CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 Pour l’anthropologue Louis Jacques Dorais (2004 p. 1-2), « il y a probablement autant de façons de définir l’identité qu’il existe de spécialistes en sciences sociales ». D’un point de vue philosophique, il existe différentes conceptualisations de l’identité : d’un côté l’identité comme substance (être), de l’autre l’identité comme processus (construction et devenir). Processus qui, pour Marie Rose Moro (2004, p.12), représente une « construction dynamique et à renouveler constamment dans la relation à l’autre ». Ainsi nous nous appuierons sur cette dernière idée, d’un processus dynamique, pour décrire les spécificités de construction identitaire chez les adolescents adoptés. Mais faisons tout d’abord un détour par certains concepts théoriques abordant la notion d’identité, avant d’évoquer la problématique de cette recherche.

2 Socialement, la construction identitaire correspondrait à l’appropriation lente et subjective de données objectives « auto attribuées » : le sexe, la famille, l’insertion sociale de celle‑ci. Chaque individu possède alors sa propre conscience identitaire qui le rend différent de tous les autres.

3 Pour Erickson (1972), la notion d’identité débute dès l’enfance et se poursuit tout au long de la vie. Cette notion d’identité implique une construction jamais achevée du moi, de sorte que son unité n’est jamais à l’abri de crises, de replis défensifs ou encore de synthèses et resynthèses. L’identité du moi rend alors possible la médiation entre les évolutions internes et externes de l’individu et permet la solidarité avec les idéaux et aspirations du groupe d’appartenance. En effet, à certains stades de son évolution l’enfant perd une plénitude essentielle, des crises aiguës surviennent et déclenchent des réajustements. L’enfant peut à ce moment là se structurer sur un mode totalitaire, une catégorie étant érigée en absolue, inclusive et exclusive. Ce recours au « totalisme » ayant momentanément valeur d’adaptation et de survie doit être dépassé. C’est au moi qu’incombe la tâche d’assembler, de resynthétiser les différents stades et aspects conflictuels de la vie dans une plénitude.

4 Après la séparation avec la mère et le stade œdipien, c’est à l’adolescence que survient la troisième crise de plénitude. Stade caractérisé par diverses mutations et transformations : au niveau de la croissance physique, de la maturation génitale et de la conscience sociale. L’enfant perd sa plénitude essentielle pour accéder au « sentiment d’identité intérieure », comme il l’a été nommé par Erickson. Il doit intégrer ce qu’il était enfant avec ce qu’il sera adulte. Ce « sentiment d’identité intérieure » ne pourra se développer qu’après la résolution de la crise d’identité, celle‑ci nécessitant le recours à de nouvelles identifications avec les pairs (Erickson, 1972).

5 Chez les adolescents adoptés, cette construction identitaire devient plus complexe encore. Malgré le principe fondateur en France de l’adoption plénière (1966) qui consiste à annuler la première filiation [1], ces adolescents sont bien porteurs psychiquement d’une double filiation adoptive et biologique. Ils incarneront d’autant plus l’interrogation filiative ascendante (Gutton, 2001).

6 Des questions émergent dans la littérature, comme celle d’aller ou non à la rencontre de ses origines, en développant des liens avec le pays de naissance et sa culture (Skandrani, Harf, 2012). En France, les auteurs insistent majoritairement sur le risque de laisser l’enfant à la place de l’étranger en mettant sur le devant de la scène familiale la question des parents biologiques et du pays de naissance (Neuburger, 1995 ; Soulé, 1995 ; Levy Soussan, 2002 ; Sellenet, 2009).

7 À l’opposé, dans la littérature anglo-saxonne, les auteurs insistent sur l’importance pour l’enfant de l’appropriation intensive de ses origines (Simon et Alstein, 1987 ; Bartholet, 1993 ; Yngvesson, 2011 ; Randolph et Holtzman, 2010). Être fier de sa couleur et de son héritage culturel, développer une identité culturelle forte en gardant des liens avec la culture du pays de naissance permettrait, selon ces études, d’accéder à une meilleure estime de soi (Lee, Quintana 2005).

8 L’adoption visible, c’est‑à-dire se révélant par la différence d’apparence physique entre l’enfant et ses parents adoptifs, rajoute encore de la complexité au phénomène de construction identitaire chez l’adolescent adopté (Harf et al, 2006). En effet, l’identité concerne la façon dont le sujet veut être reconnu et se faire reconnaître aux yeux des autres. C’est aussi la façon de se reconnaître intimement et socialement. Elle concerne souvent les identifications secondaires (Golse, 2009).

