CAIRN.INFO : Matières à réflexion

Introduction

1L’analyse du rôle des États d’origine à l’égard de leurs citoyens émigrés en France permet d’approfondir la connaissance de l’ensemble des politiques publiques qui influencent l’expérience des migrants. Les travaux sur les politiques publiques en direction des immigrés se sont généralement inscrits dans le contexte national des interventions de l’État. Ils ont permis de délimiter le cadre des politiques publiques qui ont influencé l’expérience des migrants à l’échelle nationale (Weil, 1992 ; Viet, 1998 ; Spire, 2005) et de saisir la construction du sujet politique de l’immigration (Laurens, 2009). Les politiques d’émigration des pays de départ ont aussi été appréhendées (Green et Weil 2006 ; Pereira, 2012) ainsi que le niveau transnational des négociations bilatérales et des accords qui concernent les droits sociaux des migrants (Rosental, 2011 ; Douki, 2011). Avec l’analyse des moyens mis en œuvre par les États d’origine dans le pays d’accueil on ajoute donc un niveau supplémentaire à la compréhension de l’expérience des migrants.

2Parmi les moyens mis en œuvre par les États d’origines pour contrôler et influencer leurs ressortissants dans les pays d’accueil (enregistrement des migrants, envoi de devises, rapatriement des corps), l’article prend l’exemple des activités culturelles mises en place par les consulats algériens, marocains et portugais. Bien que marginales et parfois limitées à des célébrations aux moments des fêtes nationales, leur analyse permet de saisir un certain nombre de tensions à l’œuvre dans ces échanges : entre l’entretien des loyautés nationales et le soutien à la migration –, nécessaire aux économies nationales en développement – les immigrés font l’objet de stratégies complexes, de la part des autorités des pays d’origine comme de celles du pays d’accueil. En outre, à partir des activités culturelles, c’est un ensemble élaboré de surveillance et de contrôle politique qui se met en place. Son étude permet alors de comprendre comment les États d’origine influencent le séjour de leurs ressortissants sur le sol français.

3À la différence des activités politiques menées par des émigrés opposés aux régimes en place dans leur pays d’origine (Dufoix 2002), l’encadrement de la vie culturelle des immigrés par les consulats a été peu étudié. Il constitue pourtant un terrain privilégié pour analyser la relation des immigrés avec les autorités de leur pays d’origine dans le pays d’accueil et évaluer les pressions exercées par ces dernières pour s’assurer de la loyauté de leurs ressortissants. En outre, il s’agit d’activités déployées en direction de tous les ressortissants et non destinées à neutraliser spécifiquement des opposants.

4L’analyse des activités mises en œuvre par les États d’origine dans le pays d’accueil présente une contrainte méthodologique importante liée aux sources. Le grand nombre de pays de départ à prendre en considération, la consultation d’archives d’ambassades en langue étrangère et leur conservation dans les pays d’origine, posent des difficultés d’ordre pratique. S’ajoute à cela le fait que les associations culturelles créées par les pays d’origine pour organiser l’encadrement culturel de leurs ressortissants n’ont pas déposé d’archives (par exemple : l’Amicale des Algériens en Europe ou l’Amicale des travailleurs et commerçants marocains). Compte tenu de ces contraintes, l’analyse se fonde sur d’autres sources. Ainsi, la consultation des archives de l’administration française en charge des questions d’immigration (au ministère du Travail et à l’Intérieur) permet de renseigner le point de vue des autorités françaises sur les activités mises en place par les États d’origine [1]. Le point de vue des pays d’origine est présenté grâce à un entretien d’histoire orale avec un animateur culturel de l’Amicale des Algériens en Europe [2] et celui des immigrés à travers la consultation des archives d’une association immigrée qui s’est élevée contre la mainmise des États d’origine [3]. Les sources recueillies ne permettent pas de restituer de manière exhaustive les politiques de l’Algérie, du Maroc et du Portugal et les réactions respectives de leurs ressortissants. Cependant, différents éléments permettent de les situer dans le contexte des années 1960 et de distinguer des tendances générales. Les analyses sont conduites en ayant conscience de ce biais, dans un domaine, l’histoire sociale des immigrés du point de vue des pays d’origine, où le manque de sources a déjà été commenté (Rosental, 2011, 351).

5La transmission d’un discours national auprès de populations résidant à l’étranger participe d’un phénomène d’entretien du « nationalisme à distance » (Anderson, 1998). Cette notion permet de distinguer le sentiment national de la présence sur le territoire (Kastoryano, 2006). Elle correspond à la volonté des États d’origine d’entretenir la loyauté nationale de leurs ressortissants en dépit de leur éloignement. En outre, on peut distinguer le sentiment d’appartenance national (qui peut se traduire par le fait de voter, par exemple) et le nationalisme à distance qui dénote un degré plus élevé dans la défense de la souveraineté nationale du pays dont on est éloigné (Baeza, 2011). En effet, la volonté des États est d’entretenir à distance un sentiment de dévouement à la nation, au-delà de la simple identification.

