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1Il y a maintenant un peu plus de trente ans paraissait « Finding one’s way in social space », premier article co-signé par Luc Boltanski et Laurent Thévenot et dont Sociologie publie aujourd’hui une version française. La singularité de cet article relève moins de l’association fondatrice des pères de la sociologie pragmatique ou de sa seule publication en anglais [2], que de l’originalité d’une enquête qui ne repose pas sur les méthodes usuelles en sciences sociales – l’archive, le questionnaire statistique, l’entretien ou l’observation directe – mais sur un protocole expérimental où les enquêtés sont mis dans une situation extra ordinaire, en l’occurrence celle de produire une classification de l’espace social. En effet, rares sont, encore aujourd’hui, les travaux de sociologie qui s’appuient sur ce type de dispositifs d’enquêtes alors même qu’ils sont très utilisés en psychologie ou en économie.

2 C’est probablement la raison pour laquelle cet article jouit d’un statut ambigu et particulier dans les sciences sociales françaises. Il est très connu – les fameux « jeux de cartes » et « professions mystères » –, régulièrement utilisé comme support pédagogique dans les cours universitaires qui portent sur les « classes sociales » ou les « PCS », et, chose rare dans nos disciplines, il amuse, par sa dimension ludique et décalée, autant qu’il stimule la réflexion sociologique en avançant une grille de lecture des processus de catégorisation et de cognition sociale. On retrouve dans cet article l’atmosphère qui régnait dans ce cercle de sociologues en poste à l’INSEE et proches de Pierre Bourdieu à la fin des années 1970 et au début des années 1980, à savoir un cocktail efficace sociologiquement de « rigueur et de rigolade ». Comme le souligne Michel Gollac : « le statisticien peut voir la rigueur dans le fait de produire des nomenclatures et des procédures de codages universelles, valables d’une extrémité à l’autre de l’espace social. Ce n’est pas seulement pour rire que le sociologue en rit. Se moquer de cette rigueur lui est nécessaire pour accéder à une véritable rigueur » (Gollac, 2005). Pour autant, cet article, on y reviendra, est en fait assez peu cité, rarement discuté et son protocole d’enquête a jusque récemment été peu utilisé par les sociologues. Nous nous proposons ici de revenir sur le contexte de production de l’enquête puis de faire ressortir ses principaux usages et les discussions qu’elle a suscitées.

Subvertir l’INSEE : quand « les petites mains » jouent aux statisticiens

3 Rappelons le, l’enquête originale réalisée par Laurent Thévenot et Luc Boltanski est étroitement liée au contexte de l’INSEE à l’époque. Le travail de rénovation de la nomenclature des catégories socioprofessionnelles engagé à la fin des années 1970 par Alain Desrosières et Laurent Thévenot a suscité une série d’enquêtes sur le travail statistique et plus largement sur la question des catégorisations. Alain Desrosières s’est replongé dans les archives de la statistique publique pour reconstituer l’histoire des catégories socioprofessionnelles en France depuis la fin du xixe siècle (Desrosières, 1977). Laurent Thévenot est allé observer le travail des enquêteurs et des codeuses de l’INSEE sur le terrain et dans les ateliers de chiffrement pour faire ressortir les logiques qui président à la montée en généralité statistique mais aussi les savoirs et savoir faire de ces agents de l’INSEE (Thévenot, 1983). Ces travaux rencontrent alors les préoccupations de Luc Boltanski qui depuis plusieurs années réfléchit aux taxinomies savantes, et qui achève son étude de la construction du groupe social des « cadres » en France (Boltanski, 1979). En partant du point de vue et des pratiques « profanes » pour décrire l’espace social, « Finding one’s way » constitue une pierre supplémentaire à cet édifice. Pour comprendre le lien étroit avec l’INSEE, un détour par une archive de l’enquête est nécessaire : elle prend la forme d’un guide de formation des codeuses de l’INSEE qui n’est autre que le guide de l’enquête [3].

