CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1La comparaison de la situation des femmes et des hommes en matière de droits à la retraite a déjà fait l’objet de diverses études (Coëffic, 2002; Bonnet, Colin, 2000; Insee, 2004). De manière récurrente, ces dernières font apparaître des écarts importants de montants de retraite, en particulier en ce qui concerne les droits directs acquis en contrepartie de la carrière professionnelle. Si cet article rappelle les principaux résultats de ces études, il s’intéresse plus particulièrement aux disparités existant, non plus entre les sexes, mais parmi les femmes elles-mêmes. Les situations de ces dernières vis-à-vis de la retraite sont en effet spécifiques et, en tout état de cause, plus diversifiées que celles des hommes. Cette constatation a d’ailleurs amené le Conseil d’orientation des retraites (Cor) à préconiser des études détaillées sur les effets des réformes engagées pour « éviter les conséquences non souhaitables notamment pour les femmes » (Cor, 2001).

2Cet article a deux objectifs. Le premier consiste à relier la plus forte dispersion des pensions des femmes à l’hétérogénéité de leurs profils d’activité et de leurs situations sur le marché du travail. Dans un deuxième temps, nous envisagerons les évolutions possibles de ces disparités, en cherchant à nuancer l’idée – répandue – selon laquelle la dispersion actuelle des retraites des femmes se réduira avec la hausse de leur taux d’activité.

Les retraites des femmes sont nettement inférieures à celles des hommes

3Les écarts de niveau de retraite entre hommes et femmes observés en 2001 (Coëffic, 2002), en particulier en ce qui concerne les droits directs, s’expliquent en grande partie par le lien étroit entre les droits à la retraite et la carrière dans le système de retraite français. Ces écarts s’atténuent cependant lorsqu’on tient compte des dispositifs de validation gratuite – en particulier des avantages familiaux tels la Majoration de durée d’assurance (MDA) ou l’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) – et des avantages de réversion, dispositifs dont bénéficient majoritairement les femmes. Les écarts demeurent néanmoins importants. Ainsi, en 2001, les femmes retraitées âgées de 65 ans et plus percevaient en moyenne une retraite totale de 822€par mois, inférieure de 44 % à celle des hommes, qui s’élevait à 1 455€ par mois en moyenne (Coëffic, 2002). Cet écart atteint 56% si on se limite à l’avantage principal de droit direct. Ces niveaux de retraite plus faibles pour les femmes en font les principales bénéficiaires des minima de pension, en particulier pour les plus âgées d’entre elles. Ainsi, 62% des bénéficiaires du minimum vieillesse sont des femmes et, au-delà de 90 ans, 18% des femmes sont allocataires du minimum vieillesse, contre 9% des hommes du même âge (Chaput, 2004).

Les différences entre hommes et femmes se réduisent avec les générations

4Le second constat important, établi dans les études précédemment citées (Coëffic, 2002; Bonnet, Colin, 2000; Insee, 2004), souligne que les différences entre hommes et femmes ont tendance à se réduire avec les générations, sous l’effet de l’accroissement de l’activité et de la qualification des femmes. Ainsi, les générations les plus récentes ont cotisé en moyenne davantage que leurs aînées et l’écart de durées de cotisation entre hommes et femmes se réduit, même s’il demeure de plus de dix ans pour les retraités âgés de 65 à 69 ans en 2001 (Coëffic, 2002). La réduction observée pour les retraités actuels est pour l’instant lente car les générations à partir desquelles les comportements d’activité ont significativement changé sont les générations nées dans les années cinquante, qui ne partiront pas à la retraite avant 2010. Des travaux prospectifs, menés afin d’étudier ces évolutions, concluent à une poursuite de la réduction des écarts, sous l’effet de la hausse des taux d’activité féminins [1] et de l’importance des dispositifs d’avantages familiaux – avec en particulier la montée en charge de l’AVPF instaurée en 1972 (Bonnet et al., 2004). Ainsi, la durée de cotisation des générations 1965-1974, qui partiront à la retraite à partir de 2035, serait constituée à hauteur de près de 20% de durées validées au titre de la MDA pour enfants et de l’AVPF. La durée totale validée par ces femmes atteindrait ainsi 38,4 ans et 40,2 ans pour les hommes. La moitié des femmes de ces générations 1965-1974 bénéficieraient de l’AVPF, pour une durée moyenne de 5,2 ans. Mais, malgré ce mouvement de réduction des écarts, ces derniers demeureraient à des niveaux assez importants puisqu’en 2040, les retraitées âgées de 65 à 69 ans percevraient une retraite de droit direct inférieure de 29% à celle des hommes retraités (cf. tableau 1). Elle l’était de 52% en 2001.

