CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Le problème de l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle est à la fois un objet de recherche et un enjeu politique de premier ordre, que ce soit au plan européen, dans le cadre des politiques d’égalité entre femmes et hommes (Stratigaki, 2000), ou dans certains États membres de l’Union. Cette problématique est également présente en France, mais de manière bien différente, comparée aux pays scandinaves. Pourtant, comme dans ces pays, on assiste à une importante progression du nombre des couples bi-actifs, c’est-à-dire ceux dont les deux membres du couple travaillent, le plus souvent à temps plein. En France actuellement, on estime que ces couples représentent 65 % des couples avec enfants. La forte implication des femmes sur le marché du travail, combinée à un niveau de fécondité parmi les plus élevés d’Europe actuellement [1], rend difficile l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle. Néanmoins, contrairement aux pays scandinaves, le débat politique français se limite à poser ce problème pour les mères de jeunes enfants. Il n’est donc jamais ou très rarement question des pères, tant il semble aller de soi que la division des rôles des sexes en matière de socialisation du petit enfant les dispense de ce rôle. Le modèle de M. Gagnepain a encore de beaux jours devant lui dans l’hexagone [2].

2Mais ce qui est tout aussi remarquable, c’est que cette thématique est à peu près exclusivement réservée aux ménages avec enfants. Pourtant cette question se pose aussi avec une très grande acuité pour les femmes qui travaillent et doivent s’occuper d’un parent ou d’un beau-parent âgé devenu dépendant. Certes, il ne s’agit pas de la même génération de femmes. Il est cette fois question de celles que l’on qualifie de génération-pivot ou de génération du milieu (les 50-65 ans), pour signifier qu’elle a souvent à faire face à une double pression générationnelle ou à un double front de soutien. Cette génération doit en effet à la fois soutenir des enfants, devenus jeunes adultes, qui continuent bien souvent de cohabiter avec elle, mais aussi des parents et beauxparents, qui en avançant en âge sont de plus en plus souvent confrontés à la maladie chronique, au handicap, aux incapacités, dépendant en cela de l’aide quotidienne d’un tiers pour nombre d’actes de la vie courante. On peut même pour cette génération parler d’un triple front, puisqu’à ces tâches de soutien et d’aide s’ajoute pour beaucoup une activité professionnelle à temps plein.

3Si l’on compare en France les réponses des pouvoirs publics en direction de ces deux générations d’adultes actifs (ceux qui s’occupent de jeune(s) enfant(s) et ceux qui s’occupent d’un ou de plusieurs parents âgés dépendants), pour leur permettre d’articuler travail de caring et activité professionnelle, il est clair que l’investissement en direction de la petite enfance est incomparablement plus important que celui en direction des personnes âgées dépendantes. Pour la petite enfance, cette offre comprend une palette considérable de solutions allant des congés parentaux rémunérés (sur une base forfaitaire et réduite) à une offre de services dont le coût est partiellement couvert par des prestations sociales (assistantes maternelles, crèches collectives, garde à domicile), sans compter le rôle central que joue l’école maternelle.

4Pour les adultes qui prennent en charge un parent âgé, l’offre est beaucoup plus réduite : pas d’équivalent du congé parental et peu d’offres de service. Depuis 1997, outre la prise en charge des soins médicaux et paramédicaux par l’assurance maladie, la principale réponse réside dans le versement d’une prestation sociale : la prestation spécifique dépendance (mise en œuvre de janvier 1997 à décembre 2001), puis (depuis janvier 2002) l’allocation personnalisée à l’autonomie (APA). Cette dernière prestation attribuée aux personnes âgées (et non aux carers) permet de contribuer à payer ces services, avec un principe de copaiement (ticket modérateur) variable en fonction des ressources de la personne âgée. Dans certains cas, cette prestation peut également être utilisée pour rémunérer un membre de la famille (à l’exception du conjoint) qui apporte ce soutien (Kerjosse, 2004 ; Martin, 2003 ; Kerjosse, 2004 ; Perben, 2006).

5La réponse française aux besoins de « conciliation » des carers de parents âgés dépendants est donc modeste. Mais cette question émerge peu à peu comme une priorité dans la mesure où, même avec le dispositif APA, qui se présente déjà comme une avancée importante, l’essentiel du travail d’aide quotidienne est assurée par des membres de la famille : des épouses tout d’abord, qui s’occupent de leur mari devenu dépendant, mais aussi des filles et des belles-filles. Leur présence sur le marché du travail et donc leur moindre disponibilité pour ces tâches de soins pose aux décideurs politiques un problème croissant [3].

6On peut imaginer plusieurs types de solution pour faciliter cette articulation : la sortie du marché du travail, soit une sortie partielle avec le recours au travail à temps partiel, soit une sortie définitive (retraite anticipée). On peut aussi, comme dans le cas de la petite enfance, envisager un congé parental, rémunéré ou non. Reste à savoir si une telle solution correspond aux attentes des femmes placées dans cette situation. L’enquête que nous avons menée permet de donner des éléments de réponse à de telles hypothèses de travail (Le Bihan et Martin, à paraître en 2007). L’objectif de la recherche dont nous rendons compte ici est justement d’analyser en détail la situation de femmes dans cet état de forte pression du fait, à la fois d’une activité professionnelle à plein-temps et de la prise en charge quotidienne d’un parent ou d’un beau-parent âgé dépendant. En adoptant leur point de vue, nous verrons comment ces femmes organisent cette prise en charge, et surtout, nous tenterons de comprendre son impact sur leur vie personnelle et professionnelle.

Les conséquences de la fonction d’aidante principale : éléments de cadrage

7Pour appréhender les conséquences de la prise en charge d’un parent âgé dépendant sur la vie personnelle et professionnelle des carers, nous disposons en France d’une seule source de données quantitatives : l’enquête « Handicapincapacités-dépendance » menée par l’Insee en 1999 [4]. 1516 femmes aidantes ont été identifiées dans l’échantillon de l’enquête hid[5]. Sur ces 1 516 femmes intervenant auprès d’une personne âgée, nous avons sélectionné les 600 filles et belles-filles de l’échantillon hid[6]. NOUS avons en effet décidé d’écarter le cas des conjointes puisqu’il s’agit de femmes plus âgées, presque toutes sorties du marché du travail [7]. Parmi les 600 filles et belles-filles, nous avons sélectionné les 250 qui exerçaient une activité professionnelle. Sur ces 250 femmes qui ont une activité professionnelle, seulement 38, c’est-à-dire 15 % ont aménagé leur activité professionnelle en raison de leur rôle d’aidante. Ces aménagements sont principalement de deux ordres : des changements d’horaires de travail et une réduction de ces horaires. Le niveau de dépendance ne semble guère déterminant.

8L’enquête hid fournit des informations concernant les conséquences de cette fonction d’aide sur les loisirs (vacances, sorties le jour, sorties le soir), sur la vie privée (relations avec le conjoint, relations avec les amis) et sur le bien-être individuel (physique et moral). Concernant les loisirs, seulement 15,5 % des femmes indiquent que le rôle d’aidant a modifié leur façon d’organiser leurs sorties, que ce soit dans la journée ou le soir. Pour les autres, soit il n’y a eu aucun changement, soit celui-ci est minime. En revanche, l’organisation de courts séjours de vacances a imposé des changements plus ou moins importants pour 53 % des femmes aidantes interrogées. Le principal problème semble alors être de trouver un « remplaçant » pour assurer la prise en charge pendant la période d’absence.