6Les immigrés sont-ils pour autant réceptifs aux discours nationalistes des consulats ? Quant à l’administration française, de quel œil voit-elle cette tentative de mainmise sur les immigrés par leurs États d’origine : un contrôle salutaire ou une entrave à leur intégration ? Pour mieux comprendre les modalités de l’entretien des loyautés nationales par les États d’origine, nous diviserons notre propos en trois temps. Dans un premier temps, nous analyserons les activités culturelles mises en place par les pays d’origine afin d’apprécier la spécificité du discours nationaliste qu’elles véhiculent. Nous étudierons, dans un deuxième temps, la réaction de l’administration française. Enfin, dans un troisième temps, nous analyserons la mobilisation des mouvements immigrés en réaction à la mainmise des États d’origine.

7L’article porte sur l’immigration en France de 1962 à 1975 et traite des activités des pays d’origine sur lesquelles des données ont pu être recueillies (Algérie, Portugal et Maroc). Les exemples de la Pologne et de l’Italie dans l’entre-deux-guerres sont également développés pour mettre en perspective historique le rôle des États d’origine dans les années 1960. Si l’Algérie, le Portugal et, plus tard, le Maroc, correspondent aux pays de départs des principales vagues migratoires des années 1960, l’importance qui est accordée à leurs activités dans les documents de travail de l’administration française reflète aussi des préoccupations d’ordre politique. Les activités mises en place par l’Algérie occupent une place importante, alors que celles de l’Espagne sont peu renseignées, même si les Espagnols sont les étrangers les plus nombreux au recensement de 1968 (607 000 contre 474 000 algériens). L’analyse de la réaction de l’administration française aux activités mises en place par les États d’origine permet ainsi d’identifier des différences de traitement en fonction de l’origine des immigrés.

Les activités culturelles, instruments des stratégies nationalistes des pays d’origine

8Les gouvernements des pays d’émigration des années 1960 ne sont pas les premiers, ni les seuls, à avoir encadré la vie culturelle de leurs ressortissants. Avant eux, pendant l’entre-deux-guerres, les consulats polonais, italiens et espagnols ont aussi organisé des activités culturelles pour entretenir le patriotisme au sein de ce qu’on appelait des « colonies ». L’analyse permet de faire émerger un facteur déterminant de cet encadrement culturel : la situation politique du pays quitté. Les changements de régime, l’arrivée au pouvoir de chefs d’État qui diffusent un discours nationaliste, sont autant d’éléments qui se répercutent dans l’entretien du lien entre les États d’origine et leurs citoyens émigrés.

Consulats et activités culturelles

9On dispose de peu de travaux de synthèse sur l’encadrement de la vie culturelle des immigrés par les consulats. Il est cependant possible de rendre compte des activités organisées par les principaux pays d’émigration que sont la Pologne, l’Italie et l’Espagne dans la période qui précède la Deuxième Guerre mondiale. En effet, en 1931, la population étrangère s’élève à 2,7 millions, dont 808 000 sont italiens, 507 000 sont polonais et 351 900 sont espagnols [4].

10Dans Polonais méconnus, Janine Ponty évoque le rôle dévolu aux consulats polonais pour surveiller les actions culturelles, la presse et la religion, afin de s’assurer de la loyauté des émigrés vis-à-vis du gouvernement, en 1926 (Ponty, 1988, 158). Le mot d’ordre envoyé par le ministère des Affaires étrangères polonais à ses consulats situés en France intervient dans un contexte de changement de régime politique, puisque la monarchie a laissé place au régime autoritaire de Pi?sudski à la suite d’un coup d’État. On observe sensiblement la même dynamique en ce qui concerne l’Italie. Pendant la montée du fascisme dans les années 1920, les activités du Fascio de Paris sont prises en charge par le consulat (Blanc-Chaléard, 1995, 523). Cependant, les consulats peinent à organiser une « colonie italienne » cohérente (Couder, 1988, 262). Malgré un large appel aux éléments culturels qui font la gloire de la nation italienne, l’action des autorités italiennes échoue à réunir les émigrés autour du projet fasciste. La vigueur du débat antifasciste en France explique en partie ce bilan mitigé (Blanc-Chaléard, 1995, 472) [5]. Ainsi, les changements de régime dans le pays d’origine (dans le cas de la Pologne) ou la montée d’un parti national fasciste (dans le cas de l’Italie) se traduisent par l’entretien, exacerbé, d’un nationalisme à distance.

11En outre, les pays d’origine ne se contentent pas de missionner les services des consulats, ils s’efforcent également de piloter la création d’associations spécialisées dans l’organisation d’activités culturelles. C’est ainsi que la Lira Italiana, une société de secours mutuel créée par le consulat italien, organise les festivités de la fête nationale et que les missions catholiques sont censées assurer le « ressourcement culturel » des Italiens avant et après la Deuxième Guerre mondiale (Couder, 1988, 262). Grâce à une autre association proche du consulat, l’association Filodramatiqua, des représentations théâtrales animent la salle paroissiale de la mission catholique italienne (Blanc-Chaléard, 1995, 635). Enfin, les services des consulats s’appuient sur les organisations religieuses. Ainsi, c’est une mission catholique qui est chargée de l’action culturelle en direction des travailleurs espagnols. Elle organise des projections de films et des représentations théâtrales, en bonne entente avec le consulat espagnol (Hermet, 1967, 101).

12Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le nombre d’immigrés espagnols croît jusqu’à devenir le groupe le plus important d’étrangers en 1968 (607 000). Mais les années 1960, se caractérisent essentiellement par l’arrivée des Portugais et des Algériens, qui apparaissent comme les groupes les plus nombreux au recensement de 1975 (759 000 pour les Portugais et 711 000 pour les Algériens). Les activités des consulats espagnols et italiens se maintiennent, et viennent s’y ajouter des activités mises en place par les consulats portugais et algériens. Le cas des Algériens et des autres immigrés venus de pays anciennement colonisés est particulier. En effet, leur migration a débuté avant la décolonisation (on compte 212 000 Algériens en 1954) ; en tant que sujets coloniaux, ils dépendaient alors des autorités françaises. Après la décolonisation, ils se trouvent sous la responsabilité des consulats des nouvelles nations indépendantes. Or, les relations entre les États d’origine anciennement colonisés et les autorités françaises s’inscrivent dans une continuité avec la période coloniale qui les rend particulièrement complexes.

Les activités des États d’origine anciennement colonisés

13L’encadrement culturel des immigrés venus des anciennes colonies représente un cas particulier en raison des pratiques instituées pendant la période coloniale. Que ce soit l’administration chargée de l’action sociale en faveur des migrants, les services du ministère de l’Intérieur ou des Affaires étrangères, l’habitude d’encadrer, voire de contrôler ces populations se trouve contrecarrée par l’intervention des États d’origine nouvellement indépendants.

14Les sujets coloniaux qui venaient s’installer en métropole entre la fin de la Seconde Guerre mondiale et la décolonisation bénéficiaient du statut de citoyen de l’Union française et dépendaient des services sociaux français (Viet, 1998). En 1959, le Fonds d’action sociale pour les Français musulmans d’Algérie était créé et rattaché au ministère de la Santé et des Affaires sociales pour mettre en place une action sociale en faveur de ces populations, qui comportait un volet d’adaptation culturelle à la société française (Escafré-Dublet, 2008a). Habitués à considérer les immigrés algériens comme relevant de leurs services, les autorités du Fonds d’action sociale ont vu l’arrivée d’initiatives algériennes comme une concurrence. En témoigne la position de son directeur en 1964, présenté ainsi dans le compte rendu d’un conseil d’administration : « M. Massenet souligne l’effort accompli pour l’alphabétisation et le développement de l’enseignement en faveur des travailleurs algériens. […] Il pense qu’il serait pour le moins inopportun de ralentir cet effort à l’heure où précisément certaines initiatives algériennes se font jour en France [6]. »

15En outre, la présence de militants anticolonialistes en France a fait des sujets coloniaux installés en métropole l’objet d’une surveillance constante de la part des services du ministère de l’Intérieur : les Algériens, en particulier, de la fin de la Seconde Guerre mondiale à la guerre d’indépendance (Blanchard, 2011), mais aussi les coloniaux d’Afrique sub-saharienne. Ces pratiques de surveillance se perpétuent dans la période qui suit les indépendances. La sous-direction aux étrangers du ministère de l’Intérieur est particulièrement attentive à la création d’associations d’aide sociale et culturelle à l’instigation des États d’origine. Elles sont perçues comme une « immixtion » dans la gestion des populations immigrées : « Depuis l’accession à l’indépendance des pays autrefois placés sous la souveraineté française, ces nouveaux États ayant une notion moins nette que les pays d’immigration traditionnels des limites qui s’imposent pour des initiatives directes sur leur territoire […] [il apparaît nécessaire de surveiller toute immixtion éventuelle] [7]. »

16Le Quai d’Orsay partage leur avis et ne souhaite pas voir les ambassades des pays intéressés s’investir dans ces questions sociales (accueil et logement). L’idée que ces immigrants vont continuer à dépendre des services sociaux français, et du Fonds d’action sociale en particulier, est privilégiée : « Par lettre du 20 janvier 64, le préfet de Seine-et-Oise m’a fait parvenir le dossier des conditions de logement précaires de ressortissants mauritaniens […], ce haut-fonctionnaire me demande d’appeler sur leur situation l’attention des ambassades intéressées. J’ai l’honneur de vous faire savoir qu’il ne me parait pas souhaitable de donner à ces postes diplomatiques l’occasion d’intervenir à ce sujet. Il me semble en effet qu’il appartient à notre administration de prendre les mesures d’urgence qui apparaissent s’imposer, en attendant que la mise en place du Fonds d’action sociale permette d’apporter des solutions permanentes au problème de l’accueil et du logement de cette catégorie d’étranger [8]. »

17Dans cette lettre, l’administrateur des Affaires étrangères évoque une « catégorie d’étranger » pour désigner les émigrés d’une ancienne colonie française (la Mauritanie) ; celui des Affaires sociales, quant à lui, considère que « ces nouveaux États [ont] une notion moins nette que les pays d’immigration traditionnels des limites qui s’imposent pour des initiatives directes sur leur territoire ». Leurs remarques montrent la distinction que les autorités françaises opèrent lorsqu’il s’agit des initiatives des États des pays d’origine anciennement colonisés par rapport aux autres pays de départ. Cette distinction est à mettre en perspective avec les pratiques de surveillance et de gestion des populations coloniales en métropole de la période précédente.

