CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Les points forts

  • L’étude montre que, contrairement à une idée reçue, l’entrepreneuriat n’a été inclus dans les programmes d’enseignement de la plus ancienne école de commerce du monde, ESCP, que très récemment, à partir des années 1970.
  • L’article identifie les raisons qui ont conduit à cette évolution, notamment les conditions économiques externes, véhiculées par les demandes des anciens élèves et, en interne, la communication de l’école lors de la célébration de son 175e anniversaire.
  • Dans ce cadre, ESCP a développé un mythe construit sur la figure de l’économiste Jean-Baptiste Say ; ce qui a eu pour effet d’activer un double processus de légitimation entrepreneuriale et de génération d’une offre de formations en entrepreneuriat.

1Les écoles de commerce mettent régulièrement en avant leurs formations en entrepreneuriat. Il s’agit d’une réponse éducative à la demande des étudiants, de plus en plus nombreux, désireux de poursuivre une carrière entrepreneuriale après l’école. Selon plusieurs enquêtes, en France, un jeune sur deux souhaite ainsi créer son entreprise [1]. Encore plus révélateur : parmi les créateurs d’entreprises, 90 % ont moins de 30 ans et, pour 54 % d’entre eux, ils ont un niveau de formation de niveau Bac+5 [2].

2Stimulées par ce besoin du marché, les écoles de commerce proposent des programmes dédiés à la formation des entrepreneurs. De fait, une grande partie d’entre elles affirment souvent que la formation des entrepreneurs a été, historiquement, au cœur de leurs préoccupations éducatives. Certaines écoles prétendent même former des entrepreneurs depuis le dix-neuvième siècle, comme le déclare, par exemple, la Wharton Business School [3].

3Force est de constater pourtant qu’il existe encore trop peu de recherches sur la réalité de ces allégations ainsi que sur l’importance donnée à l’orientation entrepreneuriale et à la formation des entrepreneurs dans les écoles de commerce. En outre, très rares sont encore les recherches qui adoptent une perspective historique pour identifier les forces et les acteurs qui jouent un rôle dans le développement de l’enseignement en entrepreneuriat dans l’offre de formation des écoles de commerce.

4Nous saisissons ici cette opportunité en nous intéressant à l’évolution des programmes éducatifs en matière d’entrepreneuriat au sein d’une école de commerce sur la très longue durée. Pour ce faire, nous passons en revue l’histoire de la doyenne mondiale des écoles de commerce, l’école ESCP, ouverte en 1819. Cette école a été très influente lors de l’ouverture d’autres écoles de commerce en France mais aussi dans d’autres pays [4]. L’histoire de cette école en fait un cas d’étude particulièrement éclairant car susceptible de nous livrer une perspective longitudinale sur l’émergence des formations en entrepreneuriat.

L’ESCP : une aventure entrepreneuriale en elle-même !

5L’École Spéciale de Commerce et d’Industrie (aujourd’hui dénommée ESCP) ouvre ses portes à Paris le 30 octobre 1819. Cet établissement est fondé par deux négociants, Germain Legret et Amédée Brodart (voir encadré).

Les fondateurs

Germain Legret est né en 1752 en Seine-et-Marne. Il travaille pour l’armée française et devient négociant à la fin des années 1790. En 1798, il est initié à la franc-maçonnerie à Bruxelles à la Loge des « Amis Philanthropes ». Avec son collègue belge Van Acker, il ouvre une première école : l’Académie de Commerce de Paris en 1815 qui forme de jeunes garçons âgés de 11 ans révolus aux opérations du commerce. Toutefois, cette première école de commerce est éphémère et ferme ses portes au début de l’année 1818. Ce premier échec ne décourage par Germain Legret qui ouvre une deuxième école de commerce parisienne dont l’existence est encore plus éphémère car elle ferme ses portes fin 1818. Ces échecs successifs ne le dissuadent pas de renouveler l’essai une troisième fois, quelques mois plus tard, avec un nouvel acolyte, Amédée Brodart.
Amédée Brodart, né en 1789, est entré à l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr en 1807. Il participe aux guerres napoléoniennes et, en particulier, aux guerres d’Espagne pendant les années 1809-1811. Blessé d’un coup de feu à Albufera en 1811, il est fait prisonnier par les Anglais. Sa blessure ne guérit pas et Amédée Brodart est amputé de la jambe droite, à 22 ans. Après treize mois de captivité, il rentre en France. Son amputation ne lui permet plus de livrer bataille et il est mis à la retraite. Napoléon Ier le nomme chevalier de la Légion d’honneur en 1813. Après une carrière militaire brisée nette pour infirmité et une carrière administrative également interrompue de manière anticipée pour raisons politiques, il semble qu’Amédée Brodart se soit tourné vers le négoce du textile grâce auquel il aurait fait la connaissance de Germain Legret.

