CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

1 La crise économique a placé au cœur du débat public les difficultés socio-économiques croissantes dont les jeunes sont les premières victimes. Toutefois, cette tendance reste largement différenciée en fonction des contextes nationaux et ce même avant le début de la crise. Il suffit de regarder certains indicateurs pour s’en assurer. Par exemple si l’on regarde les taux Neet (Not in Education, Employment or Training) des jeunes en Europe (figure 1), on peut apercevoir une grande hétérogénéité entre les pays : l’Allemagne, la Suède et le Danemark notamment présentent des taux Neet au-dessous de la moyenne, tandis que la France, le Royaume-Uni ou l’Italie présentent des taux Neet plus élevés que la moyenne. Comment comprendre cette diversité des situations économiques et sociales des jeunes en Europe ?

Figure 1

Taux Neet (15-29 ans) en Europe de l’Ouest (UE à 15), moyenne 2004-2014

Figure 1

Taux Neet (15-29 ans) en Europe de l’Ouest (UE à 15), moyenne 2004-2014

Source : Eurostat, 2015.

2 Plusieurs travaux ont proposé des typologies pour expliquer la diversité, non pas seulement des taux de chômage et des taux de pauvreté, mais plus largement des transitions des jeunes vers l’âge adulte (Loncle et Muniglia, 2010 ; Van de Velde, 2008 ; Walther, 2006). Ces typologies reposent toutes sur la typologie à trois termes des régimes d’État-providence élaborée par Esping-Andersen (1990), augmentée d’un quatrième régime méditerranéen (Ferrera, 1996) et soulignent donc l’importance des arrangements institutionnels propres à chaque État social. Mais ces typologies comportent des limites, qu’illustre notamment la comparaison entre la France et l’Allemagne. En effet, ces deux pays sont toujours placés dans le même régime continental centré sur l’emploi. Or ces deux pays représentent des cas fort différents en matière d’insertion des jeunes sur le marché du travail, comme le soulignent de nombreux travaux sur la formation et ses liens avec le marché du travail (Gangl, 2001 ; Maurice, Sellier et Silvestre, 1982). Ce qui pose problème au regard de ces typologies. Comment comprendre ce décalage ?

3 Nous proposons ici une nouvelle typologie qui permettra de mieux rendre compte de cette diversité. Dans un premier temps, nous allons élaborer théoriquement cette typologie en distinguant deux dimensions : la citoyenneté sociale et la citoyenneté économique. Dans un second temps, il nous faudra mettre à l’épreuve cette typologie. Pour ce faire, notre procéderons à quatre études de cas (France, Allemagne, Suède, Royaume-Uni), cas où prédominent un des régimes de citoyenneté socio-économique des jeunes identifiés et une stratégie de croissance spécifique. Dans un dernier temps, nous soulignerons la congruence de ces citoyennetés socio-économiques avec les stratégies de croissance.

Diversité d’accès à la citoyenneté socio-économique des jeunes

4 Dans cette partie, nous allons élaborer notre typologie des citoyennetés socio-économiques des jeunes. Tout d’abord, il nous faut définir ce que nous entendons par jeunesse, et déterminer le mode d’intervention de l’État social sur cet enjeu spécifique. Puis, nous passerons en revue les différentes typologies qui ont déjà été proposées afin de rendre compte de la diversité des modes de transition à l’âge adulte. Enfin, nous proposerons notre propre typologie en élaborant les deux dimensions sur lesquelles elle repose (citoyenneté sociale et citoyenneté économique).

Jeunesse et État social

5 Tout d’abord, de quoi parle-t-on lorsque l’on parle de jeunesse et, en l’occurrence, lorsque l’État social est concerné ? La sociologie de la jeunesse définit le plus souvent la jeunesse comme une période de transitions, entre enfance et âge adulte. La déconnexion de ces transitions, ainsi que l’allongement de la période de transition, a débouché sur ce « nouvel âge de la vie » (Galland, 1990) que serait la jeunesse.

6 Nous savons que l’État social est crucial dans la structuration et l’institutionnalisation du cycle de vie et, notamment, en ce qui concerne les transitions d’un âge à l’autre (Kohli, 1986). En effet, cette institutionnalisation a conduit à la « tripartition du cycle de vie », avec la distinction des différents âges de la vie que sont l’enfance, l’âge adulte et la vieillesse. L’âge de l’enfance renvoie à un statut de dépendance, tandis que l’âge adulte renvoie à un statut d’indépendance. Et cette idée d’indépendance est contenue dans le concept de citoyenneté : est considéré comme citoyen l’individu qui est indépendant, autonome (Jones et Wallace, 1992). Mais elle peut aussi renvoyer à une indépendance plus effective : une indépendance économique. Cette indépendance économique signifie indépendance à l’égard de sa famille, dans la mesure où, pendant la période de l’enfance, ce sont les parents qui subviennent aux besoins de leur enfant. Il s’agit donc, pour devenir indépendant, d’accéder à un revenu personnel. Ce revenu, s’il ne provient pas de la famille, peut provenir de deux autres sources : le marché ou l’État (voir le Welfare Triangle, Evers, 1990). D’un côté, les jeunes peuvent accéder à l’indépendance en obtenant un revenu sur le marché du travail. Nous appellerons ce type d’indépendance : accès à la citoyenneté économique. De l’autre côté, les jeunes peuvent également accéder à un revenu via les aides publiques et les prestations sociales délivrées par l’État. Nous appellerons ce type d’indépendance : accès à la citoyenneté sociale. Par conséquent, nous définissons ici la jeunesse comme cette période de transition professionnelle comprise entre la fin de la scolarité obligatoire (c’est-à-dire la fin de l’enfance selon la tripartition du cycle de vie) et l’entrée et la stabilisation sur le marché du travail (c’est-à-dire l’âge adulte) [1].

