CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1La question du partage du temps parental à la suite d’une séparation est sensible, car elle touche à une valeur sociale cardinale, celle du respect des besoins et des droits de l’enfant. Veiller à ce que l’enfant ne soit pas séparé de ses parents contre son gré, lui donner voix au chapitre si sa maturité le permet et surtout prendre les décisions le concernant dans son intérêt sont notamment des principes présents dans la Convention relative aux droits de l’enfant de l’Organisation des Nations unies. L’interprétation de l’intérêt de l’enfant dans un contexte de séparation ou de divorce est cependant soumise à diverses influences, dont certains juristes affirment qu’elles ont peu à voir avec les besoins et droits des enfants, et beaucoup à voir avec ceux des adultes – les procédures lors d’un litige sur la garde étant contrôlées par les parents et les avocats qui les représentent [Dolgin, 1996 ; Semple, 2010]). Parmi ces influences, « l’idéologie de l’égalité » au prisme de laquelle les ex-conjoints sont vus comme deux contractants en tous points égaux, autonomes et libres de leurs choix, se substituerait de plus en plus, en sous-texte, au large principe d’intérêt de l’enfant (Boyd, 2003). Cette idéologie inciterait les juges à moins tenir compte du partage réel des tâches parentales pré-séparation pour se projeter vers un potentiel d’implication parentale future, où pères et mères sont mis sur un pied d’égalité indépendamment du passé (Boyd, 2003 ; Godbout et al., 2015). Cette mouvance se concrétise par un partage plus symétrique du temps parental. À ce propos, les observateurs remarquent que la garde partagée [1] est actuellement érigée en modèle, tant sur les plans social que juridique (Côté et Gaborean, 2015 ; Goubau, 2003). À un niveau symbolique, ce mode de garde cristallise en effet les idéaux de coparentalité, d’égalité parentale et d’égalité hommes-femmes (Brunet et al., 2008 ; Côté et Gaborean, 2015 ; Neyrand, 1994), au point qu’il devient presque inacceptable ou suspect pour un parent de n’avoir « que » des droits d’accès [2] (Côté et Gaborean, 2015 ; Limet, 2009). Cependant, d’autres représentations, plus traditionnelles, de la garde persisteraient. Selon une vision naturaliste des rôles parentaux, partagée par une frange des intervenants juridiques et psychosociaux, il conviendrait de confier la garde d’un (jeune) enfant principalement à sa mère (Artis, 2004 ; Godbout et al., 2015). Aller à l’encontre de ce modèle est aussi source de stigma. Par exemple, des données indiquent que les mères séparées qui n’ont pas la garde de leur enfant subiraient l’opprobre de leurs pairs et de la société (Kielty, 2008). Par ailleurs, la garde partagée, surtout chez les jeunes enfants, fait l’objet de débats sociaux et scientifiques importants. Ces débats ont été très présents en France (Berger, 2008, 2009 ; Phélip, 2006), mais aussi dans les pays anglo-saxons (Pruett et DiFonzo, 2014) incluant le Canada (Leduc, 2000).

2Les statistiques québécoises, canadiennes et internationales sur la garde montrent bien cette ambivalence entre les modèles égalitaire et naturaliste. En France, l’introduction de la garde alternée dans la législation en 2002 a mené à l’adoption de plus en plus soutenue de ce type de garde durant les années 2000 et 2010 (Baude et al., 2010 ; Belmokhtar et Cretin, 2015). Cependant, la garde partagée n’est pas pour autant devenue la norme. Selon les données fiscales de leurs parents, 15 % des jeunes Français dont les parents ont divorcé en 2009 étaient en garde partagée un an après le divorce et 76 % vivaient avec leur mère (Bonnet et al., 2015). Au Québec, malgré une augmentation importante entre 1998 et 2008 des jugements de garde partagée (laquelle est passée de 8,1 % à 19,7 %) et de garde principale au père (passée de 5,4 % à 13,5 %), la garde principale à la mère demeure la modalité de garde la plus souvent ordonnée après une séparation (60,5 % en 2008) (Biland et Schütz, 2013, d’après l’analyse d’un échantillon aléatoire d’ordonnances de pension alimentaire pour enfant). Des données populationnelles confirment ces résultats tirés de dossiers judiciaires. Une enquête longitudinale menée auprès d’un échantillon représentatif de jeunes nés au Québec et âgés de 17 ans en 2015 indique qu’une faible majorité d’entre eux (52,9 %) vivaient principalement avec leur mère immédiatement après la séparation et que seule une minorité (40,1 %) étaient en double résidence, c’est-à-dire partageaient leur temps entre les deux résidences de leurs parents. Parmi ces derniers (40,1 %), 27,1 % partageaient leur temps de façon égale entre leur père et leur mère, 11,5 % vivaient surtout chez leur mère et environ 2 % vivaient surtout chez leur père (Desrosiers, 2017). Ces mêmes tendances ont été observées ailleurs dans le monde, y compris dans des pays comme l’Australie et la Belgique qui ont instauré la nécessité d’examiner l’option de la garde partagée de façon prioritaire lorsque la garde d’un enfant est en litige (Côté et Gaborean, 2015 ; Smyth et al., 2016).

3On observe ainsi d’une part, un mouvement vers le partage égalitaire de la garde (dans les normes sociales et juridiques) et d’autre part, des arrangements parentaux qui, dans les faits, ne reflètent pas cet idéal de coparentalité. Sans que les raisons de ce paradoxe aient fait l’objet, à notre connaissance, de recherches empiriques, nous émettons l’hypothèse que la garde principale à la mère est considérée comme étant la plus adéquate pour les enfants de l’avis d’une partie de la population (dont la taille et le profil restent à déterminer). Le choix d’une garde partagée pourrait également être socialement situé : les parents qui l’adoptent sont en général plus scolarisés, plus à l’aise financièrement, plus souvent tous deux en emploi et moins en conflit que ceux qui optent pour la garde exclusive à la mère (Bonnet et al., 2015 ; Collectif Onze, 2013 ; Bauserman, 2012).

4En somme, l’observation des statistiques entourant la garde des enfants à la suite d’une séparation n’apporte pas une meilleure compréhension des raisons sous-jacentes au positionnement de la population à l’égard du partage du temps parental. Qui plus est, le Québec, contrairement à la Belgique, à la France ou à l’Australie, n’a pas procédé à des changements législatifs qui auraient pu porter le débat sur la garde partagée vers un large public (Côté et Gaborean, 2015). Il en résulte que, si l’on a un aperçu des positions de différents groupes d’experts ou d’intérêts sur la question, on ne sait pas dans les faits ce que la population en pense. Or, dans un contexte où différents acteurs de la société réclament une modification du droit familial (Roy et al., 2015) et des politiques sociales en plus grand écho aux transformations de la famille (Dubeau et al., 2014), il importe de mieux cerner l’opinion publique face à ces sujets. La vision de la famille a-t-elle évolué ? Dans le contexte d’une séparation parentale, quels idéaux sont recherchés en matière de garde des enfants et quels en sont les justificatifs moraux ? Dans l’objectif d’obtenir un éclairage nouveau sur ces questions, cet article tente de cerner l’opinion et les valeurs des Québécois sur différents aspects de ce sujet, soit les modalités de garde jugées idéales en fonction de l’âge de l’enfant, les facteurs à prendre en considération pour décider du partage du temps parental et les motivations perçues derrière une demande de garde partagée.