6L’action de ces deux hommes est guidée par les conseils de Vital Roux, l’un des auteurs du Code de Commerce en 1807, qui est favorable à l’enseignement commercial en France. Le constat des fondateurs est le suivant : l’instruction commerciale est délaissée alors même que l’industrialisation du pays exige une main-d’œuvre qualifiée pour la servir. En effet, les quelques écoles de commerce qui existent alors en Europe sont ouvertes à de très jeunes garçons. Tel est le cas, par exemple, de l’École de Commerce de Saint-Pétersbourg créée en 1772 ou de celle de Moscou, ouverte en 1804 [5]. En outre, plusieurs écoles d’ingénieurs proposent aussi, depuis le début du XIXe siècle, une formation commerciale dédiée aux élèves ayant achevé leur formation secondaire ; à l’instar de l’École Polytechnique de Prague depuis 1806 ou de l’École Polytechnique de Vienne depuis 1815. Cependant ces établissements offrent une formation commerciale qui, quoique très dense, est brève puisqu’elle ne dépasse pas un an [6].

7De ce fait, Germain Legret et Amédée Brodart conçoivent le plan d’une école de commerce accueillant de jeunes gens ayant achevé leur scolarité secondaire et prêts à consacrer deux à trois années pleines à l’enseignement commercial, en compagnie d’élèves internationaux. Ils créent ainsi en 1819, sur leur fortune personnelle, l’École Spéciale de Commerce et d’Industrie dont l’intitulé révèle bien l’ambition : il s’agit de préparer les jeunes gens au commerce et à l’industrie – dans le secteur civil – à une époque où aucune formation de niveau supérieur n’existe encore dans ces domaines en France.

8Les débuts de l’école sont modestes : Germain Legret héberge l’école à son domicile parisien, en octobre et novembre 1819. Elle s’installe officiellement le 1er décembre 1819 dans les locaux de l’Hôtel des Fermes où 60 élèves de sexe masculin suivent les cours. Dès l’année suivante, la nouvelle école emménage dans le prestigieux Hôtel de Sully, suffisamment vaste pour y accueillir 250 élèves ; un niveau que l’établissement n’atteindra que 80 ans plus tard ! Manifestement, les fondateurs de l’école voient grand et espèrent que leur école va s’engager rapidement dans la voie de la croissance. Cette situation procède bien du fonctionnement mental des entrepreneurs qui agissent parfois avec des biais de perception (surestimation des bénéfices, sous-estimation des risques et du temps nécessaire pour développer l’activité) [7].

Une entreprise familiale gérée par des entrepreneurs (1830-1869)

9En 1830, le destin de l’école croise celui d’un homme exceptionnel qui va lui imprimer une orientation académique déterminante pour son avenir : Adolphe Blanqui. Économiste, ce dernier est aussi un disciple de Jean-Baptiste Say. C’est par esprit d’entreprendre qu’Adolphe Blanqui décide d’acheter, puis de diriger l’école, à une époque où celle-ci était sur le point de fermer ses portes [8]. L’esprit d’entreprendre témoigne de la capacité à passer des idées aux actes, à prendre des risques et à saisir les occasions pour créer du changement [9]. L’école lui paraissait utile socialement car l’enseignement du commerce au niveau post-secondaire répondait à un besoin insatisfait à l’époque en France et dans bon nombre de pays étrangers. En outre, l’école s’était constituée une clientèle et un comité de patronage prestigieux : elle offrait, de ce fait, un fort potentiel de développement qu’il convenait d’exploiter.

10En revanche, la situation financière de l’école oblige Adolphe Blanqui à mettre en œuvre une politique de réduction des coûts fixes, et il recrute certains des enseignants de l’école dans son réseau social immédiat et notamment parmi les élèves de l’école. Joseph Garnier, est ainsi le premier élève de l’école – promotion 1832 – à être embauché à la sortie de ses études pour travailler comme répétiteur puis enseignant. Finalement c’est en 1852, après avoir identifié son ami Guillaume Gervais comme potentiel successeur, qu’Adolphe Blanqui transforme l’école en société civile et la rebaptise « École Supérieure de Commerce ».

