, après la dernière guerre, de transposer en français le terme anglo-américain technology, dans l’ignorance du sens qu’il avait déjà dans notre langue. »
Séris : « Cellard, et bien d’autres, ont bien raison de dénoncer, dans quatre-vingt-quinze pour cent de ces emplois, “un faux-sens emphatique et lourd”, une transposition indue du terme anglo-américain technology, oublieuse du sens que le mot avait antérieurement dans notre langue. » [23]

29Cette réticence fut si forte, qu’à la création de l’ICOHTEC (International Cooperation in History of Technology Committee), le 27 août 1968, son premier secrétaire général, Maurice Daumas, traduisit le titre en changeant technology en technique (Comité pour la coopération internationale en histoire des techniques) [24]. Est-il vrai que le mot technologie est illégitime en français du fait : 1/ qu’il viendrait des États-Unis ; 2/ que cet anglicisme aurait contaminé le sens primitif du mot technologie en français : description systématique des techniques (sens 1) plutôt qu’application pratique des sciences (sens 2) ?

30L’enquête réserve des surprises. En effet, le sens 2, généralement attribué à Bigelow, est déjà en usage en France, au siècle des Lumières. Alors que le Dictionnaire Royal françois et anglois de 1702 d’Abel Boyer traduit encore Technology en précisant : « Technologies, Description des Arts Mechaniques », la version de 1768 se contente de l’équivalence : « Technology, f. technologie, f. » [25]. C’est un premier obstacle pour ceux qui maintiennent l’existence de deux sens distincts en français et en anglais, et un anglicisme contracté après la Seconde Guerre mondiale.

31Mais c’est surtout les doctrines révolutionnaires qui ont promu le sens 2. Inutile de s’appuyer sur le Dictionnaire technologique de Francœur (1822), où la technologie est un synonyme d’« application des Sciences aux Arts » [26]. Ce sens est suffisamment clair en l’an X de la République (1802), pour que la définition de Beckmann soit attaquée dans le compte rendu même de l’Anleitung zur Technologie : « La Technologie, d’ailleurs, n’étant point une science proprement dite, mais l’application des sciences, en général, aux besoins de la vie, nécessite une connoissance plus qu’élémentaire de ces sciences » [27].

32Quelques années plus tôt, le 8 vendémiaire de l’An III (1794), l’abbé Grégoire avait transmis un Rapport sur l’établissement d’un Conservatoire des Arts et Métiers dans lequel il insistait, entre autres choses, sur le fait qu’« il est essentiel de fixer et d’uniform[is] er la technologie » [28]. Cette mesure ne se comprend que rapportée à la situation d’Ancien Régime où proliféraient les savoirs corporatifs, souvent obscurs et variables d’une région à l’autre. Les corporations ayant été supprimées par la loi Le Chapelier de 1791, il restait à traduire en clair le vocabulaire technique, émancipé de la tutelle des corporations.

33Le Paris révolutionnaire fut aussi le lieu d’une transformation des structures d’enseignement. Les 20 et 21 avril 1792, Condorcet présente son Rapport sur l’organisation générale de l’instruction publique à l’Assemblée législative. Il prévoit la création d’une Société nationale divisée en quatre classes, dont la troisième s’appelle « Application des sciences aux arts ». Cet intérêt pour la technologie et les sciences appliquées se retrouve à petite échelle. Le Lycée des arts, créé par Desaudray en 1792, installé au cirque du Palais Égalité en avril 1793, demande à Jean-Henri Hassenfratz de faire le cours de technologie. On lit dans le Programme de l’An I : « Technologie. Description générale des Arts et Métiers. Examen des élémens des machines et leur application aux machines construites. Connaissances des détails et des procédés des manufactures. Par le citoyen Hassenfratz » [29]. Hassenfratz semble avoir doublé son cours, puisqu’on retrouve le même descriptif dans le programme d’une autre institution, le Lycée Républicain, émanation de l’ancien Musée de Pilâtre de Rozier [30]. Le cours de technologie de Hassenfratz ayant duré une dizaine d’années, il est possible de suivre l’évolution du cours à travers les programmes. L’An I de la République (1793), le syllabus associe sens 1 et sens 2 : « Technologie. Description générale des arts et métiers. Examen des élémens des machines & leur application aux machines construites. Connoissances des détails & des procédés des manufactures. Par Hassenfratz ». L’An IX (1800), le syllabus ne retient plus que le sens 2 : « Le C[itoyen] Hassenfratz enseignera la Technologie, ou application des sciences aux arts et métiers » (souligné par moi). Cette définition sera conservée après la refonte du Lycée en Athénée de Paris : on trouve dans le programme de l’An XIII (1804) : « Technologie, ou application des Sciences aux Arts et Métiers. M. Hassenfratz, Ingénieur des Mines » [31].

