CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

Contexte

1Nous vivons une crise sanitaire et économique sans précédent : la pandémie de covid-19 a bouleversé non seulement le monde hospitalier mais également nos codes sociétaux. Les zones de contagiosité identifiées sont la bouche, le nez, les yeux, et les mains sont le vecteur principal de contagion. Se serrer la main ou se faire la bise pour se saluer sont aujourd’hui proscrits. Les gestes dits « barrières », visant à limiter les risques de contamination d’un individu à l’autre par évitement de contact, bouleversent jusqu’à nos habitus. Le masque est préconisé (1, 2). Cette distanciation d’autrui s’accompagne d’une distanciation de soi-même. Par l’usage de ses mains, l’individu devient l’objet potentiel de sa propre contamination par auto-inoculation (3). Le toucher du visage est un geste réflexe courant qui peut contribuer à la transmission du covid-19, et l’utilisation du masque est requis afin de diminuer la fréquence de contact avec la zone des muqueuses (1, 2).

Objectif

2Nous ignorons actuellement les implications psychocorporelles générées par la modification de cette gestuelle réflexe. Nous proposons dans cette étude d’étudier l’impact de la distanciation du rapport main/visage en situation de pandémie dans la constitution du soi corporel chez les soignants en première personne. Pour cela, nous nous appuierons sur des champs exploratoires issus des neurosciences et de la phénoménologie.

Cadre de référence

3Toucher son corps ou son visage avec ses mains de manière spontanée est un phénomène normal, que chaque individu expérimente quotidiennement. Un individu se touche, de manière consciente ou non, plus de 23 fois par heure en moyenne, en impliquant un contact avec une muqueuse dans 44 % des cas (3). Ces autotouchers faciaux spontanés (ATFS) varient en fonction de la charge cognitive et émotionnelle (4). La mise en évitement de la main et du visage vient ainsi questionner notre corporéité, tant dans sa dimension physique que symbolique.

4Les ATFS, généralement non conscientisés, relèvent de processus psychologiques et cognitifs largement étudiés (4-9). Ils s’effectuent avec l’une ou les deux mains, et impliquent des gestes comme le frottement, le grattage, la caresse, de toute partie de la surface du corps, des vêtements ou accessoires (7). Bien qu’ils semblent apparaître en réponse à des besoins sensoriels (démangeaison ou gêne), ils sont associés à une anxiété ou un inconfort sous-jacent et contribuent au réconfort et à la libération émotionnelle (4, 6, 7, 10). Enfin, les ATFS augmentent pendant les périodes de perturbation ou d’interférence attentionnelle (5).

5Les autotouchers sont centraux dans l’expérience de la possession du corps (11) et contribuent à la constitution de la conscience du soi corporelle (12, 13). Ils se définissent autour de socles perceptifs intra-, extracorporels et proprioceptifs qui interagissent (14-18). Les processus qui sous-tendent cette appropriation corporelle sont plastiques et peuvent être modifiés (19-21). Des études ont mis en évidence que le moi corporel est malléable, y compris le visage, et que, pour se reconnaître en tant que « moi corporel », il est nécessaire qu’il y ait une congruence des perceptions multisensorielles liées au corps ; ces cohérences cognitivo-sensorielles sont essentielles au développement de l’auto-reconnaissance (20, 22-24).

6Le « moi corporel » définit le sentiment de propriété corporelle à travers une dimension perceptuelle de son propre corps, il sous-tend le sentiment que mon corps m’appartient (25) en tant que sujet incarné (16), qui ne se limite pas à « avoir un corps » mais « être corps » (26). Cette appropriation du soi corporel est soumise à des différences subjectives de sensibilité liées au niveau d’incarnation du sujet (24) et d’intégration des signaux extéroceptifs et intéroceptifs (17, 27). Le toucher contribue notamment à la constitution du corps propre : « Le corps propre ne peut se constituer en tant que tel originairement que dans le toucher et dans tout ce qui trouve sa localisation avec les sensations de toucher » (28).