Tableau 1

Ratio entre le niveau moyen de pension des femmes et des hommes, selon l’âge

Tableau 1
Tableau 1 Ratio entre le niveau moyen de pension des femmes et des hommes, selon l’âge 65-69 ans 70-74 ans 75-79 ans 80-84 ans 65 ans et plus 0,48 0,45 0,43 0,41 0,43Droit direct 2001 0,55 0,55 0,57 0,58 0,65Retraite totale 0,66 0,62 0,55 0,56 0,45Droit direct 2020 0,70 0,68 0,64 0,69 0,65Retraite totale 0,71 0,71 0,67 0,66 0,62Droit direct 2040 0,74 0,75 0,72 0,75 0,78Retraite totale Sources : Drees, Échantillon interrégimes de retraités (EIR) (2001) et Insee, Projections avec le modèle Destinie (2020 et 2040), extrait de Bonnet, Buffeteau et Godefroy (2004).

Ratio entre le niveau moyen de pension des femmes et des hommes, selon l’âge

Drees, Échantillon interrégimes de retraités (EIR) (2001) et Insee, Projections avec le modèle Destinie (2020 et 2040), extrait de Bonnet, Buffeteau et Godefroy (2004).

Des disparités plus grandes entre retraitées qu’entre retraités

5Les travaux sur les comparaisons entre hommes et femmes en matière de retraite se sont surtout intéressés aux évolutions des écarts de pension moyenne. Peu d’études, en revanche, abordent la question des inégalités au sein de chaque sexe, en particulier la très grande diversité des situations des femmes eu égard à leurs droits à la retraite, et ses possibles évolutions. Les disparités sont en effet nettement plus fortes pour les femmes que pour les hommes. De manière globale, on constate, par exemple, que pour les retraités de 60 ans et plus en 2001, le rapport interdécile du seul avantage principal de droit direct est deux fois plus élevé pour les retraites féminines que masculines (9,4 contre 4,5). À titre illustratif, on notera que 10% de femmes retraitées perçoivent moins de 151€par mois d’avantage principal de droit direct (530€pour les hommes), alors que 10% perçoivent plus de 1413€(2357€pour les hommes). Lorsqu’on considère les retraites totales, le rapport interdécile est plus faible et s’élève à 4,3 pour les hommes et à 7,0 pour les femmes, ce qui met en évidence le rôle important joué par les droits dérivés.

6Les sources de ces disparités globales sont multiples. On peut évoquer en premier lieu les différences entre générations, importantes chez les femmes alors qu’elles sont faibles pour les hommes. Le montant de l’avantage principal de droit direct des hommes est très proche quelles que soient les générations, du moins pour celles postérieures à 1915. En revanche, celui des femmes des générations 1931-1935 est supérieur de 18% à celui des femmes des générations 1916-1920 (Coëffic, 2002). Au sein des générations, les situations masculines sont aussi beaucoup plus homogènes que celles des femmes. En 2001, le rapport interdécile de l’avantage principal de droit direct s’élève ainsi à 10,0 pour les retraitées âgées de 65 à 69 ans (4,2 pour les hommes) et à 8,1 pour leurs aînées âgées de 80 à 84 ans (4,9 pour les hommes) [2]. Les différences entre les hommes retraités proviennent essentiellement de différences de qualification et de régime d’affiliation. Pour les femmes, les situations sont beaucoup plus variées. Elles reflètent non seulement ces différences de qualification et de régime d’affiliation, mais aussi la diversité des situations professionnelles et familiales.

7Chez les retraitées actuelles, une grande part des disparités s’explique par la fréquence des carrières incomplètes, voire courtes. Ainsi 7% des retraitées ont validé moins de dix ans à l’assurance vieillesse, 27% de dix à moins de vingt-cinq ans, alors que seuls 4% des hommes ont validé moins de vingt-cinq ans. En 2001,84,5% des hommes retraités ont validé une carrière complète contre 39,1% des retraitées (Coëffic, 2002). Cette faible part des carrières complètes se retrouve dans tous les régimes, mais en particulier au régime général. Or, ce dernier rassemble une part importante de retraitées puisque 56% d’entre elles y ont été affiliées de manière unique et 11,7% y ont validé la partie la plus longue de leur carrière (en cas d’affiliation à un autre régime). Dans le premier cas, seulement 32% des femmes ont eu une carrière incomplète et 39% dans le second cas. Même si on ne considère que ces retraités ayant validé une carrière complète, le rapport interdécile des avantages principaux de droit direct reste supérieur pour les femmes : il s’élève à 4,6 contre 3,9 pour les hommes. Cela s’explique en partie par des écarts entre les femmes, selon le régime d’affiliation, plus forts que pour les hommes. Par exemple, la retraite moyenne de droit direct des femmes unipensionnées du secteur privé avec une carrière complète représente seulement 58% de celles des unipensionnées de la fonction publique d’État. Pour les hommes, elle s’établit à 78%.

