CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Au milieu de la décennie 1970, un jeune américain du nom de Peter Jenkins décide de parcourir les États-Unis à pied afin de faire connaissance avec ses habitants. Devenu un best-seller outre-Atlantique, A walk across America (1979), le livre qui restitue les pérégrinations du baroudeur en herbe, accorde un chapitre entier aux semaines passées en 1974 à The Farm, une petite société hippie établie dans le Tennessee. Celle-ci vient alors de souffler ses trois bougies d’anniversaire. Née dans l’élan de la vague contre-culturelle de la fin des années 1960, The Farm existe toujours en 2018. Dans le vocabulaire américain, ce collectif a statut de « communauté intentionnelle ». Il s’agit, autrement dit, d’un groupe désireux d’atteindre un but social, politique, spirituel, etc. déterminé et qui, pour ce faire, a fait le choix de vivre en se démarquant des normes dominantes dans le « grand monde ». Composées de cinq à six personnes a minima, les communautés intentionnelles accueillent des personnes qui vivent et travaillent ensemble. Elles partagent par ailleurs de nombreuses ressources (terres, logements, revenus...).
À sa naissance, The Farm est un groupe de communard(e)s dont les liens sont avant tout de nature spirituelle. Au début des années 1980, il change d’orientation et de mode d’organisation pour se transformer en ce que j’appellerai une « communauté sociétaire ». À l’aide d’une grille de lecture wébérienne, l’ambition de cet article est de s’appuyer sur l’histoire de ce collectif bien connu outre-Atlantique pour mettre au jour quelques difficultés à faire vivre durablement des petites sociétés alternatives à la grande et pour apprécier les options retenues par ses membres afin de dépasser les obstacles rencontrés au fil des années…

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L’expérience de The Farm, une communauté intentionnelle établie dans le Tennessee depuis 1971, permet de tirer des leçons intéressantes quant à la capacité d’un groupe social à faire société autrement. À l’aide d’une grille de lecture d’inspiration wébérienne, de témoignages et d’observations participantes, il est possible de mettre en évidence les régulations et les pratiques dominantes dans les deux périodes importantes qui ont scandé la vie de The Farm. De 1971 à 1983, la communauté fonctionne sous un régime de domination charismatique, sous l’égide d’un leader spirituel. Pour passer outre les difficultés matérielles qu’elle rencontre, elle entame ensuite une mue sociétaire qui la conduit à composer avec le monde extérieur. Paradoxalement, c’est en s’appuyant sur ce dernier que The Farm réussit finalement à s’imposer durablement comme une petite société alternative.

Mots-clés

  • Communauté
  • utopie concrète
  • The Farm
  • États-Unis
  • charisme
  • Max Weber
Michel Lallement
Professeur de sociologie, Lise-cnrs, Conservatoire national des arts et métiers (Paris).
michel.lallement@lecnam.net
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Mis en ligne sur Cairn.info le 19/09/2019
https://doi.org/10.3917/nrp.028.0015
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