CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1L’habitat participatif, né dans les années 1970 qui voulaient « changer la vie », suscite depuis les années 2000 un regain d’intérêt. Un rapport, publié par le groupement Habitat Participatif Ouest [*], analyse l’articulation de l’habitat partagé et du logement aidé en s’appuyant sur une recherche-action menée avec divers acteurs – bailleurs sociaux, associations d’habitat participatif, élus locaux, services techniques municipaux, aménageurs… Il pointe « de nombreuses contradictions entre les enjeux de l’habitat participatif, ceux des politiques du logement et des organismes HLM ». Celles-ci rendent très complexe la collaboration entre d’un côté, des familles qui se regroupent pour réaliser la conception de leur logement, la recherche d’un terrain, le montage juridico-financier et parfois même, la construction, et de l’autre, une lourde machine administrative et une logique de construction industrielle ou, du moins, standardisée.

2Par exemple, la dynamique des projets est fondée sur l’adhésion des familles participantes à des valeurs communes et la cooptation est la meilleure façon de recruter des participants, au début ou pour remplacer des partants. Cette option n’existe pas dans l’habitat social.

3Ou encore, bien que les espaces communs – salle de réunion, des fêtes, de jeux, de gym, atelier, chambre d’amis… – fassent partie des atouts de l’habitat participatif, leur financement et leur gestion sont souvent problématiques (à l’exception du jardin, facteur important de cohésion). Dans l’habitat social, ils sont quasiment inenvisageables car non rentables.

4Si les candidats à l’habitat participatif en attendaient une solidarité de voisinage (partage de matériel et des tâches, mutualisation des compétences), avec l’expérience ils en retiennent surtout des plus-values sociétales : une ouverture culturelle, une forme d’« émancipation individuelle » chère à l’éducation populaire ou de nouveaux rapports avec les élus et avec l’environnement socio-économique.

5Constatant que les obstacles à la conjugaison de l’habitat participatif et de l’aide au logement peuvent être levés grâce à un patient « travail partenarial contextuel et conjoncturel entre des élus, des bailleurs et des groupes » (et, en partie, grâce à des dispositions de la loi Alur), l’étude met en avant cette plus-value sociale pour recommander en conclusion de « réhabiliter la maison individuelle, groupée et de qualité environnementale ».

6Un bilan [1] de vingt-trois sites toujours existants, créés entre 1970 et 1995, vient appuyer cette thèse.

Notes

  • [*]
    Lanoë S. (coord.), Cencetti O., et Rocheron C., 2015, Étude sur l’habitat participatif et solidaire, réalisée en partenariat par l’Epok, coopérative d’écologie populaire et l’association L’Écho Habitants avec le soutien du département d’Ille-et-Vilaine et de la Fondation de France. Publiée par le groupement Habitat Participatif Ouest.
  • [1]
    Broutin M., Eco Habitat Groupé, 2014, Voyage en terre méconnue 40 années d’habitats groupés. Recueil d’expériences en support aux initiatives habitantes et institutionnelles actuelles, Rapport publié avec le soutien de la Fondation de France et AG2R La Mondial.
Léa Rochford
Mis en ligne sur Cairn.info le 23/03/2017
https://doi.org/10.3917/inso.193.0115
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour Caisse nationale d'allocations familiales © Caisse nationale d'allocations familiales. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...