4 Dans un premier temps, l’enquête a été passée auprès de quelques groupes d’individus aux profils sociaux différenciés (cadres d’un service de marketing, représentants de commerce d’une multinationale de l’agroalimentaire, instituteurs membres d’un club de retraités, etc.). Puis, dans un second temps, elle a servi à la formation des agents de l’INSEE chargés du dépouillement du recensement de 1982. Le guide de formation stipule que celle ci est animée par un binôme composé d’un cadre de l’INSEE et d’un sociologue. Les « stagiaires » sont répartis en groupe de 12 ou 14, un nombre pair qui permet de constituer des binômes. La formation se déroule sur deux journées selon sept séquences : le jeu des cas typiques (1), le jeu des paquets (2), la négociation d’une classification commune aux groupes de stagiaires (3), le jeu des portraits (ou poker) (4), une séance de saisie et de chiffrement des cas de la première séquence (5), un exposé sur le thème « représentation de l’espace social et catégories socioprofessionnelles » (6) et enfin une évaluation de la formation par les stagiaires (7). Les différents « jeux » sont donc pensés comme des dispositifs d’enseignement et visent à susciter la réflexivité des agents de l’INSEE sur une activité routinière : le codage. Dans le jeu des « cas typiques », les stagiaires doivent donner des exemples de « cadres » et « d’ouvriers » en précisant certains éléments relatifs à leurs caractéristiques (sexe, âge, diplôme), à leurs conditions d’emploi (fonction exercée, taille de l’entreprise, etc.) et de vie (lieu de résidence, voiture). Le jeu des paquets consiste lui à faire regrouper, par un binôme de stagiaires, des personnes réelles, représentées par des cartes, qui appartiennent au même « milieu social ». Puis ils doivent donner un nom et désigner une carte représentative pour chacun des groupes. L’ensemble des stagiaires négocient enfin une classification commune. Comme l’indique le guide, il s’agit de faire travailler les stagiaires sur les catégories sociales « telles qu’ils les connaissent pour mieux appréhender les transformations de la nomenclature ». Le dernier jeu, dit des portraits ou du poker, met en compétition les stagiaires qui doivent retrouver une « profession mystère » à partir d’une série d’indices qu’ils peuvent acheter (de manière fictive) à un prix plus ou moins élevé, les indices donnant le plus d’informations sur le style de vie étant les plus coûteux. Le gagnant est celui qui trouve la « profession mystère » en dépensant le moins d’argent. Ce jeu s’inspire directement d’une situation dans laquelle les codeuses se retrouvent régulièrement : « un cas difficile à chiffrer parce que le nom de la profession est incomplet ou vague. Dans ce cas, la chiffreuse va prendre en compte l’ensemble des renseignements dont elle dispose pour se faire une “idée”, un portrait de la personne, et pouvoir la classer. Il s’agit ici de mettre en évidence cette manière de procéder, de rendre ce processus conscient pour mieux en cerner la validité et les limites [4] ». Les « connaissances profondes » des agents sont donc valorisées par ce jeu. À la fin de la formation, l’ensemble des pratiques et des résultats mis en œuvre dans ces « jeux » sont confrontés avec la nomenclature des CSP refondée de 1982 et plus généralement mis en relation avec la description de l’espace social telle que développée par Pierre Bourdieu dans la Distinction. C’est le matériel récolté lors de ces formations et des autres opportunités de terrain qui ont constitué ensuite le socle empirique de l’article.

5La mise en place de ce dispositif original est donc déterminée par le rôle que la sociologie joue à l’INSEE. La fin des années 1970 et le début des années 1980 constituent sûrement l’apogée de la sociologie dans l’institution. Non pas que celle ci y soit dominante – ça ne sera jamais le cas – mais au moins elle y occupe une place assurée et respectée. Pour l’illustrer, rappelons que la sociologie est enseignée dans le cadre de plusieurs cours à l’ENSAE, école de formation des administrateurs de l’INSEE. Pierre Bourdieu y a enseigné en 1964 puis certains de ses disciples ensuite. La génération des cadres formés et recrutés dans les années 1960 et plus encore dans les années 1970 est donc sensibilisée à cette discipline. Cette place de la sociologie est particulièrement prégnante lors de la rénovation de la CSP en 1981. Dans une recherche récente, Thomas Amossé montre que cette refonte consiste pour beaucoup à ajuster la nomenclature des CSP à la théorie sociologique de Pierre Bourdieu. Ainsi, la qualification des emplois et le clivage public/privé sont systématisés dans le codage et l’affectation des professions aux grandes catégories (Amossé, 2013). On comprend alors que le contenu de la formation enseignée aux agents d’exécution de l’INSEE serve d’abord, en suivant la théorie de l’espace social dressée dans La Distinction, à leur montrer les liens entre positions professionnelles et styles de vie de ceux qui les occupent.

