CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1Dans un sens large, le relativisme n’est autre que la prise en compte de la diversité : une prescription, une norme ou une sanction n’ayant de sens qu’à l’intérieur d’un contexte bien délimité, il n’est pas d’institution qui soit supérieure à d’autres. Cette assertion est devenue, de nos jours, un lieu commun. Si l’on s’en tient à cette version descriptive, la référence est tellement consensuelle qu’elle en devient banale.

2À ces prémisses sont venues se greffer des connotations éthiques et épistémologiques. Le volet moral met en exergue l’impossibilité de jugements normatifs. Si toutes les cultures se valent, les notions de bien et de mal, de vrai et de faux ne sont pas univoques et dépendent de l’environnement dans lequel on se meut. La variante dite scientifique va encore plus loin : non seulement nous n’aurions pas le droit d’évaluer les autres civilisations, mais nous serions incapables de les connaître et de les comprendre. Découvrir des universaux ou énoncer des généralisations serait impossible. Toute vérité ne serait qu’une ethnovérité, toute valeur une ethnovaleur. Le scepticisme cède alors le pas au nihilisme.

3En arguant que les faits sociaux ne peuvent être connus de manière parfaitement objective, d’aucuns, à la fin des années 1970 – à l’instar de Paul Feyerabend – en ont conclu que la seule règle qui s’imposait était celle du « tout est bon » (anything goes). De telles approches suscitent de nombreux points de discussion car, contrairement à ce que laissent entendre certains auteurs comme Rorty par exemple, il existe des principes d’intelligibilité qui rendent possible la communication entre individus de filiations ou de milieux différents. Une autre façon de penser le rapport à autrui est pourtant envisageable. La visée de toute bonne poésie, aimait à dire Thomas Eliot, est de « rendre le familier étrange, et ce qui est étrange familier ». Telle est aussi, d’une certaine façon, la mission intellectuelle du sociologue ou de l’ethnologue. La découverte de la différence culturelle secoue nos propres certitudes mais nous donne également l’occasion de mettre en lumière l’une ou l’autre facette de la nature humaine.

Gilles Ferréol
Agrégé de sciences sociales, Gilles Ferréol est professeur de sociologie à l’université de Franche-Comté où il dirige le laboratoire C3S (Culture, Sport, Santé, Société). Il est l’auteur de nombreux ouvrages portant notamment sur l’altérité et les relations interculturelles, les minorités et l’intégration, l’ethnicité et les politiques migratoires. Ses travaux s’inscrivent dans une perspective comparative et questionnent les rapports entre tradition et modernité, particularismes et universalisme.
Courriel : <gferreol@hotmail.com>.
Mis en ligne sur Cairn.info le 04/06/2015
https://doi.org/10.3917/herm.071.0116
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour CNRS Éditions © CNRS Éditions. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...