7 En ce qui concerne la citoyenneté économique, l’enjeu est de favoriser l’entrée sur le marché du travail, en permettant aux jeunes d’accéder à un emploi rémunéré le plus rapidement possible à la fin de leur formation. Plusieurs types d’instruments peuvent alors être mobilisés : la politique éducative, la régulation du marché du travail et la politique de l’emploi. En ce qui concerne la citoyenneté sociale, d’autres types d’instruments peuvent être utilisés. Il s’agit des aides publiques (c’est-à-dire les politiques fournissant un revenu aux jeunes) telles que les prestations familiales, les aides fiscales aux familles, les prestations d’assistance sociale, les allocations logement et le soutien étudiant (bourses et prêts). L’agencement de toutes ces politiques publiques constitue ce que nous appelons les politiques d’accès à la citoyenneté socio-économique des jeunes. Or elles sont fort diverses en Europe : c’est cette diversité dont nous souhaitons rendre compte.

Les typologies sur la transition à l’âge adulte

8 Plusieurs typologies ont été élaborées afin de rendre compte de la diversité des transitions à l’âge adulte en Europe. Elles renvoient toutes à la typologie à quatre termes des régimes d’État-providence, avec un régime anglo-saxon, un régime nordique, un régime continental et un régime méditerranéen, même si les dénominations varient en fonction des auteurs.

9 Plusieurs auteurs ont proposé une typologie des « régimes de transition de la jeunesse » (Loncle et Muniglia, 2010 ; Walther, 2006). Cette typologie souligne l’importance à la fois des systèmes d’État-providence, mais aussi des systèmes de formation et de leurs liens avec le marché du travail. Elle prend donc en compte une gamme étendue de politiques publiques, qui fait écho aux politiques que nous avons mentionnées précédemment. Pourtant, dans la forme que prend in fine la typologie ainsi que dans la classification qu’elle opère des différents pays, c’est bien la typologie des régimes d’État-providence qui ressort, plus que celle sur les systèmes éducatifs notamment. L’assignation de la France et de l’Allemagne au même régime centré sur l’emploi l’atteste, puisque ces deux pays, s’il sont similaires au regard de leur système de protection sociale (Palier, 2010), diffèrent grandement au regard de leur système éducatif (voir par exemple Maurice, Sellier et Silvestre, 1982).

10 Cette caractéristique se retrouve dans la typologie de Cécile Van de Velde (2008). La particularité de cette typologie est qu’elle ne propose pas une classification des différents pays dans des régimes, mais une analyse idéale typique de quatre cas particuliers que sont le Danemark, le Royaume-Uni, l’Espagne et la France. Bien que la protection sociale, l’état du marché du travail et le système éducatif (ainsi que les modèles familiaux) soient pris en compte, l’absence d’un pays comme l’Allemagne, dont le système éducatif est principalement fondé sur l’apprentissage, ne permet pas de trancher en fin de compte sur la généralisation de la typologie et la spécification des cas français et allemands ; d’autant plus qu’il est souvent mentionné dans l’ouvrage que la France renvoie parfois aux pays du Sud, en raison de la « familialisation » des aides, et parfois aux pays du Nord, grâce au départ précoce du domicile familial que permettent les allocations logement : la France est-elle donc le meilleur représentant du régime continental ? Qu’en est-il du cas allemand ? Cette indétermination appelle une nouvelle typologie, que nous allons élaborer autour de la notion de citoyenneté socio-économique.

Vers une typologie bidimensionnelle des citoyennetés socio-économiques des jeunes

11 Pour accéder à l’indépendance économique et donc à la citoyenneté socio- économique, nous avons souligné le fait que l’État social pouvait intervenir de deux façons, en se concentrant sur la citoyenneté économique et sur la citoyenneté sociale. Ce sont ces deux modes d’intervention qui constituent les deux dimensions constitutives de notre typologie, et que nous allons présenter.

12 En ce qui concerne la citoyenneté sociale, deux figures de citoyenneté peuvent être accessibles pour les jeunes (tableau 1). D’un côté, la citoyenneté sociale des jeunes peut être familialisée. Ce concept de « familialisation » (et de « dé-familialisation ») a d’abord été appliqué à la situation des femmes (Lister, 1990), avant d’être progressivement appliqué à la situation des jeunes (Van de Velde, 2008). Lorsque l’accès à la citoyenneté sociale est familialisé, la jeunesse est considérée comme une extension de l’enfance, et les jeunes sont traités institutionnellement comme des enfants [2] : les parents sont toujours censés les prendre en charge, ce qui signifie que les prestations sont le plus souvent dirigées vers eux et non vers les jeunes, qui conservent donc un statut d’enfant à charge du point de vue de la protection sociale. Les limites d’âge pour accéder aux prestations à titre personnel sont relativement tardives, le plus souvent bien au-delà de 20 ans. Dans la mesure où un enfant est censé suivre des études, les étudiants sont soutenus principalement via les dispositifs de la politique familiale (allocations familiales et aides fiscales aux familles) ou des bourses qui dépendent du revenu de leurs parents. Illustrant le principe de subsidiarité, on trouve le plus souvent une telle citoyenneté sociale dans les pays renvoyant au régime de protection sociale dit bismarckien (Palier, 2010) ou conservateur-corporatiste (Esping-Andersen, 1990).

Tableau 1

Les deux figures de la citoyenneté sociale des jeunes

Tableau 1
Familialisation Individualisation Régime de protection sociale Bismarckien Beveridgien Obligations alimentaires Oui Non envers les jeunes adultes Limites d’âge Tardives (souvent après 20 ans) Précoces (souvent avant 20 ans) Type d’aide aux étudiants Politique familiale Bourses ou prêts Soutien aux étudiants Limité et dépendant du revenu Important et indépendant du (bourses et prêts) des parents revenu des parents

Les deux figures de la citoyenneté sociale des jeunes

13 D’un autre côté, dans les États beveridgiens, où les droits sont plus souvent individualisés, la citoyenneté sociale des jeunes est elle aussi individualisée. Les jeunes sont alors considérés comme des adultes et non plus comme des enfants, dès l’âge de fin de scolarité obligatoire ou de majorité civile. Les limites d’âge pour accéder aux prestations sont donc relativement précoces, avant 20 ans. Puisque les jeunes ne sont plus considérés comme des enfants, même quand ils poursuivent des études, la politique familiale n’est pas mobilisée pour aider les étudiants, qui perçoivent en revanche des aides (bourses et prêts) indépendantes du revenu des parents.