9 Lorsqu’on évoque l’« altérité visible », nous faisons souvent référence à la période des identifications secondaires. Il semble important de garder à l’esprit que l’adolescent adopté ressent souvent le poids des représentations du groupe dominant alors que son cheminement identitaire progresse. Parler d’altérité c’est parler de l’« autre », du différent du soi, de l’hétérogène. Mais différent en fonction de qui ? De quels critères ? Cela suppose d’avoir une entité de référence pour y déceler un élément étranger. Si l’autre est différent, cette différence s’établit en fonction de la définition que le groupe dominant se donne de lui-même, son identité. L’altérité est un construit qui nous permet de nous distinguer d’un autre. On parle fréquemment pour les adolescents adoptés ou pour les populations migrantes ou d’enfants de migrants de première ou seconde génération de cette « altérité visible » pour marquer cette provenance d’un ailleurs, lisible par une expression morphotypique, et les marques que cette altérité peuvent entrainer dans les représentations groupales.

10 Pour rejoindre cette idée, Pap Ndiaye, historien français, a nommé « l’identité fine », définie comme l’identité projetée par l’autre : « L’identité fine délimite un groupe qui n’a en commun qu’une expérience de l’identité prescrite » (Ndiaye, 2008, p. 48). L’identité fine est associée historiquement à des expériences de domination subie. S’en différencie « l’identité épaisse », qui se fonde sur une histoire, des références communes, une langue et se maintient essentiellement dans la sphère privée. L’identité épaisse est subjective, complexe, plurielle (Skandrani et al., 2012).

11 L’apparition d’une « altérité visible » témoignant de la provenance d’un ailleurs est une des facettes de la construction identitaire. Fréquemment, la société renvoie des représentations négatives aux adolescents adoptés en lien avec cette étrangeté. Ils doivent intégrer dans leurs questionnements identitaires de potentielles expériences de racisme et discrimination.

12 Comment s’organise alors la construction identitaire des adolescents adoptés dans le cadre d’une adoption internationale ? Quels sentiments d’appartenance revendiquent‑ils ? Entre filiation et affiliation, comment se construit leur métissage ? Cette recherche a pour but de montrer les affiliations complexes de ces adolescents adoptés, processus moteur dans leur construction identitaire. Nous faisons l’hypothèse qu’au delà de l’intérêt porté à l’une ou l’autre culture, l’adhésion des adolescents à certains sentiments d’appartenance traduit les enjeux qu’entraîne chez eux cette double filiation. Les conflits de loyauté et le rapport à la dette qu’ils entretiennent à la fois avec leurs parents adoptifs et leurs parents biologiques sont des éléments essentiels qui encadrent ces processus (Moro, 1998).

Méthodologie

13 Sept adolescents, âgés de 13 à 19 ans, adoptés de façon plénière dans un autre pays que la France, ont participé à cette étude. Trois de ces adolescents ont été rencontrés par le biais de la consultation adoption de la Maison des Adolescents à l’hôpital Cochin, trois via des associations de parents en population générale et une adolescente a été rencontrée dans un service d’hospitalisation pour adolescents à Nantes.

14 Cette recherche utilise comme outil méthodologique un entretien semi structuré qui explore les liens et les représentations de l’adolescent de son pays de naissance, les sentiments d’appartenances culturelles et les expériences de racisme et de discrimination. Le guide d’entretien a été construit par l’équipe de recherche « adoption internationale » de la Maison des Adolescents de l’hôpital Cochin, en se basant sur la revue de la littérature française et internationale (le guide d’entretien est présenté en annexe). Chaque entretien a été enregistré audio-numériquement puis retranscrit. Les entretiens durent chacun environ une heure. La méthode d’analyse utilisée pour les entretiens est une méthodologie qualitative (Interpretative Phenomenological Analysis). Dans les critères de rigueur, on valorise l’expression détaillée des données et la place de la subjectivité dans l’interprétation. Dans le cadre de cette recherche, un des critères de rigueur supplémentaire fut la validité inter-juge : nous avons en effet confronté nos données avec les différents participants de la recherche pour chacune des analyses réalisées. Les entretiens sont anonymes, comme le recommande la loi informatique et liberté, et détruits en fin de recherche. Toute donnée qui permettrait d’identifier un sujet est écartée. Ce projet a été soumis au Comité d’évaluation et d’éthique pour la recherche biomédicale (CEERB), chargé de garantir que la recherche est valide et éthiquement acceptable. Il a été accepté après relecture à la session du 29 mars 2011 par le groupe hospitalo-universitaire Nord (N° IRB00006477).

15 Après avoir reçu une information claire par oral et écrit au sujet de la recherche, les consentements étaient demandés à la fois aux parents (pour les adolescents mineurs) et aux adolescents par écrit. Une fiche d’information est remise à chaque parent et adolescent.

Résultats

16 Les sept adolescents inclus dans l’étude sont présentés dans le tableau 1 : Deux des sept adolescents (Ruda et Vincent) appartiennent à la même fratrie.

