CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

1De nombreux travaux mettent en évidence l’influence des parcours pendant l’enfance dans la construction identitaire du statut d’adulte et l’investissement des rôles sociaux qui lui sont associés. Ces études soulignent notamment le lien entre de graves difficultés familiales pendant l’enfance et le risque de devenir sans domicile (Lussier et Poirier, 2000 ; Firdion et al., 2000). Plusieurs recherches montrent également le caractère discriminant de la nature du lien familial tissé durant l’enfance dans les trajectoires de rue et l’importance qu’il prend dans la négociation des identités tout au long des parcours de vie (Parazelli, 2002 ; Colombo, 2008).

2Après avoir montré le poids que peuvent avoir les difficultés durant l’enfance sur le rapport à l’aide sociale, nous proposons de voir comment les systèmes de relations nouées au fil des parcours ont un impact sur le poids effectif des difficultés familiales dans le rapport des jeunes à l’aide sociale. En effet, les difficultés rencontrées dans les relations familiales, notamment les ruptures cumulatives depuis l’enfance, pèsent fortement sur le recours des jeunes à l’aide sociale ainsi que sur leur relation avec les professionnels, et donc sur la structuration des parcours de transition à l’âge adulte des jeunes en situation de précarité économique et sociale. Nous observerons toutefois que les systèmes de relations que les jeunes nouent au moment du passage à l’âge adulte ont une incidence sur le poids effectif du passé familial dans la construction des parcours.

3Notre analyse s’appuie sur une soixantaine d’entretiens biographiques menés, entre 2009 et 2011, dans le cadre d’une recherche financée par l’Agence nationale de la recherche (Juvenil, jeunes vulnérables dans les politiques sociales et de santé) et de nos travaux de thèse respectifs, ainsi que sur une centaine d’entretiens avec des professionnels du secteur social et médico-social travaillant auprès de cette population (éducateurs, assistants de services sociaux, conseillers en insertion, animateurs, infirmiers dans des structures médico-sociales…) dans quatre domaines : l’aide sociale à l’enfance (dispositifs d’accompagnement des jeunes majeurs), l’insertion socio-professionnelle (missions locales, foyers de jeunes travailleurs…), les structures médico-sociales et les structures de l’urgence sociale (centres d’hébergement et de réinsertion sociale, accueils de jour, équipes mobiles précarité/santé mentale…).

4Dans le cadre de cette enquête, nous avons cherché à éclairer l’influence du parcours de vie sur le rapport à l’aide sociale des jeunes en situation de vulnérabilité sociale. Afin d’avoir une définition opérationnelle de la vulnérabilité, nous avons choisi de nous appuyer sur la définition suivante : « La vulnérabilité sociale est une zone intermédiaire entre intégration et désaffiliation, qui conjugue la précarité du travail et la fragilité des différentes formes de solidarité de proximité (famille, amis, voisins). Elle est définie par quatre dimensions : périodes d’inactivité professionnelle involontaire (maladie ou chômage) supérieures à six mois, difficultés pour faire face à des charges financières liées au logement, recours à un hébergement d’urgence ou temporaire, isolement social durable. » (Warin, 2006, p. 166).

5Cependant, compte tenu de la situation spécifique de la jeunesse à l’égard de ces dimensions, la jeunesse étant « par essence un état de dépendance : les caractéristiques de cette phase de la vie font que les jeunes ne possèdent pas la plupart des attributs – l’emploi, les revenus, la résidence autonome notamment – qui signifient l’intégration du sujet adulte à la société au regard de l’emploi et du logement » (Galland, 1996, p. 183), il nous semblait opportun d’adapter cette définition de la vulnérabilité sociale à notre public.

6Nous avons donc choisi de rencontrer des jeunes gens qui vivaient les situations suivantes : des difficultés d’insertion professionnelle, des difficultés d’accès à un logement stable, des problèmes de santé ou d’accès aux soins, une impossibilité de recourir au soutien matériel de la famille. Les jeunes rencontrés devaient être concernés par au moins deux de ces éléments (en excluant la simple association des difficultés d’insertion professionnelle et d’accès à un logement stable), soit au moment de l’enquête, soit dans leur parcours antérieur. Nous avons privilégié des entretiens avec des jeunes de 18 à 35 ans ayant un certain recul sur leur parcours d’insertion, notamment les plus âgés.

7Nous souhaitions interviewer des publics plus ou moins éloignés des institutions et, dans la mesure où nous ne pouvions travailler uniquement par immersion ethnographique, nous les avons rencontrés à la fois grâce à un temps de présence dans les structures d’insertion sociale et professionnelle, du secteur de la santé mentale, des addictions et de l’urgence sociale, mais aussi par l’intermédiaire d’intervenants sociaux ou de la santé. Nous avons également activé les réseaux de sociabilité des jeunes rencontrés. Cette variété des modes de prise de contact avait notamment pour but de diversifier nos sources.

8Les entretiens menés au préalable avec les professionnels visaient non seulement à obtenir une description de leurs pratiques et de la situation des jeunes qu’ils accompagnent, mais également à les sensibiliser aux objectifs de la recherche et à faciliter ainsi l’ouverture du terrain et la réduction des biais parmi le public sélectionné. Ces entretiens nous permettaient, en outre, de croiser les discours des intervenants sur les parcours et les attitudes des jeunes rencontrés avec les perceptions des jeunes eux-mêmes. Bien conscientes des biais introduits par les modalités de la rencontre avec les jeunes (intermédiaires, lieux), nous avons été particulièrement attentives à la présentation de notre démarche et de notre statut d’enquêteur afin de nous démarquer des professionnels travaillant dans les structures que nous sollicitions. Nous avons insisté auprès des jeunes sur le fait que nous étions intéressées par leur expertise et leur ressenti sur un domaine qu’ils connaissaient mieux que quiconque, l’expérience de la galère.

9Les entretiens avec les jeunes portaient sur les événements marquants de leur parcours (moment et conditions du départ du domicile familial, moment et condition du recours ou de l’intervention du système d’aide, placement…), l’importance et la position des personnes clés dans leur parcours (famille, amis, professionnels…), leur façon de se projeter dans l’avenir.

10Nous avons ensuite analysé ce matériau en adoptant une démarche de typologie empirique, par comparaison systématique, en regroupant les individus de façon inductive, selon la procédure des « tas » (Grémy et Le Moan, 1977 ; Schnapper, 1999). Ce travail de classification nous a permis d’élaborer une typologie du rapport des jeunes en situation de précarité économique et sociale au système d’aide, déterminée par la nature du réseau relationnel sur lequel ils peuvent s’appuyer ainsi que par le moment du parcours où une rupture intervient. Précisons que notre typologie n’épuise pas la variété des situations de vulnérabilité mais qu’elle vise à éclairer les usages stratégiques et les négociations identitaires qui coexistent dans le rapport des jeunes au système d’aide.