14 Si l’on regarde par exemple le pourcentage d’étudiants recevant une bourse ou un prêt sur la figure 2, on aperçoit bien ces deux figures de citoyenneté sociale. Il y a d’un côté une Europe bismarckienne, composée des pays continentaux et méditerranéens, où peu d’étudiants (entre 1 % et 30 %) reçoivent de telles aides de l’État, dans la mesure où ce sont les parents qui sont censés prendre en charge le coût des études : ces aides dépendent des revenus des parents et ne sont destinées par conséquent qu’aux étudiants provenant de milieux défavorisés. De l’autre côté, il y a une Europe beveridgienne, composée des pays nordiques et anglo-saxons, où la grande majorité (plus de 80 %), voire la totalité, des étudiants en bénéficient : les jeunes sont considérés comme devant être financièrement indépendants, et les aides ne dépendent plus du revenu des parents. Seule l’Irlande, dans cette optique, semble être un cas atypique, puisque le pourcentage reste moyen alors même qu’il s’agit d’un État beveridgien.

Figure 2

Pourcentage d’étudiants de premier cycle recevant une bourse ou un prêt, en 2011-2012

Figure 2

Pourcentage d’étudiants de premier cycle recevant une bourse ou un prêt, en 2011-2012

Source : Eurydice, 2012 ; OCDE, 2012 pour les Pays-Bas et la Suède. Données non disponibles pour le Luxembourg.

15 En ce qui concerne la citoyenneté économique, là encore, deux stratégies sont en présence (tableau 2). La première est inclusive dans le sens où des compétences, centrales pour l’entrée des jeunes sur le marché du travail (voir par exemple Gangl, 2001) sont distribuées à tous les jeunes. L’objectif de cette stratégie est que chaque jeune soit en possession d’un certain nombre de compétences lui permettant de s’insérer sur le marché du travail convenablement. Afin de les aider à obtenir un emploi, l’accent est donc mis sur l’éducation et sur la formation avant tout (on peut ici parler de learn-first par opposition aux politiques de l’emploi qui sont fondées sur la mise au travail ou work-first, voir Organisation de coopération et de développement économiques [OCDE], 2010). Le mode d’intervention de l’État se concentre sur l’offre de travail, en adoptant des politiques de l’emploi censées développer le capital humain (Bonoli, 2010 et dans ce numéro spécial) et notamment la formation des jeunes travailleurs. Caractéristique de la dimension inclusive de cette approche, même les jeunes les moins qualifiés, qui ont connus des échecs dans leur formation initiale, vont bénéficier ici de formation professionnelle afin d’accéder aux compétences nécessaires pour entrer sur le marché du travail.

Tableau 2

Les deux figures de la citoyenneté économique des jeunes

Tableau 2
Stratégie inclusive Stratégie sélective Logique de distribution Pour tous Pour les meilleurs des compétences Objectif prioritaire Développer l’accès à la formation Développer l’accès à l’emploi de la stratégie (learn-first) (work-first) Mode d’intervention Politique centrée sur l’offre de travail Politique centrée sur la demande de travail Fonction de la politique Investissement important dans le Développement d’emplois atypiques, de l’emploi capital humain réduction du coût du travail

Les deux figures de la citoyenneté économique des jeunes

16 La seconde stratégie est sélective, dans la mesure où elle repose sur un système de formation élitiste visant à sélectionner et à former les meilleurs, plutôt qu’à garantir un niveau minimal de compétences à toute une cohorte d’élèves (voir par exemple Baudelot et Establet, 2009). Cette logique réserve ainsi les compétences à une partie de la jeunesse, produisant de fortes inégalités scolaires. Ainsi, pour les jeunes peu qualifiés en difficulté sur le marché du travail, l’objectif prioritaire est avant tout de favoriser leur accès à l’emploi (work-first), quel qu’il soit, et non pas de développer leur formation. C’est donc une politique centrée sur la demande de travail qui est privilégiée, notamment en abaissant le coût du travail des jeunes – via des salaires minimum plus faibles, des exonérations de cotisations sociales ou des créations directes d’emploi dans le secteur public – ou en développant des emplois atypiques.

17 La figure 3 présente les taux de scolarisation chez les jeunes âgés de 15 à 29 ans en Europe et permet d’apprécier dans quelle mesure les jeunes sont scolarisés, ainsi dans quelle mesure la perspective du learn-first est privilégiée. On peut y retrouver ces deux stratégies, même si la distinction entre deux groupes est ici moins nette que dans la figure 2. D’un côté, il y a les pays anglo-saxons et méditerranéens (y compris la France), où moins d’un jeune sur deux est scolarisé. Et de l’autre côté, il y a les pays nordiques où plus d’un jeune sur deux est scolarisé. Les pays continentaux se situent juste après les pays nordiques, mais seule l’Allemagne présente un taux de scolarisation supérieur à 50 % dans ce groupe de pays.

Figure 3

Taux de scolarisation des jeunes de 15-29 ans en 2011 (UE à 15)

Figure 3

Taux de scolarisation des jeunes de 15-29 ans en 2011 (UE à 15)

N.B : ce taux de scolarisation représente la part des jeunes âgés de 15 à 29 ans scolarisés ou en formation, qu’ils soient inactifs, inscrits dans des programmes emploi-études, actifs occupés ou chômeurs.
Source : OCDE, 2012.

18 Notre typologie (tableau 3) se décompose donc en quatre types de citoyenneté socio-économique des jeunes [3]. Le premier type, que nous avons appelé citoyenneté encadrée, renvoie au croisement entre une citoyenneté sociale familialisée et une citoyenneté économique inclusive. Elle est dite encadrée dans la mesure où les jeunes restent dépendants de leur famille, et où le système d’apprentissage structure fortement l’entrée dans la vie active : la communauté, à la fois familiale et professionnelle, encadre l’accès du jeune à l’indépendance. Le deuxième type, la citoyenneté habilitante, croise une citoyenneté sociale individualisée et une citoyenneté économique inclusive. Elle est habilitante dans la mesure où elle vise à émanciper le plus tôt possible les jeunes en leur en donnant les moyens, que ce soit en termes financiers ou en termes de formation. Les troisième et quatrième types renvoient à une citoyenneté économique sélective, mais tandis que la citoyenneté refusée [4] renvoie à une citoyenneté sociale familialisée, la citoyenneté de seconde classe correspond à une citoyenneté sociale individualisée. La citoyenneté est dite refusée quand ni la citoyenneté sociale ni la citoyenneté économique ne permettent une indépendance synonyme de vie adulte : les jeunes sont ici des enfants avant tout. La citoyenneté est enfin dite de seconde classe lorsque les jeunes sont considérés comme des adultes, mais que les dispositifs auxquels ils peuvent prétendre ne sont pas de la même nature ou de la même qualité que ceux auxquels peuvent prétendre les autres adultes.