Tableau 1 : Sept adolescents adoptés à l’international ayant participé à la recherche

Famille Prénom Pays d’origine Âge actuel Âge d’adoption Fratrie Scolarité Suivi psy
A Anna Guatemala 16 ans 19 mois 3 enfants biologiques du couple âgés de 26, 24 et 20 ans 2de Redoublement oui
B Ruda Lituanie 13 ans 6 ans 3 enfants biologiques du couple âgés de 32, 28 et 27 ans et un frère adopté, Vincent, de la même fratrie biologique qu’elle, âgé de 14 ans 4e oui
B Vincent Lituanie 14 ans 7ans et
demi
idem 3e oui
C Luis Brésil 19 ans 1 mois Unique enfant adopté par une mère célibataire Bac pro oui
D Stéphane Bulgarie 15 ans 3 ans 2 enfants biologiques du couple âgés de 11 ans et 7 ans 3e oui
E Stéphanie Madagascar 18 ans 3ans 3 frères adoptés Étudiante non
F Luminita Roumanie 19 ans 4 ans Unique enfant adoptée Étudiante non

Tableau 1 : Sept adolescents adoptés à l’international ayant participé à la recherche

17 L’analyse qualitative phénoménologique des entretiens menés auprès des adolescents permet de dégager trois thèmes principaux :

18

  • – les appartenances culturelles
  • – l’altérité visible
  • – le voyage au pays de naissance

Appartenances culturelles

19 Trois sous thèmes ont pu être dégagés au sein du thème des appartenances culturelles :

20 – Le sentiment d’appartenance au pays de naissance est‑il plus prononcé quand les parents adoptifs s’intéressent à la culture du pays de naissance ?

21 Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les adolescents rencontrés mettent en avant que l’« éducation à la culture de naissance » par les parents adoptifs dès leur plus jeune âge ne devient pas déclencheur d’un désir chez eux plus prononcé de rencontre avec la culture de leur pays de naissance. Il semble que cette part d’inconnu, de culturel, qui échappe aux parents adoptifs car elle renvoie à la période précédant l’adoption, correspond à la zone de liberté à respecter chez l’adolescent. Les adolescents peuvent alors s’opposer aux liens avec le pays de naissance si ceux‑ci sont portés par les parents adoptifs.

22 « C’est-à-dire que moi, ma mère elle m’a souvent beaucoup, elle m’en a vraiment beaucoup parlé… elle m’a proposé beaucoup de choses que j’ai refusées » (Luis).

23 D’un autre côté, il ne faut pas nier qu’une implication des parents, quand elle n’apparaît pas trop intrusive, autorise aussi l’adolescent à pouvoir aller rechercher davantage d’éléments sur la culture de son pays de naissance.

24

« Je ne cuisine pas forcément moi mais ma mère oui […] y’a ma mère qui a acheté un CD d’une femme roumaine qui chante alors je l’écoute ».
(Luminata)

25 L’implication des parents ne ressort donc pas comme une condition nécessaire (parfois au contraire) pour que l’adolescent développe des sentiments d’appartenance à la culture du pays de naissance.

26 – Identité « géographique » et nationalité : leurs influences dans le sentiment d’appartenance

27 Quatre adolescents sur les sept interrogés utilisent pour se définir l’identité « géographique », comme pour clarifier les concepts d’appartenance, d’identité, de nationalité qui seraient confus. En effet, alors que ces derniers pourraient associer leur sentiment d’appartenance française aux liens créés avec des pairs ou leur famille adoptive, la grande majorité associe cette « identité française » au lieu géographique et à la reconnaissance légale.

28

« Je me sens Français parce que j’habite la France, j’ai la nationalité » (Stéphane).
« Je me sens plutôt Français parce que je vis en France » (Vincent).
« Moi en tant que Française […] parce que je vis sur le territoire français » (Ruda).
« Que Française parce que je vis ici et sur mon passeport bah, j’suis Française » (Luminata).

29 – Appartenances culturelles et relations aux pairs : quelles conclusions ?

30 Cinq adolescents sur les sept interrogés revendiquent leurs liens avec d’autres adolescents adoptés.

31

« Après dans mon collège, j’ai une autre amie qui est adoptée, en Bulgarie aussi ».
(Stéphane)

32 L’affirmation et la reconnaissance de l’histoire de l’adoption semble plus évidente que l’affirmation de la provenance d’un ailleurs et d’une altérité même si, par essence, l’adoption internationale le sous-entend. C’est à dire que les affiliations se feront plus avec les adoptés qu’avec les migrants ou enfants de migrants.

33 Pourtant, certains adolescents décrivent leurs relations avec des enfants de migrants, mettant en avant une même confrontation contre les discriminations.

34

« Et euh j’avais un ami maghrébin et il me disait la même chose, moi dans la rue on me voit différemment ».
(Luis)

35 Ce groupe d’appartenance permet à l’adolescent de s’identifier à ses pairs et de partager une « apparence étrangère » commune.