9Le rôle d’aidant n’a, semble-t-il, pas bouleversé non plus la sociabilité de ces femmes. Une large majorité considère que ce rôle n’a pas eu d’impact sur leurs relations amicales (70 %) ou que les changements ont été minimes (15 %) et seulement 10 % des femmes disent qu’elles ont l’impression de perdre le contact avec leur réseau d’amis. Ce rôle n’a guère plus d’impact sur les relations conjugales. La plupart des femmes estiment que cela n’a rien changé dans leur relation avec leur partenaire (87 %) ; certaines estiment même que cela les a rapprochées d’eux (4 %). Dix femmes seulement (5 %) considèrent qu’elles manquent désormais de moments d’intimité, voire que les relations conjugales sont plus tendues (3 %). Le rôle d’aidante peut avoir des conséquences à la fois négatives et positives en termes de bien-être physique et moral : une femme interrogée sur trois souligne les conséquences négatives du rôle d’aidante, 38 % les conséquences positives. On peut ainsi mentionner les 60 femmes (24 %) qui disent que leurs nuits de sommeil sont perturbées par ce rôle d’aidante. Les principaux problèmes évoqués sont : la « fatigue morale, l’anxiété, le stress et l’état dépressif », la « fatigue physique et le surmenage ». A contrario, certaines femmes aidantes estiment que ce rôle leur a permis « d’acquérir davantage de force de caractère, de patience et de tolérance » et leur donne « un sentiment de satisfaction ».

10À la lumière de ces données, il semble que globalement le travail d’aidante n’ait guère d’impact, que ce soit sur la vie professionnelle ou sur la vie familiale et relationnelle [8]. On peut cependant se demander si une procédure par enquête quantitative avec des questions fermées est bien la meilleure méthode pour prendre la mesure de ces effets. Manifestement, pour aller plus loin, seule une enquête qualitative en profondeur auprès d’un nombre limité mais raisonné de cas, peut donner des résultats.

Prendre le point de vue des aidantes au sérieux

11Confrontée à la dépendance de son parent, la famille se mobilise afin de trouver une solution adaptée aux besoins de la personne âgée. Plusieurs variables doivent être prises en compte : le niveau de dépendance de la personne âgée, le nombre de frères et sœurs, la distance géographique entre les différents membres de la famille, la disponibilité de chacun (en fonction de leur engagement professionnel et de leur propre charge familiale). Dans la constitution de l’échantillon de notre enquête, nous avons tenté de tenir compte de ces diverses variables.

12Les femmes enquêtées ont entre 30 et 60 ans et vivent pour la plupart en couple – deux d’entre elles sont divorcées (Sylvia et Céline) et l’une est célibataire (Sylvie). Leurs activités professionnelles sont variées (tableau 1 page suivante) : demandeuses d’emploi, employées et cadres du secteur public, mais aussi du secteur privé. Si l’on exclut les femmes en recherche d’emploi et les femmes occupant une fonction d’aide à domicile, sept femmes travaillent dans le secteur public et treize dans le secteur privé. Aucune femme appartenant aux professions supérieures n’a été rencontrée, sachant que dans leur cas, la « conciliation » est souvent facilitée par l’importance de leurs ressources économiques.

Tableau 1

Catégories socioprofessionnelles des femmes enquêtées

Tableau 1
Au chômage/inactives Employées/ouvrières * Professions intermédiaires - Mireille (au chômage) - Céline (employée de mairie) - Josiane (institutrice) - Sylvie (au chômage) - Luce (secrétaire médicale) - Yvette (chef comptable) - Claudia (sans profession) - Régine (assistante maternelle) - Nadine (profession indépendante) - Marie Thé (assistante maternelle et aide à domicile) - Mélanie (psychologue) - Jocelyne (secrétaire) - Claude (infirmière) - Janine (employée de maison) - Sophie (secteur associatif) - Thérésa (aide à domicile, agricultrice) - Marianne (cadre) - Marie (secrétaire) Aude (institutrice et directrice d’école) - Marylène (fonctionnaire) - Josette (chef comptable) - Sylvia (aide à domicile) - Minna (institutrice) - Hélène (secrétaire) - Colette (assistante en ressources humaines) - Béatrice (professionnelle de santé) * Nous mettons dans cette deuxième catégorie des femmes qui travaillent en tant qu’aide à domicile auprès de leur mère et peuvent donc d’une certaine façon être mises aussi dans la catégorie 1.

Catégories socioprofessionnelles des femmes enquêtées

13L’échantillon se compose de vingt-six aidantes familiales dont certaines s’occupent de leur(s) parent(s) mais aussi de leurs beaux-parents, ce qui multiplie les configurations d’aide étudiées (nous en avons identifié 37). La plupart des aidantes interrogées habitent à proximité des personnes âgées dont elles prennent soin. Ainsi, seulement quatre d’entre elles résident à plus de 50 km de la personne aidée. Cinq sont dans un rayon de 2 à 15 km ; quatorze habitent la même ville et six vivent sous le même toit que le parent dont elles ont la charge.

14Plusieurs possibilités s’offrent à la famille pour organiser la prise en charge d’un parent âgé dépendant : le maintien à domicile, le placement en institution, la co-résidence. Quelle que soit l’option choisie, la prise en charge nécessite une organisation mobilisant à la fois les membres de la famille en tant qu’aidants familiaux et les professionnels du secteur médical et social (aides à domicile, infirmières, aides soignantes). La notion d’arrangement permet de qualifier cette organisation. Si la famille reste le pivot du soutien aux parents âgés dépendants, elle peut avoir recours à des aides professionnelles financées partiellement par les pouvoirs publics. Aucun de ces arrangements n’est exclusivement professionnel. L’aidante familiale est toujours présente, même lorsque la personne âgée réside en institution. À l’inverse, l’aidante n’est jamais seule pour assumer les tâches de soins, elle est épaulée par des proches ou par un tiers professionnel. On peut distinguer trois types d’arrangement : ceux à dominante familiale /informelle (la dépendance est alors gérée essentiellement par les proches) ; ceux à dominante formelle (le placement en institution ou la présence de professionnels de l’aide à domicile plusieurs heures par jour) et enfin les arrangements mixtes, combinant les deux types d’aide.

15La nature de l’aide apportée varie : de la visite régulière afin de s’assurer que tout va bien (s’occuper des démarches administratives, soutenir moralement son parent, ou tout simplement passer un moment avec lui), à une visite quotidienne qui peut aller jusqu’à un investissement en tant que « soignante » afin d’aider son parent dans l’accomplissement des actes de la vie de tous les jours (se lever, se laver, s’habiller, manger…). Quelle que soit la configuration d’aide, l’aidante est confrontée à une succession de problèmes auxquels elle doit apporter des solutions. Toutes sont amenées à prendre des décisions et à faire des choix : réorganiser la prise en charge suite à un problème de santé, résoudre une question administrative, trouver une aide ménagère, mobiliser le voisinage, convaincre son parent d’opter pour telle ou telle solution. Dans tous les cas, les femmes aidantes sont les maîtres d’œuvre de « l’arrangement de soin » : elles en définissent les modalités, seules ou en famille, et en surveillent le bon déroulement quotidien. Prendre soin d’un parent dépendant ne se limite donc pas à une présence régulière. L’aidante doit aussi assumer la charge mentale induite par l’organisation de l’arrangement. Cette charge mentale peut être aussi lourde pour l’aidante que la charge effective que représente par exemple l’accueil de son parent chez soi.