Tableau 3

Typologie des citoyennetés socio-économiques des jeunes

Tableau 3
Familialisation Individualisation de la citoyenneté sociale de la citoyenneté sociale Citoyenneté économique Citoyenneté encadrée Citoyenneté habilitante inclusive Ex. : Allemagne Ex. : Suède Citoyenneté économique Citoyenneté refusée Citoyenneté de seconde classe sélective Ex. : France Ex. : Royaume-Uni

Typologie des citoyennetés socio-économiques des jeunes

19 Dans ce travail nous allons présenter quatre cas illustrant les logiques de chaque citoyenneté socio-économique identifiée. Le croisement des figures 2 et 3, présentant des indicateurs de citoyennetés sociale et économique, nous a permis de sélectionner ces quatre cas relevant des quatre régimes, à savoir la France, l’Allemagne, la Suède et le Royaume-Uni [5]. Nous montrerons dans quelle mesure ces régimes de citoyenneté socio-économique s’inscrivent plus largement dans une stratégie de croissance spécifique.

Études de cas

Suède : une citoyenneté habilitante

20 La Suède a adopté une stratégie inclusive qui vise à fournir à tous les jeunes un ensemble de compétences en vue de leur entrée sur le marché du travail. Mais, au contraire de l’Allemagne qui s’appuie sur un système dit tripartite délivrant principalement des compétences « spécifiques » (Estevez-Abe, Iversen et Soskice, 2001), la Suède dispose d’un système éducatif compréhensif et égalitariste (Oftedal Telhaug, Asbjørn Mediås et Aasen, 2006), qui limite fortement le décrochage scolaire (tableau 6) et promeut la formation, notamment au niveau supérieur, des jeunes (Ansell, 2008). Cela induit notamment des taux Neet très bas pour les jeunes (figure 1).

21 En complément de ce système éducatif, la formation professionnelle est également largement développée dans le cadre des politiques actives du marché du travail. Dans la perspective du modèle « Rehn-Meidner », la Suède a très tôt utilisé de telles politiques tournées vers l’offre de travail (Bonoli, 2010 et dans ce numéro), et les jeunes ont progressivement constitué un public privilégié de ces politiques de l’emploi (Bourdet et Persson, 1991). Les jeunes peu qualifiés ont notamment fait l’objet d’une attention particulière de la part des pouvoirs publics, qui ont créé dans cette optique les « garanties jeunesse » : ce sont des dispositifs spécifiquement destinés aux jeunes en difficulté sur le marché du travail et qui leur garantissent le bénéfice de l’assistance sociale, à condition qu’ils suivent une formation, un stage ou qu’ils reprennent un emploi (European Commission, 2011).

22 Les limites d’âge pour bénéficier des aides sociales sont relativement précoces, illustrant l’individualisation de la citoyenneté sociale. En effet, les obligations alimentaires prennent fin lorsque les enfants atteignent l’âge de 18 ans, ou 21 ans tant qu’ils sont dans le secondaire. Par conséquent, comme la famille n’est plus censée prendre en charge leurs enfants après ces âges, la politique familiale n’est pas mobilisée pour soutenir les jeunes majeurs, même s’ils sont dans l’enseignement supérieur : les allocations familiales s’arrêtent lorsque les enfants ont l’âge de 15 ans, et 19 ans lorsqu’ils sont scolarisés (tableau 5), et aucune aide fiscale n’est disponible pour les parents qui ont un enfant dans un cursus d’études supérieures. L’assistance sociale est ouverte aux jeunes à partir de l’âge de 18 ans, même si, dans le cadre des « garanties jeunesse », des conditions spécifiques s’appliquent pour les moins de 25 ans en termes de participation aux dispositifs de la politique de l’emploi (Lindquist, 2007).

Tableau 5

La citoyenneté sociale des jeunes en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède

Tableau 5
France Allemagne Royaume-Uni Suède Limites d’âge : Prestations familiales 19 18 15 15 pour les enfants Prestations familiales 19 25 18 19 pour les étudiants Assistance sociale 25 15 18 18 Soutien aux étudiants Dépendant du revenu des parents Oui Oui Non Non Taux d’accès aux bourses et prêts 30 % 25 % 100 % 95 % Aides fiscales aux parents Oui Oui Non Non

La citoyenneté sociale des jeunes en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède

N.B : pour les limites d’âge des prestations familiales, nous avons utilisé les données comparatives de l’OCDE, qui prend l’âge auquel il est encore possible de bénéficier de la prestation et non pas l’âge auquel il n’est plus possible d’en bénéficier.
Source : OCDE, 2013 ; Eurydice, 2012.
Tableau 6

La citoyenneté économique des jeunes en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède*

Tableau 6
France Allemagne Royaume-Uni Suède Taux de 11,8 11,6 13,8 7,8 décrochage scolaire* Intervention Création d’emplois Création de places Dérégulation du Politiques de principale sur le atypiques dans les supplémentaires marché du travail l’emploi centrées marché du travail secteurs marchand dans le système et salaire minimum sur la formation et et non marchand d’apprentissage pour les jeunes garantie jeunesse

La citoyenneté économique des jeunes en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Suède*

*. Décrochage scolaire : jeunes âgés de 18 à 24 ans ayant quitté prématurément l’éducation ou la formation, c’est-à-dire avant d’atteindre le second cycle du secondaire (Classification internationale type de l’éducation-CITÉ 3), moyennes 2004 et 2014.
Source : Eurostat, 2015.

23 Enfin, les aides aux étudiants sont entièrement individualisées, en cohérence avec un système d’enseignement supérieur fortement développé (Ansell, 2008). Les étudiants peuvent ainsi bénéficier d’une bourse et d’un prêt, ne dépendant pas du revenu des parents, ce qui permet à la quasi-totalité des étudiants d’y accéder (figure 2). Les jeunes âgés de 18 à 29 ans sans enfants peuvent en outre prétendre à une allocation logement spécifique à condition que leur revenu propre ne dépasse pas un certain montant.