36 Parfois ces affiliations qui ont une fonction si importante au moment de l’adolescence restent complexes. En effet, cette complexité témoigne de la temporalité nécessaire à respecter face à l’appropriation que le jeune adopté devra faire de sa provenance d’un ailleurs.

Altérité et différences

37 Trois sous thèmes se dégagent :

38 – La couleur de peau et ses intrications dans la construction identitaire

39 La couleur de peau peut paraître comme posée sur soi et montre quelque chose de l’intimité, la première filiation, le déchirement de l’abandon.

40

« Je garde une partie bulgare sur moi ».
(Stéphane)

41 Le corps, les gènes affichent une réalité concrète bien différente de la réalité psychique de l’adolescent adopté. À cette temporalité nécessaire pour la construction identitaire, les visions assimilationnistes s’ajoutent, donnant à cette couleur de peau un poids supplémentaire. Elle devient, pour plusieurs d’entre eux, un complexe car elle assimile au statut d’étranger et expose aux discriminations.

42

« Du fait que je sois différent […] ma couleur de peau… […] il y a toujours des petites discriminations, des gens qui […] généralisent vachement le fait immigré, couleur de peau différente en fait. C’est parce que souvent moi […] on me parle d’immigration et de délinquance, je ne vois pas souvent le rapprochement ».
(Luis)

43 Plusieurs adolescents parlent de l’« oubli » de la couleur de peau.

44 Anna, par exemple, peut reconnaître qu’elle « oublie souvent oui » sa différence de couleur.

45 – Les expériences de racisme et discrimination et le « fantasme d’expulsion »

46 À l’approche des élections présidentielles, avec la montée du Front National, on a pu observer que naissait chez certains adolescents adoptés ce que nous avons nommé un « fantasme d’expulsion », source d’une angoisse importante. Ce fantasme, très en lien avec les angoisses d’abandon, révèle une crainte de réactivation du traumatisme antérieur, être renvoyé dans le pays de naissance, être confronté à la famille biologique, revivre l’abandon.

47 « Marine le Pen, on en a parlé, c’est‑à-dire que moi ça a… je me suis posé cette question, si je n’étais pas français et que j’étais là, si je n’avais pas la nationalité… est‑ce que je partais quoi ? » (Stéphane).

48 – La notion de « chance »

49 Le mot « chance » et ses conjugaisons sont cités à plusieurs reprises dans les récits des adolescents adoptés. Cette référence si prégnante à ce concept fait penser à une forme de croyance en un destin. Quelque chose d’extérieur à soi, non maitrisable. Indirectement, la chance témoigne aussi de l’arrivée de quelque chose d’illogique, voire de non mérité qui coïncide bien avec l’idée de la dette.

50

« Je passe ma vie à me dire que tout s’est joué sur la chance », « le fait d’être adoptée c’est quand même pas une chance qui est donnée à tout le monde » (Stéphanie).
« Je vois la chance que j’ai eu et pour moi c’est injuste que moi j’ai eu cette chance et qu’un autre pas du tout » (Luis).

51 À travers cette seconde partie, on constate que ce n’est pas la provenance d’un ailleurs que l’adopté doit progressivement s’approprier mais bien la violence de cet ailleurs, cette étrangeté, qui lui est brutalement renvoyée. C’est ce miroir indélébile qu’il doit métaboliser. Il oublie sa couleur de peau, un refoulement peut être nécessaire initialement, qui renait indubitablement à travers les expériences de racisme et discrimination. Sont alors rappelés tous les enjeux de la filiation adoptive, c’est‑à-dire la chance d’avoir été adopté, se sentir redevable vis à vis de ses parents adoptifs, se sentir coupables vis à vis des siens, ceux du pays de naissance, les orphelins qui sont restés là bas. Une culpabilité qui fait souvent écho à plusieurs autres. Culpabilité vis à vis des parents biologiques d’aimer ses parents adoptifs et de s’intégrer dans cette nouvelle vie, celle du pays d’accueil. Culpabilité intrinsèque au petit enfant qui pense avoir été abandonné parce que probablement, dans ses pensées, il a été mauvais. Ainsi, ce cheminement identitaire entraine des oscillations permanentes entre différents sentiments d’appartenance mais aussi différents affects chez les adoptés. Nous verrons dans la troisième partie comment le voyage retour dans le pays de naissance peut être un amplificateur de ces oscillations identitaires.

Voyage retour dans le pays de naissance

52 – Enjeux du voyage : Projets avec la famille adoptive et désir de rencontre avec la famille biologique

53 À qui appartient le désir de faire ce voyage ? Et quel est le sens qui lui est donné ? Car il peut devenir extrêmement déstructurant pour un adolescent ne s’y sentant pas prêt. Ce voyage soulève, sur un temps bref, des questions au sujet des origines qui ont parfois mis plusieurs années à émerger, tant par la souffrance et les incompréhensions qu’elles entraînaient que par la loyauté que l’adolescent adopté ressentait pour ses parents adoptifs, empêchant ses interrogations. Changeant donc de temporalité, ce voyage plonge brutalement et physiquement directement l’adolescent au cœur d’un cadre culturel qu’il a déjà connu ou simplement effleuré.