Les conséquences du rôle d’aidante sur la vie professionnelle et personnelle

16Les femmes interrogées donnent de leur temps pour assumer ce rôle d’aidante, mais quel que soit le niveau de pression qu’elles subissent ou l’importance de l’engagement en tant qu’aidante informelle, toutes cherchent à préserver leur vie professionnelle. C’est en fait sur leur vie personnelle que les conséquences sont les plus importantes.

Préserver sa vie professionnelle

17Les vingt-six femmes rencontrées accordent une place centrale à leur activité professionnelle, quel que soit le type de profession exercée. Si le secteur d’activité ne semble pas déterminant, l’âge est une variable importante. Mais, pour l’ensemble de ces femmes, préserver sa vie professionnelle est une priorité. L’épanouissement dans sa vie professionnelle est même souvent considéré comme indispensable pour pouvoir assumer ce rôle d’aidante auprès de son parent. L’activité professionnelle représente un point d’équilibre permettant à ces femmes, parfois très lourdement impliquées dans les tâches de soin, de se ressourcer et de tenir. Car le travail, c’est aussi des collègues et des amis auxquels il est possible de se confier, avec lesquels on peut échanger et se changer les idées.

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« Bon là heureusement que je travaillais. Ah ça, ça a été ma sauvegarde. Parce que le lendemain, moi je me changeais les idées… »
« J’ai envie de dire que ça m’a fait du bien d’avoir autant de boulot… »
« Je ne me suis jamais arrêtée une journée ! Mais pour mon moral, c’était mieux que je travaille, ça m’aidait. Le travail aide aussi ! Mais c’était lourd, hein ! »
« Et puis c’est vrai que d’être au boulot, ça aide quand même à décompresser et on se trouve confrontée à des personnes qui ont eu le même problème. Donc on peut avoir des conseils à droite et à gauche. (…) Heureusement qu’il y avait le boulot ! Ah oui ! S’il n’y avait pas eu le travail… »

19L’aménagement de sa vie professionnelle pour se dégager du temps (réduction du temps de travail, préretraite) et être disponible pour son parent âgé n’est donc pas a priori une solution envisagée par les femmes que nous avons rencontrées. Certaines, comme Mélanie, ont choisi de travailler à temps partiel, mais pour s’occuper de leurs enfants, pas de leurs parents. Le temps partiel ne semble pas une alternative envisagée par nos interlocutrices pour s’occuper d’un parent âgé. Les aménagements du temps de travail sont des aménagements ponctuels, notamment pour faire face à des situations de crise ou d’urgence. Aude, institutrice et directrice d’école, a ainsi pris plusieurs jours de congés au moment de l’hospitalisation de son père :

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« Ma mère a appelé d’urgence. Moi, c’est là où j’ai été plusieurs jours absente de la maison, c’était un samedi matin. Hop, je suis partie comme ça, j’ai laissé tout, hop ! Pendant plusieurs jours j’ai été absente. J’ai eu un arrêt de travail ! Je me suis arrangée, et puis je suis revenue ici. J’ai préparé ma classe pour le remplaçant qui viendrait, parce que je n’aime pas laisser ma classe comme ça. Donc voilà, j’ai préparé ma classe… J’ai laissé un mot pour la directrice, je l’ai contactée par téléphone. »

21Les parents d’Aude, âgés de 86 ans et 76 ans, sont tous les deux dépendants. Son père l’est physiquement et psychiquement depuis son accident cardio-vasculaire qui l’a fortement diminué, et sa mère psychologiquement puisqu’elle a, depuis toujours, besoin de contacts réguliers avec sa fille. Il y a quelques années, Aude et son mari ont décidé de quitter la ville où habitent ses parents, pour prendre un peu de distance et permettre à son mari de développer sa carrière professionnelle. C’est après leur départ que le père d’Aude a eu des problèmes de santé, et les 150 km de distance n’ont pas facilité la vie quotidienne d’Aude, qui a pourtant souhaité tout concilier. Ce sont ces périodes de crise qui ont été pour elle les plus difficiles à vivre :

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« L’année dernière, c’était très très difficile physiquement… j’ai couru entre ma mère qui était immobilisée à la maison – et à ce moment-là, il n’y avait pas d’aide à domicile, l’aide à domicile est venue quand mon père était rentré déjà – et mon père qui était hospitalisé. Je faisais les choses à la maison, chez ma mère, je faisais un petit peu de ménage, je faisais les courses, j’allais voir mon père à l’hôpital et j’ai fait toutes les démarches auprès de tous les organismes. Je téléphonais, je consultais mon frère par téléphone. Il me relayait les week-ends pour que je rentre. Retour après parce que lui ne pouvait absolument pas assurer, parce que quand on est dans la période de rentrée et qu’on est proviseur, c’était pas possible. Donc lui, "hops" le week-end !… Et moi le week-end ici avec les enfants, et puis le dimanche soir je repartais. Donc là-bas, j’installe mon père, ma mère, la garde à domicile et puis là c’était tous les jours que je téléphonais en disant (à voix basse) « Ça se passe bien ? Ça va Papa, Maman ? » Et là j’ai été pompée ! Et après je suis allée un week-end sur deux, je retournais. Ça a duré un bon moment, donc, c’est important, parce que faire la route, comme ça, mine de rien, c’est trois heures et ça, je le faisais dans la journée parce que je ne voulais pas trop m’absenter… Ben non, parce que j’avais ma classe à préparer et je ne voulais pas trop prélever ici à la maison. Donc je le faisais en une journée… Là vraiment, j’étais très très fatiguée. J’ai terminé mon année scolaire, je l’ai terminée fatiguée et puis en plus j’avais une classe chargée… parce que j’ai 44 ans quand même, donc ça fatigue (rire). »

23Les périodes de crise (suite à une hospitalisation, suite à une augmentation du niveau de dépendance…) sont des périodes difficiles, au cours desquelles les aidantes sont amenées à tout cumuler : leur activité professionnelle, leur vie familiale, la prise en charge de leur parent et tout particulièrement la réorganisation de l’arrangement de soin. Mais à aucun moment l’équilibre professionnel n’est réellement remis en cause.

24Comme Aude, toutes les femmes rencontrées font part de leur épuisement, de leur fatigue et du stress induit par la gestion des périodes de crise. Toutes soulignent le poids que représente la prise en charge, mais l’objectif est avant tout de tenir sur tous les fronts : familial, personnel et professionnel. Si conséquences il y a, il faut donc les apprécier autrement, à l’aune de cette pression, de cette fatigue qu’on accumule pour faire le meilleur compromis possible, pour ne renoncer ni à son activité professionnelle, ni à son rôle d’aidant. La « double journée » peut alors se faire triple ou quadruple.