Les sondages d’opinion sur la garde des enfants

5Les opinions concernant la garde des enfants ont fait l’objet d’études fondées sur de larges échantillons nationaux. L’enquête de 2006 sur les attitudes des Britanniques (Duncan et Phillips, 2008) révèle que ces derniers pensent majoritairement (57 %) qu’un enfant devrait vivre principalement avec le parent qui a la plus grande capacité à s’en occuper alors que 23 % favorisent la mère, 18 % la garde partagée et 0,2 % la garde au père. Dans l’exemple fictif d’un enfant de neuf ans vivant la séparation de ses parents, 44 % jugeaient que l’opinion de l’enfant devrait pouvoir influencer considérablement ses modalités de garde et, au total, 84 % des répondants croyaient que l’enfant devrait avoir au moins un peu son mot à dire dans cette décision (ibidem). En Australie, deux études visant à évaluer les réformes du droit de la famille de 2006, menées auprès de deux échantillons aléatoires de 5000 parents en 2006 et en 2009, montrent qu’une proportion très élevée de cette population est en accord avec l’idée que les enfants se développent mieux lorsque leurs deux parents demeurent impliqués auprès d’eux après la séparation (76,8 % en 2006 et 81,4 % en 2009). Une faible minorité des parents interrogés en 2009 croient qu’il est « totalement inapproprié » que des enfants de quatre groupes d’âge (moins de 3 ans, 3‑4 ans, école primaire, école secondaire) soient en garde partagée. Au contraire, la vaste majorité des parents estiment que cela est au moins « parfois approprié » pour tous les groupes d’âge, incluant les enfants de moins de trois ans (Kaspiew et al., 2009).

6La majeure partie des décisions au sujet des arrangements de garde sont prises par les parents eux-mêmes et ne nécessitent pas qu’un juge tranche cette question (Biland et Schütz, 2013 ; Logan et al., 2003 ; Maccoby et Mnookin, 1992). Cependant, plusieurs auteurs sont d’avis que les décisions concernant les modalités de garde que les parents qui se séparent prennent en privé pourraient être influencées par leur perception de l’opinion des juges sur cette question, puisqu’ils évaluent leurs probabilités de succès lors d’un éventuel procès (Mnookin et Kornhauser, 1979 ; Saini, 2008 ; Stamps, 2002). C’est dans cet esprit que S. L. Braver et ses collègues (2011) ont sondé l’opinion de 367 personnes, sélectionnées au hasard pour faire partie d’un jury dans un district en Arizona, à propos des modalités de garde les plus adéquates pour un enfant dans différentes situations (variant quant à la proportion de temps consacré à l’enfant par chacun des parents, au niveau de conflit et à l’identité de l’instigateur du conflit), puis à propos de leur prédiction quant au positionnement de la Cour sur ces mêmes aspects (taux de réponse : 57 %). Dans toutes les situations, à l’exception du cas où un parent s’est davantage occupé de l’enfant avant la séparation, la garde partagée était sélectionnée par une majorité de répondants hommes et femmes comme étant le choix le plus approprié. Ces derniers ont par ailleurs prédit que la Cour allait octroyer la garde à la mère plus souvent que ce qu’ils jugaient approprié, même dans les situations où les deux parents ont pris soin de l’enfant de façon égale avant la séparation. Les auteurs en concluent que la Cour est perçue comme biaisée en faveur des mères dans leur étude et que cette perception est plus marquée parmi les hommes de leur échantillon (Braver et al., 2011).

7En résumé, si quelques données européennes, états-uniennes et australiennes permettent quelque peu de situer l’opinion de la population au sujet des arrangements familiaux post-séparation, ces questions ont très peu été documentées, et encore moins dans le contexte spécifique de la société québécoise dont les comportements familiaux se distinguent sur plusieurs plans de celle du reste du Canada ou des États-Unis (notamment, par un taux plus élevé d’unions libres et de naissances hors mariage) (Pelletier, 2016 ; Roy et al., 2015). La présente étude palliera donc ce manque de connaissances en brossant le portrait des opinions des Québécois sur différents aspects de la garde des enfants, en dégageant des profils de réponse et en vérifiant ce qui distingue ces profils sur le plan social et démographique.

Méthodologie

Population et échantillon

8La population sondée est composée de Québécois et de Québécoises âgés de 18 ans et plus, pouvant s’exprimer en français ou en anglais, et participant à un panel web québécois constitué de 200 000 personnes. Les enquêtes misant sur le recours à un panel web comportent plusieurs avantages, notamment d’être simples à orchestrer et d’être, sur le plan de l’administration, rapides et peu coûteuses (Svensson, 2014). Les membres du panel ont été initialement recrutés lors de l’administration d’un sondage téléphonique auprès d’un échantillon composé d’individus ciblés de manière aléatoire (60 %) ou désignés par une connaissance (25 %), par les médias sociaux (page Facebook de la firme Léger) et d’autres formes de sollicitation comme des campagnes de recrutement (10 %). Les noms de 6 000 participants à ce panel ont été extraits aléatoirement et 1 202 d’entre eux ont accepté de compléter le sondage (taux d’acceptation de 20 %) (Tableau 1).

9Les sondages ayant recours à des panels web comportent l’inconvénient de ne pas être fondés sur un échantillonnage aléatoire de la population et donc de présenter des problèmes liés à l’auto-sélection (ibidem). Malgré cette limite, cette étude représente une contribution significative à notre champ d’études puisqu’il s’agit du premier sondage mené auprès de la population du Québec, qu’il est, à notre connaissance, le plus détaillé sur la question de la garde, au Québec et à l’international, et qu’il réunit un nombre important de répondants.

Tableau 1. Profil sociodémographique des répondants (N = 1 202)

Données non pondérées* % (n)
Données pondérées** % (n)
Caractéristiques
Sexe
Homme
58,3 (701)
48,6 (584)
Femme
41,7 (501)
51,4 (618)
Âge (années)
18-24
12,6 (151)
10,9 (131)
25-34
14,7 (177)
16,1 (194)
35-44
14,0 (168)
16,0 (192)
45-54
22,0 (265)
20,0 (240)
55-64
17,4 (209)
17,2 (204)
65 et +
19,3 (232)
19,8 (238)
Langue maternelle
Français
78,5 (943)
78,1 (939)
Autres
21,5 (258)
21,8 (262)
Région
Montréal
51,6 (620)
47,7 (574)
Québec
10,1 (121)
10,0 (120)
Autres
38,4 (461)
42,3 (508)
Occupation principale
En emploi
52,6 (632)
51,5 (619)
Au foyer
1,8 (22)
2,2 (27)
Étudiants
10,5 (126)
9,5 (114)
Retraités
26,5 (318)
27,1 (326)
Sans emploi
3,2 (39)
3,9 (47)
Revenu du ménage ($)
Moins de 40 000
29,5 (355)
32,4 (389)
40 000-59 000
19,6 (236)
20,0 (241)
60 000-79 000
15,1 (181)
15,9 (191)
80 000-99 000
10,0 (120)
8,1 (98)
100 000 et +
11,7 (141)
9,1 (109)
Niveau de scolarité
Primaire/secondaire
28,0 (336)
39,5 (475)
Collégial
30,2 (363)
27,3 (328)
Universitaire
40,8 (491)
32,3 (388)

Tableau 1. Profil sociodémographique des répondants (N = 1 202)

10Compte tenu de la nature du sondage réalisé, les caractéristiques conjugales et familiales des répondants ont été documentées de façon détaillée (Tableau 2) afin de saisir dans quelles proportions ceux-ci ont une expérience passée et présente des transitions familiales (séparation, divorce et recomposition familiale).