6Mais les contours du dispositif d’enquête ne se résument pas à l’application de la théorie bourdieusienne du monde social, ils prennent également pied dans les conflits politiques qui irriguent alors l’institution, entre une nouvelle génération de statisticiens post soixante huitards attentifs aux questions de domination et volontaires pour subvertir les normes de l’institution et leurs chefs et aînés développant une vision plus conservatrice de la statistique. Avec ce dispositif d’enquête le rapport de domination habituellement en vigueur à l’INSEE est renversé : ce sont des « profanes » et non des « experts », des « petites mains de la statistique » et non des « administrateurs » qui sont en position de dire, le temps de l’enquête, le monde social. Ce procédé n’est pas anodin, il appuie un double projet politique. D’une part, politiser le travail statistique en montrant que le choix des questions et des catégories a partie liée avec les lunettes à partir desquelles elles sont observées et que, par ce biais, le travail de classification et de quantification participe à imposer des visions des divisions du monde social, situées bien que masquées par l’apparente neutralité et universalité de l’institution. D’autre part, il s’agit de mettre en valeur le savoir faire et les connaissances du monde social de ces « petites mains » dans une institution où elles sont souvent méprisées par les administrateurs et, dans la période du début des années 1980, où leur travail commence à être remis en cause par le processus d’informatisation et d’automatisation des procédures de saisie et de codage [5].

Un pas avec Bourdieu…

7« Finding one’s way in social space » s’inscrit donc dans un programme sociologique entamé au milieu des années 1970 et qui vise, en défendant une approche réflexive du travail de catégorisation, de codage et de quantification, à en faire ressortir les enjeux sociaux et politiques, ce que Pierre Bourdieu nommait les « luttes de classements » (Bourdieu, 1980) et auquel se réfère l’article. La filiation avec la sociologie de Pierre Bourdieu est d’ailleurs très présente dans l’article [6]. Tout d’abord, parce que les différents jeux fonctionnent d’une certaine manière comme un test de validité du schéma de l’espace social français de la Distinction (Bourdieu, 1979). Il s’agit de mettre en relation des positions socioprofessionnelles avec des types de capitaux, des pratiques et des goûts. Ensuite, même si l’approche n’est pas systématisée, Luc Boltanski et Laurent Thévenot rapportent très souvent les pratiques de classement et de nomination aux dispositions sociales des enquêtés. Ils soulignent par exemple que les joueurs chercheront d’autant plus à raffiner les distinctions qu’ils opèrent entre groupes de cartes qu’ils sont proches socialement des zones qu’ils décrivent. Tout se passe comme si les enquêtés se faisaient « les porte parole d’un groupe social, chargés de défendre sa spécificité, son identité et ses intérêts, dans une instance de négociation politique ou syndicale » (p. 19). De ce fait, les discussions entre joueurs devant se mettre d’accord sur un classement commun conduisent à la formation d’un « système de positions antagonistes dans lequel les participants interviennent en fonction des dispositions et des propriétés d’habitus qu’ils doivent à leur origine et à leur appartenance de classe » (p. 19). Un des résultats fort de l’article consiste également à montrer que les joueurs qui réussissent le mieux au jeu des portraits ne sont pas tant ceux qui sont les plus dotés en capital culturel mais ceux, et surtout celles, qui ont connu des trajectoires instables ou qui connaissent « une expérience particulière du monde social qui est celle de l’intimité dominée, de la participation à l’univers de ceux dont on subit le pouvoir et les contrôles. (…) Dans tous les cas, le meilleur joueur doit sans doute à sa faiblesse relative d’avoir développé les aptitudes à la ruse (par opposition à la force) qui font de lui un “petit malin” » (p. 28). Ainsi, de nombreux exemples montrent que les formes de repérages et de cognition sociale ne sauraient s’analyser indépendamment des positions et des dispositions sociales des joueurs [7].

8Enfin, la parenté avec la sociologie de Pierre Bourdieu, se prolonge par la mise en exergue de la puissance des « classements d’État », puisque ceux ci sont en partie intériorisés par les enquêtés. En effet, pour dénommer les groupes qu’ils fabriquent, les joueurs mobilisent le plus souvent les noms des catégories de la nomenclature des CSP de l’INSEE, même si les groupes effectivement constitués sont hétérogènes et pas nécessairement en accord avec la définition officielle de la nomenclature. Autrement dit, l’absence d’accord sur l’ensemble des professions appartenant au groupe des « cadres », n’empêche pas la plupart des enquêtés de constituer un groupe intitulé ainsi pour décrire le haut de l’espace social. Ils concluent alors que « l’homogénéisation du système des titres professionnels, des appellations de métier et, plus généralement, des classements sociaux, et surtout la formation d’espaces officiels de représentation des groupes professionnels (qu’ils soient réels comme les Conseils ou symboliques comme les nomenclatures) appartiennent à la série des processus d’unification (linguistique, scolaire, juridique etc.) corrélatifs de la formation de l’État. De même que “nul n’est censé ignorer la loi”, chacun est, aujourd’hui, en France, suffisamment familiarisé avec le système officiel de représentation professionnelle pour pouvoir l’utiliser, soit pour le restituer, soit pour le mettre en œuvre dans des tâches de classement, pour en débattre avec d’autres le bien fondé ou, à l’occasion, pour s’y situer » (p. 28).

