CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1La sociologie économique a connu des changements considérables au cours des vingt-cinq dernières années. Partie à la fois d’une critique de, et d’un complément à l’économie néo-classique, c’est aujourd’hui une discipline riche et autonome qui a commencé à produire ou à incorporer de réelles alternatives à l’économie néo-classique. Ces changements ont profondément modifié ma propre attitude envers la sociologie économique et ma relation avec elle. L’histoire de cette relation est assez curieuse. Pendant longtemps j’ai travaillé sur différents processus économiques, j’ai écrit des livres sur l’invention de l’assurance vie, sur l’ « évaluation » de la valeur économique des enfants, sur les pratiques monétaires interpersonnelles, et plus récemment sur l’économie des relations sociales intimes. J’ai fait des incursions plus brèves sur des sujets qui font indiscutablement partie du domaine de l’économie, comme la consommation et le travail des enfants. Pourtant, pendant des années, personne, y compris moi-même, n’a appelé ce que je faisais « sociologie économique ».

2On suivra dans cet article l’évolution de cette discipline en étudiant particulièrement la façon dont elle aborde l’analyse de l’économie du care. Pendant de nombreuses années les sociologues économistes ont ignoré le care et le fait qu’il soit devenu un objet d’étude pour la sociologie économique est révélateur de la transformation du domaine.

3La sociologie économique, qui a pris de l’ampleur il y a 20 ou 25 ans aux États-Unis, était au départ très proche de l’économie néoclassique. Il s’agissait pour elle soit de transposer ses concepts à des sujets relevant habituellement de la sociologie, soit de mettre en évidence des contextes sociaux qui entravaient l’activité économique que l’on continuait de supposer se dérouler selon les préceptes de l’économie néo-classique. Il était alors question presque exclusivement d’entreprises et de marchés, sujets favoris des économistes. L’accent était donc mis sur ce qu’on peut appeler le point de vue de l’ « extension » et celui du « contexte ».

4Les théoriciens de l’« extension » appliquaient des modèles économiques relativement standard à des processus apparemment non économiques, comme les congrégations religieuses, le comportement des ménages, ou les équipes de sport professionnel. Les analystes du « contexte » s’intéressaient à des phénomènes économiques standard, comme les marchés du travail, les marchés des produits de base, ou les entreprises, en montrant comment l’organisation sociale comme contexte formatait les options des acteurs économiques. Les avocats du « contexte » parlaient d’encastrement du phénomène économique dans des processus sociaux, et faisaient souvent référence à des réseaux interpersonnels. Selon eux, la théorie économique était valide quand il s’agissait d’expliquer des phénomènes comme les négociations ou la fixation des prix. Simplement les économistes avaient négligé, à leurs yeux, l’importance du contexte culturel et social, par exemple les relations existant préalablement à l’échange entre les partenaires économiques potentiels.

5Au cours des 10 ou 15 dernières années, j’ai été étonnée de voir que j’étais devenue membre du Who’s who de la sociologie économique. Que s’était-il passé entre-temps ? C’est en partie parce que j’en avais appris davantage sur la diversité des travaux en cours en sociologie économique et que j’avais pris une part plus grande à un débat de plus en plus vif. Trois changements dans ma relation à la discipline ont été très importants :

  1. d’abord, les animateurs intellectuels de la sociologie économique aux États-Unis, comme Richard Swedberg, Harrison White et Neil Smelser, ont commencé à désigner mes propres travaux comme des exemples d’un nouveau courant à l’intérieur de la discipline ;
  2. ensuite je me suis mise à enseigner la « sociologie économique » à des groupes de plus en plus fournis d’étudiants, de premier comme de second cycle ;
  3. enfin, les deux premiers changements m’ont obligée à me confronter aux prémices majeures qui sont au fondement de la sociologie économique, plus directement que lorsque je me considérais avant tout comme une spécialiste de l’histoire et de la culture américaines.
Plutôt que de ne s’intéresser qu’aux entreprises et aux marchés, il me semblait que les spécialistes de sociologie économique, y compris moi-même, devaient s’intéresser à toutes les formes de production, consommation, distribution, et transferts de capitaux. Cette décision d’élargir le champ de la sociologie économique pose cependant un dilemme. Comment créer une sociologie économique dans laquelle le travail hors marché, dont le care, occupe une place entière, cohérente, et qui en même temps maintienne des connexions avec toutes les activités économiques, quel que soit le contexte, y compris celui des entreprises ? Aux États-Unis tout au moins, cette intégration n’a pas encore eu lieu.