Les disparités restent importantes parmi les femmes d’âge actif

8Les disparités entre femmes restent donc marquées pour les générations de retraitées actuelles. Il est souvent évoqué qu’elles devraient se réduire à l’avenir, parallèlement à la hausse de l’activité féminine. Il semble cependant difficile de conclure de manière tranchée. En effet, la diversité des situations des femmes d’âge actif demeure actuellement plus forte que celles des hommes et la réforme des retraites d’août 2003, en élargissant le choix des individus en matière d’âge de départ en retraite, pourrait jouer à la hausse sur la dispersion des situations.

Tableau 2

Décomposition de la variation du taux d’activité des femmes entre 1982 et 2002

Tableau 2
Tableau 2 Décomposition de la variation du taux d’activité des femmes entre 1982 et 2002 Variation Variation du taux Variation du taux Variation de la part du d’emploi d’emploi du taux chômage à temps complet à temps partiel d’activité (a) (b) (c) (a)+(b)+(c) 20-29 ans 0 - 12,7 + 5,6 - 7,1 30-39 ans + 3,1 - 2,3 + 9,6 + 10,4 40-49 ans + 2,9 + 4,9 + 10 + 17,8 50-59 ans + 1,5 + 6,7 + 6,8 + 15 60-69 ans - 0,1 - 3,1 - 0,5 - 3,7 Sources : Insee, Enquêtes emploi 1982 et 2002. Note: on parle de «part» du chômage et non de «taux», car ces statistiques sont calculées par rapport à la population totale (comme le taux d’activité) et non par rapport à la seule population active, comme le voudrait la définition usuelle.

Décomposition de la variation du taux d’activité des femmes entre 1982 et 2002

Insee, Enquêtes emploi 1982 et 2002.

9Ainsi, bien que le taux d’activité féminin n’ait cessé de croître avec les générations, une femme sur cinq (18,9%) âgée de 25 à 49 ans ne participe pas au marché du travail en 2003, alors que ce n’est le cas que d’un homme sur vingt au même âge. Parmi les actives, les situations d’emploi sont également plus hétérogènes que chez les hommes : le taux de chômage est un peu plus élevé (10,9% contre 8,7% en 2003) (Bigot, 2004), les femmes sont davantage représentées dans les contrats aidés (elles représentent en 2002 environ les deux tiers des bénéficiaires d’un contrat emploi solidarité ou d’un contrat emploi consolidé), ces derniers n’ouvrant pas forcément des droits complets à la retraite. Par ailleurs, la hausse de l’activité des femmes s’est accompagnée d’une forte augmentation de l’emploi à temps partiel. En 2002, ce dernier concernait 29,7% des femmes en emploi, contre 5,1% des hommes (Insee, 2002). Il est important de souligner que le temps partiel n’est pas simplement lié aux âges de la maternité, mais qu’il est également fréquent en fin de vie active : ainsi 29% des actives en emploi âgées de 50 à 59 ans travaillent à temps partiel (la part des hommes dans cette situation est de 4,8%), ce qui a une influence importante sur le niveau de la pension de retraite (cf. infra ). Entre 1982 et 2002, le taux d’activité des femmes de 30 à 39 ans s’est accru de 10,4 points. Mais cette augmentation se décompose en une hausse de 3,1 points de la part du chômage (cf. note tableau 2), de 9,6 points de la proportion de femmes occupant un emploi à temps partiel, tandis que la part des femmes occupant un emploi à temps complet a baissé de 2,3 points (cf. tableau 2).

10Cette baisse de la proportion de femmes de 30 à 39 ans occupant un emploi à temps complet s’observe à la fois entre 1982 et 1992 (-1,1 point) et entre 1992 et 2002 (-1,2 point). Pour les autres tranches d’âge entre 25 et 59 ans, on n’observe pas de baisse du taux d’emploi à temps complet, mais sa progression est toujours inférieure à celle de l’emploi à temps partiel.

Graphique 1

Taux d’activité des femmes pour cinq générations

Graphique 1
Graphique 1 Taux d’activité des femmes pour cinq générations Sources: Insee, Enquêtes emploi 1977-2002.