11Nous avons ainsi distingué trois expériences de la vulnérabilité juvénile : la « rupture protégée » concerne des jeunes qui, malgré un épisode difficile durant leur parcours, peuvent s’appuyer sur un réseau familial solide ; la « rupture sans filet » recouvre une précarité économique et une impossibilité de recourir à l’aide familiale qui apparaissent brutalement au cours du parcours ; la « rupture chronique » touche des jeunes qui connaissent des ruptures cumulatives depuis l’enfance et une grande fragilité des supports relationnels.

12Dans le cadre de cet article, afin d’étudier plus précisément l’influence des difficultés vécues durant l’enfance sur le rapport au système d’aide, nous avons choisi de nous pencher spécifiquement sur les jeunes expérimentant la rupture chronique, ayant vécu des expériences traumatiques dans leur enfance, et qui connaissent, au moment du passage à l’âge adulte, une précarité économique et sociale. Notre objectif est ainsi de mettre en évidence les facteurs qui, au-delà des difficultés de leur passé, déterminent leur mode de recours à l’aide.

Expériences de la rupture chronique dans les transitions à l’âge adulte

13La rupture chronique est expérimentée par des jeunes cumulant une forte précarité économique et une grande fragilité des supports relationnels depuis leur enfance. Sur le plan familial, ils sont en général issus de milieux très défavorisés et tous ont vécu des événements traumatisants durant leur enfance (violences physiques et sexuelles intrafamiliales, décès brutal d’un des parents, maladies psychiatriques entraînant des troubles importants de la relation sociale, sentiment d’abandon ou de rejet). Une très grande majorité d’entre eux a été prise en charge, à un moment ou un autre, par l’ASE (Aide sociale à l’enfance). À l’adolescence, ils ont expérimenté des situations de rupture avec leur famille ou avec les structures de protection de l’enfance (fugues récurrentes durant leur minorité, mises à la porte, placements) et se sont retrouvés sans hébergement et sans ressources. Ils ont, dans la plupart des cas, un faible niveau d’étude et ont vécu une situation d’échec scolaire.

14Le parcours de ces jeunes est marqué par des ruptures cumulatives et renvoie au processus de « l’apprentissage raté » (Paugam, 2008). Ce processus touche des individus qui ont connu, pendant l’enfance, des difficultés liées à la pauvreté et/ou aux carences de leur environnement familial et social et ont expérimenté, tout au long de leur vie, des ruptures en chaîne. Ces difficultés induisent de la souffrance psychique et sociale (manque d’estime de soi, angoisse et troubles psychosomatiques, incapacité à faire face). Le bagage biographique porté par ces jeunes fragilise le déroulement de leur trajectoire de socialisation au statut d’adulte.

15Cependant, malgré une grande similarité des difficultés vécues dans l’enfance, l’analyse des discours nous a permis d’identifier plusieurs expériences de la rupture chronique. Elles se traduisent par une façon différente de se projeter dans l’avenir, d’intégrer sur le plan identitaire une situation sociale précaire et de négocier la relation au système d’aide.

16La première expérience est vécue sur le mode de la marginalité. Elle concerne des jeunes qui sont sans logement stable, vivent « à la rue », et dorment le plus souvent dans des squats ou des lieux publics. Ils ont des problèmes de santé lourds (polytoxicomanies, alcoolisme, troubles psychiatriques) liés à leur situation de vie (Dequire et Jovelin, 2007). Ils vivent de ressources économiques issues d’activités diverses en marge de l’emploi, de ressources subsidiaires fournies par les services de l’urgence sociale et mettent en place des modes de vie alternatifs (récupération, squat…). Ils peuvent travailler ponctuellement, « au jour la journée », mais souvent n’envisagent pas de trouver un emploi. Qualifiés de « jeunes en errance », ils cultivent tous les attributs d’une vie hors normes. Ils revendiquent le choix d’un mode de vie alternatif à celui proposé par la norme sociale dominante et rejettent la centralité de l’emploi comme source de confort matériel et comme mode d’intégration sociale. L’activité professionnelle n’est pas considérée comme une activité les concernant (certains n’envisagent jamais de travailler) ; le système d’aide est alors souvent perçu comme une ressource ordinaire, parfois le seul pourvoyeur des moyens d’existence (avec les modes de vie alternatifs). Ils n’éprouvent cependant aucun sentiment d’humiliation dans leur recours à l’aide sociale. En ce sens, ils vivent leur situation sur le mode de la « marginalité organisée » (Paugam, 2004). Ils trouvent ainsi une certaine forme de dignité au sein même de ce qui fait leur discrédit aux yeux de la société, dans leur capacité à tirer profit de toutes les formes d’aide par exemple (signe de leur expertise dans ce domaine) ou encore dans la peur qu’ils suscitent chez les autres. Ils « négocient la disqualification sociale en recréant un certain nombre de normes dans un milieu fortement dévalorisé » (ibid., p. 147). Ils cherchent cependant à se démarquer de l’image du « clochard » pour se défaire du stigmate que l’utilisation des services de l’urgence sociale leur impose en mettant en place une stratégie identitaire qui revendique le choix d’une vie hors normes. Ils négocient leur identité à travers leur rapport au système d’aide et, s’ils ne veulent pas être associés à la figure de l’assisté qui fréquentera ces services jusqu’à la fin de sa vie, ils n’aspirent pas forcément à un changement de statut, car ils se sentent à l’aise dans leur utilisation de ce système. Le rapport que ces jeunes entretiennent à l’aide sociale et le positionnement identitaire qu’ils adoptent pour résister à la stigmatisation les font alors basculer dans une utilisation routinière de l’assistance.