54 En parlant de son voyage de retour, Luminata ne s’était pas sentie prête pour la visite à l’orphelinat :

55

« J’aurais pu aller exactement à l’endroit où j’étais, mais euh finalement j’y tiens pas plus à cœur que ça ».

56 Plus tard, peut-être, elle en décidera autrement. Elle et ses parents adoptifs respectèrent cette temporalité.

57 Ruda nous décrit la rencontre avec ses sœurs biologiques. Cette description témoigne de l’intensité des retrouvailles face auxquelles les adolescents sont confrontés :

58

« Quand je suis arrivée dans l’appartement il y avait mes sœurs et je les ai trouvées en larmes ».

59 – Asymétrie entre pays d’accueil et pays d’origine

60 Le voyage met en lumière les asymétries entre pays d’accueil et pays d’origine. Ce qui peut parfois douloureusement exacerber l’idée de dette. L’adolescent adopté se sent en dette vis à vis de ses parents adoptifs. Ils lui ont apporté tout ce confort. Il se sent en dette vis à vis de ses frères et sœurs biologiques ou compagnons d’orphelinat car ils sont restés là bas. Il a été privilégié par rapport à eux.

61

« Enfin maintenant qui vivent toujours, soit dans la misère, soit à un fil de la mort ».
(Luis)

62 Ce voyage renforce aussi les conflits internes, replaçant l’adolescent physiquement dans un lieu où les personnes qui l’entourent lui ressemblent, au cœur de sa problématique identitaire et de ses positionnements affiliatifs.

63

« On se fond un peu dans les gens, dans le paysage ».
(Anna)

Perspectives transnationales

64 Parfois naissent de ces voyages des perspectives transnationales. Certains veulent apprendre la langue, travailler dans les deux pays.

65

« On a envie d’y retourner plus souvent » (Vincent).
« J’aimerais apprendre la langue […] passer mon service militaire là bas[(…] peut être y vivre d’ailleurs » (Luis).

66 Certains ne veulent pas faire ce voyage, d’autres l’ont fait seul ou en famille. Certains y retournent ensuite plusieurs fois. La simple idée du voyage fait naître les contradictions dans l’esprit des adoptés car elle exacerbe les oscillations entre les différentes positions identitaires. C’est pourquoi certains pensent aller y travailler alors qu’ils n’ont pas réussi à franchir le pas géographique de ce voyage retour. L’adolescent adopté est replacé physiquement dans un environnement où psychiquement il est très sollicité. D’une part, par l’idée, parfois lue en filagramme, d’une rencontre avec la famille biologique, puis par la ressemblance avec les habitants du pays d’accueil ou encore la prise de conscience de cette asymétrie socio-économique. Ce voyage inscrit dans le réel tout ce qui a pu être fantasmé pendant des années au sujet du manque. Ainsi, on conçoit qu’il puisse avoir un impact majeur dans le processus de construction identitaire chez l’adolescent.

Discussion

67 L’hypothèse de ce travail supposait que les sentiments d’appartenance et affiliation que les adolescents entretiennent avec la culture du pays de naissance étaient très en lien avec les enjeux des deux filiations auxquelles ils appartiennent. Les conflits de loyauté et sentiment de dette réfrènent sans cesse la possibilité d’affiliation avec le pays de naissance. Ces identifications sont chargées d’affects. Pour la famille adoptive, il peut parfois être difficile de constater que son enfant devient ami avec des jeunes issus de l’immigration, car ce phénomène rappelle sans cesse l’altérité que cet adolescent porte en lui. Ce rappel qui consiste à reconnaître que cet adolescent a eu une vie qui précédait l’adoption rapporte la trace omniprésente des parents biologiques et la culpabilité inconsciente qui peut être associée au fantasme de leur avoir pris leurs enfants.

68 Avec l’altérité visible, le corps a un rôle important dans la formation de l’identité de l’adolescent adopté (Henri, 2006), il est le révélateur externe d’une vie interne qui s’organise par rapport à ces liens. La couleur de peau, premier rappel direct des origines, traduit l’intime des êtres.