L’exemple des activités culturelles mises en place par l’Algérie

18À travers le cas de la mise en place d’activités culturelles par l’Algérie dans la France des années 1960 on retrouve la volonté d’entretenir les loyautés nationales propres aux pays qui viennent de subir un changement de régime comme dans les cas évoqués plus haut de la Pologne et de l’Italie durant l’entre-deux-guerres. De plus, les initiatives du gouvernement algérien font l’objet d’une surveillance accrue de la part des services de police français en tant qu’État anciennement colonisé. Le témoignage d’un animateur algérien dans le nord de la France permet de comprendre le point de vue de l’État algérien et de saisir la mise en œuvre concrète de ces activités culturelles d’entretien des loyautés nationales.

19L’encadrement social et culturel des Algériens installés en France est piloté par l’Amicale des Algériens en Europe. Créée en 1966, l’Amicale correspond à la réactivation de l’appareil chargé d’encadrer la vie politique des immigrés algériens pendant la guerre, la Fédération française du FLN (Amiri, 2004). Le réseau des Amicales est dense et distingue l’encadrement de la migration algérienne des initiatives menées par d’autres pays d’émigration. Il est divisé en « daïra », puis en sections, et peut toucher un grand nombre d’Algériens en France. Le discours de l’Amicale entretient une continuité avec les années de lutte. Un appel à l’émigration de 1966 est formulé ainsi : « Frère émigré. Tu dois te former politiquement dans ton Amicale, héritière de ton glorieux passé révolutionnaire [9]. » La stratégie de l’Amicale comprenait aussi un volet culturel : « Tu dois élever ton niveau culturel », signifiait plus loin le même appel.

20Les Renseignements généraux surveillent l’Amicale de près et soupçonnent ses dirigeants de ne proposer des activités culturelles et sociales que pour « faciliter sa reconnaissance officielle » alors qu’elle reste une « organisation politique visant à encadrer l’immigration algérienne » [10]. Ainsi, l’Amicale n’obtient pas l’autorisation du ministère de l’intérieur de se constituer en association loi 1901 comme elle le demandait [11].

21Les documents réunis par les Renseignements généraux permettent de connaître le discours officiel de l’Amicale et donnent des indications sur ses activités d’encadrement ; elles comprenaient « des sorties en plein air, des séances de cinéma, des galas à l’occasion d’anniversaires importants » [12]. Croiser ces informations avec le témoignage d’un animateur de l’Amicale permet de mieux comprendre comment se traduisait l’entretien d’un nationalisme à distance à travers des activités culturelles [13].

22Quand D. commence ses études de théâtre à l’Université de Nancy, il est recensé par le consulat en tant qu’étudiant algérien et l’Amicale le contacte pour lui demander de mettre en place et animer des activités culturelles destinées aux Algériens. Il n’est pas fait appel à lui pour ses seules compétences artistiques, il est aussi connu du FLN. Il a d’ailleurs été incarcéré à la fin de la guerre pour activités politiques en son sein. Il faisait partie des militants instruits qui ont appris à lire l’arabe aux travailleurs immigrés algériens compagnons de lutte, entrés analphabètes en prison [14]. Il dit d’ailleurs au cours de l’entretien : « Moi, les Algériens, je les ai rencontrés en prison », faisant de l’expression « les Algériens » un usage métonymique pour désigner les travailleurs immigrés. Sachant qu’il est lui-même algérien, il souligne par cette figure rhétorique la distance qui l’éloignait de cette population avant son incarcération. D. fait partie des acteurs de l’immigration qui ne sont pas eux-mêmes des travailleurs immigrés mais plutôt des étudiants boursiers disposant des ressources intellectuelles et financières nécessaires pour devenir des animateurs en milieu immigré (Siméant 1998 : 175).