24 La citoyenneté des jeunes en Suède est donc habilitante dans la mesure où, non seulement ils sont considérés comme des adultes, mais l’État les conçoit aussi et surtout comme une ressource en investissant dans leur capital humain. Cet investissement est censé permettre à la fois une plus grande autonomie à travers leur « empowerment » (leur propre prise en charge) et une plus grande productivité, au service de l’économie nationale.

Allemagne : une citoyenneté encadrée

25 Si la spécialisation économique allemande nécessite une main d’œuvre qualifiée, renvoyant à une citoyenneté économique inclusive de learn-first, elle suppose des compétences spécifiques de niveau intermédiaire, plus que générales de haut niveau (c’est-à-dire délivrées par l’enseignement supérieur), puisqu’il ne s’agit pas de permettre à la main d’œuvre d’être mobile, mais au contraire de rester dans une entreprise ou dans une branche professionnelle (Estevez-Abe, 2001). En dépit d’une forte stratification d’un système éducatif qui sélectionne et oriente très tôt les élèves, celui-ci a toutefois pour fonction de délivrer à tous les jeunes un ensemble de compétences, attachées à un métier, qui leur permettra de s’insérer rapidement sur le marché du travail. Par conséquent, ce n’est pas l’enseignement supérieur, mais la formation professionnelle et l’apprentissage qui ont été promus dans ce pays, le système d’enseignement supérieur étant resté « élitiste » (Ansell, 2008).

26 Pour les jeunes qui malgré tout se retrouvent en difficulté d’insertion, c’est une intervention centrée sur l’offre de travail, notamment via la formation professionnelle, qui est promue par les pouvoirs publics. En Allemagne, l’apprentissage est vu comme le meilleur moyen de promouvoir l’emploi des jeunes, et c’est pourquoi le premier mode d’intervention pour combattre le chômage des jeunes a été de créer des places supplémentaires en apprentissage. La politique de l’emploi s’est également structurée autour de cet objectif en développant le système de transition en parallèle du système d’apprentissage, dont la fonction est de préparer les jeunes peu qualifiés à la reprise d’une place en apprentissage, en leur délivrant une formation non qualifiante. Ce système est progressivement monté en puissance pour représenter désormais environ un tiers des entrées totales dans la formation professionnelle pour les jeunes (Kohlrausch, 2009). Les taux Neet restent ainsi inférieurs à ceux qu’on trouve au Royaume-Uni et en France, bien qu’ils soient supérieurs au taux suédois (figure 1).

27 Du point de vue de l’accès à la citoyenneté sociale, l’Allemagne relève du régime bismarckien de protection sociale, et familialise la citoyenneté sociale des jeunes. Des obligations alimentaires des parents envers leur enfant majeur encore dépendant économiquement sont présentes dans le Code civil allemand, sans limite d’âge. Et, comme en France, ces obligations alimentaires sont prioritaires par rapport à l’assistance sociale (Sosson, 2001).

28 Les allocations familiales sont disponibles jusqu’à ce que les enfants atteignent 18 ans, 21 ans s’ils sont au chômage et 25 ans s’ils poursuivent des études (Bosch et Jansen, 2010). Une aide fiscale est également disponible, aux mêmes conditions que pour les allocations familiales (Salzbrunn, 2007). En ce qui concerne l’assistance sociale, les jeunes peuvent prétendre à la prestation Alg II (Arbeitslosengeld II, allocation chômage) à partir de 15 ans. Mais plusieurs caractéristiques reflètent malgré tout la familialisation du dispositif : non seulement les enfants doivent démontrer que leur famille ne peut plus les aider pour pouvoir y prétendre, mais depuis 2006, les moins de 25 ans sont rattachés au ménage de leurs parents par défaut. Pour constituer un ménage autonome et bénéficier de la prestation en leur nom propre, il faut qu’ils le justifient par de sérieuses raisons sociales ou professionnelle (OCDE, 2010). Enfin, les taux de la prestation sont réduits pour les moins de 25 ans, et ceux-ci doivent participer à des mesures spécifiques de la politique de l’emploi pour continuer à la recevoir.

29 En ce qui concerne les étudiants, en plus des dispositifs de la politique familiale qui se prolongent jusqu’à 25 ans quand les jeunes poursuivent des études, la prestation BAföG (Bundesausbildungsförderungsgesetz, loi fédérale réglementant l’attribution des bourses d’études, mi-bourses mi-prêts) dépend à la fois du revenu des parents, de la localisation de l’université et du fait que l’étudiant vive encore avec ses parents ou pas (Salzbrunn, 2007). Le taux d’accès à cette aide est ainsi relativement bas (figure 2), comme en France, illustrant la logique de familialisation.

30 En Allemagne, la citoyenneté est donc encadrée : dans le contexte d’une société fortement hiérarchisée et corporatiste, l’accès à l’autonomie, pour rapide qu’il soit grâce à une insertion professionnelle relativement efficace, se fait sous la double tutelle de la famille (en raison de la familialisation de la citoyenneté sociale) et de la communauté professionnelle (du fait de l’importance de la formation professionnelle et surtout du système dual d’apprentissage).

Royaume-Uni : une citoyenneté de seconde classe

31 Le système éducatif est, en effet, comme en France, très élitiste, et produit de fortes inégalités en termes de compétences, ainsi qu’un taux de décrochage scolaire élevé (tableau 6). On a donc ici davantage affaire à une stratégie sélective en termes de citoyenneté économique des jeunes, qui débouche sur des taux Neet élevés pour les jeunes (figure 1).

32 Au Royaume-Uni, la citoyenneté sociale des jeunes est individualisée. Les obligations alimentaires s’achèvent lorsque l’enfant atteint l’âge de 16 ans, et 19 ans s’il est encore scolarisé. Et les prestations familiales reflètent ces limites d’âge, ce qui signifie que la politique familiale ne joue aucun rôle dans l’aide aux étudiants (il n’y a pas non plus d’aide fiscale aux parents qui ont un enfant dans un cursus d’études supérieures. En revanche, depuis les années 1990, un système de prêts à remboursement contingent aux revenus permet à tous les étudiants de premier cycle d’obtenir une aide (Harris, 2000). Le prêt pour le paiement des frais de scolarité ainsi que le prêt pour les frais de la vie quotidienne ne dépendent pas des revenus des parents, ce qui explique leur importance (tableau 5).