17La seconde forme d’expérience de la rupture chronique est vécue sur le mode de l’instabilité. Elle touche des jeunes qui sont également fortement dépendants de l’aide sociale du fait de leur situation de grande précarité économique et de l’absence de soutien familial. Leurs parcours sont jalonnés d’échecs dans leurs tentatives d’insertion (scolaires, professionnelles) et leurs relations aux autres. Ils ont été pris en charge par l’ASE à la préadolescence ou l’adolescence, mais leurs cheminements y ont été très chaotiques (allers-retours entre lieux de placement et famille d’origine, fréquentation de plusieurs foyers et/ou familles d’accueil, fugues…). Ils ont des problèmes de santé importants (conduites addictives, troubles fonctionnels, fragilité psychique…), qui restent cependant moins lourds que ceux des marginaux. Ils sont également beaucoup plus proches des dispositifs d’insertion sociale et professionnelle. Même s’ils s’adressent aux structures de l’urgence sociale, ils bénéficient, ou viennent de bénéficier, d’un accompagnement au titre de l’Aide sociale à l’enfance et sont souvent en lien avec une mission locale. Leurs passages dans la rue sont brefs ou récents, ce qui les distingue aussi des marginaux. Ils sont souvent logés en maisons d’enfant à caractère social (MECS), en foyers de jeunes travailleurs (FJT) ou en centres d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS). Ces jeunes, que nous qualifierons d’instables, font des difficultés qu’ils ont rencontrées depuis leur enfance un élément de promotion de leur identité par rapport aux autres jeunes protégés par le cocon familial ; ils l’utilisent également dans une attitude revendicative à l’égard de l’aide sociale : il s’agit d’un vecteur fort de fragilité au nom duquel ils doivent être aidés. Cependant, contrairement aux marginaux qui trouvent un équilibre précaire dans leur situation, ils aspirent, à la façon de ce que S. Paugam (2004) décrit comme « la marginalité conjurée », à un changement rapide de statut (du statut d’assisté au statut d’adulte autonome) et rêvent d’une intégration sociale conventionnelle (avoir un travail, une famille, un confort matériel). Mais ils aspirent également à mener la vie insouciante des jeunes de leur âge et supportent mal les cadres, les contraintes et les attentes de l’aide sociale (ils peuvent ainsi refuser de se plier aux exigences associées à un suivi « jeune majeur » au titre de la protection de l’enfance), qu’ils vivent comme une injustice.

18Ainsi, si les difficultés rencontrées durant l’enfance structurent fortement les parcours d’entrée dans la vie adulte, on constate également que l’expérience de la vulnérabilité qui en résulte varie d’un individu à l’autre, notamment du point de vue de la projection dans l’avenir et de la négociation identitaire. Ces éléments semblent fortement liés à leur rapport au système d’aide. Au-delà des variations individuelles donc, nous avons pu remarquer des lignes de clivage dans les parcours susceptibles d’expliquer, pour partie, ces différences de positionnement. Elles se structurent notamment autour de la présence de personnes clés dans l’entourage et du type de réseau relationnel noué.

L’importance du réseau relationnel dans la construction du monde social des jeunes en rupture chronique

19Pour des jeunes ayant manqué d’adultes de référence stables dans l’élaboration de leur sociabilité primaire, l’image de soi pose problème et le vécu de leur enfance les empêche d’élaborer un système identitaire solide. En effet, l’élaboration du système identitaire de l’enfant résulte de l’interaction avec l’« autrui significatif » (Mead, 1963), celui qui permet à l’individu de se saisir comme un individu unique ou comme le membre d’une entité collective, de se définir ainsi un rôle social. L’autrui significatif est une instance normative pour l’individu qui se construit ; elle peut être de nature individuelle ou groupale. Il est indispensable à la réalisation des trois principes identitaires que sont l’estime de soi, le sens de la continuité existentielle et l’unicité de la personne. Lorsque cet autrui fait défaut, le système identitaire reste faiblement structuré et l’individu manque de repères normatifs. Dans ce cadre, nous postulons que les personnes rencontrées plus tard dans le parcours des jeunes peuvent prendre une place considérable dans la consolidation de leur identité. En endossant le rôle d’autrui significatif, elles favorisent la reconnaissance sociale et permettent une recomposition identitaire. Notre analyse des itinéraires de jeunes porte ainsi un regard spécifique sur le rôle joué par les supports relationnels sur les différentes expériences de la rupture chronique.

20Ainsi, les marginaux ont construit durant l’adolescence un réseau relationnel hors de leur famille qui les a familiarisés à un mode de vie alternatif, notamment aux codes de la vie à la rue, avant même qu’ils aient quitté définitivement le foyer familial. Avant de l’investir quotidiennement, ils ont donc une connaissance des normes du monde de la rue, mais également des différents services de l’infra-assistance que leur entourage utilise (même si eux les évitent du fait de leur minorité). Cette fine connaissance facilite leur émancipation du foyer familial, car ils le quittent pour un environnement familier.

21L’entrée dans le groupe passe fréquemment par une cooptation ; elle se fait généralement par l’intermédiaire d’une personne connaissant bien le monde de la rue. Nous avons ainsi rencontré plusieurs jeunes femmes qui s’enamourent d’un homme plus âgé, un « zonard » qui leur ouvre la porte du monde fermé de la rue et les introduit au groupe. Cet individu joue le rôle d’autrui significatif en favorisant l’apprentissage des normes de ce monde social par le biais d’une « socialisation marginalisée » (Parazelli, 2002) dans un contexte conjugal, donc émotif et protecteur. Il favorise également l’accès à un groupe de pairs qui pourront constituer les autrui généralisés, en validant les normes de la vie à la rue comme des normes sociales légitimes. Les jeunes femmes trouvent ainsi une forme d’identification sociale et peuvent s’élaborer un statut qui ménage leur histoire de vie en l’incluant dans la définition de leur rôle social, par la légitimation d’un style de vie marginal.

22Nous pouvons ici citer l’exemple de Claire, 25 ans. Nous la rencontrons en compagnie de Luc, 33 ans, son compagnon, qui vit à la rue depuis de nombreuses années. Ils « font la route ensemble » et se soutiennent au quotidien. Elle trouve auprès de lui une protection contre les dangers de la vie dehors, mais aussi une reconnaissance affective forte. Ils paraissent être tout l’un pour l’autre ; ils se connaissent pourtant depuis peu de temps. L’expérience que Luc a de la vie de rue et la philosophie qu’il en tire viennent conforter le sentiment de Claire de s’être toujours sentie différente et mal à l’aise avec la vie conventionnelle. Ils font front tous les deux face à cette société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

23Les travaux sur la conjugalité ont bien identifié le rôle majeur du conjoint dans la socialisation secondaire (Singly, 1988 ; Frechon, 2003). Le conjoint est un élément décisif de la validation du monde socialement construit dans lequel évolue l’individu, de son utilité et de sa place dans ce monde (Berger et Kellner, 1964). La conjugalité permet la validation de normes préexistantes et la structuration de normes communes. Cependant, la rencontre avec le conjoint peut aussi amener à une transformation plus profonde du monde de l’individu quand la socialisation primaire est plus fragile et peut constituer un processus de « resocialisation » (Singly, 2006) mettant en cohérence les éléments de sens acquis au cours de l’expérience de vie dans la formulation d’une utilité sociale. Ce type de socialisation secondaire vient démanteler les structures de la socialisation primaire pour construire un nouveau monde là où l’ancien ne fait pas (ou plus) sens.