23L’alphabétisation est la principale des activités mises en place par l’Amicale et, ainsi que le précise D., bénéficie de l’aide des associations caritatives au moins pour les fournitures de livres : « Le support de ces centres c’était l’alphabétisation, en français, parce que les Algériens parlaient leur arabe dialectal mais il fallait d’abord qu’ils apprennent à lire la signalétique parce qu’ils conduisaient ou ils passaient leur permis, etc. […]. On obtenait des livres par les associations qui étaient très souvent d’obédience catholique et caritatives, dont j’ai oublié le nom maintenant. »

24On reconnaît dans son témoignage le rôle des associations d’aide aux migrants qui se sont spécialisées dans l’action en direction des populations nord-africaines (Viet, 1998, 191). Alors, que l’administration française tendait à favoriser leur action par rapport à celle des pays d’origine, on peut constater ici que sur le terrain, les frontières étaient plus floues. Certaines de ces associations semblent avoir apporté une aide, au moins matérielle, à l’Amicale. Il faut ajouter que les Renseignements généraux observent à la même période que le changement de gouvernement en Algérie a entraîné un éloignement de l’Amicale par rapport au parti communiste et à la CGT. L’organisation s’est, selon eux, rapprochée des associations et autres groupes confessionnels locaux [15]. Ceci pourrait expliquer que les activités mises en place par D. aient reçu l’aide d’autres associations d’aide aux immigrés.

25Le travail d’animation réalisé par D. s’appuyait également sur l’utilisation de chansons populaires algériennes. Par rapport aux activités d’alphabétisation, l’entretien des loyautés nationales y est davantage perceptible. « Cela se mettait en place à partir d’une chanson par exemple [une chanson algérienne populaire]. On essayait de voir ce qu’elle disait, quels étaient les sous-entendus, pourquoi elle les faisait vibrer : le contenu, la mélodie. […] Il y avait la nostalgie. On essayait de la conscientiser. Il fallait qu’ils arrivent à comprendre pourquoi ils éprouvaient de la nostalgie, que cette nostalgie était un épiphénomène de leur parcours économique, qu’il fallait qu’ils la maîtrisent. »

26L’utilisation de chansons populaires correspond alors à l’univers culturel des travailleurs algériens. Par des cassettes, se diffuse un répertoire de chansons qui évoquent les difficultés de l’émigration (Lounici, 2002). Les chanteurs tels que Slimane Azem, Akli Yahiaten, Dahmane El Harrachi et Salah Sadaaoui chantent les difficultés de l’exil, la nostalgie du pays quitté et la dure adaptation aux modes de vie français. Certains dénoncent les vices et « tentations métropolitaines » (l’alcool) ou l’impossible mariage de l’Algérien avec une Française. Dahmane El Harrachi compose Ya Rayah qui reste l’une des chansons les plus connues sur l’exil des Algériens en France [16]. Ces cassettes, mais aussi les clips vidéo qui leur sont associées (les « scopitones ») sont diffusés dans les cafés arabes. Ils contribuent à répandre une musique populaire algérienne propre à l’expérience des immigrés (Scagnetti, 2006).

27Or, la finalité politique était présente dans l’interprétation de ces chansons, comme le montre l’explication de D. : « Il fallait qu’ils comprennent pourquoi ils étaient là. Bien que leur pays soit indépendant, ils ne trouvaient pas de travail, ils étaient obligés de s’expatrier. On faisait de la politique sans la nommer, on les formait c’est vrai [17]. »

28La dimension politique, explicite dans les propos de D., permet de saisir comment ces activités culturelles pouvaient s’inscrire de manière stratégique dans le projet nationaliste de l’Amicale et à travers elle, du gouvernement algérien. En effet, pour l’Algérie, il s’agit de faire comprendre à ses citoyens qu’en travaillant en France ils œuvrent pour la construction de leur pays. C’est une manière de leur montrer que leur pays ne les abandonne pas, mais aussi qu’ils ne poursuivent pas qu’un but individuel. Leur migration s’inscrit dans un mouvement collectif. Et pour pleinement participer à ce mouvement collectif, ils doivent continuer à envoyer une partie de leur salaire en Algérie et contribuer au développement économique de leur pays.

29L’impact des activités mises en œuvre par l’Amicale des Algériens en Europe est difficile à évaluer. On ne dispose pas d’indication sur le niveau de participation des Algériens aux activités organisées par l’Amicale, mais en 1966, on constate que les autorités françaises tendent à minimiser l’emprise de l’Amicale sur les Algériens. Ils invoquent comme principale raison ses visées politiques : « [Ses] démarches paraissent trop inspirées par des soucis tactiques pour emporter l’adhésion de la communauté algérienne [18]. » Son lien avec le pouvoir algérien est, en effet, visible dans l’organisation des élections algériennes en France. À l’occasion des élections communales du 5 février 1967, les autorités consulaires sont chargées de la centralisation et de l’acheminement des bulletins de vote tandis que l’Amicale procède aux opérations de scrutin proprement dites [19]. Quant au point de vue des autorités algériennes sur l’impact des activités de l’Amicale, il est difficile à connaître. Cependant, on remarque que D. ne se plaint pas d’avoir manqué de public dans l’organisation de ses activités (même s’il pense avoir surtout attiré les travailleurs par l’organisation de tournois de football). On peut donc penser que le succès de l’action pouvait s’observer au cas par cas. Si de manière générale les activités organisées par l’Amicale pouvaient être perçues avec suspicion par les Algériens, dans le cas des animations proposées par D., le nombre limité de distractions offertes à des travailleurs résidant en foyers a fait qu’elles ont pu rencontrer un certain succès.

