CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Pour le dictionnaire, le rural s’oppose à l’urbain. Pour l’administration, il s’en distingue par un critère quantitatif : est considérée comme rurale toute commune comptant moins de 2 000 habitants agglomérés.

2Malgré son caractère arbitraire, c’est sans doute cette référence à l’habitant qui explique que la sociologie rurale ait été, dès son apparition, plutôt une sociologie des ruraux, s’intéressant à titre principal au statut et aux pratiques sociales des habitants des « campagnes ». Sans doute, aussi, le succès rencontré par les livres de l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie (né en 1929) sur les paysans du Languedoc a-t-il contribué à imposer cette focalisation au début des années 1960, peu avant que les travaux purement sociologiques (Sociétés paysannes, La fin des paysans) de son contemporain Henri Mendras (1927-2003) [1] et des membres de son école invitent à analyser les agriculteurs comme une classe sociale confrontée aux changements de l’ordre économique qui sont intervenus à partir du milieu du XXe siècle.

3La société villageoise décrite par E. Le Roy Ladurie ou Philippe Ariès se caractérisait ainsi par une tendance à une autarcie démographique, économique et sociale ; elle correspondait à la situation de familles exploitant des terres autour d’un village isolé, ignorant le salariat et produisant par leur seul travail la quasi-totalité de ce qui était nécessaire à leur existence.

4De cette ethnologie du milieu paysan s’est dégagée la représentation d’un milieu marqué aussi par une forte endogamie et par une interconnaissance généralisée des sujets, de génération en génération.

5Avec les travaux d’Henri Mendras, l’intérêt s’est déplacé vers les parcours sociaux des paysans, souvent issus de familles nombreuses, lorsque la mécanisation a rendu inutile, voire économiquement impossible, le maintien à la ferme de tous les enfants. La fin des paysans, l’ouvrage qui imposa son auteur en 1967, décrit l’exode rural, les recyclages dans les emplois les moins qualifiés du secteur industriel et la difficile adaptation de nombreux ex-ruraux à la ville avec son cortège de déclassements et de désocialisations. Sur un thème voisin mais dans une perspective très différente, Henri Lefebvre s’est, pour sa part, engagé sur la voie d’une compréhension du passage du « rural à l’urbain », pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages.

6L’orientation actuelle de la sociologie rurale est caractérisée par la prégnance des problématiques à caractère économique, dans le cadre d’une recomposition des territoires politiques tant européens (avec la politique agricole commune, la Pac) que planétaires (avec la mondialisation) et par la montée en puissance des problématiques liées aux questions de préservation de la nature. Dans le cadre de la première de ces options, nombre de travaux, parmi lesquels ceux de Marcel Jollivet, se sont orientés vers une analyse d’inspiration « politiste » des stratégies développées par les acteurs, pouvoirs publics et représentants du monde rural, qu’ils soient des syndicaux officiels ou des collectifs spontanés. La seconde de ces voies est dictée par la montée des problèmes environnementaux ; elle aborde une série de nouvelles questions posées par l’écologisation en cours de l’agriculture et s’attache à dégager le sens des pratiques que ces politiques génèrent.

Note

  • [1]
    voir p. 85 Contrepoint sur Henri Mendras par A. Vulbeau.
Mis en ligne sur Cairn.info le 29/06/2011
https://doi.org/10.3917/inso.164.0109
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