11Malade, il décède prématurément à l’âge de 55 ans, en janvier 1854. Il laisse une succession d’environ 60 000 francs mais chargée de plus de 180 000 francs de dettes. La direction de l’école est alors transférée à son ami Guillaume Gervais qui dissout la société civile et retransforme l’école en bien propre. Son décès en décembre 1867 ouvre une nouvelle période de crise pour l’école qui devient la propriété de Jane Blanqui, fille cadette d’Adolphe. Cette dernière est tout juste âgée de 17 ans : elle est mineure juridique et sans expérience aucune dans la gestion de l’entreprise. C’est pourquoi elle décide de négocier avec la Chambre de Commerce de Paris qui, le 18 février 1869, achète l’école. Officiellement, c’est donc la fin de l’entreprise familiale Blanqui. L’école devient un service consulaire dépourvu de personnalité juridique et ses directeurs deviennent des salariés de la Chambre qui les charge de mettre en œuvre les orientations stratégiques prises par ses élus. En perdant leur indépendance – qui constitue l’une des motivations majeures des entrepreneurs [10] – les acteurs de l’école ont perdu l’esprit d’entreprendre qui les avait animés depuis 1819. L’école devient alors une bureaucratie jusqu’à la fin du XXe siècle.

L’enseignement en entrepreneuriat peu présent dans les écoles de commerce au XIXe siècle

12L’analyse des différentes sources révèle qu’il n’existe à l’école aucune tradition continue d’enseignement entrepreneurial depuis 1819.

Méthodologie

Pour analyser l’histoire de l’enseignement en entrepreneuriat à l’ESCP nous avons consulté plus de 300 documents d’archives ont été étudiés couvrant la période 1819-2019 : programmes de cours de l’école, prospectus commerciaux, comptes rendus des audits menés par les représentants des différents ministères ainsi que les rapports d’accréditation EQUIS et AACSB. Ces archives ont été consultées à l’école ainsi qu’à la Chambre de commerce et d’industrie de région Paris - Île-de-France. Les sept anciens directeurs généraux de l’école encore en vie ainsi que son directeur actuel ont également été interrogés. Tous ces éléments collectés ont permis d’élaborer une chronologie de l’histoire de l’enseignement en entrepreneuriat à l’ESCP. Les entretiens, dont les échanges ont été triangulés avec les archives papiers, ont en outre permis d’accéder à la perception par ses dirigeants du positionnement entrepreneurial de l’école depuis les années 1970.

13Pendant tout le XIXe siècle et la majeure partie du XXe, l’ESCP formait principalement des comptables et des négociants. Le cours d’« économie politique », considéré au XIXe siècle comme le promoteur de l’enseignement entrepreneurial [11] est dispensé de manière discontinue par l’école. Absent du programme avant 1826, il est certes introduit à cette date et pris en charge par Adolphe Blanqui, mais il disparaît du catalogue des cours dans les années 1850 et 1860 avant de réapparaître timidement en 1870 avec un volume horaire restreint à une heure et demie par semaine, pour les élèves de dernière année seulement. À partir des années 1880, ce cours entrepreneurial disparaît définitivement. Cette disparition s’explique par deux raisons.

14La première tient au fait que l’économie politique était un enseignement qui faisait débat à l’époque. L’essor, au milieu du XIXe siècle, des théories communistes et socialistes a mené la direction de l’école à désinvestir le champ des enseignements trop théoriques. En outre, au niveau des mentalités, la figure de l’entrepreneur était loin d’être aussi socialement valorisée alors qu’elle ne l’est aujourd’hui : « Dès sa naissance, l’entrepreneuriat en industrie sera perçu en France comme un ‘déclassement’, par rapport aux situations sociales réputées ‘mieux vues’, telles que maître artisan, négociant, propriétaire foncier, voire laboureur, etc. » [12].

15La seconde raison est politique, car le gouvernement impérial s’est montré hostile à l’enseignement de l’économie politique qui était généralement l’occasion pour le professeur de critiquer le pouvoir en place. Le caractère polémique de cet enseignement au XIXe siècle ne concerne d’ailleurs pas que l’ESCP. À HEC Paris, cet enseignement a été institué dès l’ouverture de l’école en 1881 mais a été supprimé pour des raisons identiques dès 1883 [13].