Des conséquences multiples sur la vie familiale et personnelle

25L’analyse des entretiens montre que c’est bien le volet familial et personnel de la vie de ces femmes qui est déstabilisé par la gestion d’une situation de dépendance d’un parent âgé. L’histoire d’Aude est en ce sens exemplaire :

« Je crois qu’inévitablement, soit mon époux, soit mes enfants en ont pâti, c’est clair. J’ai essayé de faire en sorte qu’au niveau professionnel ce ne soit pas le cas. Là je pense que non, parce que j’ai relativement maintenant d’assurance au niveau professionnel pour que ça ne saute pas trop, mais c’est clair parce que quand je dois partir comme ça, je laisse un mari avec tout ça, je laisse des enfants qui sont déjà inquiets pour leurs grands-parents. »
Il est possible d’identifier quatre niveaux de conséquences, allant de la famille au sens le plus large, à la personne interrogée elle-même : les relations avec la fratrie, la vie familiale et les relations avec ses enfants, les relations conjugales, et enfin des conséquences sur la vie personnelle. L’impact du rôle d’aidante peut être négatif et se traduire par une absence, un manque de disponibilité, des désaccords et même des conflits ; mais il peut aussi être positif et renforcer la cohésion familiale.

Des conséquences sur les relations entre membres de la famille : frères et sœurs

26Mélanie appartient à une famille de six enfants. Quatre d’entre eux vivent dans la ville de B, ville où résident aussi leurs parents venus s’installer auprès d’eux il y a quelques années. La mère de Mélanie vit aujourd’hui en foyer logement ; le père, dont l’état de santé se dégrade, a souhaité rester vivre dans sa maison, refusant catégoriquement d’aller en institution ou même, jusqu’à récemment, d’être aidé par des professionnels du secteur médico-social. Cette situation préoccupante a nécessité une réunion familiale afin de faire le point. La décision a été prise de laisser leur père vivre chez lui, mais de le prendre en charge à tour de rôle pendant le week-end et de solliciter des services d’aide à domicile. Bien sûr, la proximité géographique est déterminante, et seuls les frères et sœurs qui habitent dans la même ville que leurs parents sont réellement concernés par cette décision. Cet arrangement informel, répondant au souhait de leur père, reste provisoire et dépendant de l’évolution de son état de santé. Or, la situation a tendance à se dégrader. Leur père a refusé l’intervention d’une aide à domicile, et pour certains, la prise en charge pendant un week-end entier s’avère lourde. Des désaccords sont donc progressivement apparus entre frères et sœurs. Le débat portait sur le type de prise en charge : pour les uns, respecter le désir de leur père de rester vivre chez lui est la priorité ; pour les autres, la dégradation de son état de santé impose qu’il soit pris en charge par des professionnels et même placé en institution. C’est la sœur la plus éloignée géographiquement, qui défend de façon la plus radicale ce deuxième point de vue.

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« Le problème, c’est que souvent on restait sur notre faim, parce qu’on discutait, et puis au bout de trois heures rien ne sortait quoi, parce que certains étaient plus pour une prise en charge et d’autres étaient pour qu’il reste comme ça à la maison… oui, il reste comme ça mais toute la panoplie d’aide qu’on voulait mettre en place, ça ne marche pas. Alors qu’est-ce qu’on fait, on tourne en rond et on ne peut pas non plus forcer quelqu’un, enfin, c’était toujours le même discours sur les personnes âgées, parce qu’on est plusieurs dans la famille à avoir étudié un petit peu aussi sur les personnes âgées, alors on connaît un peu et tout ça fait qu’on ne savait plus, et puis on était confronté à ma sœur qui elle était très catégorique… et puis finalement la seule chose qui tient et bien, c’est les week-ends… »

Des conséquences sur les relations entre membres de la famille restreinte : enfants et conjoint

28Prendre en charge son parent exige une disponibilité et un investissement, dont on ne dispose plus pour d’autres sphères de la vie. Les relations au sein de sa propre famille peuvent dans certains cas être perturbées par le poids de la prise en charge ; la disponibilité vis-à-vis de ses enfants d’abord. Les femmes que nous avons rencontrées ne prennent que rarement sur leur temps de travail pour s’occuper de leurs parents âgés. C’est donc en fin de journée qu’elles vont, certains jours, passer voir leur mère ou leur père afin de s’assurer que tout va bien, ou encore leur apporter ce dont ils ont besoin. Cette plage horaire, 18h-20h traditionnellement consacrée aux enfants, devient donc celle des parents. De même, le week-end, temps familial par excellence, devient parfois celui que l’on consacre à ses parents.

29Nous l’avons vu, les deux parents de Mélanie sont dépendants. Chacun vit dans un endroit différent, ce qui l’oblige à faire deux visites distinctes dans la semaine. Elle va voir sa mère un soir par semaine, elle arrive vers 19h00, après son repas et passe deux à trois heures auprès d’elle. À cela s’ajoute la visite à son père une fois par semaine, pour prendre un café et s’assurer que tout va bien, et bien sûr un week-end sur quatre, elle s’occupe de lui. Si l’on additionne tous ces moments, cela fait finalement beaucoup de temps qu’elle ne consacre pas à sa vie familiale.

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« Les enfants en ont marre. Ils disent, t’es toujours chez ton père, chez mamie, chez grand-père. Pas toujours bien sûr, mais ça doit leur paraître pas mal. Ils l’expriment comme ça. C’est tout. Et donc ils ne sont pas contents de me voir partir. Ce soir, ils savent que je ne vais pas rentrer tout de suite, qu’il va falloir que je passe voir mon père… Mon conjoint, de temps en temps, en a marre aussi. Mais bon, il l’accepte, je ne vais pas dire de force puisqu’il sait bien que j’ai envie d’aller la voir… et puis si j’ai pas envie, il faut que j’y aille de toute façon… Donc pour l’instant cela ne pose pas vraiment de problème entre nous. »

31En outre, les relations entre enfants et grands-parents ne sont pas toujours faciles. S’il peut paraître important pour les parents de préserver ce lien intergénérationnel avec les grands-parents, la dépendance croissante de l’un d’entre eux peut avoir des répercussions :

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« C’est vrai que les enfants ne voient pas beaucoup leurs grands-parents parce que, tout simplement, ils ne s’y plaisent pas ! Ma mère n’est pas très agréable et mon père, mon père… il est gentil, mais bon, ça reste limité. Donc leur imposer des après-midi entiers, non ! On va pas leur imposer ça ! J’essaie de maintenir le lien, si vous voulez. Par exemple, mercredi, je suis allée avec mon fils. Il était malade, donc il était à la maison, il n’est pas allé au sport. Je l’ai amené avec moi voir ma mère, parce qu’on est allé prendre des mesures, aménager sa maison. On est allé tous les deux, on a passé une heure avec elle. Donc, je les emmène, mais quand je sais que cela va être court. Il y a toujours ce lien-là, mais ils ne font rien avec eux. »

33L’exemple de Mélanie, dont les enfants sont encore jeunes, montre bien les difficultés de cette génération pivot, qui doit faire face à une double prise en charge, celle des enfants et celle des parents dépendants. Ce qu’elles donnent à l’un, elles le retirent parfois à l’autre. Aude insiste également tout au long de l’entretien sur les conséquences que les obligations vis-à-vis de ses parents ont pu avoir sur la vie quotidienne de ses enfants.

