CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Après les affaires du sang contaminé (Beaud, 1999) et de l’amiante (Henry, 2007), la période de « crise sanitaire » marquée par la propagation du Covid-19 offre une nouvelle occasion d’envisager la mobilisation des arènes judiciaires (civile, pénale) et d’autres juridictions administratives par des acteurs sociaux. Il s’agit d’aller considérer le poids et la place de la judiciarisation (Pélisse, 2009) face à la gestion sanitaire gouvernementale. À l’inverse des « affaires » ci-dessus évoquées, l’ampleur de la crise sanitaire – dont les mesures de restriction de libertés touchent l’ensemble de la population – a donné lieu au déploiement, par divers acteurs, d’une multiplicité de recours visant des objectifs parfois radicalement différents : de la plainte visant à réclamer une indemnisation pour le préjudice subi à des recours visant à contester la légitimité des formes d’action de l’État face à la gestion sanitaire. Au-delà de l’intérêt de faire une sociographie des actions en justice déployées contre l’État, au moment de la vague judiciaire (entre mars et juin 2020), cet article vise à comparer les formes d’action en justice qui ont eu lieu en France, en Espagne et en Belgique. L’intérêt de comparer ces pays, qui se caractérisent par un ordre juridique relativement proche, consiste à donner à voir des recours en justice qui dépendent, certes, des ressources des acteurs, mais également de l’ordre légal, des possibilités offertes par les différents systèmes judiciaires, de la perception par la population de la gestion de l’épidémie sur un territoire national, etc…

Français

La « crise sanitaire » liée à la propagation du Covid-19 (étudiée ici entre mars et juin 2020) a été marquée par un ensemble varié de recours en justice, qui peuvent paraître inédits au regard de la sociologie du droit. En prenant pour cadre de comparaison la France, l’Espagne et la Belgique, cet article interroge la portée symbolique et politique des plaintes au regard des contributions des sociologies américaine et française du droit. Il s’agit autant de rendre intelligible « l’épidémie » des recours en justice que d’explorer les manières dont elles questionnent les légitimités politiques attachées à la gestion politico-administrative de la « crise » et à l’économie politique plus généralement, qui affecte la régulation publique du domaine sanitaire.

Jessy Bailly
Doctorant en science politique à MESOPOLHIS (Sciences Po Aix) et en cotutelle au CEVIPOL (Université Libre de Bruxelles). Sa thèse porte sur une sociologie politique comparée des collectifs « d’audit citoyen de la dette » en France, en Espagne et en Belgique, en étudiant, au moyen d’une sociologie interactionniste et relationnelle de six configurations politiques localisées, le travail militant d’imposition d’un nouveau rôle politique entre gouvernants et gouvernés, à l’égard des mondes politiques institutionnalisés, à savoir la figure de « citoyen-contrôleur ».Ses thématiques de recherche portent sur la sociologie de l’action collective, sur la sociologie du droit et sur les théories démocratiques.
Il vous reste à lire 97 % de cet article.
Acheter cet article 5,00€ 20 pages, format électronique
(html et pdf)
add_shopping_cart Ajouter au panier
Autres options
Membre d'une institution ? business Authentifiez-vous
Déjà abonné(e) à cette revue ? done Activez votre accès
Mis en ligne sur Cairn.info le 12/08/2021
https://doi.org/10.3917/rfas.212.0037
Pour citer cet article
Distribution électronique Cairn.info pour La Documentation française © La Documentation française. Tous droits réservés pour tous pays. Il est interdit, sauf accord préalable et écrit de l’éditeur, de reproduire (notamment par photocopie) partiellement ou totalement le présent article, de le stocker dans une banque de données ou de le communiquer au public sous quelque forme et de quelque manière que ce soit.
keyboard_arrow_up
Chargement
Chargement en cours.
Veuillez patienter...