24Les jeunes que nous avons rencontrés ont connu des relations parentales incohérentes, de rejet ou d’abandon, qui ne leur ont pas permis d’élaborer une socialisation primaire structurante. À travers la rencontre d’un compagnon, les marginaux vont trouver l’occasion de redéfinir les structures de sens de leur vie en société en leur donnant une forme de cohérence. « Faire la route » avec quelqu’un, c’est aussi construire des normes sociales qui viennent valider un mode d’existence marginal, auparavant sans signification sociale. Loin de la socialisation « tranquille » où le couple est l’objet des modifications à la marge, ce type de rencontre vient mettre à l’écart le monde de l’enfance pour tenter de construire une socialisation qui fasse sens pour l’individu. Sans considérer la rencontre d’un conjoint au même titre qu’une union matrimoniale durable, nous pouvons analyser la mise en couple d’un certain nombre de jeunes que nous avons enquêtés comme la rencontre d’un autrui significatif qui viendra « refondre » leur monde intérieur et le mettre en adéquation avec leur vécu [1].

25Ainsi, lorsqu’ils quittent définitivement le domicile parental, ces adolescents, ou jeunes adultes, fuient les services de l’Aide sociale à l’enfance. Ils se tournent vers la vie à la rue où ils disent bien souvent se sentir mieux et avoir trouvé une place. Le groupe se positionne comme autrui généralisé, producteur et diffuseur de normes sociales marginalisées dans lesquelles le jeune va se reconnaître, et grâce auxquelles il se constituera un rôle social et se définira une place dans la société qui entrera en résonance avec son parcours de vie pour lui donner sens. Par l’investissement d’un certain nombre de sphères hors normes, ces jeunes gens se sont socialisés différemment. Comprendre ces modes de socialisation marginalisée permet de les poser comme des variables déterminant en partie les modes de comportement à l’âge de leur insertion dans la vie sociale d’adulte. M. Parazelli (2002) considère ainsi les pratiques de socialisation marginalisée comme « un effort individualiste d’insertion par la marge », c’est-à-dire de la part de ceux qui ne peuvent accéder aux chemins classiques de l’insertion sociale.

26Les instables, quant à eux, ont cultivé peu de relations hors de la sphère parentale durant leur adolescence. Les relations qu’ils construisent, qu’elles soient amicales ou amoureuses, sont en général très exclusives et concernent une personne sur laquelle ils vont projeter toutes leurs attentes de soutien affectif et de reconnaissance. Ils s’attachent d’ailleurs le plus souvent à des personnes qui s’inscrivent dans un modèle de vie assez conventionnel, centré sur le confort matériel et la construction d’une famille, et qui représentent une forme de stabilité. Ils nouent ainsi des relations amicales ou amoureuses avec des pairs encore scolarisés, qui entretiennent de bonnes relations avec leurs familles. Ces personnes jouent le rôle d’autrui significatifs en participant à la construction d’un projet conventionnel. Elles peuvent jouer, pendant quelque temps, le rôle de famille de substitution en faisant bénéficier leur ami ou leur compagnon du soutien matériel et affectif de leurs parents.

27Cependant, ces formes de relations exclusives sont fragiles. Les instables sont prêts à tout quitter du jour au lendemain pour construire quelque chose avec leur nouveau compagnon de route. Ils contribuent d’ailleurs bien souvent à mettre eux-mêmes ces relations en échec en poussant à bout la personne avec laquelle ils ont créé des liens, ou en rompant la relation brutalement parce qu’ils ne se sentent pas à la hauteur. L’affectivité et les fortes attentes qui se jouent dans les relations qu’ils nouent semblent nourrir un comportement abandonnique que l’on ne constate pas dans les relations que les marginaux entretiennent avec leurs pairs du monde la rue où les relations sont à la fois plus stables et plus équilibrées (ils expriment clairement que les liens s’inscrivent dans une perspective de protection et de soutien mutuels). Ainsi, pour les instables, nous notons que les autrui significatifs contribuent difficilement à permettre l’élaboration d’une identité sociale stable. La relation exclusive ne joue pas un rôle de mise en cohérence du monde social et du monde vécu mais révèle, au contraire, le décalage existant entre ces deux mondes.

28C’est le cas de Jérôme, 20 ans. Il quitte le foyer de sa mère à 15 ans parce qu’il sent qu’elle ne veut pas de lui. Il est alors pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Il tente plusieurs formations professionnelles et loge dans des FJT, mais abandonne toujours après quelques mois. Il vit ensuite avec son père durant deux mois mais celui-ci est alcoolique et, après le décès de la belle-mère, les relations s’enveniment. Jérôme décide donc de partir. Il vit alors avec un ami dans une caravane. Il se drogue, vole et est arrêté par la police, avant d’être hébergé dans une famille d’accueil. Au bout de trois semaines, il fugue pour vivre avec sa petite amie, étudiante en lettres, puis s’en sépare parce qu’il ne veut pas qu’elle « subisse la pression » de ce qu’il vit. L’ASE lui trouve une place dans un foyer qu’il quitte, après le décès de son père, pour vivre avec sa nouvelle petite amie dans un camping. Ils trouvent un petit boulot et un appartement, mais elle le quitte et il retourne vivre dans un FJT. Il est expulsé au bout de quelques mois, car il n’a plus de travail. Au moment où nous le rencontrons, il a réussi à obtenir un logement d’urgence et attend la réponse du conseil général à une demande de suivi d’accompagnement de l’ASE, mais, comme il est majeur, il doit être très convaincant pour l’obtenir. Il rêve d’avoir une deuxième chance et les mêmes opportunités que les jeunes qui peuvent compter sur leurs parents. Il aimerait reprendre une scolarité classique, en lycée, et passer le bac (il a un niveau 3e). Le conseiller de la mission locale qu’il voit lui explique que c’est impossible, qu’il faut qu’il construise un projet qui lui permette de trouver un travail rapidement, mais Jérôme ne l’accepte pas.

29De fait, l’intégration sociale dont les instables rêvent (avoir un travail, une famille, un confort matériel) est peu probable dans un futur proche du fait de multiples handicaps (parcours jalonné de ruptures, fragilités psychiques importantes, absence de qualification ou encore conduites addictives).

Le poids des autrui significatifs dans les modalités de recours à l’aide sociale

30Dans un travail sur l’influence des événements de jeunesse et de l’héritage social au sein de la population utilisatrice des services d’aide aux sans-domiciles, Firdion met en évidence l’influence des événements difficiles vécus pendant l’enfance sur la mobilisation des capitaux dans le recours à l’aide sociale (Firdion, 2006). Nous pouvons ajouter que le type de relations que les jeunes expérimentant la rupture chronique vont construire au moment du passage à l’âge adulte va également profondément influer sur leur rapport à l’aide sociale.