Tableau 2. Caractéristiques conjugales et familiales des répondants (N = 1 202) (en % et en nombre)

Données non pondérées*
Données pondérées**
Caractéristiques
% (n)
% (n)
État matrimonial
Marié
35,9 (431)
35,4 (425)
Divorcé
9,7 (116)
9,8 (117)
Veuf
2,8 (34)
3,4 (40)
Célibataire
28,5 (342)
27,9 (336)
Conjoint de fait
22,6 (272)
22,9 (276)
Ménage sans enfant
67,1 (806)
70,5 (848)
Présence d’enfant(s) dans le ménage
32,9 (396)
29,5 (354)
Famille traditionnelle
69,9 (277)
69,5 (246)
Famille monoparentale
13,1 (52)
14,1 (50)
Famille recomposée
15,2 (60)
15,0 (53)
A vécu une séparation ou un divorce
28,6 (344)
28,6 (343)
Cohabitation avec nouveau conjoint
68,3 (235)
67,9 (233)
Implication d’enfant(s) dans la nouvelle union (recomposition familiale)
61,7 (145)
57,5 (134)
A vécu la séparation de ses parents avant 18 ans
19,8 (238)
21,3 (256)
Cohabitation avec le nouveau conjoint de son parent
57,6 (137)
58,6 (150)

Tableau 2. Caractéristiques conjugales et familiales des répondants (N = 1 202) (en % et en nombre)

Note : La somme des pourcentages pour chaque caractéristique ne donne pas nécessairement 100 % à cause des arrondis.* : Données correspondant au nombre réel de répondants.** : Données tenant compte des poids d’échantillon.

Questions et procédures

11Modalités de garde en fonction de l’âge. Dans une première série de questions sur la garde, il était demandé aux répondants d’associer cinq tranches d’âge différentes (0-2 ans, 3-5 ans, 6-12 ans, filles de 13-17 ans et garçons de 13-17 ans) à la modalité de garde qu’ils jugent idéale à la suite de la séparation (choix de réponses : principalement avec leur mère, principalement avec leur père et garde partagée).

12Facteurs à prendre en considération lors du partage de la garde. Les répondants devaient ensuite se prononcer sur le principal facteur et le deuxième facteur à prendre en compte pour déterminer la garde : 1/ selon leur propre avis, 2/ selon ce qu’ils pensaient être l’avis des juges devant trancher ce type de litiges. Un choix de sept facteurs était proposé : le temps consacré à l’enfant par chacun des parents avant la séparation, l’identité du conjoint ayant alimenté le plus le conflit, la présence de revenus suffisants, la responsabilité de chacun des parents dans la séparation, l’identité du conjoint ayant amorcé la séparation, la compétence des parents pour élever l’enfant et le droit des parents à voir leurs enfants. Ces choix de réponses ont été formulés à partir d’une opérationnalisation la plus complète possible des nombreux sens que prend le critère du meilleur intérêt dans les représentations de la population. Celles-ci peuvent en effet être fondées sur un certain nombre de valeurs contemporaines à l’égard de l’enfance et de la famille (par exemple, l’enfant doit être confié à des parents qui possèdent des compétences parentales, l’enfant doit conserver des liens étroits avec ses deux parents), sur des principes qui ont historiquement été utilisés pour trancher les décisions de garde (par exemple, l’enfant ne doit pas être confié au parent « fautif ») ou sur des principes qui font actuellement l’objet de débats sociaux, scientifiques et juridiques (par exemple, l’enfant doit être confié à sa principale figure d’attachement, soit à la personne qui en a pris davantage soin).

13Motivation des parents à demander la garde partagée. Les répondants devaient donner leur perception de la principale motivation : 1/ des pères et 2/ des mères à demander la garde partagée de leur(s) enfant(s) après une séparation. Trois choix de réponses étaient proposés : passer plus de temps avec son (ses) enfant(s) et permettre à son (ses) enfant(s) de passer du temps avec ses deux parents, des raisons financières (pour qu’aucune pension alimentaire ne soit payée), ou avoir à la fois du temps avec son (ses) enfant(s) et du temps pour soi.

14La succession des questions était présentée en rotation afin d’éviter un biais relié à l’ordre proposé. Pour chaque question, les répondants avaient la possibilité de répondre : « Je ne sais pas » ou « Je préfère ne pas répondre ». Enfin, 16 questions ont permis de recueillir les données sociodémographiques d’usage (état matrimonial, sexe, âge, revenu, etc.) et spécifiques à cette enquête (séparation et recomposition de la famille d’origine ou actuelle). Le sondage a été réalisé par la firme Léger du 26 février au 11 mars 2013. L’ensemble des questions a été soumis en ligne aux 1 202 répondants.

Analyses

15Une série d’analyses de tableaux de contingence (test du khi-carré) a permis d’étudier les associations entre les fréquences des réponses aux questions (combinées en deux catégories, soit « en accord » et « en désaccord ») et certaines caractéristiques sociodémographiques des répondants.

16Par la suite, une analyse de regroupement en classes latentes (latent class analysis, voir Collins et Lanza, 2009) a été réalisée à l’aide de la macro SAS PROC LCA afin d’identifier des sous-groupes distincts de répondants présentant chacun des profils de réponses similaires sur le plan de leurs opinions à l’égard des modalités de garde jugées idéales en fonction de l’âge de l’enfant. Les classes obtenues ont ensuite été décrites et comparées quant aux variables sociodémographiques et aux croyances et valeurs associées à la garde à l’aide d’ANOVAs ou de tests de khi-carré afin d’établir leurs particularités. Ces deux étapes (la formation des classes latentes et leur comparaison sur le plan des variables sociodémographiques, des croyances et des valeurs) permettent ainsi de mieux comprendre « qui pense quoi et pour quelles raisons » au sujet de la garde des enfants suivant une séparation.

17L’ensemble des analyses inférentielles (tables de contingence et analyse de regroupement) a été pondéré en utilisant un poids échantillonnal normalisé et post-stratifié à partir des données de Statistique Canada selon le sexe, l’âge, les régions du Québec, la langue maternelle et la présence d’enfants mineurs dans le ménage. Il est à noter que les résultats des régions de Montréal et de Québec, les deux plus grands centres urbains de la province de Québec, contrastent avec l’analyse de l’ensemble des autres régions du Québec, moins densément peuplées. Le niveau de scolarité a, quant à lui, été ajusté à partir des données recueillies par la firme Léger dans tous les sondages omnibus téléphoniques menés de janvier à décembre 2011 auprès de Québécois âgés de 18 ans ou plus et pouvant s’exprimer en français ou en anglais (N = 12 006).