7Dans des conditions normales, les individus mettent en contact fréquemment leurs muqueuses nasales ou conjonctivales avec leurs doigts (3, 29). En situation infectieuse, comme la pandémie covid-19, ils s’exposent ainsi à un risque d’autoinoculation (30, 31). Plusieurs études montrent le lien entre le taux de contact main/visage et la prédiction du risque d’infection des voies respiratoires (3, 32). La présence de lésions cutanées du visage, même légères, liées au port du masque de protection, augmente la probabilité de se toucher le visage (31).

8L’expérience des autotouchers faciaux spontanés (ATFS) par les professionnels soignants exposés au virus covid a été récemment étudiée et met en évidence une modification des comportements avec une diminution marquée des contacts avec le visage lors du port de masque (1). Nous explorons dans cette étude l’expérience psychocorporelle générée par la modification des ATFS en contexte covid.

Méthode

9La présente étude est une recherche exploratoire et qualitative utilisant l’analyse interprétative phénoménologique (IPA) (33, 34). L’IPA est une des méthodes qualitatives majeures en psychologie de la santé d’inspiration phénoménologique. Elle permet d’explorer le vécu du sujet dans sa dimension expérientielle ; « le sens qui transparaît à l’intersection de mes expériences et à l’intersection de mes expériences et de celles d’autrui » (26). Le chercheur est personnellement engagé dans l’analyse, ainsi que le participant, dans une double herméneutique. Cette démarche exploratoire sous-tend l’engagement réflexif du participant pour accéder au sens de son expérience personnelle et l’engagement du chercheur pour analyser la démarche du participant (34). L’IPA est à visée compréhensive et implique une analyse détaillée et approfondie d’un phénomène particulier dans un contexte donné. Elle relève d’une démarche idiographique et repose sur un échantillon restreint.

10Un échantillon raisonné a été constitué de professionnels infirmiers travaillant en institut de formations paramédicales, tous portés volontaires pour le renfort covid, en poste en renfort depuis au moins trois semaines. Ils étaient engagés dans différentes missions avec un niveau d’exposition variable (tableau 1). Un entretien semi-dirigé téléphonique ou en visioconférence d’une durée de 45 à 50 minutes était réalisé à l’aide d’un guide d’entretien explorant les points suivants : conditions d’équipement, vécu du masque de protection, perception et gestion des ATFS (en service et à l’extérieur), et ajustements corporels éventuels. Dans le cadre de cette recherche incluant exclusivement des professionnels de santé, les participants étaient informés et leur non-opposition à participer à l’étude était recueillie par l’investigateur principal.

Tableau 1

Caractéristiques des participants

Tableau 1
Id Genre Âge Année de diplôme infirmier Statut actuel Type de service renfort covid Équipement Niveau d’exposition au virus 1 F 58 1982 ICF-IFSI Service de prélèvement covid MGLCST Élevé 2 F 56 1987 ICF-IFSI Service d’accueil patient covid MF Modéré 3 F 52 1989 ICF-IFSI Équipe mobile d’hygiène M Modéré 4 F 51 1987 ICF-IFSI Pôle mère/enfant cellule covid M Faible 5 F 37 2004 ICF-IFSI Soins de suite et de réadaptation MGLCST Élevé 6 F 46 1995 ICF-IFSI Service de prélèvement covid MGLCST Élevé 7 F 52 1991 ICF-IFSI Service de prélèvement covid MGLCST Élevé 8 M 54 1989 ICF-IFAS Équipe mobile d’hygiène M Modéré 9 F 46 1995 ICF-IFSI Équipe d’accueil et d’intégration des professionnels en renfort covid M Faible

Caractéristiques des participants

Légende : ICF-IFSI (Infirmier Cadre Formateur en Institut de Formation en Soins Infirmiers), ICF-IFAS (Infirmier Cadre Formateur en Institut de Formation Aide-Soignante), ICFP-IFSI (Infirmier Cadre Formateur Puéricultrice en Institut de Formation en Soins Infirmiers).
MF (masque FFP2), M (masque chirurgical), G (gants), L (lunettes/visière), C (charlotte), P (pyjama de bloc), S (surblouse), T (tablier jetable).