30Les activités culturelles servent de support pour l’entretien d’un nationalisme à distance ; non pas juste une participation politique (le vote), mais au-delà, la fidélité à un projet politique et la contribution au développement économique de la nation. La préservation des loyautés nationales sert donc également à préserver les intérêts économiques liés aux migrations.

Les intérêts économiques, ressorts du maintien des flux migratoires

31La mise en place d’activités culturelles par les consulats sert à conserver des populations fidèles au projet nationaliste du pays d’origine, et, par extension, à garantir les intérêts économiques de pays qui voient dans la migration une manne financière importante. Dans le cas des pays nouvellement indépendants, la garantie de libre circulation sert de « monnaie d’échange » pour assurer les intérêts économiques de la France dans ses anciennes colonies (Viet, 1998, 219) [20]. Dans le cas de pays de départ qui ne sont pas des anciennes colonies françaises, l’émigration représente aussi un intérêt important pour le développement des économies. La comparaison entre le cas de l’Algérie et du Portugal permet de voir comment la politique des États d’origine est mise en œuvre selon ces différentes configurations.

Pour les États d’origine anciennement colonisés, des économies imbriquées

32La migration est au cœur des liens économiques qui lient la France à ses anciennes colonies. Du côté de la France, c’est la garantie de libre circulation des anciens coloniaux qui lui permet d’y sécuriser ses investissements. Du côté des anciennes colonies, la migration vers la France permet de soulager un marché du travail émergent et garantit l’afflux de devises étrangères par le renvoi d’argent des émigrés. Les activités de maintien des liens culturels participent de ce projet.

33Dans le cas des Algériens, D. a eu l’occasion d’évoquer la finalité politique des activités culturelles qu’il animait en direction des travailleurs du Nord de la France : « Il fallait qu’ils comprennent pourquoi ils étaient là. Bien que leur pays soit indépendant, ils ne trouvaient pas de travail, ils étaient obligés de s’expatrier [21]. » Il en résulte, pour lui, la nécessité de travailler autour de la nostalgie des Algériens qui vivaient en France, non seulement loin de chez eux, mais dans des conditions difficiles, en foyers, près des mines. À ce moment, il s’agit de maintenir en France une population émigrée qui est nécessaire à la situation économique de l’Algérie. Pour cela, il faut s’assurer de la fidélité des expatriés au projet nationaliste et leur inculquer que, par le travail qu’ils fournissent en France, et les conditions de vie difficiles qu’ils affrontent, ils contribuent eux aussi à l’effort national pour une Algérie indépendante et prospère. L’appel à l’émigration, diffusé par l’Amicale en août 1966, indique ainsi : « Émigré algérien. […] Ton capital, sueur de tant d’années de travaux pénibles, peut aider au financement de projets en cours, là aussi, ton organisation peut t’aider à l’investir dans les usines de transformation ou dans d’autres secteurs productifs [22]. »

34En effet, la dépendance économique de l’Algérie envers la France se poursuit après l’indépendance, d’autant que l’ancienne puissance coloniale, de son côté, s’efforce de préserver ses intérêts en Algérie. Les accords d’Evian ont consisté essentiellement à négocier les intérêts économiques de la France et le sort des rapatriés (Stora, 1992 : 399). Ainsi, le code pétrolier de 1958 garantit la moitié de la rente du pétrole à la France et reste en vigueur jusqu’à la nationalisation en 1971 (Hélie, 1992 : 226). En outre, la France et l’Algérie sont engagées pendant toutes les années 60 dans un long processus de négociations où le ministère de l’Intérieur tente de limiter la venue des Algériens tandis que l’Algérie s’efforce d’envoyer un nombre toujours important de ressortissants. Les accords Nekkache-Grandval de 1964 statuent que la France impose un contingent de travailleurs algériens dont la sélection incombe à l’Algérie. Mais ces accords demeurent contestés et le gouvernement de Boumediene de 1965 dénonce l’attitude des policiers français à la frontière. Ce n’est qu’en 1968 qu’une clause est finalement annexée aux accords d’Evian qui limite le nombre d’Algériens pouvant se rendre en France et contrôle leur séjour (titres de séjour de cinq ans renouvelables).

35Quand les migrations sont au cœur des intérêts économiques qui lient deux pays, la nécessité de maintenir les flux constitue un ressort primordial de la mise en œuvre des activités d’encadrement culturel par les États d’origine.

Pour les États d’origine européens, d’autres formes de dépendance économique

36En ce qui concerne les activités mises en places par les consulats des pays d’immigration européens, on a vu que les autorités françaises y étaient moins opposées, ou tout au moins ne les considéraient-elles pas autant comme une « immixtion ». Le cas du Portugal est cependant particulier et mérite de s’y attarder en ce qu’il révèle l’instrumentalisation des politiques d’encadrement des immigrés à des fins politiques.