6La sociologie économique n’est pas la seule à défier les approches standard des processus économiques. En même temps que des changements importants se produisaient en sociologie économique, des changements similaires avaient lieu ailleurs. Trois d’entre eux méritent une attention spéciale.

7Premièrement, au sein de l’économie elle-même, des courants comme l’économie comportementale, l’économie féministe, l’économie organisationnelle, l’économie institutionnelle, la dynamique des ménages, et plus récemment, la neuro-économie ont produit leurs propres critiques des modèles néoclassiques. Par exemple, les économistes eux-mêmes critiquent la notion de « comportement de ménage », réduite à la décision d’un seul agent. Toutes ces formes nouvelles d’économie ont commencé à proposer des visions alternatives des processus économiques, parmi lesquelles l’éventail des relations interpersonnelles auxquelles je m’étais intéressée pendant de nombreuses années. Quelque chose d’aussi simple que l’introduction de la théorie des jeux dans les modèles de négociation des ménages, par exemple, a substitué un ensemble d’interactions entre les joueurs aux choix préférentiels uniques des modèles antérieurs.

8Deuxièmement, en dehors de l’économie, les spécialistes du champ « droit et économie », les théoriciens des organisations, les spécialistes des inégalités, et les théoriciens du féminisme, ont contribué à la connaissance du fonctionnement réel des processus économiques et sociaux. Eux aussi ont mis l’accent sur le pouvoir, la négociation, et les transactions interpersonnelles.

9Troisièmement, aux frontières de l’économie et de la sociologie, plusieurs nouvelles disciplines hybrides ont émergé et proposé leurs propres versions des processus économiques, parmi lesquelles la « socio-économie », l’économie « communautarienne » et l’analyse des systèmes mondiaux, ainsi que l’« économie sociale et solidaire » française.

10En même temps, les spécialistes de sociologie économique ont non seulement vu leur nombre et leur confiance s’accroître, mais ils se sont aussi éloignés de plus en plus des points de vue de l’« extension » et du « contexte ». Ils ont peu à peu formulé une description et une explication sociales de l’activité économique véritablement concurrentes de celle de l’économie standard. Un mouvement parallèle puissant s’est produit dans les sciences sociales françaises [2]. Récusant toute division intrinsèque entre la sociologie et l’économie, par exemple, André Orléan (2005) a récemment lancé un appel vibrant pour ce que j’identifie ici à des visions alternatives de l’activité économique en général.

11Cette analyse alternative tente d’identifier les processus sociaux et les relations sociales au cœur même de l’activité économique, y compris sur le territoire sacré et inexploré jusqu’à présent des marchés eux-mêmes. Beaucoup de ces analystes se sont ralliés à la déclaration de Harrison White selon laquelle les marchés sont des créations profondément sociales plutôt que des arènes autonomes sur lesquelles les processus sociaux ne font qu’empiéter.

12De même que les économistes institutionnels, frappés par l’incapacité des marchés seuls à transformer les économies postsocialistes, ont commencé à représenter les activités économiques comme des processus sociaux, les sociologues économistes se sont aventurés au cœur même des entreprises, des marchés, des organisations, et des institutions financières.

13Au cours de ses dernières années, Pierre Bourdieu allait dans la même direction. Dans les Structures sociales de l’économie, il déclarait :

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Les stratégies qui visent à « corriger » les insuffisances ou les lacunes d’un paradigme sans jamais le remettre vraiment en question, Herbert Simon parlant de « rationalité limitée » ou Marc Granovetter réintroduisant les social networks, font penser aux constructions laborieuses par lesquelles Tycho-Brahé s’efforcait de sauver le modèle géocentrique de Ptolémée contre la révolution copernicienne.
[Bourdieu, 2000, p. 12, note 1]

15En général, les sociologues à la recherche d’une sociologie économique alternative critiquent l’idée d’encastrement, qui implique selon eux que les processus sociaux ne fournissent que le « contenant » de l’économie, tandis que le contenu resterait identifié par les systèmes rationnels d’échange de l’économie standard. Comme Isabelle This Saint-Jean le dit clairement dans un numéro récent de L’Année sociologique :