11L’analyse consistait en deux étapes : les transcriptions des entretiens individuels étaient lues plusieurs fois, puis codées pour identifier les premiers thèmes qui étaient annotés dans la marge. Débutait ensuite un travail de synthèse des propos par une analyse thématique. Les thèmes récurrents étaient repérés dans les différentes transcriptions. Ces thèmes représentent un partage de compréhension du phénomène en question entre les participants. L’ordonnancement est davantage analytique durant cette étape, l’objectif des chercheurs étant de donner du sens aux liens entre chaque thème. Certains thèmes étaient regroupés. Il s’agissait d’un processus dynamique et cyclique avec chaque transcription, menant à la fois à la production de données supplémentaires et à leur analyse subséquente. Les sous-thèmes et les thèmes ont été organisés en thèmes superordonnés, justifiant des convergences et divergences au sein des données et de la densité des phénomènes vécus (34). Deux chercheurs ont analysé l’ensemble des transcriptions pour renforcer la concordance des résultats. Les points de divergence étaient débattus dans des réunions régulières avec l’équipe de recherche.

Résultats

12Neuf professionnels ont été inclus dans l’étude (tableau 1). Les résultats sont organisés autour de quatre thèmes superordonnés explorant l’expérience psychocorporelle générée par la modification de leur gestuelle dans le contexte sanitaire du covid.

Auto-inoculation perçue et vécu du port de l’équipement de protection faciale

13Les représentations des participants sont hétérogènes, et le risque d’auto-inoculation perçu ne correspond pas toujours au niveau de risque d’exposition au covid.

14Le niveau d’acceptation corporelle de l’équipement de protection faciale est différent selon les professionnels et va de l’insupportable à l’acceptation aisée. Le sentiment de sécurité est généralement partagé par les participants mais il est plus influencé par la perception de l’équipement que par le risque d’exposition au covid-19.

Représentations du risque d’auto-inoculation

15Les représentations des participants face au risque d’autoinoculation évoluent différemment au fil de leur engagement dans les services. Certains se déclarent moins stressés, d’autres se disent plus vigilants qu’au début et acceptent plus facilement le masque de protection. Paradoxalement, l’habitude peut engendrer « la perte de la peur d’être contaminé » (participant 1) : « J’ai de moins en moins peur » (participant 2).

16Ainsi, plusieurs participants déclarent ne pas prêter attention au risque d’auto-inoculation : « Ça ne m’a pas du tout effleuré l’esprit » (participant 8) ; « Tu fais attention aux objets que tu touches mais pas que tu te touches toi » (participant 5) ; « Je n’ai pas peur de la contamination main/visage » (participant 2).

17D’autres participants, en revanche, expriment des préoccupations marquées pour le risque d’auto-inoculation au covid, faisant émerger des interrogations sur la manière dont ils pourraient se décontaminer le visage : « Les mains, tu peux te les laver. Le visage, tu ne peux pas te laver au savon de la même façon » (participant 3). « Tu te demandes : « Est-ce que ça marche le SHA [solution hydroalcoolique] sur les cheveux ? » » (participant 7).

Vécu du port de l’équipement de protection faciale

18L’équipement de protection porté à l’hôpital apporte un sentiment de sécurité. Les participants disent se sentir « très » (participant 7) voire « complétement protégé, pas du tout en danger » (participant 6) avec les équipements faciaux. Ils soulignent la dimension enveloppante du masque : « Le masque prend tout le menton, donc je suis protégée avec ça » (participant 2) ; « C’est comme une bulle » (participant 5).

19Les sujets bénéficiant d’équipements complets car plus exposés au covid-19 dans leurs services présentent un sentiment sécuritaire souvent plus fort à l’hôpital que lorsqu’ils sont à l’extérieur : « Là où je me sens en sécurité, c’est à l’hôpital ou chez moi » (participant 7).

20A contrario, certains participants, qui ne portent que le masque chirurgical, au regard du risque faible d’exposition virale, se sentent plus en alerte en milieu hospitalier : « Mon attention est exacerbée quand je suis à l’hôpital » (participant 9).