Résultats

Modalités de garde idéales en fonction de l’âge

18Sur les modalités idéales de garde des enfants après la séparation des parents, il ressort de manière nettement majoritaire que la garde partagée est le choix le plus approprié pour les enfants de tous âges, à l’exception des « 0 à 2 ans » (Tableau 3). À cet égard, 61 % des répondants pensent que la garde par la mère est à privilégier. La distribution de ces opinions a été croisée selon un ensemble d’indicateurs sociodémographiques. Des associations significatives ont été observées pour le sexe et l’âge du répondant, ainsi que pour le type de famille [3]. Parmi les répondants qui ont pour opinion de confier la garde seulement au père (la plus minoritaire, soit 1 % à 10 % selon l’âge de l’enfant), les hommes sont proportionnellement plus nombreux que les femmes, pour les « 3-5 ans » (1,9 c. 0 %), les « 6-12 ans » (3,7 c. 0,8 %), les adolescentes (4,8 c. 2,3 %) et les adolescents (14,0 c. 8,0 %). Ensuite, les personnes âgées d’au moins 65 ans sont proportionnellement plus nombreuses à croire que les enfants de tous les âges et les adolescentes devraient vivre principalement avec leur mère (71 % c. 58 % pour les « 0-2 ans », 42 % c. 30 % pour les « 3-5 ans », 17 % c. 10 % pour les « 6-12 ans » et 17 c. 10 % pour les adolescentes), même si la majorité des membres de ce groupe d’âge est en faveur de la garde partagée pour les enfants âgés de 3 ans et plus. Enfin, parmi les répondants qui rapportaient avoir un ou plusieurs enfant(s) (29,5 %), ceux vivant en famille monoparentale endossent davantage l’opinion que la garde des enfants âgés de 6 à 17 ans devrait être confiée à la mère, soit pour les 6 à 12 ans (30,6 % pour les familles monoparentales c. 12,3-13,2 % pour les familles traditionnelles ou recomposées), les adolescentes (28,5 % c. 10,6-12,3 %) et les adolescents (21,3 % c. 4,8-0,8 %).

Tableau 3. Opinion sur les modalités idéales de garde des enfants après la séparation, en fonction de leur âge (N = 1 202) (en %)

Groupes d’âge
des enfants
Principalement mère
Principalement père
Garde partagée
Nsp/Refus x4
0-2 ans
61
0
34
5
3-5 ans
32
1
61
6
6-12 ans
11
2
82
5
13-17 ans (filles)
11
3
78
7
13-17 ans (garçons)
5
10
78
7

Tableau 3. Opinion sur les modalités idéales de garde des enfants après la séparation, en fonction de leur âge (N = 1 202) (en %)

Facteurs à prendre en considération lors d’un partage du temps parental

19Un choix de sept facteurs permettait aux répondants de s’exprimer sur ce qu’ils jugent être les deux principaux facteurs sur lesquels fonder le partage du temps parental et sur ceux qui, à leur avis, guident les décisions des juges en matière familiale. La figure 1 présente la proportion de répondants qui a choisi chaque facteur comme premier ou second choix. Les résultats obtenus indiquent que « les compétences des parents pour élever l’enfant » et « le droit des parents à voir leurs enfants » sont à la fois les facteurs prioritaires d’une majorité de répondants et les facteurs qui, selon eux, guident principalement les juges. Cependant, « la présence de revenus suffisants » passe du 5e au 3e rang si l’on compare l’opinion des répondants avec l’opinion qu’ils se font des priorités des juges. Certaines différences significatives entre les groupes sont relevées : « le droit des parents à voir leurs enfants » rallie proportionnellement davantage de répondants francophones (39 % c. 30 %) et ayant vécu une séparation (41 % c. 35 %). Les non-francophones (67 % c. 56 %), les résidents de la région de Montréal [4] (64 % c. 56 %) et les personnes ayant un niveau de scolarité universitaire (64 % c. 56 %) sont proportionnellement plus nombreuses à penser que les juges se fondent sur la compétence des parents pour prendre leurs décisions. Les francophones (38 % c. 25 %) et les personnes qui résident à l’extérieur des régions de Québec et de Montréal (38 % c. 31 %) pensent plus fréquemment que les juges sont guidés par « le droit des parents à voir leurs enfants ».

Figure 1. Opinion des répondants à l’égard des principaux facteurs qui devraient être pris en compte pour déterminer la garde et des principaux facteurs pris en compte par les juges (N = 1202) (en %)

Figure 1. Opinion des répondants à l’égard des principaux facteurs qui devraient être pris en compte pour déterminer la garde et des principaux facteurs pris en compte par les juges (N = 1202) (en %)

Figure 1. Opinion des répondants à l’égard des principaux facteurs qui devraient être pris en compte pour déterminer la garde et des principaux facteurs pris en compte par les juges (N = 1202) (en %)

Motivation des parents à demander la garde partagée

20Deux questions portaient sur les principales motivations des pères et des mères à demander la garde partagée. Des trois choix de réponse proposés, celui qui a rallié la majorité des répondants quant à leur perception des motivations des parents est le souhait de «  passer plus de temps avec son (ses) enfant(s) et permettre à son (ses) enfant(s) de passer du temps avec ses deux parents » (Figure 2). À ce propos, 51 % des répondants croient que les deux parents ont cette motivation, 20,3 % croient qu’aucun des parents n’a cette motivation, 17,5 % croient que c’est une motivation de la mère, mais pas du père, alors que 11,2 % estiment que c’est une motivation du père uniquement. Concernant la sélection de la motivation liée à l’argent, 80,7 % des répondants considèrent que cela n’est pas une motivation pour le père ou pour la mère, 4,4 % que c’est une motivation pour la mère et 12,4 % pour le père. Enfin, seulement 2,5 % des répondants sont d’avis que c’est une motivation pour les deux parents. Lorsque le profil des répondants est pris en compte, il apparaît toutefois que les hommes sont significativement plus nombreux à penser que passer plus de temps avec son enfant et lui permettre de passer du temps avec ses deux parents est la principale motivation des pères (66 % c. 59 %), alors que les femmes identifient significativement plus cette raison comme la principale motivation des mères pour demander une garde partagée (75 % c. 62 %). En ce qui a trait au choix de réponse portant sur les raisons financières, un nombre significativement plus élevé d’hommes croient qu’il s’agit là de la principale motivation des mères (9 % c. 5 %), alors qu’un nombre significativement plus élevé de femmes pensent que les pères demandent la garde partagée pour cette même raison (19 % c. 11 %).

Figure 2. Opinion des répondants à l’égard de la motivation principale des pères et des mères à demander une garde partagée (N = 1202) (en %)

Figure 2. Opinion des répondants à l’égard de la motivation principale des pères et des mères à demander une garde partagée (N = 1202) (en %)

Figure 2. Opinion des répondants à l’égard de la motivation principale des pères et des mères à demander une garde partagée (N = 1202) (en %)

Opinion sur la garde : profils de réponse

21Une analyse de regroupement en classes latentes a été effectuée afin d’examiner la présence de profils distincts de réponse à propos des modalités de garde jugées idéales après une séparation selon le sexe et le groupe d’âge de l’enfant. Parmi les 23 indicateurs originaux, 6 ont été retirés en raison d’un endossement trop faible (<5 % de choix « oui »). La solution finale pour chaque analyse a été retenue en fonction de divers critères statistiques d’ajustement (i.e. indice BIC le plus faible indiquant un modèle explicatif et parcimonieux, entropie la plus élevée indiquant des classes très homogènes, test du khi-carré pour la signification de l’ajout d’une classe supplémentaire), ainsi que la capacité à interpréter la solution obtenue.