31Ainsi, les marginaux utilisent l’infra-assistance comme une ressource pérenne. Leur sentiment d’appartenance à un monde à la marge légitime cette appréhension de l’aide sociale d’urgence comme une ressource ordinaire. Ils mangent, lavent leur linge, se douchent, sont hébergés, quand c’est possible, dans les accueils d’urgence. Ils font également appel à la solidarité amicale, mais se retournent toujours vers les services d’aide lorsque celle-ci est impossible. Cependant, s’ils mobilisent sans complexe toutes les ressources à leur disposition, leurs attentes vis-à-vis du système d’aide restent fortement délimitées. Ils le sollicitent pour des besoins de première nécessité (nourriture, hygiène, hébergement), mais sont rétifs à ce qui pourrait ressembler à une démarche d’insertion sociale plus exigeante, qui supposerait qu’ils renient une grande partie des normes et des valeurs qui structurent leur univers social. Ils posent d’ailleurs un regard très critique sur le fonctionnement de l’institution et sur les intervenants auxquels ils s’adressent ; ils ne cherchent pas l’aide des services de protection de l’enfance, trop exigeants et centrés sur une logique de responsabilisation et dont ils ont une mauvaise image. Quand ils ont eu affaire à des structures sociales dans leur enfance, ils en gardent des souvenirs très négatifs (indifférence des travailleurs sociaux à l’égard de leur situation, maltraitance ou négligence de la famille d’accueil, séparation de la fratrie lors du placement, retrait de la famille mal vécu…) et ils ne peuvent envisager l’enfermement dans un cadre éducatif. Ils recourent ainsi généralement quasi exclusivement aux services de l’infra-assistance (Muniglia et al., 2012). En fonction des territoires et de la plus ou moins grande ouverture des missions locales quant à leur définition de l’insertion, ils peuvent également s’adresser à ces dernières, mais toujours de façon ponctuelle et dans l’attente d’une aide ciblée (bons alimentaires, aide financière d’urgence…) (Loncle et al., 2008 ; Muniglia et Thalineau, 2012).

32Marc qui, à 29 ans, connaît la rue depuis ses 13 ans, n’envisage en aucun cas l’aide qu’il sollicite comme un tremplin vers l’insertion et considère que ces ressources lui sont dues du fait de son choix (contraint) de vie. Il refuse la vie conventionnelle et sa routine. Il trouve dans les services d’aide d’urgence les ressources quotidiennes dont il a besoin, mais ne les envisage pas comme une aide pour lui permettre de sortir de sa situation. Il critique la tendance croissante des professionnels à vouloir engager les jeunes dans des démarches d’insertion dont ils ne veulent pas : « Mais aujourd’hui, je te dirais que j’utilise encore ce lieu parce que, voilà, c’est bien pratique pour aller prendre sa douche, mais juste ça, juste laver ton linge pas cher et prendre ta douche mais c’est vraiment le côté pratique de la chose. Je n’attends rien et je leur demande rien ! Ça c’est clair et net. Et c’était très bien comme avant, il ne nous demandait rien… »

33En revanche, pour les instables, l’éloignement de la famille les a en général conduits à passer par les services de protection de l’enfance ou, plus tard, par des services d’insertion sociale et professionnelle tels que la mission locale. Même s’ils ont quitté à plusieurs reprises les services de protection de l’enfance, l’image qu’ils ont de ces structures est moins négative et plus partagée que celle des marginaux. Ils distinguent deux types de professionnels. Ils se méfient de la majorité d’entre eux qu’ils perçoivent comme faisant leur travail sans implication particulière. Mais ils valorisent l’attitude d’une minorité de professionnels faite d’écoute, de compréhension et d’encouragements, des professionnels investis dans la relation et jugés dignes de confiance. Ces derniers sont ceux qui ont joué un rôle dans leur parcours et vis-à-vis desquels ils ont une reconnaissance (retrait d’une situation familiale douloureuse, assouplissement des règles de la prise en charge pour arranger une situation, compréhension face à leurs conduites de rupture…). Ils sont ainsi, beaucoup plus que les marginaux, en attente d’accompagnement de la part des services d’aide envers lesquels ils conservent une forme d’espoir et une certaine confiance. En l’absence d’autre forme de soutien, les instables se tournent vers les intervenants sociaux dont ils attendent beaucoup : investissement, empathie, compréhension, souplesse et parfois même une forme de maternage. Christophe, 23 ans, pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance depuis l’âge de 9 ans, a navigué entre foyers, famille d’accueil, domicile de sa mère et de sa grand-mère. Il vient de se séparer de la mère de sa fille, âgée de quelques, mois, et se retrouve isolé de sans ressources. Il est accompagné par la mission locale qui l’aide pour les démarches administratives, la recherche de logement et les aides financières. Il est provisoirement logé en FJT mis ne s’y sent pas à sa place, se sentant trop en décalage avec les autres jeunes. Il explique à propos de la conseillère qui le suit : « J’aime bien Mme V. parce que, quand j’ai mes coups de blues, elle comprend. Elle sait de quoi je parle. On dirait qu’elle me connaît depuis que je suis tout petit. C’est vrai, c’est ça que j’aime chez elle. Et puis elle a une très bonne oreille, des bons mots, un bon regard qui met à l’aise… […] Et c’est là que, de mon côté, j’ai trouvé le poste chez Carrefour. Du coup elle était très contente… et puis après, quand elle m’a revu deux semaines après, direct j’arrête… elle a tout de suite compris donc… Là, elle ne me lâche pas. C’est comme là… là en ce moment j’ai un peu de mal à chercher. […] Elle m’appelle, elle me dit : “Comment tu te sens ? T’es renfermé sur toi-même…”. […] et puis elle me dit : “bon… on ne va pas te précipiter… Là, aujourd’hui, on ne va pas parler de recherche d’emploi, on va parler de toi, on va d’abord faire en sorte que tu ailles mieux, et après on va s’occuper de l’emploi”. »

34La recherche d’une altérité affectivement structurante peut ainsi amener les instables à projeter sur les intervenants sociaux un rôle qui n’est pas le leur. Leur attitude envers le système d’aide sociale (refus des contraintes, abandons à répétition, position revendicative) épuise cependant les intervenants sociaux qui les qualifient parfois « d’incasables » ou de « patates chaudes », que les structures d’aide se renvoient sans cesse. De plus, la pression actuelle sur les professionnels du secteur de l’insertion sociale et professionnelle, qui voient leurs missions se resserrer autour de la nécessité de la mise à l’emploi (Autès, 2004 ; Muniglia et Thalineau, 2012), ainsi que la structure du système d’aide (notamment l’absence de filet de sécurité pour les jeunes de 18-21 à 25 ans) ne permettent pas des suivis aussi rapprochés et stables dans le temps. C’est pourquoi les prises en charge sont souvent vouées à l’échec et perpétuent le cycle de ruptures en chaîne dans lequel les instables sont pris depuis de nombreuses années.