34Le conjoint peut lui aussi subir les conséquences de cette prise en charge. Nous n’avons cependant rencontré aucun cas de désaccord sur ce point ayant entraîné une véritable mésentente au sein du couple. Dans la plupart des situations, le conjoint apparaît plutôt comme un soutien important, à plusieurs niveaux. D’abord pour l’aidante. Josiane qui a longtemps fait des allers et retours entre la ville où elle réside et la ville où réside sa mère, insiste sur le soutien permanent apporté par son mari. Ce dernier s’est toujours senti très concerné par le problème de la dépendance psychologique de sa belle-mère. Dans les périodes difficiles, où l’état de santé de sa belle-mère exigeait une présence importante, il accompagnait toujours Josiane. Il ne l’aurait pas laissée faire seule les 250 kilomètres de voiture. C’est donc à deux qu’ils prenaient la route et rendaient visite à la mère de Josiane. C’est aussi à deux qu’ils ont pris leurs décisions lorsque les problèmes sont survenus.

Le sacrifice d’une partie de sa vie personnelle (loisirs, vacances)

35Dans toutes les configurations d’aide rencontrées, c’est la dimension personnelle de la vie quotidienne qui est la plus touchée. Détente, loisirs, vacances, temps personnel, voire conjugal sont de plus en plus réduits. L’organisation des vacances devient compliquée. Il faut contacter les frères et sœurs, solliciter les voisins ou les amis, et même réduire son temps de vacances pour ne pas s’absenter trop longtemps. C’est toute une liberté d’action et une autonomie de vie qui peuvent être menacées.

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« Je sens que je n’ai plus la même autonomie. Et il n’y a pas que moi parce que, par exemple, ma sœur qui habite sur Paris, elle veut partir en vacances à l’étranger, mais elle veut absolument venir ici avant, au cas où il arrive quelque chose. Et puis elle prend une assurance rapatriement ou je ne sais quoi, au cas où il arrive quelque chose. Et moi je suis un peu pareil. Je me dis, on va partir en vacances, on n’a pas décidé encore où, mais il y a tout ça derrière. Et ça, il va falloir s’organiser, il va falloir donner une adresse. Il va falloir avoir le portable, enfin ceci, cela. »

37Les vacances ne sont pas les seules à souffrir du poids de ce rôle d’aidante, dans certains cas, mêmes les week-ends sont remis en question :

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« Oui, et puis on est obligés de dire… tel week-end, je ne peux pas parce que je fais ceci au niveau familial, donc on ne peut pas être disponible pour les amis. »

39D’autres trouvent des alternatives pour concilier la prise en charge de leur parent et leur vie personnelle. Yvette a décidé de prendre sa mère chez elle, mais elle souhaite préserver un minimum sa vie sociale et ses sorties et n’hésite pas à amener sa mère avec elle chez des amis, ou même en vacances.

Trajectoires d’aidantes et arrangements de soin

40La question de la dépendance de son parent survient souvent de manière brutale. Un événement – une chute, un accident cardio-vasculaire… – vient remettre en cause l’organisation de vie initiale. Une fois la crise gérée, la famille doit mettre en place un arrangement de soin le plus stable possible, permettant à la personne âgée de vivre à nouveau son quotidien. Il est possible d’identifier trois phases : l’avant-crise, la crise et sa gestion dans l’urgence et enfin l’élaboration d’un arrangement de soin stable. Rapportée à notre objet central, celui du rôle d’aidante familiale, cette question des étapes de l’arrangement devient celle des trajectoires d’aidantes. En effet, le rôle de l’aidante varie en fonction des besoins de la personne âgée, donc de la situation de dépendance, à savoir le type de dépendance (physique ou psychologique) et son niveau. Nous proposons de distinguer trois types de situation d’aide, déterminant le rôle d’aidante.

Trois situations d’aide

Tableau 2

Les situations d’aide des personnes interrogées au moment de l’entretien

Tableau 2
Situations d’aide Caractéristiques Situations de vie de la personne âgée Personnes interrogées Type 1 Situation non régulée : instabilité de l’arrangement et indétermination du rôle d’aidante. La personne âgée vit à son domicile. Le conjoint est souvent encore présent. Aude, Béatrice, Claude (ses parents). Type 2 Situation régulée mais non définitive : stabilité provisoire de l’arrangement, rôle d’aidante déterminé. La personne âgée, généralement veuve, vit à son domicile ou chez sa fille. Yvette, Luce, Sophie, Régine, Marie T, Marylène, Marie, Claude (sa belle-mère), Mireille, Nadine (son père), Mélanie (son père), Jocelyne (son beau-père), Thérésa, Colette, Sylvia. Type 3 Situation régulée et durable : stabilité de l’arrangement, rôle d’aidante déterminé. La personne âgée vit soit en institution, soit chez sa fille. Josiane, Céline, Marianne, Janine, Sylvie, Hélène, Josette, Nadine.

Les situations d’aide des personnes interrogées au moment de l’entretien

41Josiane est fille unique ; sa mère, âgée aujourd’hui de 78 ans, est veuve et réside en foyer logement, dans une petite ville rurale, à plus de 200 km de chez sa fille.

42Josiane a décidé, après le décès de son père, de faire déménager sa mère et de lui louer une maison dans sa petite ville d’origine, à 20 km de chez elle, afin qu’elle retrouve un environnement familial et affectif.

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« On pensait que ça allait très bien se passer tout de suite, parce qu’elle avait retrouvé son milieu d’origine, un peu. Et puis, surtout sa famille. À l’époque, elle avait deux sœurs et trois ou quatre frères. Mais en fait, ça n’a pas été du tout dans sa petite maison, là. Et puis en plus, elle a eu des problèmes de santé. Et alors les problèmes se sont vraiment posés à moi, à nous. Parce que, dès qu’il y avait quelque chose, mes oncles et tantes à l’époque, étaient encore assez valides et assuraient les premiers soins et ce qu’il y avait à faire au départ. Mais très vite, tout de suite, on nous appelait. Elle a été hospitalisée plusieurs fois. Et plusieurs fois en urgence. Et donc, là vraiment, il y a eu une fois entre autres, où elle est restée à l’hôpital pendant un certain temps. Elle a eu un moment où ça n’allait pas du tout. Elle a perdu un peu la tête, elle a fait une chute et s’est cassé le poignet. »

44Durant cette période, qui s’échelonne de 1992 à 1999, se succèdent des phases d’instabilité – hospitalisations, accueil temporaire en moyen et long séjour, prise en charge de sa mère chez elle – et des périodes plus stables, correspondant à la situation d’aide de type 2. La mère de Josiane recevait la visite quotidienne de l’infirmière, et la visite d’une aide-ménagère deux fois par semaine, pour s’occuper des tâches domestiques. Josiane rendait visite à sa mère une fois par mois. Celle-ci, dépressive et angoissée, s’ennuyait tout au long de la journée et ne parvenait pas à s’intéresser à quoi que ce soit.