Taux d’activité des femmes pour cinq générations

Insee, Enquêtes emploi 1977-2002.

11En définitive, si l’on observe une nette hausse du taux d’activité féminin de génération en génération (de 17 points par exemple entre les générations 1940 et 1960 entre 40 et 44 ans, cf. graphique 1), la hausse du taux d’emploi est plus limitée (+13 points pour le cas précédent, cf. graphique 2, p. 208) et celle du taux d’emploi à temps complet l’est encore plus (+2 points, cf. graphique 3, p. 208). Alors que les profils d’activité des femmes sont nettement plus variés que ceux des hommes, un autre déterminant important du montant des retraites, le niveau de salaire, est en revanche moins dispersé pour les femmes que pour les hommes [3]. Le rapport interdécile des salaires des femmes à temps complet du secteur privé est ainsi de 2,6 contre 3,2 pour les salaires des hommes. En effet, si en bas de l’échelle des rémunérations, les salaires des femmes sont relativement proches de ceux des hommes (le premier décile des salaires féminins représente 92% de celui des salaires masculins), l’écart se creuse en haut de l’échelle des rémunérations, et le neuvième décile des salaires féminins ne représente que 75% de celui des salaires masculins (Insee, 2004).

Graphique 2

Taux d’emploi des femmes pour cinq générations

Graphique 2
Graphique 2 Taux d’emploi des femmes pour cinq générations Sources: Insee, Enquêtes emploi 1977-2002.

Taux d’emploi des femmes pour cinq générations

Insee, Enquêtes emploi 1977-2002.
Graphique 3

Taux d’emploi à temps complet des femmes pour cinq générations

Graphique 3
Graphique 3 Taux d’emploi à temps complet des femmes pour cinq générations Sources: Insee, Enquêtes emploi 1982-2002.

Taux d’emploi à temps complet des femmes pour cinq générations

Insee, Enquêtes emploi 1982-2002.

Quelles évolutions possibles des disparités entre retraitées ?

12Cette diversité plus grande des profils d’activité des femmes, en termes de recours au travail à temps partiel ou d’interruptions d’activité, a des implications sur les disparités entre les montants de retraite. Colin et Mette (2003) calculent ainsi à l’aide de cas types l’effet de ces « aléas de carrière » sur le niveau des droits dans le secteur privé. Par exemple, une femme non cadre [4] de la génération 1950 qui a travaillé quarante ans dont quinze à mi-temps entre 30 et 44 ans pour élever ses enfants, perçoit une pension inférieure de 14,5% à celle d’une femme qui a toujours occupé un emploi à temps complet. L’effet est encore plus important si le temps partiel intervient en fin de carrière, dès lors que le profil de salaire est croissant (Coëffic et al., 2001). L’importance de la montée du temps partiel et de ses conséquences sur le montant des retraites a d’ailleurs conduit à l’adoption, dans la réforme des retraites de 2003, d’une disposition permettant aux salariés à temps partiel du secteur privé de cotiser sur la base d’un temps complet (art. 35, loi du 21 août 2003) et aux salariés de la fonction publique de décompter le temps partiel comme un temps complet pour le calcul de la décote.

13La plus forte hétérogénéité actuelle des profils d’activité féminine par rapport à ceux des hommes conduit ainsi à modérer le constat habituellement fait sur une réduction probable des disparités de retraite, réduction qui serait induite par la hausse de l’activité féminine. Cette prudence semble d’autant plus importante à adopter que les « désavantages » de carrière sur l’ensemble de la vie active risquent de se cumuler pour un certain nombre de femmes. Les interruptions d’activité, par exemple, ne se répartissent pas de manière uniforme au sein de la population féminine. Si l’on considère celles liées à la naissance d’un enfant, Méda, Wierink et Simon (2003) observent que « les femmes qui ont arrêté de travailler à la naissance d’un enfant sont majoritairement ouvrières ou employées, moins diplômées et avec plus d’enfants que leurs consœurs ayant conservé une activité professionnelle avec un enfant en bas âge ». Ainsi, si près de la moitié des femmes qui ont arrêté de travailler ont un diplôme inférieur au baccalauréat, cette part n’est que de 31% pour les femmes ayant poursuivi leur activité après la naissance. Selon les mêmes auteurs, « dans leur emploi précédent, les statuts des mères qui ont arrêté de travailler étaient plus précaires que pour celles qui ont continué : les CDD et l’intérim touchaient près d’une mère sur trois parmi les premières, contre moins d’une sur dix parmi les secondes ». Ce constat est aussi illustré par les études menées sur les bénéficiaires de l’Allocation parentale d’éducation (Ape). Ainsi, Bonnet et Labbé (2000) mettent en évidence que, à la suite de l’extension de l’Ape au deuxième enfant, « les femmes non qualifiées[5] avec deux enfants à charge, dont un de moins de 3 ans, se sont davantage retirées du marché du travail que les femmes qualifiées », le caractère forfaitaire de l’allocation et son montant la rendant plus attractive pour les non qualifiées.