34Contrairement à l’opinion dominante dans les années 1970, le mot technologie n’a jamais eu en français le sens primitif exclusif de science ou description des techniques. Les documents attestent que, dès la fin du 18e siècle, la technologie fut comprise comme une application des sciences aux arts et métiers et, par extension, les arts et métiers tirant parti de la science. Le sens 2 de technologie n’est donc pas un emprunt : ce sens est attesté en français dix ans avant la publication du livre allemand de Beckmann, 60 ans avant la publication du livre américain de Bigelow.

35Résultat. Le rejet français du mot technologie, à cause de ses connotations américaines présumées, résulte d’une politique de non-alignement des chercheurs durant la Guerre froide, et en particulier des fondateurs de l’ICOHTEC (le Polonais Eugeniusz Olszewski, le Russe Semyon V. Shukhardin, l’Américain Melvin Kranzberg et le Français Maurice Daumas) au moment où l’organisation fut créée entre 1965 et 1968 [32]. L’historien des techniques Emmanuel Griset indique que, pour Maurice Daumas, « Le terme de “technique” […] était délibérément choisi et revêtu d’une signification personnelle. Sur le plan philosophique, Daumas préférait parler de l’évolution historique des techniques, plutôt que de la technologie, parce que c’est en se servant des techniques que les hommes fabriquent, manipulent et cultivent, alors que le terme technologie est un néologisme qui, au sens propre, désigne la connaissance des techniques et non les techniques elles-mêmes. » [33] La technique et la technologie relevant respectivement des infrastructures et des superstructures [34], le choix du mot technique traduit donc le souci de Daumas d’éviter que l’histoire des techniques ne s’écrive par le haut, du point de vue des dominants, incarnés alors par les États-Unis. Évidemment, le fait que le mot technologie ait été employé en France bien avant qu’il ne soit introduit aux États-Unis ruine cette argumentation, pur produit de la pensée partisane tributaire du contexte de la Guerre froide.

Conclusion

36Les deux cas que nous venons de passer en revue montrent l’intérêt qu’il y a à distinguer, parmi les formes para-idéologiques, le cas de la pensée partisane. Si l’on ne pose pas ce concept, Anthropocène et Technique n’étant ni des idéologies, ni des religions, ni des utopies, ni des théories, ces idées peuvent tout au plus susciter un malaise, mais ce malaise reste indéfini : appelons un chat, un chat. Le concept de pensée partisane permet de débusquer, au sein même de la science qui vise l’objectivité, des notions auxquelles il revient d’attribuer leur place exacte, c’est-à-dire à la limite ou au-delà de la science. Il va sans dire que la simple imprécision d’une notion ne permet pas de porter un tel diagnostic. Cet examen mériterait d’être prolongé sur des notions qui peuvent, à première vue, relever de la même catégorie, par exemple la « science post-normale » de Silvio Funtowicz et Jerome Ravetz [35] ou le « mode 2 » des promoteurs du modèle de la « New Production of Knowledge » [36]. Toutefois, sans examen approfondi, rien ne permet de dire si ces idées relèvent de l’idéologie ou de la pensée partisane [37].