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« Sa journée. Ben, elle se levait tard. Elle buvait son café. Je crois qu’elle allait très vite acheter ce qu’elle avait à acheter, quoi. Très très vite, elle était toujours très pressée. Comme avait dit l’assistante sociale, "je ne comprends pas. Elle est toujours pressée, pressée. Et elle rentre chez elle pour s’ennuyer à mourir." Et donc, elle revenait très vite chez elle. Et après, elle était assise devant sa fenêtre, elle regardait un peu ce qui se passait dehors. Et en face de chez elle, à l’époque, il y avait aussi une ancienne camarade de classe à elle, Yvette. Elles discutaient un peu. Des fois avec son voisin Jean ou avec Sophie qui était là à l’époque. Mais bon, elle ne faisait pas ça toujours. Alors, elle s’ennuyait. Elle se rongeait, elle ruminait et puis elle pleurait, sans doute. À midi moins le quart, elle mangeait vraiment très vite fait, après, elle faisait une sieste. Ensuite, elle se levait. Bon, elle allait peut-être voir un frère ou une sœur. Elle rentrait. Elle avait dû faire un minimum de ménage, mais un strict minimum, parce qu’elle n’avait même pas la force et le goût de… Elle n’assumait plus rien à ce niveau-là, hein. Elle mangeait très tôt, à six heures. Entre-temps, elle était peut-être allée discuter encore un peu, mais dix minutes, hein. Et puis, elle regardait un peu la télé. Elle se couchait tôt. »

46Culpabilisée de ne pas pouvoir rendre la vie de sa mère plus facile, Josiane garde un souvenir très douloureux de cette période :

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« De la voir dans un tel état de souffrance morale, ça me minait complètement, parce que c’était une telle souffrance… Elle a toujours été comme ça. Mais c’était une telle pression et un tel poids… J’en avais parlé à mon médecin, il m’a dit "c’est pas possible. Ta mère, tu fais tout pour elle, mais il ne faut pas continuer. Il ne faut pas, parce que sinon, tout le monde va plonger dans la déprime…" Et c’est vrai que je sais qu’elle m’aurait fait…, j’avais l’impression qu’elle m’entraînait un peu au fond de sa dépression. Et puis, franchement, je le dis, je ne pouvais pas. Je ne pouvais plus, c’était à une époque où c’était trop dur. »

48La dépression de sa mère augmentant et les périodes d’hospitalisation se multipliant, la solution de l’hébergement en foyer logement a été évoquée et adoptée. L’institution apparaît alors comme un outil de « reclassement », une structure d’opportunité pour accéder à des biens et des pratiques perçus comme relevant plutôt des milieux bourgeois ou petit-bourgeois.

49Dès lors l’arrangement d’aide est stabilisé et durable : un environnement social et professionnel sécurisant, adapté aux besoins ; la visite de Josiane toutes les cinq semaines, visite que chacune attend et apprécie.

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« Elle a retrouvé des gens comme elle, de son milieu… Or, elle avait complexé toute sa vie jusque-là. Et là, elle s’est retrouvée avec des gens qui étaient allés à l’école avec elle, qui parlaient breton comme elle. Et donc, elle s’est trouvée petit à petit. Là, elle s’est trouvée, je crois, comme les autres. Comme tout le monde. Alors que jusque-là, elle se dévalorisait tout le temps et elle se trouvait vraiment moins bien que tout le monde ; là, elle s’est trouvée comme tout le monde. Et puis, du coup, elle s’est mise à apprécier. »

51La situation la plus difficile pour l’aidante est sans aucun doute celle qui relève du type 1, caractérisée par l’indétermination du rôle de l’aidante, sollicitée de façon irrégulière afin de faire face aux problèmes au coup par coup. Cette indétermination, associée à l’irrégularité des interventions nécessaires auprès de son parent, déstabilise l’équilibre, parfois précaire, entre vie familiale et vie professionnelle. Dans la situation d’aide de type 1, le poids de la prise en charge et son vécu très difficile pour l’aidante apparaissent de façon claire. Cependant, quel que soit le degré de stabilité et la pérennité de l’arrangement dans les situations de type 2 et 3, le rôle d’aidante peut être vécu comme très contraignant. D’abord parce que dans la situation de type 2, l’aidante anticipe plus ou moins la phase de crise suivante et a parfois du mal à vivre la stabilité présente de l’arrangement. Ensuite et surtout, une variable, peu mentionnée jusqu’à présent de façon explicite mais sous-jacente dans chacune des trajectoires racontées, détermine de façon très importante l’arrangement de soin et le poids qu’il représente pour l’aidante : la relation aidant-aidé et l’histoire familiale dans laquelle elle s’inscrit.

Aider un parent dépendant : un rôle social, une mission ?

52S’intéresser au vécu quotidien du rôle d’aidante auprès d’un parent dépendant, c’est aussi s’interroger sur ce qui conduit ces femmes à devenir aidantes auprès de leur parent (pour un développement de ce type d’approche, voir Florence Weber et al., 2003). Dans le cours des entretiens, les femmes enquêtées insistent sur le caractère « naturel » de cette prise en charge : s’occuper de son père ou de sa mère « va de soi », « parce que c’est mon père ou parce que c’est ma mère ». Les liens de filiation sont présentés comme ce qui explique et justifie l’investissement auprès de son parent âgé. Cependant, la majorité des femmes que nous avons rencontrées ont des frères et sœurs, plus ou moins impliqués dans la prise en charge du parent concerné, mais elles en sont généralement les aidantes principales. Pour comprendre cet investissement qui peut aller jusqu’au sacrifice, il paraît indispensable de resituer la relation aidant-aidé dans l’histoire familiale, histoire construite au fil du temps entre une mère, un père et son enfant, entre une fille et son parent âgé, voire son beau-parent âgé.

53Il est possible de comprendre le vécu du rôle d’aidante et l’investissement des femmes rencontrées auprès de leur parent âgé à la lumière de trois grandes logiques : le souci de préserver son autonomie de femme active et son identité professionnelle ; le désir de donner/rendre à son parent âgé, tout comme ce dernier l’a fait tout au long de sa vie en tant que père ou mère ; l’obligation, le respect de règles, de normes et de prescriptions sociales, plus ou moins prégnan-tes selon les milieux sociaux (Joël et Martin, 1998).

54En effet, l’investissement auprès de son parent s’explique dans certains cas par le désir de rendre plus facile la fin de vie de ses parents. Le fait que la génération des femmes rencontrées a connu une ascension sociale par rapport à celle de leurs parents, issus pour la majorité d’un milieu social plus modeste, n’est pas pour rien dans cette logique de dette. Par ailleurs, un certain nombre de mères des femmes rencontrées ne travaillaient pas. Femmes au foyer, elles ont élevé leurs enfants et se sont occupées de leur maison. Certaines femmes insistent sur la vie parfois difficile que leurs parents ont eue. Les relations d’échange et de réciprocité, présentes dans les familles, peuvent prendre une forme extrême, l’aidante se donnant pour mission, et ce quel que soit le prix à payer, de rendre plus douces les dernières années de vie de ses parents.