14De même, alors que le temps partiel concerne une part importante des actives occupées, il est inégalement répandu selon la catégorie socioprofessionnelle. Peu pratiqué par les femmes cadres (11% des cadres d’entreprise sont à temps partiel), il touche à l’opposé plus de 45% des employées de commerce et plus de la moitié des personnels des services aux particuliers (Insee, 2002). La durée du temps partiel varie aussi selon les catégories socioprofessionnelles. Si près de six femmes cadres sur dix à temps partiel le sont pour une durée longue (plus de trente heures par semaine), c’est le cas de 40% des employées de commerce et de seulement 20% des personnels des services aux particuliers. Enfin, la distinction entre temps partiel choisi et temps partiel subi est importante, non car cette caractéristique influe sur les droits à la retraite, mais parce que la précarité semble plus marquée pour les femmes à temps partiel souhaitant travailler davantage (Bourreau-Dubois et al., 2001). Ainsi, selon Galtier (1999), « lorsqu’il est contraint, le travail à temps partiel est aussi souvent précaire et l’accès à la formation plus difficile ». En 2003,27,5% de l’ensemble des femmes à temps partiel souhaitaient travailler davantage (Bigot, 2004).

Conclusion

15La question des inégalités entre hommes et femmes dans le domaine des retraites est progressivement apparue dans les débats par le biais des réflexions autour de la réforme des retraites d’août 2003, des principes de droit européen (arrêt Griesmar du 2 octobre 2002) et des débats soulevés à l’étranger (Falkingham, Rake, 2001; Ginn, 2003; Veil, 2001). S’il faut poursuivre les travaux menés sur les écarts moyens entre hommes et femmes, il semble nécessaire de s’intéresser en parallèle à la question des inégalités au sein de ces deux populations. En particulier, on recense peu d’études traitant des effets, sur la dispersion future des droits à la retraite, de la combinaison des disparités sur le marché du travail et de la réforme de 2003, censée élargir les choix individuels. Cet article avait pour objectif d’illustrer le premier aspect en soulignant les caractéristiques de l’activité féminine et de son évolution. La hausse des taux d’activité féminins depuis une vingtaine d’années s’est en effet concrétisée, pour la plus grande part, sous forme de temps partiel pas toujours choisi. Par ailleurs, une hétérogénéité très forte parmi les femmes d’âge actif demeure, tant en matière de participation au marché du travail que de chômage ou de type d’emploi occupé. Le risque existe alors d’une certaine polarisation entre, d’un côté, des femmes qualifiées avec des carrières complètes – ou presque – et des temps de travail proches de 100% voire 80% choisis et, de l’autre, des femmes peu qualifiées avec des carrières interrompues et/ou des temps partiels de moindre durée hebdomadaire. Ce type d’approche semble intéressant à poursuivre, certainement de manière plus quantitative, afin d’évaluer l’influence sur les disparités de droits à la retraite de cette polarisation sur le marché du travail.

Notes

  • [1]
    L’hypothèse retenue dans ces travaux est un maintien après 2010 d’un écart de 10 points entre le taux d’activité des hommes et celui des femmes. Les hypothèses sur les taux d’activité sont très importantes dans ce type d’exercice puisque le niveau des droits à retraite est étroitement lié à l’activité professionnelle.
  • [2]
    Nous remercions Hélène Chaput (Drees, ministère de la Santé et de la Protection sociale) pour nous avoir fourni les statistiques de rapports interdéciles.
  • [3]
    Ceci s’observe sur les salariés à temps complet. La prise en compte des salariés à temps partiel accroîtrait la dispersion au sein des femmes et nuancerait ainsi ce constat.
  • [4]
    Avec un salaire qui croît linéairement de 0,5 fois le plafond de la Sécurité sociale en début de carrière à 1 fois le plafond en fin de carrière.
  • [5]
    Les auteurs appellent « non qualifiées » les femmes dont l’âge de fin d’études est inférieur ou égal à 19 ans.

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Carole Bonnet
Ined
Christel COLIN
Insee
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 01/02/2007
https://doi.org/10.3917/rs.043.0202
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