Notes

  • [1]
    Raymond Aron, L’opium des intellectuels, Paris, Calmann-Lévy, 1955 ; Daniel Bell, The End of Ideology. On the Exhaustion of Political Ideas in the Fifties, Glencoe, The Free Press, 1960 (trad. fr. La fin de l’idéologie, Paris, Presses universitaires de France, 1997). L’idée d’une fin des idéologies a été diversement accueillie. Les marxistes ont souvent déclaré que cette idée, marquée au coin de la pensée néo-conservatrice, constituait elle-même une idéologie, Henri Lefebvre, La fin de l’histoire, Paris, Éditions de Minuit, 1970. Depuis, la critique a été développée sur le plan empirique. Certains ont montré que, si les idéologies historiques comme le marxisme ne font plus recette aujourd’hui, d’autres, comme le féminisme ou l’écologisme, ont pris le relais. La fin des idéologies a fait l’objet d’études expérimentales en psychologie : John T. Jost, « The End of the End of Ideology », American Psychologist, vol. 61, no 7, 2006, p. 651-670 ; John T. Jost, Alison Ledgerwood, Curtis D. Hardin, « Shared Reality, System Justification, and the Relational Basis of Ideological Beliefs », Social and Personality Psychology Compass, vol. 1, 2007, p. 171-186. Les auteurs d’une enquête de terrain déclarent par exemple : « Ce pronostic de la mort des idéologies n’aura été, comme il nous est permis de voir avec un demi-siècle de recul, qu’une simple illusion », Danic Parenteau et Ian Parenteau, Les idéologies politiques, Québec, Presses de l’Université du Québec, 2008, p. 3.
  • [2]
    Sur la différence entre concept et notion, et les moyens de clarifier les notions floues, voir par exemple Dominique Raynaud, « Inside the Ghetto. Using a Table of Contingency and Cladistic Methods for Definitional Purposes », Bulletin de Méthodologie Sociologique, no 133, 2017, p. 5-28.
  • [3]
    Karl Marx et Friedrich Engels, Die deutsche Ideologie (1846), Werke, Berlin, Dietz Verlag, 1969, vol. 3, p. 5-530, trad. fr. L’Idéologie allemande, Paris, Éditions sociales, 1952.
  • [4]
    Karl Mannheim, Ideologie und Utopie, Bonn, F. Cohen, 1929 ; trad. am. Ideology and Utopia, An Introduction to the Sociology of Knowledge, New York, Harcourt, Brace and Co., 1954 ; trad. fr. Idéologie et utopie, Paris, Éditions de la MSH, 2006.
  • [5]
    Antonio Gramsci, Quaderni del carcere, Torino, Einaudi, 1975, trad. fr. Cahiers de prison, Paris, Gallimard, 1978. Voir aussi Lettere dal carcere. 1926-1937, Torino, Einaudi, 1947, spécialement lettre 264 du 9 mai 1932.
  • [6]
    Edward Shils, « The Concept and Function of Ideology », International Encyclopedia of the Social Sciences, New York, Macmillan/The Free Press, 1968, vol. 7, p. 66-75.
  • [7]
    Guy Rocher, « Culture, civilisation, idéologie », in Introduction à la sociologie générale : 1. L’Action sociale, Paris, Seuil, 1970.
  • [8]
    Jean Baechler, Qu’est-ce que l’idéologie ?, Paris, Gallimard, 1976.
  • [9]
    Pierre Bourdieu et Luc Boltanski, « La production de l’idéologie dominante », Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 2, no 2-3, 1976, p. 3-73.
  • [10]
    Raymond Boudon, L’idéologie ou l’origine des idées reçues, Paris, Fayard, 1986.
  • [11]
    Karl Marx et Friedrich Engels, Die deutsche Ideologie, op. cit., p. 26, trad. fr. L’Idéologie allemande, p. 36.
  • [12]
