CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Penseur et homme politique contre-révolutionnaire – on dirait aujourd’hui ultraréactionnaire –, Louis de Bonald est une figure de proue de la pensée traditionaliste et conservatrice française. Royaliste et théocrate, nostalgique de l’Ancien Régime, il raisonnait dans et pour une société traditionnelle, résolument adversaire des Lumières, de la modernité et des orientations libérales.

2Maire de Millau, président de l’Assemblée du département de l’Aveyron (dont il sera également député), il collabore à des journaux monarchistes, publie des essais philosophiques et entre à l’Académie française avant de devenir vicomte et pair de France.

3Bonald pense que la société s’impose à l’individu. Pour lui, la famille se présente comme une petite société politique, hiérarchique et exemplaire. Cette cellule domestique, qui ne doit pas être dissoute car elle est dite naturelle et protectrice, est une unité constitutive du lien politique, la seule base possible de la société. Le père de famille, investi, comme le roi, par la présence divine, est socle de la société et de l’Etat.

4Bonald s’est notamment battu pour restaurer l’indissolubilité du mariage, en se prononçant contre la “honte” et la “licence” attachées au divorce, qui avait été admis après la Révolution. Il aura largement gagné ce combat politique avec la loi de 1816, dont il fut le rapporteur, qui abolit le divorce ; celui-ci n’étant à nouveau autorisé, pour faute, qu’à partir de 1884. Le divorce est abrogé car, au fond, époux, parents et enfant(s) sont membres d’une communauté indissociable que rien d’humain ne saurait rompre ou affaiblir.

5Au-delà de ses idées morales, Bonald savait, avec un vrai talent de plume, abréger ses pensées en formules, certaines étant restées célèbres, sans pour autant lui être systématiquement attribuées : “les grandes pensées viennent du cœur, et les grandes affections viennent de la raison” ; “l’homme n’est riche que de la modération de ses désirs” ; “depuis l’Evangile jusqu’au Contrat social, ce sont les livres qui ont fait les révolutions”.

6Les positions et les conceptions bonaldiennes se trouvent, maintenant, à des siècles et à mille lieues des débats contemporains et des législations autour de la coparentalité. Dans des sociétés sécularisées marquées par les aspirations à l’égalisation des conditions et par les dynamiques de démocratisation (même au sein de la famille), la perception et la signification du divorce ont considérablement changé.

7Aujourd’hui, le divorce et toutes les ruptures et séparations peuvent se comprendre comme des désunions d’êtres libres, comme des échecs, comme des tremblements de terre émotionnels, et comme de possibles opportunités de reconstruction. Ainsi les procédures actuelles de divorce, et d’accompagnement du divorce, visent-elles la “dédramatisation” et la pacification. Elles suivent, de fait, sa banalisation. Tout ceci outrerait et heurterait un Bonald ressuscité. ■

  • Essai analytique sur les lois naturelles de l’ordre social, 1817
  • Du divorce au XIXe siècle, 1818
  • De la famille agricole et de la famille industrielle, 1826
Julien Damon
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Mis en ligne sur Cairn.info le 01/06/2008
https://doi.org/10.3917/inso.122.0025
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