16En somme, pendant tout le XIXe siècle et la majeure partie du XXe, former des entrepreneurs n’entrait pas dans le périmètre d’action de l’ESCP. Culturellement, en effet, l’école était orientée sur les besoins du marché et, à l’époque, ce dernier ne valorisait pas la figure de l’entrepreneur [14]. En outre, en France, les créateurs d’entreprises étaient alors majoritairement formés dans les écoles d’ingénieurs et non dans les écoles de commerce qui avaient vocation à former les personnels puis les cadres des entreprises. Cette situation s’explique parce que l’entrepreneuriat était initialement axé sur la création de produits ou de services de nature industrielle et en lien avec des pratiques technologiques et non pas managériales.

L’enseignement en entrepreneuriat effectif seulement à partir des années 1970

17Ce n’est qu’à partir des années 1970 que la création d’entreprise s’impose en France comme une préoccupation publique de premier plan, contribuant puissamment au développement économique [15]. Si HEC Paris est l’une des premières écoles de commerce à créer, dès cette époque, un programme dédié à la formation des entrepreneurs – via la majeure « Entrepreneurs » ouverte en 1978 –, elle est rapidement suivie en 1984 par l’École Supérieure de Commerce de Lyon – via le « Centre des Entrepreneurs » – puis par l’École Supérieure de Commerce de Nantes qui lance à la fin des années 1980 une campagne de publicité sur le thème « notre métier : former des décideurs, des dirigeants et des entrepreneurs capables de vivre des environnements complexes » [16].

18L’ESCP s’inscrit également dans ce mouvement après avoir recouvré en 1969 son autonomie stratégique vis-à-vis du Ministère de l’Éducation Nationale. Dès 1974, elle crée ainsi un cours optionnel accessible en deuxième et en troisième année de « Management et développement des organisations » axé sur la création d’entreprises. Ce cours a été demandé par les anciens élèves qui se sont alarmés en constatant que certaines écoles concurrentes instauraient des cours pour créer des entreprises. Le cours de « Management et développement des organisations » se transforme à la fin de la décennie en spécialisation à part entière, accessible uniquement en dernière année, mais il ne remporte pas un grand succès. Comme l’explique à l’époque un professeur de l’école : « [dans les années 1980], il n’était pas encore question de développement du marché, de golden boys ou de carrières en fusions-acquisitions. Les étudiants étaient tentés par la gestion publique, l’administration […]. Mais ils ne sont ni créateurs ni repreneurs de société » [17].

19De fait, il faut attendre la crise économique des années 1990 pour que l’enseignement en entrepreneuriat prenne racine à l’école. Les étudiants, éprouvant davantage de difficultés pour être recrutés dans les grands groupes, ont commencé à envisager sérieusement de créer leurs propres entreprises. Ce n’est qu’en 1998 qu’est créé le premier programme entièrement voué à l’entrepreneuriat : le mastère spécialisé « Innover et Entreprendre » qui, à ce jour, compte plus de 500 diplômés et a abouti à la création de 71 start-up. Le premier incubateur de l’école (Yellow Factory) a, de même, été créé en 2003 tandis qu’une chaire dédiée à l’entrepreneuriat est créée en 2007 avec le soutien financier d’Ernst et Young. Enfin en 2017, deux options « entrepreneurship » sont ouvertes sur les campus de Berlin et de Madrid, parmi de nombreuses autres mesures impactant aussi bien les activités de l’école (enseignement et recherche) que ses ressources ou sa communication (voir le tableau 1 ci-dessus)

Tableau 1

Évolution de la place de l’entrepreneuriat dans les activités, les ressources et la communication de l’ESCP de 1819 à 2019