    La méthode d’enquête utilisée dans cet article consiste à identifier la période d’emploi d’un terme sur Ngram, puis à déterminer les premières occurrences en basculant la recherche sur GoogleBooks et d’autres bases de textes numérisés. La méthode, ses biais et ses correctifs sont discutés dans Dominique Raynaud, Qu’est-ce que la technologie ? Paris, Éditions matériologiques, 2016, p. 276. La recherche sur l’histoire du mot anthropocène que je présente ici a été réalisée à la demande de Lionel Scotto d’Apollonia, qui fait une étude parallèle de la notion centrée sur les acteurs. Mes premiers résultats ont été présentés par Scotto d’Apollonia dans « L’épistémologie “molle” de l’Anthropocène », Sixième journée Épistémologie de l’Université de Montpellier, Montpellier, 30-31 mai 2017.
  • [13]
    La notion est utilisée dans les sciences de la terre : Paul J. Crutzen et Eugene F. Stoermer, « The Anthropocene », IGBP Newsletter, no 41, 2000, p. 17-18 ; Paul J. Crutzen, « Geology of mankind », Nature, vol. 415, 2002, p. 23 ; William Steffen, Jacques Grinevald, Paul J. Crutzen et John McNeill, « The Anthropocene : conceptual and historical perspectives », Philosophical Transactions of The Royal Society A, vol. 369, 2011, p. 842-867 ; en philosophie et histoire des sciences : Jacques Grinevald, « Le concept d’Anthropocène et son contexte historique et scientifique », Entropia, vol. 12, 2012, p. 22-38 ; Christophe Bonneuil et Jean-Baptiste Fressoz, L’Événement Anthropocène, Paris, Seuil, 2013 ; en sociologie : Bruno Latour, Face à Gaïa, Paris, La Découverte, 2015 ; en géographie : Simon L. Lewis et Marc A. Maslin, « Defining the Anthropocene », Nature, vol. 519, 2015, p. 171-180 ; en littérature : Jeremy Davies, The Birth of Anthropocene, Berkeley, University of California Press, 2016, etc.
  • [14]
    « The concept of Anthropocene, proposed by one of us [Crutzen] about a decade ago […] », « I [Stoermer] began using the term anthropocene in the 1980s. […] ». William Steffen, Jacques Grinevald, Paul J. Crutzen et John McNeill, The Anthropocene, op. cit., p. 843.
  • [15]
    « В связи с этим некоторые авторы (А. Павлов, А. Жирмунский) предлагают даже изменить название этой эры и дать четвертичному периоду наименование антропогена или антропозоя, подчеркивая этим ту роль, которую играл в ней человек в качестве геологического фактора », И.M. Губкин, Основные задачи изучения четвертичных отложений, Социалистическая реконструкция и наука, Вып. 7, 1932, стр. 9-41, стр. 38.
  • [16]
    А.П. Павлов, Ледниковые и межледниковые эпохи Европы в связи с историей ископаемого человека/« Époques glaciaires et interglaciaires d’Europe et leur rapport à l’histoire de l’homme fossile », Бюллетень Московского общества испытателей природы. Отдел геологический, Bulletin de la Société des Naturalistes de Moscou. Section géologique, vol. 31, 1922, p. 23-81 ; repris dans А.П. Павлов, Геологическая история европейских земель и морей в связи с историей ископаемого человека. Москва-Ленинград, Изд-во АН СССР, 1936, стр. 317.
  • [17]
    Н.Н. Воронцов, Темпы эволюции хомяков (Cricetinae) и некоторые факторы, определяющие ее скорость, Доклады Академии наук СССР, Т. 133, no 8, 1960, стр. 980-983 ; transl. Nikolaj N. Vorontsov, « Tempo of evolution in Hamsters (Cricetinae) and some factors determining its rate », Doklady : Biological Sciences Sections, vol. 133, no 8, 1960, p. 641.
  • [18]
    Nous laissons de côté l’occurrence Field Trip Resumes. English Translations. Translated and Published by the American Geological Institute Cooperating with the Comite Ejecutivo, 20e Congreso Geológico Internacional, Mexico et Washington, American Geological Institute, 1956, p. 34, qui pourrait être un faux positif.
  • [19]
