CAIRN.INFO : Matières à réflexion

La recherche francophone sur le sans-abrisme n’a cessé de se développer depuis la fin des années 1980. À propos de cet objet d’étude, les sciences sociales disposent désormais d’un véritable stock de connaissances que des chercheurs contribuent aujourd’hui à synthétiser, diffuser et approfondir (Choppin & Gardella, 2013). Qu’ils émanent de professionnels du travail social soucieux de conceptualiser leur expérience ou de chercheurs attenants aux disciplines de la psychologie, de l’anthropologie, des sciences politiques ou de la sociologie, les travaux portant sur la « Question SDF » (Damon, 2012) attestent d’une certaine diversité d’approches théoriques, épistémologiques et méthodologiques. Il importe d’emblée de préciser notre propre positionnement dans ce champ de recherche pour tenter d’apporter des éléments de connaissance nouveaux.
Historiquement, en France, les travaux d’Alexandre Vexliard (1956, 1957) inaugurent une « sociologie du vagabondage » dès les années 1950. Dans le contexte de pénurie de logements faisant suite à la Seconde Guerre mondiale, ce dernier aborde principalement les caractéristiques individuelles et psychologiques de ceux qu’on appelait encore les « vagabonds » et les « clochards », en s’appuyant principalement sur leurs récits. L’étiologie du vagabondage explicitait déjà les problématiques de délinquance, d’addiction, d’isolement et de troubles psychiatriques qu’on retrouve encore aujourd’hui malgré l’extrême diversification des publics sans-domicile et des parcours de marginalisation…

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En partant de l’étude de la vie quotidienne des sans-abri rencontrés à Nancy (agglomération du Grand-Est recensant 300 000 habitants) dans le cadre d’une recherche en immersion ethnographique pendant huit mois, cet article entend montrer les structures sociales qui ordonnent le « monde » des sans-abri. Loin des notions d’errance et de désocialisation souvent mobilisées pour caractériser la situation individuelle des sans-abri, notre propos invite au contraire à se focaliser sur les dimensions collectives de l’expérience de la rue et met ainsi en lumière les structures spatio-temporelle, relationnelle et morale qui caractérisent cette expérience. On peut dès lors appréhender les sans-abri comme appartenant à un véritable monde social relativement structuré et observer comment cet ordre social survit malgré le turn-over des membres du microcosme des sans-abri.

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Thibaut Besozzi
Docteur en sociologie, ingénieur de recherche, Université de Bourgogne, Laboratoire interdisciplinaire de recherches Sociétés, Sensibilités, Soin
LIR3S UMR 7366 CNRS-uB, Faculté de droit et de science politique, 4 boulevard Gabriel, BP 17270, 21072 Dijon cedex, France
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Mis en ligne sur Cairn.info le 17/08/2021
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