À qui devrait être confiée la garde après une séparation ?

22Des modèles variant d’une à cinq classes ont été étudiés pour les cinq questions relatives à la personne à qui la garde devrait être confiée selon l’âge et le sexe de l’enfant. Les indices présentés au tableau 4a suggèrent qu’une solution de quatre classes serait optimale.

Tableau 4a. Indices statistiques pour le choix du nombre de classes

# classes
Log vraisemblance
BIC
Entropie
χ2
1
-3242,34
1998,35
1,00
2
-2699,23
989,68
0,88
1086,22, p<, 001
3
-2443,54
555,83
0,96
511,38, p<, 001
4
-2371,35
488,98
0,97
144,38, p<, 001
5
-2412,57
648,95
0,87
0,00, p=1,00

Tableau 4a. Indices statistiques pour le choix du nombre de classes

Note : La valeur de l’indice indiquant le meilleur ajustement est portée en gras.

23Les résultats de l’analyse pondérée selon quatre classes latentes sont présentés au tableau 4b. La première classe (C1), dont le modèle estime la prévalence dans l’échantillon à 10,6 %, est composée de répondants qui jugent que la garde de l’enfant devrait être systématiquement confiée à la mère après une séparation, à l’exception du père pour les garçons de 13 à 17 ans. Il s’agit donc d’une position adoptant une perspective naturaliste des modalités de garde. La seconde classe (C2), la plus importante de l’échantillon avec une prévalence de 60 %, est composée de répondants qui adoptent un point de vue fondé sur l’égalité parentale, soit qui jugent qu’un enfant devrait être en garde partagée, indépendamment de son âge et de son sexe. La troisième classe (C3), regroupant 5,6 % de l’échantillon, est composée de répondants qui estiment que les jeunes enfants (« 0-2 ans ») devraient être confiés à la mère, que les enfants de 3 à 12 devraient être en garde partagée et que les adolescents devraient être confiés au parent de même sexe. Les répondants de cette classe semblent emprunter une logique reliée à la réalisation de tâches développementales chez l’enfant : donner la priorité à la première figure d’attachement maternelle chez le nourrisson, considérer la contribution des deux parents au développement des enfants d’âge scolaire et l’identification au parent de même sexe chez les adolescents. Finalement, la quatrième classe (C4), qui représente 24 % de l’échantillon, est composée de répondants qui jugent que les enfants de 0 à 5 ans devraient être confiés à leur mère, alors que les enfants de 6 à 17 ans devraient être en garde partagée. Cette dernière classe adopte donc une position égalitaire tout en réservant la période de l’âge tendre aux soins de la mère.

Tableau 4b. Description des quatre classes (à qui confier la garde après la séparation) (N = 1151)

Question
Réponse
Part
(en %)
C1
C2
C3
C4
À qui la garde des « 0-2 ans »
mère
63,94
0,99
0,43
0,61
0,99
père
0,32
0,00
0,00
0,05
0,00
GP
35,74
0,00
0,57
0,34
0,00
À qui la garde des « 3-5 ans »
mère
34,18
0,99
0,00
0,00
0,99
père
0,90
0,00
0,00
0,13
0,01
GP
64,92
0,00
0,99
0,87
0,00
À qui la garde des « 6-12 ans »
mère
11,68
0,60
0,00
0,02
0,21
père
2,17
0,09
0,00
0,11
0,02
GP
86,15
0,31
0,99
0,87
0,77
À qui la garde des filles de 13-17 ans
mère
12,25
0,76
0,00
0,66
0,02
père
3,52
0,24
0,00
0,18
0,00
GP
84,23
0,00
0,99
0,16
0,98
À qui la garde des garçons de 13-17 ans
mère
4,89
0,38
0,00
0,14
0,00
père
10,91
0,55
0,00
0,75
0,03
GP
84,20
0,06
0,99
0,11
0,97
Prévalence de la classe (%)
0,106
0,599
0,056
0,239
Probabilité a posteriori moyenne de la classe
0,970
0,985
0,993
0,987

Tableau 4b. Description des quatre classes (à qui confier la garde après la séparation) (N = 1151)

Note : Les chiffres relatifs aux classes indiquent la probabilité de cette réponse dans cette même classe.

Profil sociodémographique des classes

24Les classes obtenues ont ensuite été comparées en fonction de variables sociodémographiques et familiales. Seuls les résultats significatifs sont rapportés ici. Pour les quatre classes relatives à qui devrait être confiée la garde selon l’âge et le sexe de l’enfant, des différences significatives ont été observées selon l’âge du répondant, son état matrimonial, son sexe et la structure de sa famille. Dans la classe préconisant l’égalité parentale (C2), les plus jeunes répondants (âgés de 18 à 34 ans) sont significativement surreprésentés alors que les 55 ans et plus y sont significativement sous-représentés. De façon contrastée, dans la classe réservant les soins des enfants d’âge tendre à la mère (C4), seuls les 18 à 34 ans sont sous-représentés. Une proportion significativement moindre de répondants rapportent avoir déjà été séparés ou divorcés dans la classe soutenant l’égalité parentale (25,8 % c. 31-40 % pour les autres classes), un résultat cohérent avec la proportion plus importante de jeunes répondants qui la composent. Les hommes sont surreprésentés dans la classe qui semble accorder de l’importance aux tâches développementales de l’enfant (C3), qui compte 68,2 % de répondants de sexe masculin comparativement à 46 %-48 % pour les autres classes. Enfin, les répondants provenant de familles monoparentales sont significativement surreprésentés dans la classe naturaliste (C1), soit 33,3 % comparativement à 10 %-15 % pour les autres classes. Aucune différence n’a été notée pour la région d’origine, la scolarité, le revenu ou la langue.

Croyances et valeurs concernant la détermination de la garde et la motivation perçue chez les parents

25Si les analyses réalisées jusqu’à présent ont permis d’établir quatre profils d’opinion au sujet des modalités de garde jugées idéales en fonction de l’âge des enfants, des analyses subséquentes permettent d’explorer sur quelles croyances et valeurs s’appuient ces regroupements, soit les facteurs jugés prioritaires pour établir la garde (selon les répondants et selon les facteurs qu’ils croient prioritaires pour les juges) et la motivation perçue des pères et des mères pour demander une garde partagée (Tableau 5).