35Cependant, une relation privilégiée peut se nouer avec certains intervenants sociaux qui ont construit leur posture professionnelle sur le maintien à tout prix de la relation d’aide (Ion et Ravon, 2005) et qui, selon les termes de Pierre Roche, prennent « le parti pris de la proximité », tentant de « réduire la distance sociale et subjective qui sépare le professionnel de l’usager » (Roche, 2007, p. 66). Le positionnement particulier qu’ils adoptent est empreint de compréhension et d’une attention particulière valorisant les jeunes reçus tout en prenant en compte leur histoire de vie. La relation d’accompagnement est basée sur l’écoute, la discussion et la qualité de la relation en train de se créer. Elle repose également largement sur la disponibilité et la réactivité des professionnels. Dans ce cadre, les méthodes d’accompagnement sont basées sur la qualité d’une relation informelle dans un cadre formel de prise en charge. Cette attention dont ils ont été peu l’objet amène donc les jeunes à ériger la personne qui les aide en autrui significatif. La réussite des démarches d’aide entreprises sera un gage de reconnaissance auprès de ceux qui les ont aidés.

36L’effet pervers de cette posture est à mettre en relation avec les caractéristiques des publics reçus. Les jeunes que nous avons rencontrés ont pour point commun le manque d’une famille soutenante, sinon aimante ; ils sont parfois très isolés affectivement. Certains recherchent alors, au sein de la relation d’aide, de la chaleur humaine plus que des ressources. Les professionnels prennent une place affective qu’ils n’ont pas souhaité se donner et se trouvent confrontés à la gestion d’une posture qui permet un accompagnement réparateur (la reconnaissance identitaire est très forte dans ce type de relation), mais qui les poussent à un engagement allant au-delà de leur mission professionnelle.

Autrui significatifs et bifurcations dans les transitions à l’âge adulte

37Nous avons pu observer des bifurcations (Bidart, 2010) dans les parcours de ces jeunes vulnérables. Notre méthode d’enquête basée sur l’analyse d’entretiens biographiques, croisés avec des entretiens de professionnels qui accompagnent ces jeunes, présente cependant des limites dans l’interprétation qu’il est possible de faire de ces bifurcations. En effet, le caractère durable de ces changements dans les carrières d’instabilité ou de marginalité est difficile à évaluer dans la mesure où nos données sont fortement dépendantes du moment où nous rencontrons les jeunes et de l’étape à laquelle cela correspond dans leur parcours. Ayant interviewé ces personnes principalement par le biais de leur fréquentation des structures sociales et médico-sociales, nous avons peu d’éléments sur les sorties durables de ces trajectoires, si ce n’est à travers les entretiens avec les professionnels. Il nous semble toutefois important de souligner ces moments de bifurcation dans la mesure où ils mettent en évidence les possibilités de sortir des processus de fragilisation qui structurent les transitions de ces jeunes.

38Ces bifurcations interviennent généralement à la suite d’un événement marquant dans la vie du jeune. Pour plusieurs jeunes filles qui s’inscrivaient dans un parcours de marginalité, nous avons ainsi pu observer que le départ de leur compagnon (à la suite d’un emprisonnement par exemple) marque un tournant dans leur parcours d’aide. Se retrouvant sans protection dans un univers menaçant, elles se rapprochent des services sociaux aux accompagnements plus exigeants. Elles s’inscrivent alors dans un nouveau projet de vie qui remet l’insertion sociale et professionnelle au centre de leurs préoccupations.

39Marina, 21 ans, vit ainsi avec son compagnon entre la rue, les campings et les squats depuis quatre ans. Quand ils sont arrivés dans la ville où nous la rencontrons, deux ans auparavant, Marina s’est adressée à la mission locale, pensant y trouver des douches. On lui a proposé un suivi, un CIVIS (contrat d’insertion dans la vie sociale) lui permettant d’avoir une petite aide financière et un accompagnement sur la base d’un traitement à la méthadone dans un centre de soin en addictologie. Mais elle laisse progressivement tomber ces deux démarches au bout de quelques mois : « Ben, en fait, j’ai rencontré pas mal de personnes ici qui étaient pas très fréquentables, je m’étais mise dans un certain produit, j’ai recommencé un peu à reprendre certaines drogues, tout ça… à re-sortir aussi… qui dit sorties, dit… obligé quoi. »

40Quand nous la rencontrons, son compagnon est en prison depuis quelques semaines. Elle nous explique qu’elle a repris ses démarches d’insertion, elle est retournée au centre de soins et à la mission locale : « Je suis à la recherche d’emploi… enfin, je re-recherche du travail, on va dire, ce serait plus approprié. Pendant presque deux ans, j’ai lâché prise on va dire. […] Donc c’est revenir ici [à la mission locale], chercher du travail et recommencer à zéro on va dire. »

41La grossesse peut aussi jouer un rôle déterminant. Elle peut, par exemple, déclencher un réel engagement dans une démarche de soin chez certaines jeunes femmes. Le bébé devient un enjeu pour lequel elles arrivent à se mobiliser et à réinvestir leur corps en tentant d’en prendre soin. Un véritable processus de médiation s’opère et ce corps, qu’elles n’envisageaient jusqu’alors que comme un outil leur permettant de s’éloigner le plus possible de la réalité, devient une matrice pour un autre individu auquel elles tiennent. Il ne s’agit pas de faire attention à soi pour soi-même, mais pour le bien-être de l’enfant. De plus, l’arrivée d’un nouveau-né peut les amener, par souci de protection, à reconsidérer les normes et les valeurs qu’elles avaient adoptées en intégrant le monde de la rue. La stabilité, le confort et la sécurité promis par les normes de vie conventionnelles viennent bousculer leur système de valeurs et leurs aspirations.