33 Les étudiants ne peuvent toutefois pas prétendre aux allocations logement ou l’assistance sociale. Ce sont des prestations qui restent destinées aux individus en difficulté (sous condition de ressources), non scolarisés. Elles sont disponibles à partir de 18 ans. Les moins de 25 ans reçoivent toutefois des prestations à taux réduit (Harris, 2000). Cette limite d’âge à 25 ans illustre donc moins une familialisation du dispositif qu’une peur d’une trop grande dépendance des jeunes à l’égard de la protection sociale. Elle est d’ailleurs aussi accompagnée d’une condition de participation à un dispositif de la politique de l’emploi (New Deal for Young People à partir de 1998 et Work Programme depuis 2012), dont le but est d’accompagner les jeunes chômeurs de long terme vers l’emploi.

34 Cependant, cette intervention, centrée sur l’offre de travail et faisant écho aux garanties jeunesse des pays nordiques, reste marginale dans la stratégie globalement mise en œuvre au Royaume-Uni. Conformément à la stratégie plutôt sélective présente dans ce pays, pour lutter contre le chômage des jeunes peu qualifiés, les interventions publiques se sont surtout focalisées sur la demande de travail, en passant par la dérégulation du marché du travail et l’abaissement progressif du coût du travail juvénile, avec notamment l’exclusion des jeunes de moins de 21 ans du salaire minimum décidé par les Wage Councils en 1986 (Jones et Wallace, 1992) puis l’adoption de taux réduits pour les jeunes en ce qui concerne le salaire minimum national depuis 1999.

35 La citoyenneté est donc de seconde classe au Royaume-Uni. En effet, bien que les jeunes soient considérés comme des adultes et non comme des enfants (du fait de l’individualisation de la citoyenneté sociale), ils ne sont pas vus comme des adultes comme les autres, pour deux raisons : d’une part ils auraient une propension plus grande à l’assistanat (welfare dependency), justifiant des prestations sociales aux montants plus faibles pour les moins de 25 ans (par exemple la Jobseekers’ allowance, l’allocation de demandeur d’emploi), et d’autre part leur productivité serait plus faible, justifiant des emplois moins bien rémunérés et une politique de l’emploi portée vers la réduction de leur coût du travail.

France : une citoyenneté refusée

36 Le système éducatif français se distingue par la logique élitiste qui est la sienne (Baudelot et Establet, 2009) et qui provoque de fortes inégalités ainsi que des taux de décrochage scolaire importants (Cahuc, 2011). Ce sont les jeunes peu qualifiés qui, ensuite, se retrouvent en difficulté sur le marché du travail, d’où des taux Neet importants (figure 1).

37 L’intervention de l’État social pour aider ces jeunes à obtenir un emploi (c’est la « politique d’insertion professionnelle des jeunes ») reflète la stratégie nationale de croissance dans la mesure où il s’est agi, en raison de la présence du Smic, non de les former pour accroître leur productivité et améliorer leur employabilité, mais d’abaisser leur coût du travail pour contourner ce qui est apparu comme une barrière à l’embauche. Depuis les Pactes pour l’emploi de 1977, l’État a notamment multiplié les exonérations de cotisations sociales pour les entreprises embauchant des jeunes, puis, à partir des années 1990, a promu des emplois aidés dans le secteur public et parapublic (Lefresne, 2012) : des « emplois jeunes » aux « emplois d’avenir » actuels. Cette intervention s’est ainsi focalisée sur la demande de travail, notamment en développant des emplois atypiques, dans les secteurs marchand et non-marchand. Certes, la formation professionnelle représente une part importante de cette politique d’insertion, notamment via l’apprentissage, mais elle bénéficie de plus en plus non pas à ces jeunes peu qualifiés en difficulté sur le marché du travail, mais aux jeunes diplômés de l’enseignement supérieur (Sanchez, 2012), reflétant cette logique qui tend à ne fournir des compétences qu’à une partie des jeunes.

38 La citoyenneté sociale des jeunes est fortement familialisée en France. Des obligations alimentaires pour les parents envers leur enfant majeur sont présentes dans le Code civil français (articles 203 et 371-2), tant que l’enfant n’est pas indépendant économiquement, qu’il soit scolarisé ou dans le besoin (Sayn, 2005). Tant que l’enfant poursuit ses études, cette obligation est particulièrement forte, puisqu’elle comprend aussi la prise en charge par les parents des coûts d’éducation notamment : il s’agit de l’obligation d’entretien. De plus, les limites d’âge pour accéder aux prestations sociales sont relativement tardives : 20 ans pour bénéficier des allocations familiales, 21 ans pour bénéficier de la demi-part supplémentaire au titre de l’impôt sur le revenu (25 ans si dans l’enseignement supérieur), 25 ans pour pouvoir bénéficier du revenu minimum [6].

39 Cette familialisation se retrouve dans les aides aux étudiants. Non seulement plusieurs aides fiscales sont disponibles pour les parents ayant un enfant majeur dans l’enseignement supérieur (on peut aussi mentionner la réduction d’impôt forfaitaire pour frais de scolarité), mais les bourses délivrées aux étudiants dépendent du revenu des parents. Seules les allocations logement sont individualisées et nuancent donc cette familialisation en étant ouverte à tous les individus à partir de 18 ans, y compris les étudiants (Van de Velde, 2008).

40 La citoyenneté est ainsi refusée en France. Non seulement le statut d’adulte leur est refusé par le système de protection sociale, qui les considère comme de grands enfants ou des mineurs sociaux, mais le système éducatif ne permet pas, à une part importante de la jeunesse, d’acquérir les compétences qui leur permettront d’accéder à un emploi de qualité et donc à l’autonomie, sans que la politique de l’emploi ne compense ces lacunes.