69 Dans son article, Lee (2008), en parlant de l’adoption internationale, l’appelle migration silencieuse « quiet migration » et décrit les adoptés comme les « overlooked », les oubliés. Ils sont finalement perçus par la société d’accueil comme appartenant aux groupes de migrants mais sont différents de la communauté originaire de leur pays de naissance, de part leur histoire et leur entourage familial, ce qui rejoint l’idée de la « third culture kids » (Pollock et al, 2009). Il faut d’ailleurs rappeler que ces adolescents, porteur d’une altérité visible, peuvent être soumis aux insultes racistes, aux propos discriminatoires, et il est important que les parents adoptifs puissent aider leurs enfants à affronter cela (Twine, 2011). Cela entraîne souvent violemment une prise de conscience de leurs différences qui complexifie pour eux les notions de sentiment d’appartenance, identité, altérité.

70 Les adolescents mettent en évidence que la temporalité est un élément extrêmement important à prendre en compte dans leur construction identitaire. Chacun d’entre eux donne la photographie d’un récit à un temps précis de son existence, celui ci sera bien différent à un autre moment. Comme nous avons pu le constater, chaque adolescent porte plusieurs positions identitaires, qui parfois s’expriment et parfois sont tues. Ces positions peuvent être en conflits. Ces mouvements identitaires sont donc extrêmement fluctuants et dynamiques.

71 Cette quête identitaire et ces fluctuations dans le récit rejoignent l’idée d’un quatrième axe dans la filiation, tel que l’exposent Bernard Golse et Marie Rose Moro (2017) à travers le concept de « filiation narrative » :

72

« Qu’il s’agisse d’adoption nationale ou internationale, l’enfant adopté a besoin que son adoption soit mise en récit […] Le récit d’abord préverbal puis verbal de l’adoption va fournir à l’enfant un axe narratif essentiel pour qu’il puisse, sur cette trame, organiser le tressage de l’axe symbolique et de l’axe psychique de son adoption ».
(2017, p. 15)

73 Les trois thèmes principaux dégagés dans cette recherche (les sentiments d’appartenance, l’altérité visible et le voyage retour au pays de naissance) semblent être des amplificateurs dans le processus de construction identitaire. Ils ont principalement comme point commun de rejouer fortement les enjeux de cette double filiation.

74 Concernant les sentiments d’appartenance, l’axe biologique de la filiation (Guyotat, 1980) étant absent dans l’adoption, les adolescents mettent en place d’autres alternatives stratégiques pour s’inscrire ou se réinscrire dans la filiation. Ainsi, c’est à eux de se réapproprier leurs appartenances culturelles quand ils s’en sentent prêts, encouragés ou non par leurs parents adoptifs. La preuve légale, le passeport, ou de façon indirecte le lien géographique, forme d’ancrage avec le pays d’accueil, seront de nouveaux gages d’appartenance, piliers nécessaires à la construction identitaire.

75 En ethnopsychiatrie, le développement de l’identité est en effet conceptualisé comme étant le résultat du croisement des processus de filiation et d’affiliations. La place que l’adolescent occupe dans sa filiation imaginaire est primordiale dans le cas de l’adoption afin d’établir secondairement des affiliations auxquelles il pourra s’identifier.

76 C’est ainsi que lorsqu’on aborde les questions d’appartenances culturelles et de relations aux pairs, on comprend l’importance de ce lien particulier avec les pairs, adoptés et migrants ou encore enfants de migrants.

77 En s’identifiant à une culture plus qu’à une autre, en étant porteur en soi de cette altérité visible ou en décidant d’aller marcher sur la terre de ses origines, l’adolescent rejouera ces liens qui composent sa personnalité et son identité.

Conclusion

78 L’adolescent adopté se construit à travers ce qui lui est renvoyé, les regards de notre société. À travers cette recherche, c’est grâce aux narrations des jeunes, donc d’un point de vue émique, qu’il a été possible de s’éloigner des catégorisations avec lesquelles les adolescents sont souvent en proie. Les récits des adolescents nous permettent de pointer alors toute la complexité, les contradictions, l’ambivalence et les dialogues qui naissent dans la construction d’une identité multiple et dynamique. Le concept d’une identité culturelle unique n’est donc pas pertinent. Il y a, en effet, plusieurs points et étapes du développement de l’adolescent adopté auxquels il faut être attentif pour laisser la place à sa créativité, mais aussi pour pouvoir entendre sa souffrance dans cette quête identitaire. Processus si complexe pour tout adolescent mais peut-être encore plus pour les adolescents adoptés, qui composent avec au moins deux histoires pour construire l’adulte qu’ils sont en devenir.

79 Printemps 2018

Guide d’entretien pour les enfants (10-18 ans)

Liens au pays de naissance

80 – Sais-tu dans quel pays tu as été adopté ? Te rappelles-tu comment tu l’as appris ?

81 – Qu’est ce que tu connais ou comment tu t’imagines ton pays de naissance ? Qui t’a parlé de ton pays de naissance ?

82 – Est-ce que tu t’intéresses à ton pays de naissance ? Si oui, à quoi et pourquoi ? Si non, pourquoi ? Est-ce que c’est quelque chose dont vous parlez à la maison ?