Tableau 1
De 1819 aux années 1880 Des années 1970 à 2019 Enseignements • Assistance des élèves de l’école aux cours de Jean-Baptiste Say au CNAM (1823-1824) • Ouverture du cours d’économie politique à l’école (1826) • Suppression du cours d’économie politique (1853) • Réintroduction du cours d’économie politique (1870) • Suppression du cours d’économie politique (1883) • Ouverture d’un cours dédié à la création d’entreprises (1974) • Ouverture d’une option « Entrepreneuriat » en 3e année (1981) • Ouverture du MS « Innover et Entreprendre » (1998) • Ouverture d’un séminaire en exécutive éducation sur l’entrepreneuriat (2004) • Ouverture de l’option « Entrepreneuriat » sur les campus de Berlin et Madrid (2017) • Ouverture du MSc in « Entrepreneurship and sustainable Innovation » (2018) Recherches • Ouverture d’un centre de recherches sur la création d’entreprises (1983) • Ouverture d’une chaire dédiée à l’entrepreneuriat (2007) • Création d’un observatoire sur la création des entreprises sur le campus de Turin (2008) • Publication du baromètre des entrepreneurs en France (2009) Ressources • Partenariat avec le CNAM autorisant les élèves de l’école à suivre les cours de Jean-Baptiste Say (1823-1824) • 1 professeur engagé dans l’enseignement de l’économie politique (1826-1853) • 1 professeur engagé dans l’enseignement de l’économie politique (1870-1883) • Première embauche d’un professeur dédié à l’entrepreneuriat (1974) • Ouverture d’un incubateur « Yellow Factory » (2003) • Ouverture d’un pré-incubateur « Blue Factory » (2009) • Création de l’association étudiante « Incube inside » aidant les étudiants à développer leurs projets d’entreprises (2009) • Signature de partenariats avec des écoles d’ingénieurs (École Centrale Paris et École des Ponts Paristech) pour donner les cours en entrepreneuriat aux élèves de l’école (2010) • 34 professeurs engagés dans l’enseignement et la recherche en entrepreneuriat (2011) Communications • Description de la mission de l’école comme devant former «une élite de négociants, comptables et chefs de services» dans les brochures publicitaires de l’école (1819-1880) • Célébration des 175 ans de l’école autour du slogan « ESCP, école fondée par des entrepreneurs, pour des entrepreneurs » (1994) • Mention de Jean-Baptiste Say comme « créateur de l’école » sur le premier site Internet de l’école (1997) • Renommage de l’amphithéâtre 2 du campus de Paris en amphithéâtre « Jean-Baptiste Say » (2000) • Création du Prix « Innover et Entreprendre » remis annuellement au meilleur projet de création d’entreprise élaboré par un étudiant de l’école (2005) • Création du « Prix du meilleur Business Plan de France » (2008) • Création de la « Fête annuelle de l’Entrepreneur » (2009) • Création du « Festival de l’Entrepreneuriat » sur le campus de Paris (2013) • Renommage de la chaire de l’entrepreneuriat en « Institut Jean-Baptiste Say » (2017) • Utilisation de la figure de Jean-Baptiste Say sur le logo du bicentenaire de l’école (2018)

Évolution de la place de l’entrepreneuriat dans les activités, les ressources et la communication de l’ESCP de 1819 à 2019

Le mythe d’une école nativement tournée vers l’entrepreneuriat

20L’émergence d’un mythe organisationnel faisant de l’ESCP une école « créée par et pour des entrepreneurs » depuis 1819 est relativement récente dans l’histoire de l’établissement : elle peut être datée de 1994, année de la célébration du 175e anniversaire de l’établissement. C’est à cette occasion que la direction de l’école a coordonné toute une campagne de communication célébrant une « École fondée par des entrepreneurs et pour des entrepreneurs » [18]. Ce mythe s’est rapidement diffusé par la suite, au point d’être très régulièrement mis en avant par l’école dans tous ses supports de communication institutionnelle. Comme l’affirme, par exemple, l’administration de l’école dans un communiqué de presse en 2013 : « De Jean-Baptiste Say à l’origine de l’école, qui a inventé et conceptualisé le terme d’entrepreneur, à la chaire entrepreneuriat Ernst and Young et l’incubateur d’entreprise, ESCP Europe a toujours été précurseur et leader dans le domaine ». Avec le temps, cette allégation a acquis la valeur d’un avantage concurrentiel susceptible de différencier l’école de ses concurrentes.

Pourquoi un mythe autour de la figure de Jean-Baptiste Say ?