21Au-delà de la fonction protectrice face au risque viral, pour beaucoup, le masque contribue à permettre la prise de conscience des ATFS : « Si je n’avais pas de masque, peut-être que j’oublierais de ne pas toucher mon visage » (participant 3).

22Le sentiment des participants à l’égard du masque est néanmoins ambivalent ; si le masque apparaît à la fois sécurisant et protecteur, il est aussi décrit comme insupportable, très contraignant, enfermant ou étouffant : « Me mettre un masque, c’est une épreuve » (participant 2) ; « Ça te gratte, tu as chaud, ça te gêne pour respirer » (participant 6).

23L’expérience ressentie lors du retrait du masque de protection faciale est le sentiment de liberté et de retour à un comportement normal : « Je revis normalement, je retrouve une certaine liberté » (participant 7) ; « Le naturel revient » (participant 3).

24Pour d’autres, principalement ceux qui portent uniquement les masques chirurgicaux, la tolérance est souvent meilleure : « J’ai l’impression que je l’ai intégré assez facilement » (participant 4).

25Les gants sont peu investis par les participants. Ils sont qualifiés de « faux amis » (participant 7) et apparaissent plus contaminants qu’autre chose. La contrainte permet toutefois une protection dans certains contextes : « L’avantage, ça t’évite de te toucher le visage » (participant 3).

26Le lavage de mains est largement favorisé par l’ensemble des participants : « Au début, j’avais tout le temps des gants. Maintenant, je les mets de moins en moins, je me lave tout le temps les mains » (participant 2).

Facteurs d’influence du vécu des ATFS

27Le vécu des ATFS est influencé par des facteurs intrinsèques subjectifs. Parmi ces facteurs, nous retrouvons le niveau d’investissement du sujet à l’égard de son visage. Certains participants décrivent ainsi une faible attention portée de manière générale à leur visage, contrairement à d’autres. Ce niveau d’attention influence le vécu des ATFS. Il est à noter que la perception du risque d’auto-inoculation augmente le niveau d’attention portée au visage. Par ailleurs, les antécédents de santé concernant la zone du visage viennent modifier la perception des ATFS.

Visage perçu et ATFS

28Les participants décrivent un rapport singulier des ATFS à leur visage. Si certains considèrent se toucher fréquemment le visage (« Je touche mon visage, ça c’est sûr » (participant 1) ; « J’avais tendance à me toucher le visage » (participant 3)), d’autres expliquent qu’avant les modifications gestuelles générées par le covid, ils entretenaient un rapport distancié avec cette partie de leur corps : « Je n’avais pas de rapport avec mon visage, depuis que je porte un masque, je suis plus attentive, avant je ne faisais pas attention à mon visage » (participant 9) ; « Je ne faisais pas attention à mon visage » (participant 2).

29Pour la plupart des participants, le niveau de conscience des ATFS est augmenté dans le contexte du covid : « Je me touche le visage et j’en suis consciente, habituellement non » (participant 2) ; « Même si je savais que je me grattais le nez, avant le covid, je n’en avais pas conscience » (participant 7).

Antécédents de santé et ATFS

30Le récit des participants fait apparaître que l’expérience somatique du sujet impacte le rapport que celui-ci entretient avec certaines parties de son visage. Plusieurs participants expliquent avoir déjà eu besoin par le passé, pour des raisons médicales parfois mineures, d’effectuer des modifications ou adaptations de leur ATFS. Les ajustements corporels qu’ils ont adoptés par le passé leur ont permis, dans le contexte du covid, d’accepter les modifications gestuelles avec plus de facilité. Les antécédents peuvent être de nature dermatologique, ophtalmique, ORL ou allergique : « Je faisais déjà attention à ne pas me toucher le visage pour ne pas être contaminante. » (participant 5) ; « J’avais déjà l’habitude de ne pas me toucher les yeux » (participant 9).

31Ces ajustements sensori-moteurs peuvent être bénéfiques ou mésadaptés pour le risque d’auto-inoculation ; mais ils sont perçus comme essentiels pour le sujet : « Je fais attention aux yeux, le reste du visage ça ne m’inquiète pas » (participant 2).