… un pas vers la sociologie pragmatique

9 Toutefois, les deux sociologues insistent également sur le fait que cette imposition des classements étatiques n’est ni parfaite, ni univoque. Si « les individus connaissent et utilisent les classements officiels, c’est toujours aussi pour les mettre en scène, pour en jouer et s’en jouer » (p. 29). Dans le jeu des « cas typiques », bien que les joueurs s’appuient sur les catégories institutionnelles et politiques pour sélectionner des exemples de « cadres », ils sont aussi capables de prendre des distances avec la représentation dominante. Ils sélectionnent des exemples qu’ils savent éloignés de ces normes mais qu’ils souhaitent, par ce biais là, donner comme « exemple » non plus au sens de « paradigmatique » mais de « digne d’être donné en exemple ». C’est en cela que s’opère le tournant vers ce qui sera appelée ensuite la sociologie pragmatique [8]. Bien que les termes n’y soient pas utilisés en tant que tels, Luc Boltanski et Laurent Thévenot mettent en avant la réflexivité et la distance critique des acteurs face aux catégories qu’ils manipulent. De même, les formes d’intériorisation des catégories étatiques ou institutionnelles de description du monde social ne sont pas considérées comme mécaniquement mobilisées par les joueurs. Comme le note Thomas Amossé, ces travaux marquent le « passage d’une lecture en termes de langage d’institution et de luttes de classements à une pluralité de logiques de production d’identité [9] ». Ils s’attachent à signaler les situations et les opérations cognitives où les variations sont les plus fortes entre enquêtés et où les logiques de catégorisation dominante sont minorées.

10Ainsi, l’intériorisation des catégories institutionnelles fonctionne à plein lorsqu’il s’agit de représenter les groupes par des cartes typiques – ce sont alors celles ayant fait l’objet d’un « travail social de représentation » qui s’imposent quels que soient les enquêtés et quel que soit leur classement – tandis que les opérations de classement aboutissent à des résultats bien plus hétérogènes, les joueurs mobilisant moins des stéréotypes et des représentations dominantes que leur expérience intime des professions et des milieux sociaux. De ce fait, si les classements étatiques s’imposent lorsqu’il s’agit de « nommer » et de « représenter » c’est moins souvent le cas lorsqu’il s’agit de « classer » et de « rapprocher » des profils sociaux. Ce résultat se prolonge lorsque les enquêtés devinent une « profession mystère ». Ceux qui la retrouvent le plus facilement et en dépensant le moins d’argent possible sont également ceux qui mobilisent leur expérience intime du monde social en se repérant non pas par le biais de critères généraux et institutionnalisés (les variables sociodémographiques) mais par des indices en lien avec le style de vie. Cette démarche fondée sur l’expérience et la connaissance familière de certaines fractions de l’espace social s’oppose à une démarche « critérielle ». Luc Boltanski et Laurent Thévenot s’appuient d’ailleurs sur les travaux de psychologie sociale ou de cognition sociale, notamment ceux de Eleanor Rosch, qui ont montré que la catégorisation des objets opère moins par la mise en relation des propriétés de l’espèce ou de l’objet à sa catégorie que par son assimilation à des exemples typiques connus et reconnus de la catégorie en question. Ce cheminement amène les deux sociologues à valoriser l’expérience pratique des joueurs plus que les compétences scolaires. Ils en déduisent une distinction entre deux formes de rapport au monde : l’un fondé sur la référence à des représentations officielles de la position sociale, l’autre sur la connaissance et la reconnaissance de signes indirects (goûts, manières de vivre) liées à ces positions sociales. Cette enquête servira d’ailleurs par la suite à fonder l’une des cités des économies de la grandeur : la cité domestique (Thévenot, 2004, 2007) [10].