83 – Est-ce que tu connais des plats de ton pays de naissance ? Comment tu les trouves ? Est-ce que vous les cuisinez à la maison ?

84 – Est-ce que tu connais des musiques de ton pays de naissance ?

85 – Est-ce que tu as déjà participé à des fêtes de ton pays de naissance ? Peux-tu me raconter comment ça s’est passé ?

86 – Est-ce que tu es déjà retourné dans ton pays de naissance ? Si oui : avec qui ? Qui voulait y aller ?

87 – Quels souvenirs gardes-tu de ce(s) voyage(s) ? Est-ce que le fait d’y être retourné a changé des choses après ?

88 – Quelle est ou quelles sont la (les) langue(s) parlées à la maison ?

89 – Et toi, quelles sont les langues que tu parles ou que tu apprends ? (Si la langue du pays de naissance n’y figure pas) Est-ce que ça t’intéresserait d’apprendre la langue de ton pays de naissance ? (remplacer par le nom de la langue qui y est parlé) Pourquoi ?

90 – Est-ce que tu as des souvenirs d’avant ton adoption ? Si oui, peux-tu me dire lesquels ?

Prénom

91 – (Comment t’appelles-tu ?)

92 – Est-ce que tu as plusieurs prénoms ? Sais-tu qui les a choisis et pourquoi ?

93 – Est-ce que tes prénoms te plaisent ou pas vraiment ? Pourquoi ?

94 – Aurais-tu préféré t’appeler autrement ? Si oui, comment et pourquoi ? Si non, pourquoi ?

Appartenances culturelles et rapport à l’altérité

95 – Tu te sens plutôt français, nom du pays de naissance (par exemple, vietnamien) ou les deux ?

96 – Imagine que tu es à l’étranger et qu’on te demande d’où tu viens, tu répondrais quoi ? Et en France, tu répondrais quoi ?

97 – Est-ce que tu te sens différent des autres enfants de ton âge ? Si oui : Qu’est-ce qui fait que tu te sens différent ?

Expériences de racisme et de discrimination

98 – Est-ce que c’est déjà arrivé qu’on t’embête à cause du fait que tu viennes d’un autre pays ou que tu as une autre couleur de peau ? Qu’est-ce qui s’est passé et comment as-tu réagi ?

99 – En as-tu parlé à la maison ? Qu’est-ce que tes parents ont dit ?

100 – Est-ce que vous avez déjà parlé de racisme à la maison ? Qu’est-ce qui a été dit ?

Notes

  • [1]
    L’adoption plénière est irrévocable est définitive. Elle entraîne la rupture totale des liens de filiations de l’enfant avec sa famille d’origine.
Français

L’objectif de cette étude est de mettre en évidence la complexité de la construction identitaire chez les adolescents adoptés à l’international. Sept entretiens semi structurés ont été menés auprès d’adolescents âgés de 13 ans à 19 ans, adoptés dans le cadre d’une adoption internationale. La méthode utilisée dans cette étude est une analyse qualitative phénoménologique des entretiens (Interpretative Phenomenological Analysis). L’analyse des entretiens permet de dégager trois thèmes principaux en lien avec la question de la construction identitaire : les sentiments d’appartenances, l’altérité visible et le voyage retour au pays de naissance. Les récits de ces sept adolescents nous permettent d’observer les dialogues et conflits qui résident au sein de chacun et de mettre en évidence une quête identitaire mouvante et dynamique. L’importance que les adolescents adoptés accordent au temps, un ingrédient indispensable dans les étapes à respecter pour leur construction identitaire, témoigne bien de cette idée d’une progression lente et dynamique de l’identité. Ce cheminement difficile mais créateur renvoie inéluctablement à la complexité d’être entre deux filiations, entre deux pays, entre deux cultures. Un « entre deux » à entendre dans sa particularité, un métissage n’appartenant à aucune catégorisation de l’identité.

  • Adoption internationale
  • identité
  • adolescence
  • altérité
  • voyage
  • Références