32Parmi les autres facteurs cités influençant la pratique des ATFS, le port de lunettes est fréquemment cité. Il se manifeste de manière volontaire suite à la contrainte occasionnée par le masque produisant de la buée ou de manière réflexe : « Je faisais vraiment très attention à mes lunettes » (participant 5).

33Les atteintes cutanées liées au port du masque majorent également le risque d’ATFS : « Le masque FFP2 génère beaucoup de lésions sur le nez, les oreilles, ça te gratte, ça te blesse » (participant 6).

Adaptations psychocorporelles et ATFS

34Afin de supporter les contraintes liées aux gestes barrières et aux équipements, les professionnels interrogés ont mis en place différentes stratégies psychocorporelles.

Contrôle des ATFS par évitement

35Le contrôle gestuel par évitement est fréquemment évoqué : « J’évite de porter les mains au visage » (participant 7).

36Certaines stratégies répondent à une organisation sensorimotrice bien définie, qui consiste à mettre les mains en position chirurgicale pour les voir : « J’ai les mains devant moi, les paumes face au visage, les avant-bras relevés : le mouvement est bloqué » (participant 6).

37Si, pour la majorité des participants, ce contrôle par l’évitement est conscient et souvent coûteux psychiquement, certains ne le vivent pas de manière contrainte. Pour certains, c’est parce qu’ils ont le sentiment de ne pas - ou très rarement - se toucher le visage : « J’ai l’impression que je ne me touche presque jamais le visage » (participant 4).

38Soit parce qu’ils présentent deux organisations gestuelles conditionnées et distinctes : en situation habituelle sans port de masque où le participant pratique les ATFS, ou en situation d’exposition virale avec le port de masque où le participant contient sa gestuelle par évitement : « Quand je suis mal rasé, je me touche la barbichette. Paradoxalement, quand j’ai le masque, je ne le fais pas » (participant 8).

Contrôle des ATFS par occupation des mains

39La mise en action apparaît pour les participants comme un rempart contre les risques de contact mains-visage : « Quand tu es dans l’agir, tu oublies » (participant 1). Il s’agit alors d’avoir les mains occupées : « Quand tu as les mains occupées, peut-être que tu portes moins les mains au visage » (participant 5). Pour d’autres, l’action va se faire de manière incorporée et non consciente. Pour exemple, le participant 4, qui se sent peu exposé aux ATFS et présente une bonne tolérance au port du masque, utilise naturellement la manipulation d’objets comme interface entre les mains et le visage : « J’ai souvent quelque chose dans les mains, c’est rare que j’aie les mains inoccupées » (participant 4).

Stratégies corporelles compensatoires

40Plusieurs participants ont mis en évidence la suprématie du coude et/ou de l’avant-bras comme alternative à l’utilisation de la main. Cette partie du corps, qui n’est habituellement pas sollicitée dans les actes requérant de la motricité fine, devient un acteur corporel fondamental dans les actes du quotidien et pour pallier à la prévention de l’auto-inoculation : « Mon corps, je ne vais pas l’utiliser de la même façon, c’est plutôt mon coude que je vais utiliser » (participant 1) ; « On développe des techniques avec le coude » (participant 3).

41D’autres, qui pratiquent peu les ATFS, utilisent des gestes d’autotoucher sur des zones corporelles moins exposées au risque d’auto-inoculation : « En te parlant, je me rends compte que, des fois, je me touche la jambe ou le dos » (participant 4).

Implication des ATFS contraints et du port du masque de protection sur le soi corporel

42Les contraintes gestuelles singulières induites par le risque d’auto-inoculation génèrent des modifications des représentations de soi jusque dans les habitus corporels du sujet. Ces modifications impactent la dimension humaine vécue pour certains participants, jusqu’à une réification de son corps. Quant à l’acceptation du port du masque, il est perçu par certains comme faisant partie de soi, parfois dans une forme de résilience.

Modification des représentations du soi corporel

43Ces expériences corporelles contraintes génèrent des ressentis « particuliers » (participant 3). Les participants évoquent la perte de la congruence entre la volonté et l’agir : « Les mains, ça nous permet d’agir, et le visage, la tête… c’est tout le système cérébral. L’un va avec l’autre. Tu ne peux plus faire ce que tu veux. C’est un peu comme une barrière symbolique » (participant 1).