Conclusion : la congruence avec les stratégies de croissance

41 Dans quelle mesure ces différentes citoyennetés socio-économiques des jeunes s’avèrent-elles cohérentes avec des stratégies de croissance distinctes ? En économie politique comparée, un nouveau courant de recherche se développe, insistant sur l’importance des stratégies ou modèles de croissance (voir par exemple Baccaro et Pontusson, 2015), afin de compléter l’approche classique de la variété des capitalismes (Varieties of Capitalism-VOC) qui distinguait les économies de marché libérales et les économies de marché coordonnées (Hall et Soskice, 2001). Cette nouvelle approche distingue principalement deux modèles de croissance : un modèle de croissance tirée par les exportations et un modèle de croissance tirée par la demande intérieure. Si l’on regarde la part moyenne prise par les exportations dans le produit intérieur brut (PIB) pour les années allant de 2003 à 2014, on s’aperçoit que l’Allemagne et la Suède ont un régime de croissance plutôt tiré par les exportations, tandis que la France et le Royaume-Uni font davantage reposer leur croissance sur la consommation des ménages (tableau 7). Pour comprendre la congruence [7] entre ces modèles de croissance et les régimes de citoyenneté socio-économique des jeunes identifiés, nous formulons deux conclusions, associées aux deux dimensions de notre typologie et aux éléments constituant une stratégie de croissance, à savoir la demande – demande domestique vs demande étrangère, c’est-à-dire les exportations – et l’offre – c’est-à-dire la spécialisation de l’économie.

Tableau 7

Part des exportations (biens et services) en pourcentage du PIB (moyenne 2003-2013)

Tableau 7
France Allemagne Royaume-Uni Suède Exportations 26,8 40,9 27,5 45,9

Part des exportations (biens et services) en pourcentage du PIB (moyenne 2003-2013)

Source : Banque mondiale, 2015.

42 D’une part, les modèles de croissance tirée par les exportations supposent une main-d’œuvre hautement qualifiée [8], reflétant un fort investissement dans la formation, dans la mesure où il s’agit d’acquérir un avantage comparatif fondé sur la qualité et une compétitivité hors coût – ce que Streeck (1991) appelle « diversified quality production » – permis par un « macro-corporatisme » (Martin et Swank, 2012) élevé. Ce macro-corporatisme renvoie à la présence d’organisations importantes, centralisées et hiérarchisées de représentation des intérêts professionnels, dont la concertation et la participation au processus de prise de décision publique aboutit à une forte coordination de l’économie. Cela permet notamment de contenir l’évolution et l’écart des salaires [9], et tendrait à délivrer des compétences élevées à la majeure partie de la population, afin d’éviter un décalage trop important entre coût du travail et productivité. Ces modèles de croissance seraient plus enclins à mettre en place une stratégie inclusive de learn-first en matière de citoyenneté économique des jeunes, ce que l’on trouve effectivement en Allemagne et en Suède.

43 En effet, la Suède s’inscrit dans le modèle de croissance parfois appelé « Rehn-Meidner » du nom de deux économistes ayant théorisé celui-ci (Morel, 2013), tiré par les exportations et fondé sur une main-d’œuvre hautement qualifiée et mobile, permettant de spécialiser l’économie dans des secteurs innovants à haute valeur ajoutée et de haute technologie sur les marchés mondiaux. Ce modèle de croissance est permis par le corporatisme « créatif » (Ornston, 2013) des institutions qui entraîne une forte coordination de tous les acteurs concernés, État, entreprises, syndicats. Comme la Suède, l’Allemagne renvoie aussi à un modèle de croissance tirée par les exportations, que le macro-corporatisme a permis en coordonnant les différents acteurs. En revanche, il ne s’agit pas ici d’un corporatisme créatif mais « conservateur » (Ornston, 2013), dans la mesure où il s’agit d’une spécialisation dans des secteurs industriels traditionnels haut de gamme, où l’innovation est moins rapide et plus incrémentale [10].

44 À l’opposé, dans un pays où la croissance est tirée par la demande et où le macro-corporatisme est faible, seule une partie de l’économie se spécialise dans des secteurs très qualifiés (la finance pour le Royaume-Uni et les « champions nationaux » pour la France par exemple) : c’est la raison pour laquelle c’est une stratégie sélective de citoyenneté économique qui est présente, puisqu’il n’est pas nécessaire pour tous les jeunes d’être formés dans ce type de contexte économique.

45 Au contraire des deux pays précédents, le Royaume-Uni renvoie à un modèle de croissance tirée par la demande. Ce modèle ne repose pas sur des compétences élevées pour toute la population. Ce régime de croissance tirée par la demande est alimenté par l’endettement des ménages, dans une logique de « keynésianisme privatisé » (Crouch, 2009). C’est la dette privée et, par complémentarité, le secteur de la finance qui tirent l’économie britannique. C’est pourquoi, à la forte polarisation des emplois en termes de salaires et de qualifications correspondent de fortes inégalités scolaires parmi les jeunes. La France renvoie aussi, tout comme le Royaume-Uni, à un modèle de croissance tirée par la demande, quoique cette demande ne provienne pas de l’endettement des ménages, mais de salaires relativement élevés, préservés par l’existence d’un salaire minimum légal (Smic). La formation y a donc longtemps été peu développée et concentrée sur une partie de la jeunesse, conduisant à des niveaux élevés de décrochage scolaire, puisque la stratégie de croissance n’est pas tournée vers les exportations dans des secteurs à haute valeur ajoutée.

46 D’autre part, lorsque, au niveau de l’offre, la croissance est tirée par des secteurs où des compétences générales élevées sont requises, que ce soit dans les secteurs secondaire – comme les industries high-tech – ou tertiaire – comme la finance –, il est nécessaire de promouvoir l’enseignement supérieur (Ansell et Gingerich, 2013). Or, comme l’a démontré Ben Ansell (2008), le passage à un système d’enseignement supérieur de masse s’accompagne le plus souvent d’une réforme de l’aide aux étudiants dans le sens de l’individualisation : cette individualisation permet un accès des étudiants à la solvabilité et constitue donc une des conditions d’expansion de la participation des jeunes à l’enseignement supérieur, contrairement aux systèmes d’aides familialisés (Garritzmann, 2015).

