CAIRN.INFO : Matières à réflexion

À l’heure où le soutien à la parentalité est devenu un leitmotiv qui traverse toutes les institutions, on peut se demander ce qu’il en est du soutien à une institution qui a été durant plusieurs millénaires au fondement de la famille : le couple. Car si la parentalité est aujourd’hui fragilisée, elle le doit en large part à la fragilisation de ce qui était à son principe, c’est-à-dire l’institution conjugale, une institution qui prend le nom de mariage et renvoie à des règles très strictement délimitées à l’intérieur de chaque société (sauf cas exceptionnels de sociétés où le mariage n’existe pas, comme les Na de Chine).
Aujourd’hui l’institution du mariage s’est fissurée, contestée dans deux de ses aspects fondamentaux : structurer la filiation en identifiant qui en étaient les acteurs et quels devoirs leur incombaient ; garantir sa permanence à travers l’indissolubilité du mariage qui a longtemps été à son fondement. Le doyen Carbonnier avait clairement énoncé quelle était sa fonction dans une formule bien connue : « Le cœur du mariage, ce n’est pas le couple, c’est la présomption de paternité. » En d’autres termes, pour pouvoir assigner avec certitude un enfant à un père, il fallait que celui-ci naisse à l’intérieur d’une institution qui garantissait au mari d’être le géniteur. Ce qui avait de nombreuses conséquences, aussi bien sur la sexualité que sur les attitudes féminines et le statut des familles. Pour être légitime, une pratique sexuelle devait se dérouler à l’intérieur du mariage, mariage auquel la femme devait arriver vierge, tenue alors à un devoir de fidélité à son conjoint pour éviter toute naissance illégitime, ledit conjoint devant assurer en échange protection et soutien à l’épouse comme aux enfants…

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Sous l’effet d’une mutation irrésistible des cadres de la vie privée à partir de la fin des années 1960, la conjugalité va progressivement s’autonomiser par rapport à la parentalité alors qu’est contestée la fonction du mariage-institution de fonder la famille. La politique familiale va alors s’infléchir dans le sens du délaissement du couple, dont la constitution est renvoyée au principe du consentement réciproque et le devenir à la libre volonté des individus, et d’un renforcement du soutien à la parentalité, passant par le renforcement du lien de l’enfant à ses parents et leur reconnaissant le rôle de principal instrument de l’éducation. Cela correspond à l’affirmation du soutien institutionnel aux parents, comme le montre, par exemple, l’institutionnalisation de la médiation familiale, alors que le destin du conseil conjugal est renvoyé aux bons soins de la société civile.

Mots-clés

  • Couple
  • parentalité
  • politique familiale
  • conseil conjugal
  • médiation familiale
  • normativité
  • mariage
  • sexualité
  • intérêt de l’enfant
Gérard Neyrand
Sociologue, professeur à l’université Paul-Sabatier Toulouse 3, laboratoire cresco, responsable du cimerss.
gerard.neyrand@univ-tlse3.fr
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Mis en ligne sur Cairn.info le 19/03/2020
https://doi.org/10.3917/dia.227.0091
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