    Héritage du finalisme mystique de Teillard de Chardin, l’anthropocentrisme a été défendu par William Murdy, « Anthropocentrism : A Modern Version », Science, vol. 187, 1975, p. 1168-1172, comme solution aux problèmes environnementaux : « l’anthropocentrisme est proposé à l’humanité comme un point de vue valide et nécessaire à adopter, en considération de sa place dans la nature ». Les problèmes que posent cette conception, qui partage un axiome commun avec la notion d’anthropocène, sont les suivants : 1/ Entretenant un rapport avec le finalisme, quel est le statut épistémologique de cette théorie ? 2/ Sachant que le progrès des connaissances a souvent procédé d’un rejet des conceptions anthropocentriques, comment cette théorie répond-elle à la notion de progrès scientifique ?En ligne
  • [20]
    Robert K. Merton, On the Shoulders of Giants : A Shandean Perspective, Chicago, The University of Chicago Press, 1965, p. 218 ; voir aussi Eugene Garfield, « The Obliteration Phenomenon », Current Contents, no 51-52, 1975, p. 5-7.
  • [21]
    Cette section sur les techniques est un complément à Qu’est-ce que la technologie ? op. cit.
  • [22]
    Johann Beckmann, Anleitung zur Technologie, Göttingen, Vandenhoeck, 1777 ; Jacob Bigelow, Elements of Technology, Taken Chiefly from a Course of Lectures… on the Application of the Sciences to the Useful Arts, Boston, Hilliard, Gray, Little, and Wilkins, 1829. Le livre de Bigelow est tiré de cours donnés entre 1816 et 1827.
  • [23]
    Jacques Cellard, « Langage », Le Monde, 23 mars 1980, p. xviii ; Jacques Guillerme, « Les liens du sens dans l’histoire de la technologie », Cahiers STS, vol. 2, « De la technique à la technologie », 1984, p. 23-29, cit. p. 23 ; François Sigaut, « Haudricourt et la technologie », André-Georges Haudricourt, La technologie, science humaine. Recherches d’histoire et d’ethnologie des techniques, Paris, Éditions de la MSH, 1988, p. 9-32, cit. p. 9 ; Jean-Pierre Séris, La technique, Paris, Presses universitaires de France, 1994, p. 3.
  • [24]
    Mirko D. Grmek, « 12e Congrès international d’Histoire des sciences, Paris, 26-31 août 1968 », Revue d’histoire des sciences et de leurs applications, vol. 21, no 4, 1968, p. 351-355, cit. p. 354. C’est le titre retenu dans les actes du premier colloque de l’ICOHTEC : René Taton et Maurice Daumas, Comité pour la coopération internationale en histoire des techniques, L’acquisition des techniques par les pays non-initiateurs (Pont-à-Mousson, 28 juin-7 juillet 1970), Paris, Éd. du CNRS, 1973.
  • [25]
    Abel Boyer, Dictionnaire Royal, françois et anglois, La Haye, Meyndert Uytwerf, 1702, tau-tec ; Lyon, J.M. Bruyset, 1768, tas-tee.
  • [26]
    Louis-Benjamin Francœur, François-Emmanuel Molard, Louis-Sébastien Le Normand, Anselme Payen, Jean-Baptiste Thomine, Dictionnaire technologique, Paris, Thomine et Fortic, 1822, vol. 1, p. xxvij.
  • [27]
    « Annonces », Bulletin de la Société d’Encouragement pour l’Industrie Nationale, vol. 9, 1802, p. 79-80, cit. p. 80.
  • [28]
    Henri Grégoire, Rapport sur l’établissement d’un Conservatoire des Arts et Métiers par Grégoire, séance du 8 vendémiaire, l’an 3 de la République une et indivisible. Paris, Imprimerie Nationale, an III (1794), p. 11.
  • [29]
    « Lycée des Arts », Magasin encyclopédique, vol. 52, 1793, p. 409-415, cit. p. 414.
  • [30]