11L’inscription de cette enquête comme fondatrice de la sociologie pragmatique est formalisée en 1991 dans l’avant propos de De la justification. La présentation des principaux résultats de « Finding one‘s way in social space » est intéressante car elle met en avant des éléments peu présents dans le texte de 1983. Luc Boltanski et Laurent Thévenot insistent particulièrement sur la « pluralité de rapports sous lesquels pouvaient être opérés des rapprochements et des jugements incompatibles » (Boltanski & Thévenot, 1991, pp. 16 18). Ils soulignent également deux autres enseignements de l’enquête. D’abord, la relation étroite qui se noue entre opérations de classement et jugements, le classement des professions s’appuyant nécessairement sur des formes de jugements des profils représentés sur les cartes. Ainsi, selon eux, l’opération statistique d’apparence neutre ne peut être détachée et analysée sans référence aux types de jugement et de point de vue sur la société qu’elle met en jeu. Ensuite, ils mettent en avant la « gêne » ressentie par les joueurs qui parvenaient à identifier la « profession mystère ». Cette gêne est liée au fait que, participant à une situation d’enquête mobilisant des questionnaires et des catégories officielles qui appellent en théorie des justifications fondées sur des critères généraux, les joueurs se retrouvaient mal à l’aise de « gagner » en mobilisant des indices et des appréciations très ordinaires. Intérêt pour les opérations de qualification, pluralité des rapports au monde et pluralité des formes d’identification, disputes sur leur légitimité, on retrouve bien là les ingrédients de la sociologie pragmatique telle qu’elle se développe à la fin des années 1980 et dans les années 1990.

Connu, peu cité, pas discuté : le statut ambivalent de « Finding one’s way » dans les sciences sociales

12 Article précurseur de la sociologie pragmatique, son succès reste pour autant ambivalent. Comme nous l’avons indiqué, ce texte est bien connu des sociologues français. Toutefois, il faut également constater que l’article lui même est peu cité. Même s’il faudrait mener une investigation plus précise, une recherche succincte sur les portails de revues de sciences sociales illustre ce point : parmi les revues de ce type, on dénombre une dizaine de citations de l’article sur Persée entre 1983 et 2000, l’équivalent (11) sur Cairn pour la période 2000 2013 et seulement, alors que l’article est en anglais, 14 sur Jstor (dont plusieurs dans des revues françaises) pour l’ensemble de la période [11]. La réception de l’article reste donc de faible ampleur. Peu cité, il est également peu discuté. Ainsi, nous n’avons trouvé que trois articles français – sur lesquels nous reviendrons ci après – qui en font une discussion critique.

13Comment expliquer ce constat ? Il est probable que la singularité de ce type d’enquêtes expérimentales dans la sociologie participe de sa marginalisation. Cela étant renforcé par le fait que les travaux portant sur les processus de cognition sociale sont, à l’exception de quelques travaux d’ethnométhodologues comme Bernard Conein, moins développés en France qu’aux États Unis et que les échanges avec les psychologues [12], en partie du fait du déclin de la psychologie sociale, sont bien moins fréquents qu’au début des années 1980 [13].

14 Lorsque l’article est mobilisé, il l’est avant tout par ses auteurs ou les sociologues pragmatistes : « Sociologie critique et sociologie de la critique » (Boltanski, 2010), « Comment faire des choses qui tiennent : histoire sociale et statistique » (Desrosières, 1989), « Statistique et politique. La « normalité du collectif » (Thévenot, 1994) ou encore dans la plupart des articles du numéro de la revue Historical Social Research de 2011 intitulé « Conventions and Institutions from a Historical Perspective ». À la suite, plusieurs articles portant sur les opérations de codage et de classement dans le secteur hospitalier, dans l’ordre judiciaire ou encore en matière d’immigration le citent. Dans un autre registre, il est repris dans plusieurs articles portant sur les classements socioprofessionnels. Il s’agit alors, en général, de rappeler l’un de ses principaux résultats à savoir la forte diffusion des CSP (et des logiques sous jacentes à cette classification savante) dans la société française des années 1970 1980. Ces deux types de reprises sont le plus souvent assez elliptiques et se réfèrent à l’enquête comme point d’appui mais assez peu pour la questionner.