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En effet, lorsque les auteurs affirment que les « faits économiques » sont « encastrés » dans le social, dans le « politique », dans le « culturel » ou dans le « cognitif », ils supposent du même coup qu’il y a quelque chose que l’on peut identifier comme « économique » et que l’on peut distinguer du « social », du « politique », du « culturel », et du « cognitif »… D’une certaine manière, ils dessinent donc eux-mêmes la frontière qu’ils cherchent précisément à mettre en cause.
[This Saint-Jean, 2005]

1 – Les soins et le care

17L’étude du personal care en tant qu’activité économique illustre parfaitement l’évolution que je viens de décrire. Que faut-il entendre par care ? Les relations de care, selon moi, incluent toute attention personnelle soutenue et/ou intense ayant pour effet d’améliorer le bien-être de celle ou celui qui en est l’objet. On peut définir ainsi un éventail de ces « attentions personnelles soutenues et/ou intenses », avec à une extrémité le soin de la manucure dans une « onglerie » ou le bref conseil téléphonique sur une hotline d’aide psychologique et à l’autre les liens à l’échelle d’une vie entière entre une mère et sa fille, ou encore le dévouement d’un vieux serviteur.

18Les spécialistes du care ont produit un grand nombre de travaux de recherche, mais ces travaux sont restés pour l’essentiel à la marge de la sociologie économique proprement dite. Les spécialistes du care sont des critiques de la vision économique, mais ils ne contribuent pas encore véritablement à l’analyse économique elle-même.

19Je commencerai par évoquer une affaire judiciaire dramatique qui illustre bien le problème analytique, pour ensuite explorer certaines façons de le résoudre.

20Cette affaire concernait un conflit de 1980 relatif à des paiements de garde d’enfants. Cette année-là, la cour de District de Columbia traita le cas très contesté Lopez contre Rodriquez [3]. Tout avait commencé quatre ans plus tôt, quand Manuel et Mirtha Rodriquez, immigrants boliviens résidant dans la région de Washington D.C., sont allés rendre visite à ce qui était auparavant leur domicile, à Cochabamba, Bolivie. À Cochabamba, Gabina Camacho Lopez prenait alors soin des trois enfants des Rodriquez au domicile de leur grand-mère, la mère de M. Rodriquez. À la fin de leur visite, les Rodriquez ramenèrent Gabina et les enfants à Washington avec eux.

21En tant qu’immigrant illégal, connaissant mal l’anglais, Gabina s’est retrouvée séquestrée au domicile des Rodriquez. Pendant près de trois ans, Gabina a cuisiné, nettoyé et a pris soin des enfants Rodriquez. Pendant ces années, Gabina n’a jamais quitté seule le domicile des Rodriquez. Comme compensation, les Rodriquez lui ont fourni logement et repas, « divers vêtements et articles de toilette, des frais médicaux et un peu d’argent de poche ». Ils ont dit à Gabina qu’ils déposaient ses salaires à la banque. En 1979, après que les Rodriquez eurent refusé de donner l’argent que Gabina leur demandait, alors qu’ils l’empêchaient aussi de se faire des amis et d’aller à l’église, Gabina les assigna en justice. Elle réclama ses salaires dus non payés dans le cadre du « Fair Labor Standards Act ».

22Bien entendu, le cas Lopez soulève des questions de justice et d’exploitation. Mais la question primordiale dans cette affaire fut de savoir si Gabina remplissait les conditions requises pour être considérée comme employée dans le cadre du « Fair Labor Standards Act ». Les Rodriquez refusaient de la considérer comme leur employée. Les avocats de Lopez insistèrent, cependant, sur le fait qu’elle était précisément une employée sous-payée, exploitée. Ils soulignèrent que, sur leur déclaration de revenus de 1976, les Rodriquez avaient demandé un crédit pour garde d’enfants de 900 $ pour les services de Gabina.

23Les divers tribunaux impliqués attribuèrent finalement à Gabina un salaire minimum de 28 000 $ et un montant égal pour dommages plus frais de justice, moins le montant que les Rodriquez avaient réellement dépensé pour la chambre et la pension.

24Deux points ressortent de ce litige. Tout d’abord, personne n’a refusé d’admettre que Lopez avait fait du care pour les Rodriquez et leurs enfants, ou même qu’elle n’avait reçu qu’une maigre compensation monétaire pour ce care. La question était : quelle était sa relation avec la famille Rodriquez dans le cadre du care fourni ? En deuxième lieu, le tribunal a fait un choix essentiellement dichotomique : soit Gabina Lopez était une amie aidant la famille Rodriquez, faisant son travail gratuitement et recevant la considération habituelle due à un membre du ménage, soit elle était une employée dans le secteur du service commercial et, par conséquent, assujettie aux lois régissant les salaires et les relations entre employeur et employé. Les tribunaux ont accepté les arguments des avocats de Lopez selon lesquels la relation entre Gabina et les Rodriquez faisait partie de la seconde catégorie. Gabina et ses avocats ont gagné.