55Le cas d’Aude est le plus emblématique de ce type de relation d’aide. Parfois épuisée, n’hésitant pas à laisser mari et enfants à la maison lorsque la situation l’exigeait, Aude a fait de son rôle d’aidante une véritable mission. L’histoire de ses parents justifie pour elle ce surinvestissement affectif. À 44 ans, elle considère qu’elle se doit d’être la plus présente possible auprès de son père, âgé de 86 ans.

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« Mes parents sont des exilés. Ils ont pris leurs baluchons et sont partis en France. Quand ils sont arrivés en France, ils n’avaient rien, aucune qualification évidemment puisqu’ils sont allés très peu à l’école… Ils ont trouvé des petits boulots et ils se sont retrouvés dans le Sud, et là ils ont travaillé en tant qu’ouvriers agricoles pendant un moment… Ils sont venus, croyant trouver ici une mine d’or… En fait, mon père a été ouvrier… Et puis mon père a eu une vie très particulière. Il a été privé de liberté pendant sept ans à cause de Franco. Il a été en prison, condamné à mort. Je ne le laisserai pas partir comme ça, c’est clair. Il faudrait qu’il soit entouré, ce n’est pas possible autrement… Moi je me sens investie de ça… »

57De toute évidence, le genre reste un des principaux enjeux de ces questions de caring, comme le montrent les travaux britanniques menés sur ce sujet [9]. Si l’on s’intéresse aux fratries de notre échantillon, les filles apparaissent beaucoup plus impliquées que leurs frères dans la prise en charge. On retrouve dans les entretiens l’idée selon laquelle il revient aux filles de s’occuper de leur mère. L’intériorisation en tant que fille de ce rôle d’aidante n’est pas toujours consciente, mais il est présent dans le discours des femmes rencontrées. Mélanie, souligne ainsi le caractère très « genré » de la répartition des tâches entre frères et sœurs dans le cadre de la prise en charge de leurs parents, même si cette répartition n’a jamais fait l’objet d’une discussion avec ses frères et sœurs. Elle s’occupe avec sa sœur des courses, du ménage, du linge, alors que ses deux frères s’occupent du jardin et des démarches administratives. Cette question du genre doit cependant être appréhendée aussi du côté des hommes. En effet, la relation d’aide entre une fille et son parent n’exclut pas le reste de la famille. Les décisions prises ont des conséquences sur la vie familiale de l’aidante. Prendre son père ou sa mère chez soi pour le week-end implique l’accord du reste de la famille qui va, elle aussi, participer à la prise en charge, même indirectement. Le conjoint est tout particulièrement concerné par ce type d’« arrangement » et son regard sur la relation d’aide est déterminant. C’est parce que la situation devient difficile pour le conjoint, que l’arrangement est remis en cause et ajusté. À l’inverse, en restant passif, le conjoint donne implicitement son accord.

58On le voit, les relations d’aide s’inscrivent dans une histoire familiale propre à chacun et c’est au fil de cette histoire que se transmettent les valeurs et règles culturelles produites à un niveau plus global, et traduites dans un contexte familial spécifique. La question de la stabilité de l’arrangement de soin est essentielle. Pour être satisfaisant, l’arrangement doit répondre aux besoins du parent, sans pour autant remettre en cause de façon radicale la vie de l’aidante. En effet, on peut constater que les situations d’aide qui se passent bien, sont celles qui donnent satisfaction à l’aidant comme à l’aidé.

59* * *

60On peut avancer, pour conclure, quelques éléments de réponse à la question de l’impact du travail de soins et d’aide à un parent dépendant sur la vie professionnelle, familiale et personnelle des femmes aidantes. Tout d’abord, on ne peut que souligner à quel point cette question demeure difficile à appréhender. Cet impact supposé semble en quelque sorte largement invisible. D’une part, parce que, comme le montrent les résultats de l’enquête HID présentés au début de cet article, il semble que les aidants n’estiment jamais que cet impact soit si significatif qu’il vaille d’être mentionné. Mais ce premier constat traduit-il une véritable absence d’impact sur la vie de ces aidantes, ou bien plutôt le fait que les personnes interrogées considèrent que ce travail de soin va tellement de soi, qu’il n’est pas nécessaire d’en présenter les répercussions ?

61Dans quelle mesure la démarche qualitative que nous avons adoptée a-t-elle permis d’aller plus loin ? Manifestement, la question doit d’abord être posée autrement. Comment font ces femmes actives pour assumer le travail de soin ? Puisent-elles une partie de ce temps nécessaire ou sa totalité sur leur temps d’activité professionnelle, ou trouvent-elles d’autres modes de régulation ? L’enquête que nous avons menée montre que ces aidantes souhaitent presque unanimement préserver leur activité professionnelle, élément déterminant de leur identité de femme et garant de leur indépendance. Avoir une activité professionnelle, c’est se tisser un réseau social à soi, se construire une identité indépendante de celle de mère, d’épouse et de maîtresse de maison. Comme nous l’ont bien précisé les femmes rencontrées, dans les moments les plus difficiles vécus en tant qu’aidante, c’est dans leur univers professionnel qu’elles ont puisé la force nécessaire pour continuer de gérer les multiples problèmes liés à la dépendance de leur parent. Elles sont donc prêtes à accumuler les tâches, à faire des journées « non-stop », passant d’une activité à une autre, pensant mille choses en même temps, mais tout en préservant leur activité professionnelle.

62La prise en charge d’un parent âgé dépendant semble, en ce sens, se poser en des termes bien différents de celle des enfants en bas âge. Si nombre de femmes envisagent de se consacrer quelques années à leur(s) enfant(s) en faisant une pause dans leur activité professionnelle, il en va manifestement autrement pour ces femmes seniors, en fin de carrière, qui tiennent à préserver leur emploi le plus longtemps possible.

63Le premier temps de la vie qui sert de tampon dans cette nouvelle charge est le temps personnel. Si ce temps existait (ce qui n’est pas toujours évident dans leurs récits), elles acceptent de le réduire, voire de le faire totalement disparaître, sauf, une fois encore, lorsque ce temps est lié directement ou indirectement à leur travail (apprentissage d’une nouvelle qualification, perfectionnement professionnel, etc.). Et si ce temps ne suffit pas, elles préféreront faire face en comprimant le temps qu’elles consacrent à leurs proches (enfants, conjoints, frères et sœurs, etc.).

64En somme, le fait de prendre en charge un parent devenu dépendant a bien des conséquences : la première est qu’il faut trouver rapidement le moyen de faire face à cette demande de soins, de présence, de sollicitude, en comprimant le temps dont on dispose, et ce parfois jusqu’à l’épuisement de ses ressources temporelles, mais tout en préservant son activité professionnelle, jugée d’autant plus cruciale qu’elle semble fondamentale pour ne pas basculer totalement dans la fonction d’aide.