15 La discussion critique de « Finding one’s way » étant peu fréquente, il est intéressant d’évoquer les papiers qui le font. Celle ci est de deux ordres. Suivant une lecture d’ethnométhodologue, Bernard Conein considère que le protocole d’enquête ne mesure pas ce qu’il annonce mesurer, à savoir le « sens social » des indigènes (Conein, 1991). Les joueurs se trouvent placés dans une situation scolaire qui exige d’eux « une connaissance réflexive » sur le monde social bien plus qu’une « perception intuitive » de celui ci. « La conséquence est qu’on ne peut concevoir une expérimentation sur “la connaissance courante du monde social” comme une épreuve scientifique de rassemblement des données, visant à inférer des hypothèses sur la base d’un traitement de l’information ». À l’opposé, Nicolas Mariot, dans une perspective durkheimienne, utilise les jeux de cartes et les portraits pour critiquer les développements récents de la sociologie pragmatique chez Cyril Lemieux et Luc Boltanski. Ces derniers insistent en effet sur l’incertitude des acteurs sociaux face au monde qui les entoure, sur le va et vient permanent et simultané entre deux points de vue sur le monde « déjà là » et « à faire ». Mais pour Nicolas Mariot, les résultats de « Finding one’s way » rappellent au contraire la préexistence de l’institution sur la réflexivité : « Dans ce cadre, tenir l’hypothèse d’incertitude radicale du monde devrait conduire à supposer que l’habileté des individus à réussir l’épreuve est aléatoirement distribuée : certains parviennent à se doter d’instruments efficaces pour résorber l’inquiétude, d’autres échouent. Or, il me semble que ce n’est pas ce que montrent les résultats de l’enquête : au contraire même, la majorité des individus manifeste une compétence fine et précise à lire le monde social. (…) Si tel est le cas, et d’ailleurs c’était une des conclusions fortes des auteurs que de montrer la familiarité des catégories étatiques de découpage du monde social, c’est bien que “la réalité” préexiste à l’expérience, et que les enquêtés n’ont pas besoin d’en réinventer les formes (comment le feraient ils ?) pour parvenir à leur fin » (Mariot, 2012). Dans une perspective voisine, Jérôme Deauvieau, Étienne Penissat, Cécile Brousse et Cyril Jayet (2014) s’attardent eux sur une double lacune de l’article de 1983 : l’absence de systématisation des résultats, notamment leur quantification, et le fait que la question de la nature des classements composés par les enquêtés soit restée marginale. Cette double lacune amenait Luc Boltanski et Laurent Thévenot à conclure sur la forte hétérogénéité des logiques de classement mises en œuvre par les individus. Or, le réemploi du jeu de cartes en 2008, en intégrant un traitement statistique des réponses d’un échantillon représentatif de joueurs, montre que derrière l’hétérogénéité des classements se trouvent des logiques « typiques » de classement – selon la qualification de l’emploi, selon le capital scolaire, selon la famille de métiers ou selon la hiérarchie sociale – qui, au delà des variations entre enquêtés, révèlent des formes d’intériorisation du monde social prenant appui sur les institutions du travail et de l’éducation.

Trouver son chemin dans l’espace social en Suisse, en Allemagne, au Chili…

16 Ce dernier exemple permet également d’attirer l’attention sur la redécouverte récente du protocole d’enquête de Luc Boltanski et Laurent Thévenot en France mais également à l’étranger. En effet, plusieurs chercheurs l’ont utilisé, souvent en le réadaptant, dans des contextes nationaux différents : en Allemagne (Schultheis & al., 1996 ; Schultheis, 1998), en Suisse (Neuhaus 2008a, 2008b, 2011 ; Chevillard, 2009), au Chili (Mac Clure & al., 2012 ; Barozet & al., 2014 ; Mac Clure & Barozet, 2015 ; Mac Clure, Barozet, Galleguillos & Moya, 2015), en France (Deauvieau & al., 2014) et de manière comparative avec l’Allemagne, l’Espagne, la Belgique et la Pologne (Deauvieau & Poullaouec, 2011) [14]. La comparaison de ces dispositifs d’enquêtes et des résultats, souvent encore en cours de publication, nécessiterait un article plus complet. Contentons nous de constater que si la filière francophone détermine en grande partie ces emprunts, le voyage prend des chemins différents : une filiation plus bourdieusienne chez Franz Schultheis et chez l’équipe française ; une filiation plus pragmatique chez les Chiliens via Emmanuelle Barozet (sociologue française), María Luisa Méndez (sociologue formée à l’école bourdieusienne de Manchester), Oscar Mac Clure, socio historien ayant longtemps travaillé dans l’appareil statistique chilien, et Virginia Guzmán, psycho sociologue ; ainsi qu’une filiation qui hybride la sociologie bourdieusienne et les travaux du sociologue suisse Dominique Joye (Lorenzi Cioldi & Joye, 1988) sur les classements multidimensionnels des professions chez Julien Chevillard.