25Le cas Lopez ne représente qu’une version d’un ensemble de questions légales, morales, analytiques et de politique, nécessitant une réponse rapide :

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Premièrement, quelles sont les différentes définitions concurrentes de la relation entre les pourvoyeurs de care et les ménages pour lesquels ils travaillent ?
Deuxièmement, quelles obligations mutuelles découlent de la définition adoptée par les parties ?
Troisièmement, sur quels points de la relation les litiges et les confusions se produisent-ils régulièrement ?
Quatrièmement, jusqu’à quel point et comment l’introduction de règlements monétaires dans ces relations affecte-t-elle leur nature ?
Cinquièmement, comment pouvons-nous, en tant qu’analystes, expliquer le conflit et la confusion qui émergent si souvent des relations entre pourvoyeurs de care et les ménages pour lesquels ils travaillent, surtout quand il est question d’argent et que les enfants sont impliqués ?

27Nous reviendrons (cf. infra), sur ces problèmes de façon plus générale.

28Le problème de la compensation du care va, bien entendu, bien au-delà de la garde d’enfants comme dans l’affaire Lopez, et englobe plus généralement tous les travaux de care. Le care payé doit donc faire face aux mêmes difficultés et problèmes qui surviennent chaque fois qu’on essaie de penser les relations entre l’activité marchande et les obligations sociales. Beaucoup se demandent ce qui se produirait si le care payé se substituait à l’aide informelle. Son assujettissement aux calculs monétaires éliminerait-il de façon rationnelle son intimité essentielle ? La garde d’enfants payée est-elle généralement et nécessairement inférieure à la garde par des proches ? Quel type de paiement rend un care « supérieur » ? En tous cas, comment pouvons-nous faire une évaluation financière appropriée des contributions des pourvoyeurs de care ?

29On peut distinguer trois façons très différentes de penser ces problèmes. Nous pouvons les appeler Mondes hostiles, Marchés partout et Rapports bien assortis. Selon Mondes hostiles, l’argent ne peut que créer des problèmes lorsqu’on le mélange avec le care ; il faut donc les séparer autant que possible, surtout lorsque le care a lieu au sein des familles. Selon Marchés partout, au contraire, il suffit de regarder de plus près pour voir que les relations de care sont purement et simplement des formes spéciales de relations marchandes, et que le problème est avant tout de définir le juste prix. À l’un et à l’autre, Rapports bien assortis répond qu’il y a une interaction permanente entre le care et les considérations économiques, et que l’ensemble fonctionne uniquement lorsque les deux sont bien assortis. Par « bien assortis », je ne veux pas dire que vous et moi approuverions la négociation ou que l’assortiment est adéquat et juste. Je veux dire que l’assortiment est viable : l’aspect économique de la relation est accepté et il assure la continuité de la relation.

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Il y a quatre caractéristiques essentielles dans les Rapports bien assortis :
  1. les transactions économiques distinguent la relation d’autres relations avec lesquelles on pourrait la confondre, et ainsi endommager la relation elle-même, par exemple la confusion entre des dons monétaires à une sœur qui participe à la garde d’enfants et un salaire de professionnel de la garde d’enfants.
  2. les Rapports bien assortis sont comme une démonstration et une promulgation des accords entre les partenaires dans une relation : ils partagent une vision commune de ce qu’est cette relation, comme par exemple une vision commune entre des parents et une baby-sitter, concernant le travail que doit faire la baby-sitter en échange de son salaire horaire.
  3. les Rapports bien assortis renforcent les aspects de la relation qui bénéficient aux parties et assurent la continuité de la relation, par exemple dans le cas de relations à long terme par des contributions financières au bien-être économique futur de la gardienne qui favorise l’engagement et la confiance à long terme.
  4. les Rapports bien assortis, finalement, identifient la relation clairement vis-à-vis de tiers qui pourraient être concernés, par exemple ce que la rémunération d’un enfant donné pour ses services signifie aux yeux de ses frères et sœurs qui ne sont pas payés.
Pour reconnaître l’importance et la subtilité des Rapports bien assortis dans les relations de care, prenons l’exemple des nannies (« bonnes d’enfants »). Nanny, comme le terme plus austère de governess (« gouvernante »), est un mot britannique qui désigne une femme – presque toujours une femme – qui vit dans une famille et qui assume une responsabilité majeure de garde d’enfants. Les questions évoquées plus tôt sont soulevées à nouveau de façon encore plus pressante dans le cas des nannies. Quelle est la relation entre ce pourvoyeur de care et l’enfant, les adultes, et le ménage dans son ensemble ? S’agit-il d’un salarié dont les compensations sont peu élevées, mais à qui on fournit logement et repas, comme faisant partie de son salaire, ou bien est-elle un membre du ménage qui, comme les autres membres, a des responsabilités spéciales pour l’activité économique du ménage ? Ou bien est-ce encore autre chose ?