    L’histoire de ces institutions est assez compliquée. L’établissement de la rue Valois a porté tour à tour le nom de Musée ou Musée de Monsieur (1781-1785), Lycée (1785-1793), Lycée républicain (1793-1802), Athénée républicain, ou Athénée de Paris (1802-1814) enfin Athénée Royal après la Restauration (1814-1848). Le Lycée des Arts (1792-1802), transformé en Athénée des arts de Paris (1802-1866), était un établissement distinct. Après l’incendie de 1799, il quittera le cirque du Palais Égalité pour l’Oratoire. La remarquable biographie d’Hassenfratz ne distingue suffisamment les deux établissements : Emmanuel Grison, L’étonnant parcours du républicain J. H. Hassenfratz (1755-1827), Paris, Presse de l’École des Mines, 1996, p. 178-182.
  • [31]
    « Lycée », Journal encyclopédique ou universel, vol. 3, 10 Avril 1793, p. 251-264, cit. p. 264 ; « Lycée républicain », Magasin encyclopédique, vol. 4, 1800, p. 97-104, cit. p. 100 ; « Athénée de Paris », La Décade philosophique, littéraire et politique, vol. 12, 1804, p. 185-187, cit. p. 186.
  • [32]
    Kranzberg évoque le contexte de cette création : « 1968, c’est-à-dire l’année de la “naissance officielle” de l’ICOHTEC, et celle également du Printemps de Prague, fut une période d’apogée de la Guerre froide – où la température d’ambiance était à son plus bas, compte tenu du climat glacial qui régnait entre les nations occidentales et le bloc de l’Europe de l’Est, alors dominé par l’Union soviétique. […] Ainsi, des objectifs économiques contradictoires, des rivalités politiques et des idéologies sociales antagonistes pourraient réduire les avantages potentiels de la technologie pour l’humanité. » Melvin Kranzberg, « ICOHTEC : Some Informal Personal Reminiscences », Graham Hollister-Short et Frank James (eds.), History of Technology, Bloomsbury, Mansell Publishing, 1994, p. 139.
  • [33]
    Emmanuel Griset, Postface à Maurice Daumas, Arago, 1786-1853. La jeunesse de la science, Paris, Belin, 1987, p. 282.
  • [34]
    Les textes de Daumas contiennent d’autres marques de l’héritage marxiste. « Cent hommes étudiant un même problème en même temps obtiennent des résultats de beaucoup plus importants qu’un homme seul se consacrant au même travail pendant un temps cent fois plus long » (Maurice Daumas, Histoire générale des techniques, Paris, Presses universitaires de France, 1962, tome 1, p. x) est un décalque de « Douze maçons […] simultanément occupés aux différents côtés d’une bâtisse, avancent l’œuvre beaucoup plus rapidement que ne le ferait un seul maçon en douze jours. » (Karl Marx, Le Capital, Paris, Lachatre, 1875, vol. 1, p. 142).
  • [35]
    Silvio O. Funtowicz et Jerome Ravetz, « Science for the Post-normal Age », Futures, vol. 25, no 7, 1993, p. 739-755 ; PNS 3 Symposium Post-Truth and a Crisis of Truth ? Perspectives from Post-Normal Science and Extended Citizen Participation (Tübingen, 25-26 September 2017).
  • [36]
    Helga Nowotny, Peter Scott et Michael Gibbons, Re-Thinking Science : Knowledge and the Public in an Age of Uncertainty, Cambridge, Polity Press, 2001 ; trad. de Georges Ferné, Repenser la science. Savoir et société à l’ère de l’incertitude, Paris, Belin, 2003.
  • [37]
    La science post-normale ne répond pas à la condition c4 lorsqu’elle déclare « fournir une réponse aux tendances actuelles de la post-modernité » mais remplit cette condition quand elle propose de prendre des « décisions urgentes à partir de faits incertains », ce qui l’inscrit, de fait, dans un plan l’action.
Dominique Raynaud
Université Grenoble Alpes
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 13/02/2018
https://doi.org/10.3917/zil.003.0261
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Éditions du Croquant © Éditions du Croquant. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...