Notes

  • [1]
    1,9 enfant par femme en 2005, ce qui place la France au second rang derrière l’Irlande.
  • [2]
    On peut pour en prendre la mesure se référer aux enquêtes emploi du temps qui montrent que les femmes assument encore actuellement l’essentiel du travail domestique et du travail parental, deux fois plus que les hommes globalement, avec une faible progression au cours des dix dernières années (Barrère-Maurisson, 2003).
  • [3]
    Ce problème est qualifié de care deficit dans le débat européen. Si les hommes ne sont bien sûr pas absents de cette prise en charge, leur contribution est nettement minoritaire. Le choix dans cette enquête de privilégier les femmes exclue toute possibilité de procéder à des comparaisons sur ce plan.
  • [4]
    Cette enquête a donné lieu à quatre vagues de recueil d’information : deux concernent les personnes en institutions ; deux autres concernent les personnes vivant à domicile. Nous avons exploité ici les données concernant la prise en charge à domicile. Un peu moins de 20 000 personnes, dont environ 8 800 personnes âgées de 60 ans, ont ainsi été interrogées par un enquêteur de l’Insee à la fin de l’année 1999.
  • [5]
    D’après Nathalie Dutheil (2001) « La moitié des aidants principaux désignés sont des conjoints et un tiers des enfants. L’aidant principal est une femme six fois sur dix quand c’est le conjoint qui occupe ce rôle et sept fois sur dix quand il s’agit de l’enfant » (p. 5).
  • [6]
    Comme le note Nathalie Dutheil (ibid), l’enquête Hid ne fait pas de distinction entre les enfants de la personne enquêtée et les conjoints des enfants. Il n’est donc pas possible de distinguer les filles des belles-filles.
  • [7]
    « Quand l’aidant principal est le conjoint, son âge moyen est de 70 ans » (Dutheil, 2001, p. 5).
  • [8]
    Une enquête menée en Angleterre débouche sur un constat assez analogue (Mooney, Statham and Antonia, 2002) : peu d’effets directs sur l’emploi et des effets à la fois positifs et négatifs sur la vie personnelle.
    « Analysis of the Family and Working Lives Survey (1994-1995) found the onset of caring did not affect work for two thirds of respondents. (…) The majority of carer in our study felt that their caring responsibilities had impacts on their lives, both positive and negative. The two most common responses were that it made their life more stressful and that it gave them a lot of satisfaction and pleasure » (p. 16).
  • [9]
    Voir notamment Jane Lewis et Benedict Meredith (1988) ; Clare Ungerson (2003).
Français

Résumé

Dans cet article, les auteurs proposent d’analyser la situation de femmes qui font face en même temps à une activité professionnelle à plein temps et à la prise en charge quotidienne d’un parent ou d’un beau-parent âgé dépendant. Ils analysent à la fois la manière dont les femmes organisent cette prise en charge et l’impact que celle-ci a sur leur vie personnelle, familiale et professionnelle. A la différence des soins dispensés aux enfants en bas âge, ces femmes puisent dans leurs temps personnel et familial le temps nécessaire pour faire face à cette pression, tout en préservant leur implication professionnelle.

Deutsch

Zusammenfassung

Die Autoren dieses Artikels untersuchen die Situation von Frauen die voll berufstätig sind, und gleichzeitig für pflege-bedürftige alte Eltern oder Schwiegereltern sorgen müssen. Sie analysieren die Art und Weise, mit der die Frauen sich dieser Aufgabe annehmen und dessen Auswirkungen auf ihr Privatleben, die Familie und den Beruf. Im Gegenteil zur Sorge um Kleinkinder, erübrigen die Frauen die notwendige Zeit insbesondere durch die Reduzierung ihrer Freizeit, oder Familienzeit, ohne jedoch ihren beruflichen Einsatz zu verringern.

Español

Resumen

En este artículo, los autores proponen analizar la situación de las mujeres que se enfrentan a la vez con una actividad laboral a plena jornada y el cuidado diario de un/a padre/madre o suegro/a mayor dependiente. Analizan a la vez la manera con la que las mujeres organizan dicho cuidado y el impacto que éste tiene en su vida personal, familiar y laboral. A la diferencia de la atención a los niños pequeños, las mujeres sacan el tiempo necesario para enfrentar esta presión de su tiempo personal y familiar, y al mismo tiempo mantienen su implicación profesional.

Bibliographie

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Blanche Le Bihan-Youinou
Blanche Le Bihan-Youinou est politiste, chercheure au Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires (Lapss) de l’École nationale de la santé publique. Elle travaille sur les politiques sociales et s’intéresse plus particulièrement aux politiques de la petite enfance et des personnes âgées dépendantes, analysées à la fois au niveau national et dans le cadre de comparaisons européennes. Ses derniers travaux portent sur l’analyse des plans d’aide définis dans le cadre de l’Allocation personnalisée d’autonomie, l’articulation entre vie familiale et vie professionnelle et la décentralisation du rmi. Elle a notamment publié : Blanche Le Bihan et Claude Martin, "Atypical Working Hours: Consequences for Childcare Arrangements", in Kröger T. and Sipilä J. (eds), Overstretched. European Families Up Against the Demands of Work and Care. Oxford and Malden, MA, Blackwell, 2005, pp. 9-33 ; Blanche Le Bihan, « Comparer les paniers de services aux personnes âgées dépendantes en Europe », in Martin Claude (dir.), La dépendance des personnes âgées. Quelles politiques en Europe ?, Rennes, pur-ensp, 2003, pp. 339-355 ; Arnaud Campéon et Blanche Le Bihan, « La mise en œuvre des plans d’aide de l’Allocation personnalisée d’autonomie », Études et Résulats, 461, janvier 2006 ; Blanche Le Bihan et Claude Martin, Travailler et prendre soin : des femmes face à la dépendance d’un parent âgé, Rennes, ensp (à paraître en 2007).
Adresse professionnelle : lapss – ensp, Av. du Professeur Léon Bernard 35043 Rennes cedex
Adresse mèl : blebihan@ensp.fr
Claude Martin
Claude Martin, sociologue, est directeur de recherche au cnrs, Centre de recherche sur l’action politique en Europe, umr 6051 cnrs et directeur du Laboratoire d’analyse des politiques sociales et sanitaires, ensp à Rennes. Ses recherches portent sur l’évolution des États-providence en Europe, et plus particulièrement les politiques de soins ou de care : analyse des politiques de l’enfance, de la famille et des personnes âgées dépendantes, en comparaison au plan européen. Ses travaux conduisent à privilégier la question du genre. Ses derniers travaux concernent l’impact des horaires flexibles et atypiques sur l’articulation entre vie familiale, travail de soin et vie professionnelle et sur la décentralisation du rmi. Il a notamment publié : Jacques Commaille et Claude Martin, 1998, Les enjeux politiques de la famille. Paris, Bayard ; Claude Martin (dir.), 2003, Les personnes âgées dépendantes. Quelles politiques en Europe ?, Presses universitaires de Rennes, collection « Res publica » et Éditions de l’ensp; Claude Martin et Jean-Noël Chopart (dir.), 2004, Que reste-t-il des classes sociales ?, Rennes, ENSP; Claude Martin et Blanche Le Bihan, 2006, "A Comparative Case Study of Care Systems for Frail Elderly People: Germany, Spain, France, Italy, United Kingdom and Sweden", Social Policy and Administration, vol. 40, n? 1, pp. 26-46 ; Blanche Le Bihan et Claude Martin, à paraître fin 2006, Travailler et prendre soin : des femmes face à la dépendance d’un parent âgé. Rennes, ensp.
Adresse professionnelle : lapss – ensp, Av. du Professeur Léon Bernard 35043 Rennes cedex
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https://doi.org/10.3917/tgs.016.0077
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