31On remarquera que beaucoup répondent à de telles questions avec des certitudes de type Mondes hostiles ; pour eux, les bonnes d’enfants doivent avant tout avoir des relations d’affect parfaites avec les enfants et les familles pour lesquelles elles travaillent, et mettre en sourdine autant que possible les considérations économiques. Dans leur livre à succès, The Nanny Diaries, Emma McLaughlin et Nicola Kraus montrent comment le point de vue des Mondes hostiles formate le travail, ce qu’illustre ce premier entretien :

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Ce qui se rapproche le plus de la possibilité que je pourrai vraiment le faire pour de l’argent est le sujet de mon expérience de baby-sitter, que je décris comme un hobby passionné, comme le serait l’élevage de chiens d’aveugle. Au fur et à mesure de la conversation, je deviens un expert en matière de développement des enfants – nous convainquant tous les deux de mon désir de satisfaire mon âme en élevant un enfant.
[McLaughlin et Kraus, 2002, p. 3]

33En réaction à la rhétorique de type Mondes hostiles, les partisans du réalisme répliquent avec le modèle Marchés partout : selon eux, la garde d’enfants n’est pas différente de toute autre transaction économique. Le travail de care fonctionne selon les mêmes principes que les transferts d’actions ou la vente de voitures d’occasion, et le monde ostensiblement séparé du care n’est qu’un cas particulier de rationalité économique.

34Cependant, si nous regardons de près les vies de travail des nannies, nous constatons rapidement que leurs relations avec les enfants et les parents ne ressemblent ni à de simples relations d’amour ni à des transactions marchandes ordinaires. La négociation de l’adéquation entre le travail, les relations interpersonnelles et les formes de compensation préoccupe ces employées, a un impact majeur sur la qualité du care qu’elles donnent, et détermine si elles gardent ou perdent leur travail.

35L’étude de Pierrette Hondagneu-Sotelo sur des bonnes immigrées d’Amérique latine à Los Angeles montre comment ces femmes et les ménages pour lesquels elles ont travaillé ont négocié des accords complexes et souvent tendus sur des questions comme le nombre d’heures de travail, les types de congé autorisé, le montant de la rémunération, la possibilité ou non de se servir sur les vivres du ménage, le lieu où elles dormiront, et plus généralement, sur la relation avec les autres membres du ménage.

36De toute évidence, les parties engagées dans ces contrats de travail exercent un pouvoir très inégal. Selon les résultats établis par Sotelo, les employeurs de bonnes de maison logées décident généralement des salaires en consultant leurs propres amis. Candace Ross, par exemple, raconte comment elle a décidé du salaire de sa première bonne logée :

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J’ai demandé [ce que les voisins payaient], et hum, j’ai trouvé une vraie fourchette, allant de 125 $ par semaine jusqu’à environ 200 $, c’est pourquoi, nous l’avons engagée à 150 $, ce qui était, à mon avis, un bon compromis.
[Sotelo, 2001, p. 82]

38Les parents qui paient le plus déclarent sentir une pression de la part de leurs voisins pour baisser les salaires versés. Tandis qu’ils utilisent leurs propres réseaux pour définir le prix pratiqué, les employeurs en général essaient d’empêcher leurs bonnes de consulter leurs consœurs travaillant chez les voisins. Sotelo a même rencontré des employeurs qui interdisaient à leurs bonnes de promener leurs enfants dans le parc, craignant que d’autres évoquent des salaires plus élevés et des opportunités plus intéressantes.