Tableau 5. Comparaisons des classes en fonction des facteurs prioritaires pour établir la garde et de la motivation perçue à demander une garde partagée

Facteurs prioritaires
Temps consacré
1er
6,09
11,78
3,27
9,42
10,03
43,52, p<, 001
2e
15,50
22,59
13,09
27,54
15,80
Alimente le conflit
1er
0,90
0,27
1,00
0,00
1,16
3,85, p=, 70
2e
2,10
1,54
2,25
4,46
1,44
Revenus suffisants
1er
2,04
0,27
1,00
0,00
1,16
9,14, p=, 17
2e
13,09
10,99
11,87
19,01
15,90
Responsable séparation
1er
11,88
11,09
12,34
8,57
11,79
3,78, p=, 71
2e
7,54
7,52
7,01
4,44
9,61
Initiative séparation
1er
0,39
0,39
0,68
4,94
0,25
18,10, p=, 006
2e
0,95
0,95
0,89
2,96
0,66
Compétence parentale
1er
50,73
52,00
49,95
51,61
51,98
5,01, p=, 54
2e
18,90
22,69
19,48
12,03
17,20
Droit des parents
1er
18,63
11,08
22,18
12,93
14,16
31,81, p<, 001
2e
19,03
11,64
21,50
11,89
17,64
Aucun/NSP
8,96
9,77
8,82
8,13
9,15
0,18, p=, 98
Temps consacré
1er
5,56
7,14
4,85
9,69
5,77
10,90, p=, 09
2e
10,24
16,17
8,94
6,98
11,63
Alimente le conflit
1er
1,62
1,49
1,39
1,68
2,28
1,71, p=, 94
2e
2,42
21,40
13,38
26,39
13,71

Revenus suffisants
1er
8,57
8,38
8,87
7,39
8,15
12,12, p=, 059
2e
15,01
21,40
13,38
26,39
13,71
Responsable séparation
1er
8,09
8,51
7,63
11,91
8,22
5,00, p=, 54
2e
9,74
11,03
8,49
11,91
11,91
Amorcé séparation
1er
1,25
0,39
1,13
2,74
1,62
8,79, p=, 19
2e
1,36
1,48
1,34
4,78
0,58
Compétence parentale
1er
41,94
51,20
40,75
37,58
41,75
7,15, p=, 31
2e
17,05
10,47
17,56
18,97
18,31
Droit des parents
1er
18,52
9,72
20,65
15,59
17,67
21,38, p=, 002
2e
17,11
9,32
19,04
13,37
16,54
Aucun/NSP
14,45
13,18
14,73
13,43
14,53
0,26, p=, 97
Motivation pères
Temps 2 parents
66,11
49,50
73,61
52,07
57,56
55,63, p<, 001
Raisons financières
15,35
26,84
11,42
11,21
21,04
Temps pour soi
18,54
23,66
14,97
36,72
21,40
Motivation mères
Temps 2 parents
73,75
66,90
79,03
49,89
68,10
45,39, p<, 001
Raisons financières
7,26
15,76
4,52
11,67
9,84
Temps pour soi
18,99
17,33
16,45
38,44
22,05

Tableau 5. Comparaisons des classes en fonction des facteurs prioritaires pour établir la garde et de la motivation perçue à demander une garde partagée

26Pour toutes les classes, les compétences parentales représentent le facteur le plus fréquemment sélectionné pour déterminer la garde. Néanmoins, quelques différences entre les classes sont visibles. D’abord, les répondants de la classe « égalitaire » (C2) sont proportionnellement moins nombreux à avoir choisi « le temps consacré à l’enfant avant la séparation » comme premier facteur à considérer dans la détermination de la garde. Les trois autres classes endossent davantage ce facteur comme premier et/ou second choix, ce qui concorde avec leur positionnement en faveur de la garde à la mère pour les très jeunes enfants. Le choix du facteur « qui a amorcé la séparation » est très marginal au sein de l’échantillon, et ce, dans toutes les classes. Néanmoins, les répondants de la classe « tâches développementales » sont proportionnellement plus nombreux à avoir sélectionné ce choix en premier. Enfin, « le droit des parents à voir leurs enfants » est plus fréquemment choisi comme premier facteur à considérer par les répondants de la classe « égalitaire ». L’analyse des facteurs que les répondants perçoivent comme prioritaires pour les juges permet peu de distinguer les classes entre elles, si ce n’est « le droit des parents à voir leurs enfants » qui est significativement moins sélectionné par les « naturalistes ».

27En ce qui concerne l’opinion sur la motivation des parents à demander une garde partagée, la classe « égalitaire » se démarque en endossant proportionnellement moins les « raisons financières » et « avoir du temps avec ses enfants et du temps pour soi » pour justifier cette demande de la part des pères. Les répondants de cette classe ont plutôt choisi massivement (73,6 %) : « permettre à son enfant de passer plus de temps avec ses deux parents » comme étant la motivation principale des pères qui demandent une garde partagée. Les autres classes se distancient de la classe « égalitaire » par leur choix proportionnellement plus important des « raisons financières » (naturaliste et âge tendre) et « avoir du temps avec ses enfants et du temps pour soi » (tâches développementales) comme motivations des pères. La classe « naturaliste » se distingue particulièrement en endossant moins que les autres la motivation visant l’accès de l’enfant à ses deux parents.

28Des rapprochements peuvent être faits entre la motivation perçue des pères et celle des mères. Ainsi, les « naturalistes » trouvent davantage que les autres classes que les pères et les mères demandent la garde partagée pour des raisons financières alors que cette même raison est très peu choisie par les « égalitaristes », qu’il soit question de la motivation des pères ou de celle des mères. Dans cet ordre d’idées, les répondants de la classe « tâches développementales » sont proportionnellement plus d’avis que les pères et les mères veulent une garde partagée pour avoir du temps avec leurs enfants et du temps pour eux.

Discussion

29Sur le plan des modalités idéales de garde suivant la séparation des parents, un constat clair se dégage : les Québécois semblent valoriser fortement la garde partagée pour les enfants âgés de trois ans et plus. Ce résultat corrobore les données d’autres recherches qui ont porté sur l’opinion de la population à cet égard (Braver et al., 2011 ; Kaspiew et al., 2009), l’augmentation importante de la garde partagée comme modalité de garde mise en place après une séparation (Biland et Schütz, 2013), certaines tendances jurisprudentielles observées en matière de garde au Québec (Goubau, 2003 ; Laberge, 2013) de même que sur les changements législatifs en France et ailleurs en Occident qui ont favorisé ce type de garde (Belmokhtar et Cretin, 2015 ; Smyth et al., 2016). La plus grande part des répondants au sondage étaient également d’avis que les pères et les mères qui veulent établir une garde partagée le font pour passer du temps avec leur enfant et permettre aussi à l’autre parent de passer du temps avec l’enfant, ce qui expose une fois de plus la tendance à la valorisation de l’implication active des deux parents après la séparation.

30Par ailleurs, les Québécois ont endossé majoritairement l’idée que la compétence des parents devrait se trouver au cœur de la mise en place du partage du temps parental après une séparation, montrant que la population a sans doute intégré le principe selon lequel toute décision en la matière devrait être fondée sur l’intérêt de l’enfant avant celui des adultes : ce principe est d’ailleurs rappelé dans les séminaires sur la coparentalité dans une perspective éducative (Cloutier et al., 2012). Cependant, « le droit des parents à voir leurs enfants » a été aussi identifié comme un des facteurs importants à prendre en compte pour déterminer la garde, bien que les contacts parent-enfant soient, dans les faits, un droit de l’enfant et non un droit des parents, puisque le seul critère applicable à la détermination de la garde est l’intérêt de l’enfant en droit canadien (Semple, 2010). Cette centralisation sur l’enfant sans prise en compte des droits des parents ne serait peut-être donc pas tout à fait intégrée au sens commun ou ne correspondrait peut-être pas à ce qui semble « juste » pour une certaine portion de la population. Les facteurs à prendre en considération lors d’un partage du temps parental s’appuient donc sur un double fondement : un premier qui relève d’un souci éducatif (les compétences) et un second qui relève d’un fondement juridique inexact (le droit des parents à voir leurs enfants). Au-delà de cette dualité, un constat clair se dégage de l’ensemble des résultats : avoir un maximum d’accès à ses deux parents est toujours, ou presque, perçu comme étant dans l’intérêt de l’enfant.