17 De ce fait, le réemploi du dispositif d’enquête, essentiellement le jeu de cartes [15], fait l’objet d’adaptations différenciées selon les contextes intellectuels et nationaux. Dans la plupart des cas, le dispositif est mobilisé de façon qualitative comme chez Luc Boltanski et Laurent Thévenot. Les équipes de chercheurs français et chiliens, ainsi que Julien Chevillard ont essayé de quantifier leurs résultats. Dans le premier cas, cela s’explique par des choix méthodologiques mais aussi par des contraintes institutionnelles : l’enquête a été réalisée dans le cadre d’un partenariat avec l’INSEE et Eurostat, l’absence de quantification des résultats était impensable pour ces institutions. Pour l’équipe chilienne, l’analyse quantitative permettait de renforcer les analyses qualitatives et de préparer le terrain pour une enquête de plus grande envergure. Ces options en matière de traitement des matériaux conduisent à des protocoles différents : l’équipe française mais également Julien Chevillard ont interrogé les enquêtés de façon individuelle, afin de pouvoir mesurer les distances entre leur classement, de même que Lukas Neuhaus qui a conduit des entretiens biographiques très approfondis notamment avec des institutrices et des ingénieurs, pour mettre en relation leurs pratiques professionnelles et leurs logiques de classement, tandis que les autres équipes les interrogent de façon collective en se focalisant plus nettement sur les négociations entre joueurs.

18 Mais les différences sont également liées aux questionnements sociologiques et à l’adaptation du jeu de cartes aux contextes sociaux de ces pays. Ainsi, dans le cas chilien, l’équipe de chercheurs interroge de manière très large l’espace social (plusieurs cartes représentent des femmes au foyer) en fonction d’une série d’indices de positionnement dont le revenu et l’appartenance ethnique, le cas des indiens mapuches étant ici important. Sur les cartes, les profils présentés s’accompagnent d’une photo. À l’opposé, Julien Chevillard cantonne l’univers social dressé par les cartes aux seules professions dans le cadre d’un questionnement sur les représentations des différenciations professionnelles chez des personnes travaillant de part et d’autre de la frontière entre la Suisse et la France. Quant à Lukas Neuhaus, il s’inscrit dans un programme de recherche sur la manière dont les groupes professionnels se perçoivent mutuellement.

19 L’interprétation des résultats contient également les traces de ces questionnements originels. Franz Schultheis et ses collègues insistent surtout, par comparaison avec le cas français, sur la diversité plus grande des dénominations employées par les joueurs allemands. Ils en concluent qu’en Allemagne, l’État et la statistique publique n’ayant pas conceptualisé et diffusé une nomenclature socioprofessionnelle du type des CSP, la capacité des individus à dire les différences sociales avec un vocabulaire unifié est bien moins élevée qu’en France. En partant d’une problématique similaire, Julien Chevillard met l’accent sur le rôle de la socialisation d’origine dans l’intériorisation des normes de classements. Une socialisation professionnelle hors du contexte de socialisation d’origine ne modifie pas fondamentalement les représentations des positions sociales : les répondants frontaliers (français travaillant en Suisse) conservent des représentations proches de celles des répondants français travaillant en France et, partant, de la nomenclature française des PCS. L’équipe chilienne souligne de son côté le consensus autour d’une représentation unidimensionnelle et hiérarchisée de la société (les revenus et les diplômes étant fortement corrélés) mais insiste particulièrement sur le fait que ces inégalités ne sont pas décrites selon des catégories expertes de description du monde social mais plutôt sous la forme de jugements moraux, tout en maintenant un lien étroit avec une représentation en termes de classes sociales. Enfin, Lukas Neuhaus met en lumière les liens entre la logique de classification des ingénieurs, qui repose sur une vision organique et fonctionnelle de la société, et leur position dans le système productif.

20 Au delà de ces différences d’appropriation du dispositif d’enquêtes et de problématisation sociologique, l’intérêt nouveau pour ces travaux est la marque d’une préoccupation renouvelée pour la représentation des découpages du monde social et pour les logiques qui président à leur formation et leur intériorisation. Toutefois, alors que Luc Boltanski et Laurent Thévenot avaient pensé ce dispositif d’enquête dans un contexte de stabilisation de ces représentations (ce que confirmaient les résultats de l’enquête), les équipes de chercheurs qui l’utilisent aujourd’hui le font dans des espaces sociaux où ces représentations sont plus floues, moins affirmées politiquement et où le rôle des États en la matière est moindre ou remis en cause. Il s’agit alors de retrouver les chemins par lesquels ces sociétés se représentent leurs différenciations sociales. En cela, l’astucieux dispositif d’enquête des deux sociologues demeure encore aujourd’hui très fécond.