44Cette « barrière » entre les fonctions cognitives et exécutives a pour fonction la maîtrise de la gestuelle, la contenance de la dimension réflexe : « On est sous contrôle sans cesse » (participant 7) ; « Mon cerveau sait où est ma main » (participant 6).

45Le sentiment de propriété du corps, indispensable dans la construction du soi corporel, est affecté et ne permet plus de répondre à une perception cohérente du corps dans son entièreté ; le nez lui-même peut venir contrarier le vécu corporel des participants : « Mince, mon nez me gêne » (participant 5).

46L’effort de conscientisation que nécessite la maîtrise des ATFS génère une charge cognitive, une « fatigue mentale » exprimée par près de la moitié des sujets : « Quand j’ai conscience que je vais me gratter le bout du nez, je rationnalise, je réfléchis » (participant 9) ; « On est sous contrôle sans cesse, tu ne peux pas te laisser aller » (participant 7) ; « Des fois, tu t’oublies, tu es en discussion, tu mets ta main sur le front, il faut les conscientiser, c’est très particulier » (participant 3).

Habitus corporels et ATFS contraints

47L’organisation gestuelle du sujet est affectée. Les participants font apparaître une modification de leurs habitus corporels : « Ça change toute ta gestuelle » (participant 7).

48Certains évoquent la double implication corporelle de ces modifications, au niveau personnel et interpersonnel : « Tu ne dois pas toucher les autres et, en plus, tu ne dois pas te toucher toi » (participant 3).

49Pour d’autres, les ATFS sont intimement associés à eux : « Ça fait partie de mes rituels, ça fait partie de moi » (participant 1).

Sentiment de réification de soi

50Pour ces participants, le contrôle permanent de leurs gestes réflexes porte atteinte à leur dimension humaine : « Ils [les ATFS] font partie de toi, de ta personne, c’est retirer une part d’humanité » (participant 3). Ils soulignent la singularité de cette expérience de maîtrise de leur gestuelle : « C’est pas naturel de toujours réfléchir sur cet espace de ton corps au quotidien, c’est bizarre » (participant 3).

51L’implication corporelle vécue dépasse pour certains la question du contact main/visage et vient bouleverser un champ corporel plus large : « C’est au-delà des mains, c’est les bras, pour ne pas qu’elles bougent » (participant 3). Ce contrôle gestuel permanent place le sujet dans une crainte réifiée du corps : « On est en mode playmobil » (participant 3). Cette perception construit un modèle postural qualifié de « robotisé » (participant 3), où l’individu n’est plus le garant de son action.

Abandon du soi corporel

52Bien qu’à travers diverses expériences sensorielles le corps se manifeste au sujet (« Le corps se rappelle à toi sur des choses très banales » (participant 1)), l’acceptation de ces contraintes corporelles est souvent, pour les participants, conditionnée par une forme de négation sensorielle : « On est capable de complètement s’oublier, une forme de négation des gestes réflexes » (participant 7) ; « Tu t’habitues au masque, à la perte de sensation » (participant 1). Celle-ci s’accompagne pour certains d’un abandon du soi corporel, une forme de « résilience » : « Finalement, tu oublies que tu as ce masque, comme si ton corps, tu le lâchais un peu » (participant 1).

Dimension incorporée du masque de protection

53La place du masque dans le vécu corporel des participants peut être forte, indépendamment du type de masque. Certains soulignent avec étonnement la persistance de la sensation particulière de la présence du masque, même plusieurs heures après son retrait : « Quand je le retirais, j’avais cette sensation, même si je ne l’avais plus, qu’il était toujours là » (participant 9) ; « Le masque, tu le sens même quand tu ne l’as plus. J’ai eu cette sensation là quand je me douchais » (participant 5). Ce ressenti peut être accompagné de perceptions sensorielles, comme une sensation de pesanteur sur le visage (participant 9), qui manque lorsque l’on ne le porte plus : « Comme s’il me manquait quelque chose, comme les lentilles ou les lunettes » (participant 9).

