1Les nouvelles technologies permettent aujourd’hui d’organiser autrement la sphère publique, au moment où les systèmes de représentation élective sont en crise. En Belgique, les crises politiques à répétition qui ont suivi chaque élection et la difficulté de constituer des gouvernements stables ont amené un groupe de citoyens et d’intellectuels à développer en juin 2011 une alternative, tant virtuelle qu’en présentiel, représentative de ces nouvelles formes de communication au sein d’un espace public organisé au départ des réseaux sociaux : le G 1000 (<www.g1000.org/fr/manifeste.php>). L’appel placé sur la page d’accueil du site est explicite : « Laissons aussi les citoyens délibérer, et pas seulement les représentants du peuple. C’est l’appel que lance un groupe de penseurs et de gens d’action indépendants. Leur proposition : le G 1000, un sommet à Bruxelles le 11 novembre de mille citoyens choisis au hasard qui délibèrent sans parti pris. »
2Le projet lancé par des écrivains (et principalement David Van Reybrouck, l’auteur de Congo. Une histoire, prix Médicis essai en 2012), des politologues, des responsables de mouvements associatifs et culturels, des citoyens engagés, a consisté à inventer une nouvelle forme de démocratie délibérative, préparée par de nombreux groupes de travail en amont, pour aboutir à une journée de débats, le 11 novembre 2011. Cent groupes de dix personnes, dont les échanges étaient suivis et discutés aussi via Internet par des milliers d’autres, ont ainsi débattu autour de quatre thématiques : la sécurité sociale, la répartition du bien-être en ces temps de crise financière, la politique d’immigration et la mise en œuvre d’une politique énergétique durable. Des propositions concrètes ont été dégagées et synthétisées par près de 15 000 personnes, et ont été remises ensuite aux présidents des parlements fédéraux et régionaux (Reuchamps, 2011). C’est le signe que de nouveaux modèles d’organisation du débat public peuvent être inventés, à l’intersection entre la rencontre physique entre les acteurs et les échanges via les nouveaux canaux de communication multimédia, mais que ceux-ci doivent encore inventer des formes de régulation pour être socialement efficaces. Un nouveau chapitre de l’histoire de l’espace public est ainsi en train de se construire sous les yeux des chercheurs en communication.