39Les négociations très inégales quant aux détails du travail de bonne se traduisent de façon récurrente par ce que Sotelo appelle des blowups : « des emplois qui se terminent sur une bonne engueulade ». Comme on peut s’y attendre, cependant, certaines bonnes et leurs employeurs développent des relations économiques plus équilibrées. Dans ses entrevues avec des parents de classe moyenne supérieure et leurs bonnes à Los Angeles et New York, Julia Wrigley a entendu des employeurs qui fournissaient une variété de services à leurs employées : prêts d’argent, règlement de factures médicales et dentaires, accompagnement chez leurs propres médecins, aide pour négocier avec des propriétaires ou des créanciers ou même pour faire sortir de prison un parent de l’employée.

40Les spécialistes français du care ont identifié des problèmes parallèles dans les relations entre les femmes de ménage et leurs employeurs. Liliane Bernardo, par exemple, met en évidence la coexistence, dans ces relations, de liens intimes avec les liens d’employeur à employée : « Elle est plus qu’une simple femme de ménage, » dit un employeur, « Je me sens chez moi ici. Les enfants de Mme Dubois, ce sont mes enfants aussi » raconte une employée. Bernardo parle de « double registre », leurs répondants déclarant parfois tout de go : « Je suis femme de ménage et, en même temps, je ne suis pas femme de ménage, » ou « Il y a Régine l’amie et Régine la femme de ménage » [Bernardo, 2003, p. 363].

41Les transactions économiques entre employeur et employé reflètent cette relation duelle : la même tâche, par exemple, aller chercher un enfant à l’école, pourrait être définie comme faisant partie du travail prévu de l’employée en échange de son salaire, ou bien comme une faveur faite à l’employeur, et donc comme une prestation dans une logique d’échange de dons. Comme un employeur explique :

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Ce sont des services qu’elle me rend dans ces cas-là. Et c’est Régine qui me les rend, parce qu’elle aime nous rendre service, mais ce n’est pas en tant que femme de ménage qu’elle nous les rend, c’est en tant qu’amie… On ne la paie pas, mais on lui donne des cadeaux dans ces cas-là. On ne va pas lui donner 100 francs mais une boîte de chocolats, ou des fleurs… Si je la payais, je l’humilierais. Elle n’accepterait pas d’argent de toute façon.
[Bernardo, 2003, p. 369]

43Ce type d’employeurs hésite donc entre Mondes hostiles et Marchés partout, sans réaliser la possibilité de Rapports bien assortis. Les Rapports bien assortis ne garantissent pas que tout va bien quand les bonnes d’enfants sont traitées généreusement. Au contraire, la relation entre les bonnes et leurs employeurs est tout aussi complexe que les relations entre époux, enfants, parents par alliance, ou amis : de mauvais assortiments et les transactions économiques qui y transitent portent préjudice aux relations, tandis que de bons assortiments facilitent les relations et ils se traduisent par une collaboration plus efficace.

2 – Vers une nouvelle économie du care

44Quelles sont les implications pratiques d’une telle approche ? Il s’agit d’observer quels ensembles de transactions économiques paraissent justes et non coercitifs, pour différents types de relations de care. L’objectif n’est donc pas d’éliminer l’intimité des questions économiques : le problème est de créer des combinaisons équitables. Il ne s’agit plus de se demander si l’argent corrompt ou non, mais plutôt d’analyser les combinaisons d’activités économiques et de relations de care qui donnent lieu à des situations plus heureuses, plus justes et plus productives. Ce n’est pas la combinaison elle-même qui doit nous intéresser, mais la façon dont elle fonctionne. Si nous établissons mal les connexions causales, nous occulterons l’origine des injustices, des dommages et des dangers.

45Bien entendu, d’autres spécialistes du care proposent des conclusions similaires à la nôtre. De plus en plus critique des réponses standards de type Mondes hostiles et Marchés partout, un groupe de penseurs féministes imaginatifs a développé une approche alternative tout à fait dans l’esprit des Rapports bien assortis. Ils identifient de multiples formes de connexion entre les relations intimes et les différentes sphères de la vie économique. En questionnant l’idéalisation du care non rémunéré, ces analystes mesurent les possibilités et explorent les pratiques actuelles où paiements et care coexistent de façon fructueuse. En l’occurrence, ils construisent une nouvelle économie du care.

