CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Dans le langage commun, « mature » et « immature » sont des qualificatifs d’évaluation vagues et subjectifs du comportement de nos contemporains. Ils prétendent désigner – souvent de façon polémique – l’adéquation ou l’inadéquation d’une attitude ou d’un acte en fonction de l’âge de son auteur. Le terme revêt alors une valeur métaphorique qui n’engage, faute d’un outil de référence, que l’opinion de celui qui juge. L’apport des sciences humaines [1] permet cependant de dissiper quelque peu le flou qui entoure cet objet.

2C’est à partir de la comparaison d’une performance avec une valeur idéale, ou au moins moyenne pour un individu à un stade de développement donné, que la psychologie génétique a introduit la notion dans son outillage conceptuel. La maturité désignerait alors l’état d’aboutissement et de relative stabilité qu’un individu, comme un végétal, atteint au terme de son développement. Cette idée d’accomplissement personnel conforme à une norme idéale sous-tend la conception de psychologues pourtant aussi différents que Sigmund Freud ou Jean Piaget, ce dernier ayant poussé le souci de quantification jusqu’à élaborer une échelle à vocation universelle pour évaluer les stades du développement cognitif des enfants.

3La psychosociologie, qui s’intéresse à l’individu en interaction avec ses semblables, propose une approche de la maturité reposant sur les attentes que les membres d’un groupe social nourrissent les uns vis-à-vis des autres. Les règles assignées à chacun déterminent des attentes réciproques dans les comportements des acteurs du jeu social et les rôles ainsi définis sont, s’ils sont respectés, censés assurer le fonctionnement harmonieux du groupe. Dans cette perspective, l’incapacité ou le refus d’un acteur d’assumer correctement le rôle [2] qui lui est dévolu, ou de le faire évoluer de façon positive dans les sociétés les plus ouvertes, est souvent considéré comme un signe d’inadaptation potentiellement passible de sanctions et, en tout cas, qualifiable d’immaturité.

4Ainsi dégagée de la confusion qui l’entourait, la notion s’est peu à peu conceptualisée et a inspiré plusieurs travaux sociologiques centrés sur la problématique de la socialisation de l’adulte. En un demi-siècle, le terme qui désigne celui-ci a évolué de « personne » à « individu », ce changement lexical soulignant la dégradation de son statut sous l’effet d’un délitement des solidarités. Est-on passé, comme le suggère Jean- Pierre Boutinet [3], de l’adulte-étalon des années 1950, compétent et présent sur tous les fronts, à l’adulte à problèmes, voire en friche et orphelin de ses repères, à mesure que se transformait le rapport au travail, que le temps de la jeunesse s’allongeait et que l’entrée dans le « troisième âge » commençait plus tôt dans le cycle de vie ?

Notes

Mis en ligne sur Cairn.info le 07/03/2018
https://doi.org/10.3917/inso.195.0065
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