    • Bartholet, E. (1993). Family Bonds. Adoption and the politics of parenting. Boston : Houghton Mifflin Company.
    • Dorais, L.J. (2004). Discours et construction identitaire. Les presses de l’université Laval.
    • Erickson, E.H. (1972). Adolescence et crise. La quête de l’identité. Paris : Flammarion.
    • Golse, B. (2009). Être ou avoir. La question des identifications primaires. Dans J. Ain (dir.) Identités. Entre être et avoir : qui suis-je ? (p. 21-28).Toulouse : Érès.
    • En ligne Golse, B. & Moro, M.R. (2017). Le concept de filiation narrative : un quatrième axe de filiation. La Psychiatrie de l’enfant, 60(1), 3-23.
    • En ligne Gutton, P. (2001). Questions filiatives en adolescence. Cliniques méditerranéennes, no 63, 71-79.
    • En ligne Harf, A., Taïeb, O. & Moro, M.R. (2006). Adolescences et adoptions internationales : une nouvelle problématique ? La Psychiatrie de l’enfant, 49(2), 543-572.
    • En ligne Henri, C., Courty, E. & Jalenques, I. (2006). Identity function and role of the body in adolescence in subjects brought up in adoptive or welcome families. Annales médico-psychologiques, 164(5), 413-418.
    • Lee, R. & Miller, M. (2008). History and psychology of adoptees in Asian America. In N. Tewari & A.N. Alvarez (Eds), Asian American psychology : Current perspectives (p. 337-363). New-York, NY : Psychology Press.
    • En ligne Lee, D.C. & Quintana, S.M. (2005). Benefits of cultural exposure and development of korean perspective taking ability for transracially adopted korean children. Cultural diversity and ethnic minority psychology, 11(2), 130-143.
    • En ligne Levy Soussan, P. (2002). Travail de filiation et adoption. Revue française de psychanalyse, 66(1), 41-69.
    • Moro, M.R. (1998). Psychothérapie transculturelle de l’enfant et de l’adolescent. Paris : Dunod.
    • Moro M.R. (2004). Penser et agir en situation transculturelle : Pourquoi ? Comment ? Dans M.R. Moro, Q. De La Noe & Y. Mouchenik (Ed.), Manuel de psychiatrie transculturelle p. 9-18. Grenoble : La Pensée Sauvage.
    • Ndiaye, P. (2008). La condition noire. Essai sur une minorité française. Paris : Calman Lévy.
    • Neuburger, R. (1995). « Tu es entré dans ta famille par adoption ». Dans B. Candessus (dir.), L’adoption une aventure familiale p. 117-118. Paris : ESF.
    • Pollock, David C., Van Reken, Ruth E. (2009). Third culture kids : growing up among worlds, Rev. Ed. London : Nicholas Brealey. p. 13.
    • En ligne Randolph, T.H., Holtzman, M. (2010). The role of heritage camps in identity development among Korean transnational adoptees : a relational dialectics approach. Adoption Quaterly, 13(2), 75-99.
    • Sellenet, C. (2009). Souffrances dans l’adoption. Bruxelles : De Boeck, col. « Parentalités ».
    • Simon, R.J., Alstein, H. (1987). Transracial adoptees and their families : a study of Identity and Commitment. New York : Praeger.
    • En ligne Skandrani, S., Harf, A., Mestre, C., Moro, M.R. (2012). La question culturelle dans l’adoption internationale. L’Autre, Cliniques, Cultures et Sociétés, 13(2), 151-159.
    • Soulé, M. (1995). Le fantasme de la recherche de ses géniteurs par l’enfant adopté, ou le roman familial. Neuropsychiatrie de l’enfance et de l’adolescence, 43(10-11), 465-469.
    • Twine, F.W. (2011). A white side of black Britain. Interracial intimacy and racial literacy. Durham, NC : Duke University Press.
    • En ligne Yngvesson, B. (2011). Belonging in an adopted world : Race, Identity and transnational adoption. Adoption Quarterly, 14(3), 218-220.
Eglantine Mazeaud
Pédopsychiatre, psychiatre, Unité Adolescent, Clinique du Pays de Seine, Bois le Roi.
Unité pour Adolescents
Clinique du Pays de Seine
77590 Bois le Roi
Aurélie Harf
Pédopsychiatre, Maison de Solenn – Maison des adolescents, hôpital Cochin, AP-HP, CESP, Faculté de médecine-Université Paris-Sud, Faculté de médecine-UVSQ, INSERM, Université Paris-Saclay, 94805, Villejuif, France.
Sara Skandrani
MCF au LASI-centre de recherche Didier Anzieu de l’Université Paris Ouest et Psychologue clinicienne, Maison de Solenn ‑ Maison des adolescents, hôpital Cochin, AP-HP, Unité INSERM 669, Université Paris Descartes, Sorbonne Paris-Cité, France.
Olivier Taïeb
Psychiatre, département de psychopathologie de l’enfant et de l’adolescent (Pr. Thierry Baubet), hôpital Avicenne, AP-HP, Université Paris 13, Bobigny, France.
Marie Rose Moro
Professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Chef de service de la Maison de Solenn-Maison des adolescents de l’hôpital Cochin, AP-HP, Université Paris Descartes, Sorbonne Paris Cité, Paris, France. CESP, Faculté de médecine-Université Paris-Sud, Faculté de médecine-UVSQ, INSERM, Université Paris-Saclay, 94805, Villejuif, France.
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Dernière publication diffusée sur Cairn.info ou sur un portail partenaire
Mis en ligne sur Cairn.info le 27/05/2019
https://doi.org/10.3917/psye.621.0117
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Presses Universitaires de France © Presses Universitaires de France. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...