46C’est ainsi que les économistes Nancy Folbre et Julie Nelson affirment :

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Le jugement a priori selon lequel les marchés doivent améliorer l’activité de care en augmentant l’efficacité est un frein plutôt qu’un encouragement à la recherche intelligente sur le thème. À l’inverse, le jugement a priori selon lequel les marchés ne peuvent que dégrader sérieusement les activités de care en remplaçant les motivations altruistes par les intérêts personnels constitue tout autant un frein à la recherche.

48Au lieu de cela, elles affirment : « l’imbrication de plus en plus fréquente de “l’amour” et de “l’argent” nous montre la nécessité – et l’opportunité – d’engager des recherches et des actions novatrices » [Folbre et Nelson, 2000, p. 123-124].

49Mettant l’accent sur le caractère très social et relationnel du marché de la garde d’enfants, Julie Nelson remarque également que les parents et les « nourrices » définissent rarement ce marché « comme un échange purement impersonnel d’argent contre des services (…) les parties concernées s’engagent dans des contacts personnels extensifs, des relations de confiance, des interactions interpersonnelles». Selon elle, « le spectre du marché corrupteur empêche de voir que les personnes – à l’image de beaucoup de gardiennes d’enfant – puissent faire le travail qu’elles aiment, parmi ceux qu’elles aiment, tout en étant payées en même temps » [Nelson, 1998, p. 1470]. Nelson insiste sur l’idée que « le care payé ne doit pas être traité comme étant de deuxième niveau d’un point de vue relationnel, d’une qualité relationnelle dégradée» (Ibid.).

50Plus récemment, dans la nouvelle édition du Handbook of Economic Sociology de Neil Smelser et Richard Swedberg, Paula England et Nancy Folbre reprochent à l’économie néoclassique comme à la sociologie économique leur tendance « à refuser d’étudier – comme « non économique » précisément – les domaines d’activité humaine où il est question de connexions émotionnelles, d’amour, d’altruisme, et d’engagements basés sur des normes. Les spécialistes de sociologie économique parlent beaucoup de réseaux et d’institutions, mais évitent eux aussi de considérer tout engagement et connexion émotionnels » [England et Folbre, 2005, p. 643]. Elles citent en exemple les activités de care :

51

L’étude émergente des activités de care montre qu’elles ne satisfont pas nombre d’hypothèses standard et qu’elles défient de nombreuses dichotomies. Elles semblent produire des externalités et des biens collectifs, et même les économistes admettent que de tels facteurs « balaient » leurs hypothèses habituelles sur l’efficacité des marchés.
[England et Folbre, 2005, p. 643]

52Les spécialistes français concluent dans le même sens. Isabelle Guérin a montré comment « l’économie solidaire » ouvre des possibilités pour que les efforts des femmes soient compensés équitablement. En mettant l’accent sur l’urgence en matière de politiques adéquates du care, Florence Weber déclare, quant à elle :

53

Cessons de croire automatiques les sentiments et les obligations liés à la parenté. Luttons pour professionnaliser les emplois dans le secteur du care, pour rapprocher les conditions de travail à domicile et dans les institutions, sans pour autant supprimer le confort, pour le dépendant et sa maisonnée, liés à la prise en charge à domicile.
[Weber, 2005, p. 258]

54De plus, ces critiques remarquent que les hypothèses des Mondes hostiles qui considèrent l’amour et le care comme dégradés par la monétisation peuvent en réalité être à la base de politiques injustes et la cause de discrimination économique à l’encontre de ces activités présumées intangibles du secteur du care ; par exemple :

  • refus de considérer certains travaux de ménage comme devant être rémunérés
  • manque de sécurité économique pour des activités de care non payées
  • salaires peu élevés pour certains travaux de care comme les bonnes d’enfants ou les aides-soignantes à domicile
  • refus de l’assistance sociale à des mères non mariées, sous prétexte que cela les incite à la dépendance
  • résistance à la rémunération de parents pour des travaux de care.
Que l’on pense à l’impact douloureux sur les mères d’enfants malades chroniques, de la réforme américaine de l’assistance sociale de 1996 qui introduit des exigences de travail strictes pour les récipiendaires. Selon une étude détaillée, ces femmes se sont trouvées face à un dilemme terrible : si elles travaillaient, leurs enfants malades n’avaient plus les soins appropriés, mais si elles s’arrêtaient de travailler pour soigner leurs enfants, elles perdaient leurs allocations d’aide sociale. Pour augmenter les difficultés, peu d’établissements américains de garde d’enfants sont préparés à recevoir ces enfants. Une douzaine d’organisations médicales concernées ont proposé une solution : changer la politique d’aide sociale pour que la garde d’enfants malades soit considérée comme un travail, permettant ainsi à des mères de satisfaire l’exigence de travail. Mais leur proposition a été refusée. Au contraire, le gouvernement Bush a demandé que l’on augmente les exigences de travail [Chavkin 2006 ; « Doctors Speak Out », 2006].