31Un deuxième objectif de cette étude était de déceler des profils distincts d’opinions et de vérifier si ceux-ci étaient socialement situés sur le plan sociodémographique. Pour ce faire, des analyses de classes latentes ont été effectuées. Une première analyse a permis de dégager quatre regroupements de répondants selon leur opinion à propos des modalités de garde idéales en fonction de l’âge de l’enfant et du genre de l’adolescent. Concernant la garde des enfants en fonction de l’âge, une première classe se positionne en faveur de la garde à la mère pour tous les enfants, à l’exception des garçons de 13 à 17 ans qui devraient être confiés à leur père. Les répondants vivant en famille monoparentale sont surreprésentés dans cette classe. Ces résultats pourraient indiquer que les répondants ayant plus tendance à reconnaître l’importance du principal pourvoyeur de soins seraient plus présents parmi les parents monoparentaux (qui sont majoritairement des femmes), mais que ces répondants voient tout de même des bienfaits à ce que les pères s’occupent de leur fils prioritairement à l’adolescence.

32Les hommes seraient, pour leur part, plus présents dans la classe favorable à la garde partagée pour les enfants âgés de plus de deux ans et à la garde par le parent de même sexe chez les adolescents. Certains contrastes quant au sexe étaient à prévoir puisque les opinions autour de la garde des enfants après une séparation sont fortement genrées et enchâssées dans un débat beaucoup plus large sur l’égalité hommes-femmes (par exemple, le biais supposé des tribunaux en faveur des mères, les bénéfices ou les risques des nuitées chez le père pour les bébés et les très jeunes enfants, etc.) (Boyd, 2003 ; Godbout et al., 2014).

33Cependant, les résultats obtenus indiquent surtout des prises de position générationnelles : les plus jeunes répondants sont très représentés au sein de la classe en faveur de la garde partagée pour les enfants de tous les âges. Cette génération a peut-être davantage intégré et porté le discours égalitaire qui inclut aussi l’idée du décloisonnement des rôles parentaux entre pères et mères. De fait, les jeunes générations de parents se divisent davantage les tâches qu’auparavant et les jeunes pères québécois sont plus présents auprès des enfants dès leur naissance que ne l’ont été les hommes des générations précédentes (Pacaut et al., 2011). En outre, ces résultats confirment ceux de différentes recherches sur les valeurs familiales des Américains et des Européens qui mettent au jour un positionnement de plus en plus libéral, moderniste et égalitaire des nouvelles générations comparativement à celles les ayant précédées, notamment sur le plan de la prise en charge des tâches liées aux enfants et à la maisonnée (Déchaux, 2012 ; Donnelly et al., 2016 ; Pina, 2005 ; Thornton et Young-DeMarco, 2001). Des différences générationnelles chez des juges québécois ont également été révélées par une recherche exploratoire de J. Clouet (2017). Cette analyse de décisions judiciaires établit un lien entre l’appartenance à une génération plus récente (trois générations sont comparées) et l’octroi accru de la garde partagée dans des dossiers dits « neutres », soit ceux comportant des caractéristiques rendant la garde partagée ou la garde exclusive possibles.

34Les résultats obtenus mettent également en relief les raisons sous-jacentes aux choix de modalités de garde jugées idéales. Pour les tenants de l’égalité parentale, les parents désirent mettre en place une garde partagée pour les « bonnes raisons », soit pour permettre à l’enfant de passer du temps avec chacun de ses parents. De façon cohérente avec l’idéologie égalitaire, ils estiment que l’investissement parental passé devrait avoir moins de poids dans la décision de garde que le droit des parents à voir leur enfant. Les autres classes considèrent davantage que les parents désirent une garde partagée pour des raisons qui pourraient sembler plus individualistes : avoir du temps pour l’enfant et du temps pour soi (classe des tâches développementales) et payer moins de pension alimentaire, surtout chez les pères (classes de l’âge tendre et naturaliste). Le temps consacré à l’enfant a plus d’importance pour ces classes, particulièrement pour la classe naturaliste qui est la plus réfractaire à la garde partagée. Ces positions semblent s’appuyer sur une conception plus traditionnelle et stéréotypée des rôles parentaux. Cependant, d’un point de vue féministe, la reconnaissance pleine et entière des soins prodigués à l’enfant relèverait aussi d’une éthique du care (Smart et Neale, 1999). Or, il s’agit précisément d’un principe qui semble en perte de vitesse, tant dans les normes sociales et juridiques actuelles que chez les répondants les plus jeunes de notre propre échantillon.

35Au Québec, 40 % des enfants vivant avec leurs deux parents à la naissance vont connaître la séparation de ces derniers avant d’avoir atteint 18 ans (Desrosiers, 2017). Si on en sait beaucoup au sujet des effets globaux de cette situation sur le devenir de ces enfants (Duncan et Phillips, 2008), on en sait très peu de la vision qui est portée par la population au sujet du partage du temps parental suivant une séparation. Or, cette connaissance est essentielle si on souhaite le développement de lois et de politiques qui prennent en compte ces nouvelles réalités. En effet, les instances qui les développent ont besoin d’informations précises au sujet des normes culturelles dominantes, car il sera plus difficile d’implanter ou de garder en place des dispositifs qui vont à l’encontre des idéaux ou de rectifier des visions qui seraient considérées comme inadéquates (Braver et al., 2011). En outre, plusieurs acteurs au Québec revendiquent la nécessité d’une réforme du droit familial afin qu’il soit en plus grande cohérence avec la famille d’aujourd’hui (Roy et al., 2015). Sur le plan scientifique, les chercheurs ont aussi besoin de cerner ces idéaux afin de les soumettre à l’épreuve des faits et ainsi de participer au débat public sur la question.

36Nos résultats montrent que l’idéal de l’égalité parentale n’est pas uniquement porté par les experts ou les juristes, mais aussi par la population. Comme le disent D. Côté et F. Gaborean (2015) : « [… ] la garde physique partagée s’est répandue au Québec dans l’imaginaire collectif [… ]. » (p. 43). On constate en effet que la norme culturelle a évolué et celle voulant que la mère soit mieux placée que le père pour prendre soin des enfants est globalement en recul. Toutefois, dans les pratiques, la garde exclusive à la mère continue d’être choisie ou appliquée dans la majorité des familles dont les parents sont séparés. Si différentes contraintes expliquent cet écart (Côté et Gaborean, 2015), cette apparente contradiction pourrait aussi être le reflet d’une norme en changement, qui s’enracinera avec la prochaine génération de parents, moins attachée aux valeurs traditionnelles, plus encline à valoriser le temps que les deux parents consacrent à l’enfant et la pérennité du lien parent-enfant au-delà du lien conjugal. Par ailleurs, si l’État souhaite réguler davantage la question de la garde des enfants, il peut anticiper un débat public sur la symétrie des rôles concernant les très jeunes enfants, alors que 40 % des répondants considèrent les mères mieux placées pour en prendre soin. Cette lecture est d’ailleurs particulièrement portée par la génération des plus de 34 ans qui, au-delà du fait de représenter une « autre génération », regroupe aussi plus de personnes susceptibles d’avoir vécu l’expérience d’être un parent ou d’être séparé ou divorcé. Il faudra par ailleurs d’autres recherches pour mieux analyser ces transformations. Comme les lois et les politiques sociales ne sont pas portées uniquement par les normes sociales, mais aussi par un éclairage provenant de la science, les chercheurs devront participer au débat en redoublant d’efforts afin de mieux comprendre si, comment et dans quels contextes la garde partagée (et d’autres modalités de garde) soutient ou non le bien-être des enfants (Godbout et al., 2015).