21L’émergence du mythe organisationnel faisant de Jean-Baptiste Say le fondateur de l’école n’est pas anodine. Ce mythe apparaît à la fin du XXe siècle comme une réponse à une double injonction nécessitant le renouvellement de l’identité organisationnelle de l’ESCP. D’une part, l’administration de l’école était à la recherche d’une figure emblématique susceptible, à l’occasion de son 175e anniversaire, de décrire son histoire et d’accompagner son évolution vers l’avenir. De l’autre, les anciens élèves, constatant les évolutions des écoles concurrentes, étaient en attente de l’introduction par l’école de programmes de formation en entrepreneuriat.

22Certes, les anciens élèves ne demandaient pas tant cette nouvelle orientation stratégique pour profiter eux-mêmes de cours en entrepreneuriat dispensés par leur ancienne école que pour renforcer la marque et la réputation de cette dernière. Veiller au maintien de la compétitivité de leur « alma mater » est, en effet, une tâche traditionnelle des associations d’anciens élèves. Car la bonne réputation de l’école est une assurance pour l’employabilité et la progression de carrière des diplômés. En outre, le soutien des anciens élèves est nécessaire au dynamisme de l’école : ce sont eux qui offrent, pour partie, des opportunités professionnelles pour les étudiants (stages, recrutement, partages d’expériences), des sources de financements (personnelles ou via les entreprises qui les emploie) et enfin, un potentiel rayonnement médiatique par les postes prestigieux qu’ils peuvent occuper.

23Pour satisfaire ces deux requêtes, la direction de l’école a retenu la figure de Jean-Baptiste Say, construisant ainsi un mythe organisationnel. Dans le domaine de l’enseignement supérieur, le mythe organisationnel a pour finalité de renforcer le sentiment d’adhésion que l’école génère (avec les anciens élèves notamment), de légitimer les valeurs sociales qu’elle représente et enfin, de fournir des rituels permettant de pérenniser, auprès de ses parties prenantes, le sentiment d’appartenance. [19]

24Dans le même temps, les préparatifs du 175e anniversaire de l’école exigeaient l’élaboration d’un positionnement approprié aux exigences des temps présents mais aussi suffisamment distinctif pour être représentatif de l’identité fondamentale – passée, présente et future – de l’école. L’administration aurait sans doute pu s’inspirer de l’histoire même de l’école comme « aventure entrepreneuriale » ; sans pour autant faire intervenir une figure comme celle de Jean-Baptiste Say. Néanmoins, la mise en récit de l’histoire de l’école dans un sens entrepreneurial était confrontée à des difficultés d’ordre pratique : l’histoire de l’école était très imparfaitement connue à l’époque, et il n’était pas certain que la grille de lecture entrepreneuriale puisse être utilisée en continu sur près de deux siècles pour décrire l’évolution de l’ESCP. Cela aurait impliqué également de revenir sur des moments de crise, d’échecs, et d’héritages familiaux douloureux. Autant de thématiques sensibles qu’il n’était pas aisé d’aborder dans le cadre d’un jubilé.

25En revanche, la figure de Jean-Baptiste Say offrait des atouts indéniables pour construire le positionnement entrepreneurial de l’école. Soutien de l’école dès ses premières années, Jean-Baptiste Say avait joué un rôle certain dans sa croissance malgré un contexte historique difficile, même s’il est vrai qu’il ne fut pas son réel fondateur. Sa figure représentait bien les valeurs de l’école et notamment sa double orientation à la fois scientifique et entrepreneuriale (voir encadré). Enfin, recourir à la figure de Jean-Baptiste Say présentait l’avantage d’éviter une mise en récit de toute la genèse et évolution historique de l’école, avec ce que cet exercice aurait supposé de mise en lumière de périodes mal connues, troublées. De ce fait, Jean-Baptiste Say apparaît bien comme un exemple parfait de symbolisme organisationnel : il est appréhendé comme un dispositif narratif que les membres de l’organisation « utilisent pour révéler ou rendre compréhensibles les sentiments, les images et les valeurs inconscients et inhérents à l’organisation » [20].

Qui était Jean-Baptiste Say ?

Jean-Baptiste Say a été entrepreneur d’abord par ses écrits. Il a produit une théorie générale de l’entrepreneur de marché, théorie au sein de laquelle l’innovation tient une place centrale. Son œuvre maîtresse, le Traité d’économie politique, qui ne connut pas moins de six éditions entre 1803 et 1841, est considérée comme fondatrice de la théorie de l’entrepreneuriat dans la mesure où Say y démontre la nécessité – contrairement à Adam Smith et à David Ricardo – de distinguer l’entrepreneur du capitaliste. Originaire d’une famille de négociants et d’entrepreneurs, principalement orientés vers les activités bancaires, Say est lui-même devenu entrepreneur : il est à l’origine de la création de la revue La Décade, publication portant sur l’économie politique, mais aussi d’une imprimerie puis d’une filature de coton dans le Pas-de-Calais.