42Ainsi, Émilie, 19 ans, qui fréquente le monde de la rue depuis l’âge de 12 ans, est retournée vers les services de protection de l’enfance au moment où son compagnon a été incarcéré. Enceinte de quelques semaines, elle nous explique : « Je reste sur Saint-Malo parce que mon copain est incarcéré et je n’ai pas envie d’aller sur Rennes et de me galérer. Et puis… je n’ai pas envie d’aller sur Rennes et de faire comme les filles qui sortent de la rue et qui amènent leur enfant à Sainte-Anne. Ça me choque moi, franchement, amener un bébé là-dedans. Ouah ! Sainte-Anne, c’est là où la drogue tourne. On n’amène pas son gosse à Sainte-Anne [elle s’emporte]. C’est pas que j’ai honte d’eux mais je ne veux pas que mon enfant, un bébé surtout… moi encore, qu’ils me disent bonjour, qu’ils me tapent la bise, je m’en fous. Mais un nourrisson ! Je ne peux pas ! »

43Cependant, nos échanges avec des professionnels dans le cadre d’un groupe travaillant sur l’accompagnement des grossesses chez les jeunes femmes à la rue ont mis en évidence que ce processus était souvent éphémère. En effet, une fois l’accouchement passé, l’enjeu de l’attention change et un certain nombre de ces femmes adoptent à nouveau les « comportements de la rue ». Nos entretiens avec des jeunes femmes ayant vécu ce type de bifurcations nous donnent des éléments d’explication de ces retours à la marginalité. En effet, ce qui a pu apparaître comme un monde sécurisant pour leur enfant peut vite devenir source de menace pour ces jeunes. Des conditions économiques difficiles, une solitude face à leur nouveau rôle de mère, la crainte qu’on leur enlève leur enfant, fragilisent leur parcours. Elles ont quitté un monde dans lequel elles étaient socialisées, dont elles maîtrisaient les codes et les valeurs pour entrer dans un univers dans lequel elles ne sont pas socialisées. C’est là que la présence durable et la solidité des autrui significatifs intervient.

44En effet, il arrive qu’à travers un travail d’accompagnement, le lien qui se crée avec l’intervenant social aboutisse à un réel changement de trajectoire. Des entretiens croisés avec des professionnels qui ont accompagné ces bifurcations montrent la centralité d’une relation durable avec un professionnel qui va tenir la place d’autrui significatif, mais aussi l’importance du support d’autres professionnels qui vont s’inscrire dans une logique partenariale.

45Un infirmier de liaison en toxicomanie nous raconte ainsi le parcours d’une jeune fille qui vivait à la rue depuis l’âge de 14 ans et qu’il accompagne depuis cinq ans avec le soutien d’un éducateur de prévention spécialisée et d’un conseiller de la mission locale :

46« Tout le démarrage de l’affaire ça a été des rencontres avec cette personne, c’était dans les jardins publics, dans la rue, pour essayer d’évaluer ce qui se passait, et ça a pris du temps… Après, ça a été avec la Mission locale, qui débloquait des moyens parce qu’il fallait l’aider à se laver, avoir des habits propres […] Après ça a été la proposition de… pas un logement d’emblée, mais la Mission locale finançait une tente avec un camping dans la banlieue rennaise, pour caler un petit peu les affaires […]. Après ça a été une prise en charge méthadone et arrêter les injections. […] Après ça a été l’accès au logement, et puis toujours le suivi sanitaire, le passage quotidien dans un premier temps pour la méthadone et puis, moi, je proposais le lien à domicile, carrément. En passage hebdomadaire, minimum. […] La personne de la Mission locale, la personne de la Sauvegarde et moi, ça a été des repères d’une importance colossale, en fait, pour la restructuration aussi bien affectivo-…, je ne sais pas comment dire, je ne suis pas la famille mais… symboliquement c’était très important. Et ce qui a permis, et elle savait bien que le trio était cohérent, qu’on pouvait se dire des choses, pas toutes, chacun dans son champ d’action. Et donc cette personne a évolué ; elle a son appartement maintenant et elle passe son bac en DAU, à la fac. […] En fait, la grosse problématique finale c’était cette espèce de changement de monde. C’était de ne pas renier le monde de la rue, ni cette identité, par rapport à la pseudo-liberté que ça représente, mais elle a beaucoup changé dans son mode de relation avec les gens, notamment avec les personnes qu’elle côtoie à la fac […]. Donc toute cette évolution-là l’a propulsée, donc dans un autre monde, et c’est beaucoup de culpabilité, elle a l’impression de renier le monde d’où elle venait, après tant d’années. »

47On voit ici que des jeunes s’inscrivant dans un itinéraire de marginalité peuvent vivre des bifurcations susceptibles de modifier leur univers de référence. L’accompagnement des intervenants dans ces moments clés s’avère alors fondamental. On voit bien ici à quel point il nécessite d’articuler une intervention matérielle, administrative, sanitaire à une attention affective dans la durée. Ce type d’accompagnement permet de résister aux nouvelles ruptures provoquées par les jeunes (rechute dans la toxicomanie, départ du logement, abandon de la démarche de formation…) et de leur redonner progressivement confiance en la solidarité sociale.

Conclusion

48Au-delà de l’importance des carences familiales durant l’enfance, l’étude des différentes expériences vécues de la rupture chronique met en évidence l’imbrication de plusieurs facteurs, notamment l’influence du réseau relationnel, dans la construction des parcours vers l’âge adulte. Ainsi, pour les marginaux ce ne sont pas les services sociaux qui leur ont permis de s’extraire d’une situation familiale mortifère, mais le contact avec le monde de la rue. Ils y ont noué très tôt des relations qui leur ont fourni un nouvel univers de référence et de socialisation ; ils ont ainsi construit un idéal de vie aux marges de la société conventionnelle, rejetant les normes d’une société construite autour du travail. Ils mettent à distance les exigences des services d’insertion sociale et professionnelle et se tournent vers des modes de vie alternatifs qui entretiennent un état sanitaire dégradé (vie à la rue ou dans des squats, malnutrition ou dénutrition, toxicomanie…), les éloignant encore un peu plus de l’insertion conventionnelle. Pour les instables, en revanche, la sortie du milieu familial s’accompagne de liens avec des réseaux supports ancrés dans la société conventionnelle. Ils ont tendance à nouer des liens forts, bien que fragiles, avec des personnes vivant selon un modèle conventionnel ou représentant l’institution sociale (assistants de service social, éducateurs) et entretiennent ainsi le projet de s’insérer dans une société sur le modèle du producteur-consommateur et du travail. Même s’ils ont eux aussi connu la défaillance des réseaux auxiliaires, les liens qu’ils ont noués nourrissent un espoir d’intégration et les poussent à entretenir une certaine proximité avec les services d’insertion et à rechercher un accompagnement dans leurs projets. Ces liens, bien que sans cesse mis en échec, leur permettent de trouver un environnement qui reste plus protecteur que celui de la rue, notamment sur le plan matériel et sanitaire. Ils bénéficient ainsi d’un hébergement (par le biais des services sociaux ou de leurs pairs) et recourent plus facilement aux services de santé (psychologue de l’ASE ou de la mission locale, médecin généraliste…).