55Le care payé étant maintenant devenu légitime socialement et moralement, les féministes ne défendent plus la nécessité de la rémunération des travaux de care, elles mettent désormais l’accent sur le montant et la forme du paiement et sur l’étude des relations réelles de care payé. Le problème n’est pas, disent-elles, que de l’argent soit impliqué, il est de déterminer le type de système de paiement utilisé pour la relation de care. Pour sortir les activités de care de leur ghetto de marginalité économique, elles établissent avec force leur signification économique fondamentale et leur contenu économique varié.

56Au-delà d’un accord global sur le fait que les travaux de care sont actuellement sous-payés et sous-évalués, nous devons comprendre que les formes et les conditions mêmes de paiement importent. Un paiement journalier en liquide implique une relation très différente d’un règlement par chèque mensuel. Accorder de l’importance à la forme même de paiement n’a rien de trivial. Nous avons de nombreuses preuves attestant combien la forme de compensation importe, y compris pour les dirigeants de grandes entreprises, qui reçoivent communément tout un éventail d’avantages en nature en plus de paiements purement monétaires. Ôtez la voiture de fonction, les toilettes réservées à la direction, ou les voyages de prestige, et vous diminuez en partie ce qui distingue un PDG des autres. Les mêmes principes s’appliquent aux associations entre enfants, pourvoyeurs de care, et leur compensation.

57L’étude du care soulève donc des questions bien plus générales à propos de l’analyse proprement dite des relations intimes dans les processus économiques. Nous n’irons jamais très loin tant que l’ombre des Mondes hostiles et des Marchés partout assombrira l’analyse. Les variétés « extension » et « contexte » de la sociologie économique ne résolvent pas le problème non plus. Comme de récents travaux français le confirment, seule une analyse alternative entièrement sociale des processus d’intimité et d’économie nous mènera là où il faut aller.

Notes

  • [1]
    J’ai utilisé des passages de l’ouvrage Purchase of Intimacy (Princeton University Press, 2005), et de « Pasts and Futures of Economic Sociology. » American Behavioral Scientist, 2007, 50(8), p. 1056-1069. Cet article est adapté d’une communication présentée au colloque sur la sociologie économique du care, Centre de recherche interdisciplinaire pour la sociologie économique (LISE-CNRS), Paris, 8 juin 2006.
  • [2]
    Consultez par exemple L’argent en famille, 2005, ainsi que [Boltanski et Chiapello, 1999 ; Caillé, 1994 ; Callon, 1998 ; Convert et Heilbron, 2004, Cusin et Benamouzig, 2004 ; De La Pradelle, 1996 ; Dufy et Weber, 2007 ; Gislain et Steiner, 1995 ; Guérin, 2003 ; Hassoun, 2005 ; Lebaron, 2000 ; This Saint-Jean et Steiner, 2005 ; Sciardet, 2003 ; Servet, 1999 ; Servet et Guérin, 2002 ; Steiner 1999, 2003 ; Weber, Gojard et Gramain. 2003 ; Weber, 2005 ; Wacquant, 2002].
  • [3]
    Lopez v. Rodriquez ; 500 F. Supp. 79 ; 1980 U.S. Dist. LEXIS 14841 ; 215 U.S. App. D.C. 344 ; 668 F. 2d. 1376 ; 1981 U.S. App. LEXIS 15854.
Français

Résumé

Au cours des dernières décennies, aux États-Unis comme en Europe, la sociologie économique est passée d’une attention exclusive aux firmes, aux marchés et à leur théorisation par la science économique à des approches plus larges et plus créatives des relations interpersonnelles et de l’activité économique dans un grand nombre de domaines. L’étude du care, gratuit ou rémunéré, illustre bien ces tendances nouvelles.

Mots-clés

  • care
  • compensation
  • immigration
  • sociologie économique
  • soins personnels

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Viviana A. Zelizer
Princeton University
Cette publication est la plus récente de l'auteur sur Cairn.info.
Mis en ligne sur Cairn.info le 09/10/2008
https://doi.org/10.3917/rfse.002.0013
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