47 L’essor du secteur tertiaire dynamique [11] au Royaume-Uni et du secteur high-tech en Suède s’est ainsi fondé sur le développement de l’enseignement supérieur dans ces deux pays, passant à un système d’enseignement supérieur « de masse » (Ansell et Gingrich, 2013). L’individualisation de l’aide aux étudiants a ainsi été promue précisément en vue de soutenir ce développement de l’enseignement supérieur (Ansell, 2008). En Allemagne, le maintien d’une focalisation sur le secteur secondaire traditionnel (fondé davantage sur l’apprentissage) a permis le statu quo à la fois pour un système d’enseignement supérieur élitiste et pour la familialisation de l’aide qui l’accompagne. En revanche, le développement récent de l’enseignement supérieur en France atteignant des niveaux de participation proches des niveaux suédois et britannique a fait pression sur la familialisation de l’aide : l’individualisation s’est ainsi développée, mais à la marge via les allocations logement, en raison de phénomènes de path dependency (dépendance au chemin emprunté) préservant la logique dominante de familialisation (Chevalier, 2012).

Notes

  • [1]
    Dans une telle théorisation de la jeunesse, ne sont donc plus considérés comme jeunes les individus accédant à l’emploi, quand bien même ils auraient 20 ans : seuls les jeunes scolarisés ou sans emploi sont ici concernés.
  • [2]
    Nous nous inspirons ici des traits caractéristiques de l’institutionnalisation d’un âge de la vie développés par Léa Lima (2008).
  • [3]
    Conformément à notre définition de la jeunesse, les jeunes concernés par notre typologie sont soit les individus qui poursuivent leur formation initiale au-delà de la scolarité obligatoire, soit les individus qui ne sont pas scolarisés, mais qui sont sans emploi. Cette typologie ne traite donc pas de tous les jeunes, compris comme tous les individus d’une classe d’âge donnée.
  • [4]
    Dans la mesure où il s’agit d’une typologie sur l’action publique (en direction des jeunes) et non sur les jeunes directement, la caractérisation des citoyennetés socio-économiques (par exemple « refusée ») ne concerne que la logique traversant l’action publique et non les jeunes.
  • [5]
    Dans une perspective wébérienne, il ne faut pas confondre l’idéal-type, qui est une construction théorique et ne se retrouve jamais à l’état pur dans la réalité empirique, et le cas réel, qui reste une composition hybride de différents idéaux-types. On peut néanmoins trouver une logique dominante dans ces cas réels, en mobilisant la grille analytique que représente notre typologie. Chacun des quatre cas reflète donc davantage un idéal-type spécifique, bien qu’il ne faille pas nier l’existence de traits renvoyant à d’autres idéaux-types.
  • [6]
    Même si on a pu voir des changements ces dernières années en la matière, notamment avec la création du RSA jeune pour les moins de 25 ans, à condition qu’ils aient travaillé deux ans à temps plein lors des trois dernières années, ainsi que la plus récente expérimentation de la garantie jeunes. Mais l’importance de ces mesures reste limitée dans la mesure où seulement 9 000 jeunes environ bénéficient du RSA jeune, et que la garantie jeune est toujours en expérimentation. Celle-ci est néanmoins censée monter progressivement en charge, pour concerner 100 000 jeunes en 2017, contre 10 000 en 2014.
  • [7]
    Nous parlons ici de congruence et non de causalité : celle-ci devra faire l’objet de recherches empiriques plus approfondies que ce que nous proposons ici. Dans cet article, nous nous contentons de souligner la cohérence globale entre ces deux éléments constitutifs d’une économie politique.
  • [8]
    Cette nécessité d’une main d’œuvre qualifiée au fondement d’un modèle de croissance tirée par les exportations prend place dans le contexte de l’Europe de l’Ouest, où la possibilité d’une compétitivité par des coûts bas est fortement limitée. Il est ainsi possible de trouver dans d’autres régions du monde de tels modèles tirés par les exportations, sans que ceux-ci ne reposent sur une main-d’œuvre très qualifiée, comme par exemple en Chine.
  • [9]
    Il est donc possible de trouver dans un pays à la fois de faibles inégalités salariales et une modération salariale, au service de la performance des entreprises à l’export.
  • [10]
    Dans la mesure où il s’agit en Allemagne d’une spécialisation dans l’industrie manufacturière, la compétitivité-coût de la production est plus importante qu’en Suède. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont pu promouvoir ces dernières années une politique de baisse du coût du travail et de modération salariale accrue à la marge, au service du cœur de l’économie allemande (Palier et Thelen, 2010).
  • [11]
    Une activité dans le secteur tertiaire est dite dynamique lorsqu’elle permet des gains de productivité importants grâce à l’utilisation des nouvelles technologies.
Français

Si la crise a touché les jeunes au premier chef, ceux-ci voient leur sort varier selon les pays : leur taux de chômage est élevé en Europe du Sud comme en France, alors qu’il est plutôt bas en Allemagne par exemple. Ces variations peuvent en partie être comprises en référence aux différentes politiques économiques et sociales nationales à destination des jeunes. Afin de rendre compte des différences entre pays, cet article analyse les modalités de construction de la citoyenneté sociale et économique des jeunes dans différents systèmes éducatifs et de protection sociale. Il propose une typologie pour rendre compte des différentes modalités d’intervention de l’État social pour promouvoir l’indépendance économique et sociale des jeunes. Cette typologie distingue deux types d’accès à la citoyenneté sociale des jeunes, selon la façon dont l’État apporte un soutien monétaire aux jeunes, accès via sa famille ou individualisé, selon que les jeunes sont considérés comme des enfants ou des adultes. Elle distingue ensuite deux types d’accès à la citoyenneté économique, selon la façon dont l’État intervient pour faciliter l’accès des jeunes à l’emploi, via les politiques d’éducation et les politiques de l’emploi, qui peuvent être inclusives ou sélectives, selon que les compétences sont distribuées à tous les jeunes ou seulement à une partie d’entre eux. La comparaison de quatre études de cas (France, Allemagne, Suède et Royaume-Uni) nous permet d’illustrer et de confirmer les régimes de citoyenneté socio-économique des jeunes ainsi élaborés. Ces quatre types d’intervention s’inscrivent en congruence avec les stratégies nationales de croissance.

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Tom Chevalier
Chercheur associé au Centre d’études européennes (CEE), Sciences Po.
Mis en ligne sur Cairn.info le 15/06/2016
https://doi.org/10.3917/rfas.161.0213
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