49À cet égard, plusieurs recherches nord-américaines menées ces dernières années montrent d’ailleurs l’importance des relations avec les pairs sur le plan social et sanitaire, distinguant l’influence des pro-social peers de celle des anti-social peers sur les comportements à risques (Rice et al., 2008 ; Milburn et al., 2009 ; Meltzer et al. 2012). D’autres recherches montrent que, outre le constat d’une parentalité défaillante et de l’expérience d’événements traumatiques durant l’enfance, les jeunes itinérants partagent surtout l’absence d’un soutien du réseau relationnel auxiliaire (parentèle élargie, services sociaux, familles d’accueil qui ferment les yeux, disparaissent ou dysfonctionnent). Or, « la pauvreté des réseaux compensatoires, ajoutée à un noyau relationnel déficient [fondent] un parcours de désaffiliation croissante, entravant finalement toute velléité d’appartenance » (Lussier et Poirier, 2000).

50C’est sans doute là que se joue la différence fondamentale entre la figure des marginaux et celle des instables. En effet, si pour ces jeunes qui ont connu des ruptures depuis l’enfance « la dé-liance, soit la capacité d’échapper, devient primordiale » et qu’il est pour eux « impératif de toujours se ménager une porte de sortie […] précaution qui s’accommode mal de la soumission exigée à des cadres, quels qu’ils soient » (Lussier et Poirier, 2000), il semble que les instables, par les liens régulièrement entretenus avec des personnes soutenantes (pairs, adultes de référence ou professionnels du secteur social ou médico-social), conservent une forme d’espoir envers la société conventionnelle, que les marginaux ont perdu, tout en étant trop fragilisés pour entrer dans ses cadres. Les relations qu’entretiennent les marginaux sont d’un autre ordre ; ils les décrivent eux-mêmes comme des relations de protection mutuelle, entre pairs qui partagent les mêmes conditions et le même idéal de vie. On pourrait donc dire que les marginaux ont poussé à l’extrême le processus de rupture des liens, de déliance avec la société conventionnelle, qui les entraîne dans une carrière de désaffiliation institutionnelle, recréant une affiliation à un nouvel univers social, celui de la marge.

51La distinction idéale typique, et donc artificielle, de deux figures de la rupture chronique nous permet ainsi de penser les parcours de ces jeunes en termes de carrière (Hughes, 1996). Ce concept nous permet de rendre compte des étapes dans la construction subjective des itinéraires, l’instabilité se situant en amont de la marginalisation, et le processus de carrière étant nourri par les liens avec le système relationnel auxiliaire. À ce titre, le système d’aide est susceptible d’assurer une forme de protection et de reconnaissance essentielle pour des personnes qui ne peuvent s’appuyer sur le lien de filiation et le lien de solidarité organique, et pour lesquels ce lien de participation élective est fragile (Paugam, 2008). Cette perspective théorique nous permet de reprendre les propos de Muriel Darmon (2008) pour qui « la dynamique interne à la carrière – sa force d’entraînement pour ceux qui s’y engagent – s’accompagne également de tout un ensemble de possibilités de “sorties” de carrières ». Nous avons ainsi pu voir que ces sorties peuvent se jouer dans l’accompagnement des phases de bifurcation des parcours, par le support d’un réseau relationnel protecteur et résistant sur la durée. Ce support peut être assuré par des intervenants sociaux attentifs à la qualité d’une relation basée sur l’écoute et la compréhension et à son maintien à tout prix, posture que l’on retrouve surtout dans le secteur médico-social (Muniglia et al., 2012 ; Muniglia et Thalineau, 2012), tout en étant à même de mobiliser des ressources matérielles (hébergement, aide financière, formation…) pendant une période assez longue (ce qui suppose le soutien du secteur de l’insertion sociale et professionnelle, notamment des missions locales, de la protection de l’enfance ou des services sociaux des conseils généraux).

Notes

  • [*]
    Virginie Muniglia, doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS-Centre Maurice Halbwachs-ERIS) et ingénieure d’étude à l’EHESP.
  • [**]
    Céline Rothé, ingénieure de recherche à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et chercheure au CRAPE (UMR 6051).
  • [1]
    Cet exemple concernant les femmes est particulièrement illustratif mais il faut noter que la cooptation concerne aussi les jeunes hommes, sous une forme un peu différente. En ce qui les concerne, c’est très souvent la rencontre avec un autre jeune homme vivant déjà « à la rue » qui va leur permettre d’intégrer ce milieu. L’échange de conseils pratiques, comme l’indication d’un endroit sûr pour dormir ou d’un lieu pour manger, nouera les premiers liens.
Français

Les expériences de l’enfance, et particulièrement les difficultés rencontrées dans les relations familiales, concourent fortement aux situations de vulnérabilité au moment des transitions à l’âge adulte. Elles affectent la socialisation primaire des jeunes qui l’expérimentent et pèsent sur leur capacité à être aidés. À partir de nombreux entretiens avec des jeunes, des professionnels du social et du médico-social, l’article analyse le parcours de jeunes en situation de précarité économique et sociale ayant connu des ruptures sociales et affectives durant l’enfance. Il montre qu’au-delà de ces expériences traumatiques, les systèmes de relations, et notamment la présence ou non de systèmes relationnels protecteurs au moment du passage à l’âge adulte, influent sur leurs modalités de recours à l’aide sociale, leurs relations avec les professionnels et la construction de leurs parcours.

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Virginie Muniglia [*]
Doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS, Centre Maurice Halbwachs-ERIS) et au CRAPE, elle est ingénieure d’étude à l’École des hautes études en santé publique (EHESP). Sa thèse porte sur le rapport au système d’aide des jeunes adultes sans soutien familial.
  • [*]
    Virginie Muniglia, doctorante en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS-Centre Maurice Halbwachs-ERIS) et ingénieure d’étude à l’EHESP.
Céline Rothé [**]
Ingénieure de recherche à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et chercheure au Centre de recherche sur l’action politique en Europe (CRAPE-UMR 6051). Sa thèse, soutenue en mars 2013, porte sur Les « jeunes en errance » : effets et usage d’une catégorie d’action publique.
  • [**]
    Céline Rothé, ingénieure de recherche à l’École des hautes études en santé publique (EHESP) et chercheure au CRAPE (UMR 6051).
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Mis en ligne sur Cairn.info le 31/07/2013
https://doi.org/10.3917/rfas.125.0076
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