37Précisons que les conclusions de la présente recherche se fondent sur des analyses exploratoires et devront faire l’objet de recherches plus approfondies comportant des comparaisons internationales. Aussi, l’approche quantitative utilisée et l’utilisation de questions fermées et réponses à choix multiples limitent l’exploration du sens que prennent ces réalités pour la population. Nous suggérons donc que cette question soit également étudiée à l’aide de méthodes qualitatives, notamment afin de mieux comprendre pour quelles raisons la garde partagée est perçue comme un idéal sans être adoptée par une majorité de parents et quelles peuvent être les conséquences de l’écart entre la norme sociale et la mise en place réelle d’arrangements de garde.

Annexe

Tableau 6. Valeurs et niveaux de signification des tests du khi-carré

Choix de réponses/endossement en fonction de caractéristiques sociodémographiques
Valeur
ddl
Modalités idéales de garde en fonction de l’âge
Garde principale au père (hommes c. femmes)
Enfants 3-5 ans
11,73**
1
Enfants 6-12 ans
13,88***
1
Filles 13-17 ans
5,48†
1
Garçons 13-17 ans
11,46**
1
Garde principale à la mère (65 ans et plus c. autres groupes d’âges)
Enfants 0-2 ans
13,93***
1
Enfants 3-5 ans
12,86***
1
Enfants 6-12 ans
9,32**
1
Filles 13-17 ans
10,65**
1
Garde principale à la mère (répondants vivant en famille monoparentale c. répondants vivant en famille recomposée et traditionnelle)
Enfants 6-12 ans
12,26*
2
Filles 13-17 ans
11,62*
2
Garçons 13-17 ans
23,01***
2
Facteurs à prendre en considération pour déterminer la garde
Le droit des parents à voir leurs enfants (selon parents)
Francophones c. non-francophones
6,59*
1
Répondants séparés/divorcés c. répondants non séparés/non divorcés
3,79†
1
La compétence parentale (selon juges)
Non-francophones c. francophones
11,04***
1
Résidents de Montréal c. résidents des autres régions
7,44**
1
Niveau de scolarité universitaire c. autres niveaux de scolarité
7,57**
1
Le droit des parents à voir leurs enfants (selon juges)
Francophones c. non-francophones
14,11***
1
Résidents des autres régions c. résidents de Montréal et de Québec
6,00*
1
Motivation des parents à demander la garde partagée
Passer plus de temps avec son enfant/permettre à son enfant de passer du temps avec ses deux parents comme principale motivation des pères
Hommes c. femmes
5,60*
1
Passer plus de temps avec son enfant/permettre à son enfant de passer du temps avec ses deux parents comme principale motivation des mères
Femmes c. hommes
22,04***
1
Raisons financières comme principale motivation des mères
Hommes c. femmes
8,82**
1
Raisons financières comme principale motivation des pères
Femmes c. hommes
17,25***
1

Tableau 6. Valeurs et niveaux de signification des tests du khi-carré

Note : † p<, 1 ; * p<, 05 ; ** p<, 01 ; *** p<, 001.

Notes

  • [1]
    Aussi appelée résidence alternée ou hébergement égalitaire, ce mode de partage du temps parental correspond, au Québec, à une division minimale de 40 %-60 % du temps avec chacun des parents sur une période d’un an.
  • [2]
    Aussi appelés droits de visite.
  • [3]
    Tous les détails concernant les tests du khi-carré utilisés sont présentés en annexe, au tableau 6.
  • [4]
    La région de Montréal a la population la plus importante de toutes les régions du Québec. Elle est aussi la plus densément peuplée et la plus multiethnique de cette province.
Français

La garde partagée – ou alternée – représente un idéal de coparentalité égalitaire sans toutefois être adoptée par la majorité de parents séparés. Face à ce paradoxe apparent, cet article a pour objectif de mieux comprendre l’opinion de la population à propos de la garde des enfants. Pour ce faire, un sondage a été réalisé auprès d’un échantillon composé de 1 202 Québécois et Québécoises âgés de 18 ans et plus. Les données recueillies révèlent que la garde partagée représente, globalement, le mode de garde jugé idéal. Cependant, une analyse de regroupement en classes latentes a permis d’effectuer des distinctions importantes en dégageant quatre profils d’opinion sur cette question. La comparaison de ces profils sur le plan sociodémographique et de certaines des croyances et valeurs liées au mode de garde fournit des pistes d’explication de la diversité des postures.

Mots-clés

  • Séparation 
  • Divorce 
  • Garde des enfants 
  • Garde partagée 
  • Garde alternée 
  • Profils d’opinion 
  • Caractéristiques sociodémographiques 
  • Québec

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Élisabeth Godbout
est stagiaire postdoctorale (Ph.D, t.s.) en psychologie légale à l’université du Québec à Trois-Rivières. Elle s’intéresse aux transitions familiales et, plus spécifiquement, aux séparations parentales hautement conflictuelles (aliénation parentale, conflits de garde et de droits d’accès, intersection entre la protection de la jeunesse et les conflits sévères de séparation). Ses travaux portent sur l’adaptation de l’enfant dans ce contexte, sur les services juridiques et psychosociaux destinés aux familles qui vivent des transitions et sur l’interprétation du meilleur intérêt de l’enfant dont la garde est contestée.
Département de psychologie, université du Québec à Trois Rivières
elisabeth.godbout@uqtr.ca
Marie-Christine Saint-Jacques
est professeure titulaire (Ph.D., t.s.) à l’École de travail social et de criminologie de l’Université Laval et directrice d’un partenariat de recherche interdisciplinaire sur la séparation parentale et la recomposition familiale, soutenu par le Conseil de recherche en sciences humaines du Canada. Ses travaux portent sur les transitions familiales associées à la séparation des parents et sur les dispositifs sociaux déployés afin de soutenir les jeunes et les familles en grande difficulté, notamment au regard de la loi sur la protection de la jeunesse. Elle est chercheure au sein de plusieurs organisations, dont le Centre de recherche sur l’adaptation des jeunes et des familles à risque (JEFAR) et le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la capitale nationale au Québec.

École de travail social et de criminologie, université Laval
marie-christine.saint-jacques@tsc.ulaval.ca
Hans Ivers
a soutenu sa thèse de doctorat (Ph.D.) en psychologie de la santé avant d’entreprendre une formation académique en informatique et statistiques. Depuis 2003, il offre ses services de consultation et de formation statistique à divers centres de recherche en sciences sociales (psychologie, travail social, management) de l’Université Laval, et au gouvernement du Québec. Auteur ou collaborateur de plus de 100 publications, il a enseigné pendant 10 ans les statistiques multivariées aux étudiant(e)s du doctorat en psychologie. Il est également formateur pour le logiciel SAS auprès de la communauté universitaire et co-fondateur du Club des utilisateurs SAS de Québec.
École de psychologie, université Laval
hans.ivers@psy.ulaval.ca
Mis en ligne sur Cairn.info le 10/10/2018
https://doi.org/10.3917/anso.182.0393
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