37La migration portugaise est souhaitée par les employeurs et les autorités françaises, mais décriée par le pouvoir portugais. La tentative, par les instances diplomatiques françaises, de négocier des accords de main-d’œuvre avec le Portugal s’est soldée par un échec. La junte portugaise n’a pas approuvé l’accord d’émigration proposé par la France en 1963, et l’arrivée de Portugais par la frontière ouest de l’Espagne se fait dans l’illégalité [23]. Malgré ces conditions difficiles, le directeur de l’Office national de l’immigration, en charge de l’emploi des travailleurs étrangers, maintient que l’immigration portugaise doit être maintenue dans ces conditions. Il avance comme argument que, non seulement les employeurs français le demandent, mais aussi que les Portugais présentent un « intérêt de peuplement » et des « facilités d’assimilation » [24]. Par rapport à l’immigration des travailleurs étrangers venus des anciennes colonies dont le séjour était considéré comme temporaire, la remarque du directeur montre que la migration des Portugais était, non seulement souhaitée, mais également, envisagée comme permanente.

38En réalité la dictature ne s’opposait à l’émigration que dans ses discours et pour rassurer les factions conservatrices de son gouvernement qui déploraient le départ des travailleurs agricoles (Pereira, 2003). Dans les faits, la migration était profitable à l’économie portugaise (moins de pression sur le marché du travail et afflux de devises) et les autorités régularisaient les émigrés partis clandestinement. Cependant, officiellement, l’administration française n’était pas en bons termes avec la dictature de Salazar sur les questions de migration et s’efforçait d’éviter l’encadrement des services consulaires du Portugal dans l’accueil de ses ressortissants en France. Ainsi, la mise en place d’activités d’accueil et d’encadrement des immigrés portugais, par une association caritative française, le Comité Lyautey, était subventionnée par le Fonds d’action sociale du ministère des Affaire sociales, et présenté à son directeur comme une « opération qui [visait] à écarter une intervention du Consulat du Portugal » [25].

39On retrouve donc la même idée de concurrence entre les services sociaux français et les activités mises en œuvre par les États d’origine bien qu’il ne s’agisse pas d’un pays anciennement colonisé. Elle vient cependant ici consacrer une stratégie de l’administration française pour favoriser l’accueil et l’installation des immigrés portugais dans un contexte de migration souhaitée, et envisagée comme venant apporter une contribution au peuplement français. La réaction de l’administration française n’est donc pas la même selon qu’il s’agisse des immigrés portugais ou algériens.

40Les intérêts économiques liés à la migration sont communs aux principaux pays de départ vers la France, que sont l’Algérie et le Portugal dans la période allant de 1962 à 1975 : alors que l’Algérie a conquis son indépendance, le maintien de la migration lui permet de soulager un marché du travail balbutiant ; sous couvert de condamnation de la migration, le Portugal bénéficie de l’envoi de devises étrangères. À la réception, les initiatives d’encadrement de leurs ressortissants sont mal reçues de la part des autorités françaises, mais pour des raisons différentes. Pour les Algériens, l’habitude d’encadrer les sujets coloniaux fait soupçonner toute initiative étrangère comme une « immixtion » dans les affaires du pays. Pour les Portugais, les autorités françaises souhaitent leur installation en France et craignent que les consulats portugais les en dissuadent.

41Cependant, les réticences des autorités françaises à voir les États d’origine s’immiscer dans l’encadrement de leurs ressortissants disparaissent lorsqu’elles s’aperçoivent que leurs intérêts convergent, au moment de limiter la revendication des travailleurs immigrés au début des années 1970.

Les mobilisations des immigrés, révélateurs de l’entente entre gouvernements des pays d’origine et pays d’accueil

42Le transfert des luttes politiques propres aux pays d’origine sur le territoire français a contribué à créer des réseaux militants qui développent un mouvement de défense des droits des travailleurs immigrés à la faveur des mobilisations sociales qui traversent les années 1970 en France (Siméant, 1998 ; Hmed, 2008). Leurs protestations mettent en évidence l’entente des États d’origine avec les employeurs français pour limiter ces revendications.

Les réseaux militants de l’exil

43Malgré le rôle joué par la France en tant que puissance colonisatrice, des militants politiques de pays sous domination française se sont aussi expatriés en Métropole lorsqu’ils étaient inquiétés dans leur pays [26]. Restés en France après les indépendances, certains ont formé des mouvements politiques, d’abord tournés vers le pays d’origine puis, de plus en plus, vers la défense des travailleurs immigrés en France (Pitti, 2006). Le contrôle politique exercé par l’Amicale des algériens en Europe dès les années 1960 a rendu la création d’organisations « dissidentes » en France, difficile. Par contre, la faible présence des autorités consulaires marocaines, jusqu’au milieu des années 1970, a facilité la mobilisation des immigrés marocains, c’est le cas de l’Association des Marocains en France, qui vient structurer le mouvement des travailleurs immigrés au milieu des années 1970 (Dumont, 2007) [27].