Notes

  • [1]
    Les auteurs remercient vivement Julien Chevillard, Emmanuelle Barozet et Oscar Mac-Clure pour avoir mis à leur disposition les premières analyses qu’ils ont tirées de leurs enquêtes ainsi que les matériaux de collecte. Les auteurs remercient également Laurent Thévenot et Franz Schultheis pour l’etretien qu’ils leur ont accordé.
  • [2]
    Notons toutefois, qu’en 1988, le petit manuel rédigé par Alain Desrosières et Laurent Thévenot (1988) sur les CSP rend accessible la plus grande partie des résultats et analyses de cet article dans son chapitre 3.
  • [3]
    INSEE, Formation aux nomenclatures sociales. Module de formation destiné aux agents de l’INSEE. Guide de l’animateur, mars 1982.
  • [4]
    INSEE, op. cit.
  • [5]
    La transformation des conditions de travail des agents d’exécution de l’INSEE ainsi que l’affadissement de leur métier sont d’ailleurs dénoncée en 1979 lors d’une grève des agents de l’atelier de Nantes.
  • [6]
    Cette filiation est présente dans le vocabulaire utilisé. Les deux sociologues y parlent « habitus », « domination », « capital culturel », « capital économique », « classements d’État », etc.
  • [7]
    Ce type de résultat est également bien montré dans les travaux qui, à partir de jeux similaires, portent sur les catégorisations ordinaires des enfants (Zarca, 1999 ; Pagis & Lignier, 2012).
  • [8]
    Le Groupe de Sociologie Politique et Morale est créée dans la foulée, en 1984.
  • [9]
    Thomas Amossé, op. cit.
  • [10]
    Les logiques de citations de « Finding one’s way » dans leurs travaux récents illustrent les évolutions respectives de leur démarche sociologique. Dans L’action au pluriel. Sociologie des régimes d’engagement, Laurent Thévenot, s’inscrivant dans les pas de Michel Foucault dans Les Mots et les choses, cite l’article pour rappeler « la pluralité des façons d’identifier » des personnes (Thévenot, 2006, p. 194). En revanche, Luc Boltanski insiste plus nettement sur l’ancrage d’un schème de représentation ordinaire de
    la société en classes par l’intermédiaire des CSP (Boltanski 2008, p. 123 ; 2009, p. 43, note 5).
  • [11]
    La même recherche dans l’index de citations Web of science donne 24 citations et dans le moteur de recherche Google Scholars 72 citations depuis 1983.
  • [12]
    Sur la faiblesse de ces rapports (mais leur intérêt), voir Mariot & Lignier (2013).
  • [13]
    En effet, l’intérêt de Luc Boltanski pour les taxinomies savantes et populaires l’avait incité à une lecture intensive des travaux de psychologie sociale, d’anthropologie culturelle et d’ethnométhodologie dont les références sont
    omniprésentes dans l’article. Par exemple, le jeu des classements s’inspire des techniques d’enquête de l’anthropologue Stephen Tyler et de l’ethnométhodologue Antony Coxon ; la distinction entre catégorisation critérielle et prototypique de la psychologue américaine Eleanor Rosch ; l’interprétation des processus d’identification à des groupes sociaux sont informés par les travaux du psycho sociologue suisse Willem Doise.
  • [14]
    Voir Annexe. Et sur le site de la revue, http://sociologie.revues.org/2441.
  • [15]
    Excepté l’équipe chilienne qui a repris le jeu des portraits.

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Étienne Penissat
Chargé de recherche CNRS au CERAPS, Universite lille 2 Droit et santé Faculté des Sciences juridiques - 1 Place Deliot BP 629 59024 LILLE CEDEX
etienne.penissat@univ lille2.fr
Cécile Brousse
Administratrice de l’INSEE, Laboratoire de sociologie quantitative (GENES / CREST)
cecile.brousse@travail.gouv.fr
Jérôme Deauvieau
Maître de conférences, Laboratoire Printemps (UVSQ, CNRS) et Laboratoire de sociologie quantitative (GENES / CREST) Laboratoire Printemps UVSQ 47, boulevard Vauban 78280 Guyancourt
jerome.deauvieau@uvsq.fr
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