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Nous sommes à Nantes, au milieu du xviiie siècle. Un négociant armateur couvre volontairement les errements de l’un de ses enfants.
Un de mes frères, âgé d’environ dix-huit ans […] s’était rendu très utile à mon père par son activité, son exactitude et ses talents ; son caractère doux et officieux lui avait acquis sa confiance. […] Une chanteuse de la comédie, célèbre dans son temps, jeune, aimable, jouant le sentiment à merveille, lui inspira un violent attachement. Cette actrice passait pour être sage et vertueuse, elle avait père et mère qui voulurent faire briller ses talents sur un plus grand théâtre et l’emmenèrent à Paris. Mon frère […] prit la résolution insensée de suivre cette comédienne […]. Sa passion bouillante l’aveugla et l’égara au point de détourner une somme d’environ 2 000 livres […]. Avec cet argent, il s’achemina pour Paris, accompagné d’un de ses camarades.
Dès le premier jour de son absence, mon père fut instruit du motif de son éloignement, de son attachement pour une comédienne, de la route qu’il avait prise et de l’argent qui lui avait été enlevé. Cette petite scène fit même du bruit à la Bourse. Ses connaissances et ses amis le plaignirent et lui conseillèrent d’envoyer la maréchaussée après son fils. Il répondit avec sérénité à ceux qui lui donnaient des conseils qu’on se trompait sur la conduite de son enfant, qu’il était incapable de rien lui dérober et que c’était lui-même qui l’envoyait à Paris pour ses affaires. Son air de franchise et de tranquillité persuada les plus incrédules et fit tomber tous les bruits qui se répandaient sur mon frère…
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- Mis en ligne sur Cairn.info le 16/12/2021

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