Corps sali

54Le risque d’exposition virale dans lequel se trouvent les participants fait émerger une sensation de saleté : « Tu as cette sensation que tout est sale » (participant 5). Ce ressenti est largement partagé, souvent plus encore en dehors des murs de l’hôpital. La friction hydro-alcoolique et le lavage des mains sont largement plébiscités par les professionnels appelés en renfort. La préoccupation de l’hygiène des mains et des ongles devient pour certains presque obsessionnelle (participant 1) : « Mes ongles, je les taille, les récure deux fois par jour » (participant 8). Cette préoccupation est moins mentionnée pour le visage, même si elle est évoquée par certains participants. Elle génère parfois des inquiétudes et une modification des pratiques : « Le soir, je vais bien bien me laver le visage » (participant 3) ; « Quand je vois ma collègue porter son index à sa bouche, je me dis : tu n’as qu’une envie, c’est te décontaminer la bouche » (participant 7).

55Dans ce contexte, un des participants déclare appliquer de la solution hydro-alcoolique (SHA) sur son visage après avoir utilisé un téléphone : « Je nettoie même mon visage et mes lobes d’oreilles au SHA » (participant 9).

Discussion

56Les résultats de cette étude mettent en évidence que : 1) la perception du risque d’auto-inoculation diffère fortement selon les participants, sans lien avec le niveau d’exposition au virus (l’équipement de protection faciale est à la fois perçu comme très sécurisant mais aussi très difficile à supporter pour une large majorité des participants) ; 2) le vécu des ATFS en situation d’exposition au covid est associé aux dimensions incarnées du sujet (perception de son visage et antécédents médicaux) ; 3) trois types d’adaptations psychocorporelles sont mobilisés par les participants pour le contrôle des ATFS : le contrôle par l’évitement, le contrôle par occupation des mains et les stratégies corporelles compensatoires ; 4) ces contraintes corporelles modifient les représentations du soi corporel, au niveau de la gestuelle, du sentiment d’humanité ; elles génèrent une forme d’abandon corporel et un vécu de corps souillé.

57Les représentations du risque d’auto-inoculation varient fortement selon les participants. Comme le montre la littérature, près de la moitié des soignants ne se sentent pas à risque quant au fait de s’auto-inoculer le virus par les ATFS ; le sentiment oscille entre la peur et le déni quant au risque de contracter ou de propager le virus (35). Dans une récente étude, les représentations des soignants sur l’équipement de protection faciale ne sont pas concordantes avec le risque infectieux perçu (36). Bien que difficilement supportable par plus de la moitié des participants, le masque est perçu comme une barrière efficace contre le virus et son utilité n’est pas remise en cause, contrairement aux gants souvent considérés comme plus à risque d’auto-contamination ou de diffusion du virus. La perception du risque d’auto-inoculation relève donc principalement de critères subjectifs (36-38).

58Dans cette étude, nous avons mis en évidence l’influence de la dimension incarnée du sujet et avons identifié deux facteurs influençant la perception des ATFS : la perception de son visage par le sujet et ses antécédents médicaux. La manière dont le sujet perçoit son corps et les réajustements corporels que celui-ci a déjà mis en œuvre antérieurement vont influencer son vécu psychocorporel.

59Face aux contraintes gestuelles générées par le risque d’autoinoculation, les professionnels de santé se sont adaptés corporellement par différentes stratégies de contrôle (par évitement ou occupation des mains) ou compensatoires.

60Afin de répondre aux contraintes corporelles dans lesquelles il se trouve, le sujet modifie des pans de sa corporéité. Pour certains, ces imprégnations corporelles sont plus difficilement vécues. L’expérience des participants fait émerger une modification des représentations du soi corporel impactant ses habitus et son vécu. Pour certains, naissent un sentiment d’abandon de soi, une forme de résignation de la dimension du corps comme chair (39) jusqu’à une forme de réification. Pour d’autres, le masque de protection s’incorpore au sujet, faisant partie de lui. Pour une grande majorité enfin, le sentiment d’un corps sali génère des inquiétudes et des modifications de comportements vis-à-vis de l’hygiène du visage.