26La mobilisation de la figure de Jean-Baptiste Say (voir l’image 1 ci-contre) est aussi bénéfique pour l’école dans la mesure où elle permet de donner une origine à l’esprit entrepreneurial des programmes de l’école. Le mythe se décline alors de manière multiple, par exemple par le renommage de l’un des principaux amphithéâtres de l’école en l’honneur de Jean-Baptiste Say en l’an 2000, par la création de nouveaux programmes, par l’investissement dans des chaires et des programmes de recherche, ainsi que par le renforcement de la pédagogie entrepreneuriale et les divers moyens d’accompagnement que sont les incubateurs ou les dispositifs de mentorat (voir le tableau 1).

27Le mythe est profondément diffusé et ancré au sein de la communauté ESCP. Les sept directeurs et anciens directeurs qui ont administré l’école entre 1974 et aujourd’hui et que nous avons interrogés, ont ainsi spontanément désigné Jean-Baptiste Say comme le fondateur de l’école. Une telle appropriation du mythe témoigne de ce que la figure de Jean-Baptiste Say comme promoteur de l’entrepreneuriat et père spirituel de l’école ESCP est bien perçue comme un trait différenciateur de l’école vis-à-vis de ses concurrents et accompagnée d’une direction stratégique en totale cohérence avec ce message.

Image 1

Logo commémoratif créé en 2018 pour le bicentenaire de l’école [21]

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Logo commémoratif créé en 2018 pour le bicentenaire de l’école [21]

De l’histoire d’une école entrepreneuriale au mythe organisationnel d’un entrepreneur fondateur de l’école

28Cet article dispense des contributions d’ordre historique, entrepreneurial, ainsi que managérial. Au niveau de la genèse de l’école d’abord, notre recherche révèle que l’esprit d’entreprise a été à l’origine de la fondation de la doyenne mondiale des écoles de commerce. L’expérience entrepreneuriale des fondateurs de l’ESCP et de leurs successeurs a permis de créer un service éducatif sans précédents, apportant une solution inédite aux demandes de formation d’une société industrielle alors émergente. Leur expérience entrepreneuriale les a amenés à coordonner intelligemment des ressources limitées ; ce qui leur a permis de faire grandir l’école puis de pérenniser son existence en la faisant racheter par une institution plus importante – la Chambre de Commerce de Paris.

29Au niveau de l’offre de formations, notre étude montre que, contrairement à une idée reçue, l’entrepreneuriat n’a été inclus dans les programmes d’enseignement de l’école que très récemment, à partir des années 1970. Cette introduction tardive dans le cursus de l’école s’explique par le fait qu’en France, les entrepreneurs étaient formés plutôt dans les écoles d’ingénieurs ou « sur le tas ». Ensuite, certains facteurs externes comme le rôle des anciens élèves, les tendances du marché des écoles de commerce et le développement économique, ont rendu indispensable la création d’une formation en entrepreneuriat. À travers ces éléments, notre article éclaire donc l’institutionnalisation de l’enseignement de l’entrepreneuriat en France, remettant en cause l’idée reçue que, dès leurs débuts, les écoles de commerce étaient toutes orientées vers l’entrepreneuriat.

30Enfin, l’un des apports les plus singuliers de notre travail porte sur l’exploration du processus de construction d’un mythe organisationnel dans une institution d’enseignement supérieur. L’élaboration de tels mythes permet aux organisations de se construire une identité qui les différencie de leurs concurrents. Le mythe organisationnel représente un levier puissant en termes de communication, de légitimité et de différenciation concurrentielle, comme le montrent par exemple les réactions spontanées des anciens dirigeants de l’école qui voient en Jean-Baptiste Say l’unique fondateur de l’école ESCP.