61Les implications psychologiques et corporelles qui en résultent viennent impacter les participants dans le vécu de leur « moi corporel ». Nous savons aujourd’hui que le sentiment de propriété du corps est essentiel pour être un soi conscient (25), et que « pour comprendre autrui (c’est-à-dire avoir de l’empathie) […] il faut construire un corps propre et le percevoir » (40). Pour les professionnels de santé, cette double dimension de soi et d’autrui est fondamentale.

Conclusion

62Les résultats mettent en évidence la charge cognitive et affective qu’implique le fait de contraindre les ATFS et de porter un masque de protection. Il existe une inégalité forte dans le vécu des ATFS contraints en situation de contamination, et ce vécu n’est pas positivement associé au niveau d’exposition au risque viral. Nous savons que les ATFS sont impliqués dans la constitution du soi corporel ; les implications psychocorporelles qui émergent de ces expériences sont parfois importantes, et nous ne savons pas à ce jour comment elles évolueront.

63Les recherches futures devraient étendre l’exploration des vécus incarnés des soignants exposés et contraints de manière durable dans leur gestuelle, supposant que les imprégnations corporelles pourraient y être majorées et potentiellement stables dans le temps. Nous soulignons, au regard de la variabilité des expériences vécues, l’intérêt d’accompagner les professionnels de santé dans l’expression de possibles répercussions psychocorporelles.

64Par ailleurs, le port du masque est aujourd’hui requis pour toute personne évoluant dans l’espace public, même les non-soignants ; au regard de l’impact de ce type de dispositif sur le vécu des participants, il serait important d’étendre ce type de recherche à visée compréhensive afin d’envisager des accompagnements explorant cette dimension corporelle expérientielle, du sujet contraint dans sa corporéité en situation pandémique.

Déclaration de conflits d’intérêts

65Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêts.

Français

Introduction : la pandémie de covid-19 justifie des gestes barrières et le port de matériel de protection, qui viennent contrarier les gestes réflexes d’autotouchers faciaux spontanés. Nous proposons d’explorer l’expérience psychocorporelle générée par la modification de cette gestuelle dans ce contexte sanitaire.
Méthode : étude qualitative menée auprès de neuf infirmiers(ères) portés(ées) volontaires en renfort. Entretiens semi-structurés analysés selon l’analyse interprétative phénoménologique.
Résultats : la perception du risque d’auto-inoculation n’est pas en lien avec le niveau d’exposition au virus. Le vécu des autotouchers est influencé par le niveau d’attention portée par le sujet à l’égard de son visage et par les antécédents médicaux en lien avec celui-ci. Trois sortes d’adaptations psychocorporelles sont mobilisées pour contrôler les autotouchers : le contrôle par l’évitement, le contrôle par occupation des mains et les stratégies corporelles compensatoires. Les représentations du soi corporel sont modifiées.
Conclusion : les résultats mettent en évidence la charge cognitive et affective que génèrent les autotouchers contraints et le port du masque de protection, et soulignent l’importance de s’interroger sur les implications de ces modifications sensori-motrices. Il apparaît nécessaire d’accompagner les professionnels de santé dans l’évaluation des répercussions psychocorporelles en situations pandémiques.

  • covid-19
  • soi corporel
  • soignant
  • autotouchers faciaux spontanés

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Marie Rose Moro
Professeure de pédopsychiatrie, Maison des Adolescents – Maison de Solenn, AP-HP, Hôpital Cochin, Laboratoire PCPP, Université de Paris, Centre de Recherche en épidémiologie et Santé des populations (CESP) - UMR U1018, Team DevPsy, Université Paris-Saclay, France
Jonathan Lachal
Maître de conférences universitaire, praticien hospitalier de pédopsychiatrie, CHU de Clermont-Ferrand, Université Clermont Auvergne, Centre de Recherche en épidémiologie et Santé des populations (CESP) - UMR U1018, Team DevPsy, Université Paris-Saclay, France
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Mis en ligne sur Cairn.info le 17/12/2020
https://doi.org/10.3917/rsi.142.0077
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