31Notre étude montre également comment l’élaboration d’un mythe fondé sur l’histoire de l’école, et décrivant ses valeurs distinctives, est susceptible de mobiliser les acteurs de l’école et de son environnement. De ce fait, le mythe peut se lire comme un « discours vivant » qui engage l’organisation qui le met en œuvre et génère pour partie sa légitimité. Cette étude contribue ainsi à mieux mettre en évidence les usages des mythes historiques, comme l’avait précédemment étudié James March pour qui « la convergence des déclarations se fait plutôt à un niveau élémentaire, celui de la légitimation de certains composants du récit » [22]. Dans notre cas, le mythe de Jean-Baptiste Say comme fondateur de l’ESCP a été construit sur son image de représentant historique des études en entrepreneuriat. Sa riche personnalité de professeur, de chercheur et d’entrepreneur a ainsi permis à l’école d’investir logiquement le champ des programmes et des formations en entrepreneuriat ; activités qui maintiennent son discours entrepreneurial vivant et le nourrissent.

32Ce processus de construction de mythes organisationnels existe dans d’autres types d’organisations. Par exemple, General Electric est aujourd’hui associée à l’une des figures emblématiques du management contemporain, Jack Welsh, figure qui occulte l’identité du fondateur historique de General Electric : Thomas Edison.

33Si aujourd’hui l’offre de formations en entrepreneuriat paraît « naturelle » au sein de toute école de commerce – au point même de paraître constitutive du projet de fondation des premières écoles –, notre étude interroge sur la durabilité de ce sentiment pour l’avenir. Et si l’entrepreneuriat perdait de son pouvoir d’attractivité auprès de la société civile qui le valorise certes aujourd’hui mais le valorisera peut-être moins demain ? Comment les écoles de commerce pourront-elles alors se réinventer et, ce faisant, réinventer leur histoire pour l’aligner sur les nouvelles attentes de la société ?

Notes

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  • [2]
  • [3]
  • [4]
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Français

Le présent article traite de l’histoire de l’enseignement en entrepreneuriat en école de commerce. S’appuyant sur une étude de cas consacrée à la plus ancienne école de commerce du monde – l’ESCP –, nous avons mobilisé une approche longitudinale afin de retracer l’évolution de la place de l’enseignement en entrepreneuriat dans cet établissement. Cet article montre comment, à l’ESCP, le déploiement de l’enseignement en entrepreneuriat est le fruit de la confluence entre des forces externes et internes ; à savoir, d’un côté, les pressions économiques et les pressions exercées par les anciens élèves et, de l’autre, les initiatives de la direction qui a façonné, pour l’école, un récit historique entrepreneurial dans le cadre des cent-soixante-quinze ans de l’établissement en 1994. Le projet de façonner une histoire partagée à la fois par la communauté ESCP et par les différentes parties prenantes a ainsi conduit à l’émergence d’un mythe portant sur la présence native, dans cette école, d’un enseignement en entrepreneuriat. Dans le cas de l’ESCP, ce mythe est construit sur la figure de l’économiste Jean-Baptiste Say. Notre étude met ainsi en perspective les réalités de l’enseignement en entrepreneuriat en école de commerce depuis le dix-neuvième siècle tout en mettant en exergue la puissance du mythe institutionnel et, en particulier, son pouvoir légitimateur ainsi que distinctif face aux concurrents.

Adrien Jean-Guy Passant
Adrien Jean-Guy Passant, normalien et docteur en sciences de gestion, est actuellement enseignant-chercheur à Léonard de Vinci Pôle Universitaire, Research Center, Paris La Défense. Il est également titulaire d’un Master 2 en histoire contemporaine et d’un Master 2 en droit. Consultant en organisations dans plusieurs cabinets de conseil français et internationaux, il a aussi été enseignant vacataire à ESCP Business School et à EMLYON Business School. Ses recherches actuelles portent sur l’évolution de l’enseignement de la gestion et sur les approches longitudinales de la stratégie.
Fernanda Arreola
Fernanda Arreola est docteur en stratégie et en entrepreneuriat, mentor et enseignante-chercheuse à Léonard de Vinci Pôle Universitaire, Research Center, Paris La Défense. Ses activités se focalisent sur l’accompagnement entrepreneurial, la création d’outils pédagogiques innovants, ainsi que sur la recherche des phénomènes liés à l’émergence des business modèles digitaux, la gouvernance, l’interaction entreprise-État et la pertinence de la recherche académique.
Mis en ligne sur Cairn.info le 17/03/2020
https://doi.org/10.3917/entin.042.0146
Pour citer cet article
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