44L’Association des Marocains en France est créée en 1960 en soutien à l’UNFP (Union nationale des forces populaires), l’aile progressiste de l’Istiqlal, le parti qui a porté l’indépendance du Maroc en 1956. Les documents d’archives attestent du lien entre le parti et l’association et les premières réunions de l’association ont lieu dans les anciens locaux de l’Istiqlal au 20, rue Serpente dans le 6e arrondissement de Paris [28]. Tenue par des militants de l’Union nationale des forces populaires marocaines, l’AMF considère les travailleurs immigrés marocains comme des travailleurs privilégiés puisque mieux rémunérés que leur compatriotes restés au Maroc. Pour ces militants, l’association sert essentiellement à collecter des fonds pour soutenir l’action politique du parti de Ben Barka au Maroc auprès d’une population immigrée chez qui la fibre nationaliste, la nostalgie pour la patrie éloignée, voire la culpabilité de ne pas participer à l’effort national, étaient plus faciles à entretenir (Barrot, 1998).

45Cependant, au tournant des années 1970, de nouveaux militants démontrent la nécessité de mettre en place un projet d’aide aux travailleurs (Barrot, 1998, 18). La participation des immigrés au mouvement social de Mai 68 est certes marginale – leur manque d’intégration dans le mouvement ouvrier et la surveillance qu’exerçaient les autorités d’origine sur leurs activités ont limité leur participation aux manifestations (Gordon, 2012) –, mais leur cause est évoquée dans le mouvement comme une forme d’exploitation et la défense des droits des travailleurs immigrés devient progressivement un enjeu de lutte et une cause de mobilisation pour les mouvements d’extrême-gauche (Siméant, 1998 : 179). Des associations comme l’AMF qui trouvent leur origine dans la lutte anticoloniale se tournent alors vers la défense des immigrés en France. Ils mettent en place des services d’aide sociale et financière pour concurrencer les Amicales qui assurent le rapatriement des corps des migrants décédés sur le sol français [29]. On peut citer les créations successives de la Fédération des travailleurs d’Afrique noire (FETRANI - 1970), le Mouvement des travailleurs portugais émigrés (MTPE - 1970), le Comité des travailleurs algériens (CTA - 1973) et l’Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT - 1974). Cependant, l’ancienneté de l’AMF explique sa centralité dans le mouvement.

Contre la mainmise des autorités des pays d’origine

46L’apparition de groupes de défense des travailleurs immigrés par origine nationale (algériens, tunisiens, marocains, portugais, etc.) montre que derrière des objectifs affichés de protection de leurs ressortissants, les organisations créées par les autorités des pays d’origine échouaient à défendre les travailleurs immigrés et étaient perçues comme complices de leur exploitation. Cette situation s’apparente d’ailleurs à une configuration décrite pour la migration mexicaine aux États-Unis (Gonzales, 1999). Il a ainsi été démontré que, sous couvert d’activités de préservation des loyautés nationales et de défense de leurs ressortissants, les consulats mexicains avaient œuvré aux côtés des employeurs américains pour casser les mouvements de grève des années 1920 en Californie. Les consulats avaient agi ainsi par nécessité pour rassurer les pouvoirs financiers américains et maintenir leurs investissements au profit de l’économie mexicaine. L’interdépendance des économies était le ressort des activités des consulats en direction de leurs citoyens émigrés. La comparaison avec l’exemple états-unien offre un éclairage intéressant pour l’analyse du cas français.

47En France, c’est également la multiplication des grèves et des revendications syndicales qui incite les autorités des pays d’origine à encadrer leurs ressortissants. En 1973, le pouvoir marocain crée l’Amicale des travailleurs et commerçants marocains à la suite des grèves d’ouvriers marocains dans la sidérurgie (Dumont, 2007, 102). L’accroissement du nombre d’ouvriers marocains syndiqués a, en effet, fait craindre aux autorités marocaines une politisation accrue. La création d’une fédération d’amicales présentées comme apolitiques a alors pour objectif de créer un espace de socialisation alternatif aux syndicats politiques. Le registre nationaliste, folklorique et culturel est utilisé par les autorités des pays d’origine comme le dénonce l’AMF dans une de ses publications : « Le pouvoir a exporté ses propres organismes répressifs en créant les prétendues ‘Amicales des travailleurs et commerçants marocains en Europe. Officiellement les amicales se sont présentées comme des centres apolitiques de contacts, et loisirs. […] Elles organisaient des fêtes folkloriques et faisaient venir des chanteurs aux idées réactionnaires. Quand les travailleurs se détournaient de ces spectacles, les amicales intensifiaient leurs brimades et leurs actes d’intimidation [30]. »

48Au-delà de la préservation des loyautés nationales, les activités culturelles mises en place par l’Amicale du Maroc visent donc à limiter la politisation de leurs populations. Sur ce point, les intérêts des gouvernements d’origine rejoignent ainsi ceux des employeurs français que « gênent » les grèves d’ouvriers immigrés.

49Ainsi, le Comité des travailleurs algériens était créé en 1973 en opposition à l’Amicale des Algériens en Europe, accusée de faire le jeu du gouvernement algérien et des employeurs, en « desservant les intérêts de la classe ouvrière » [31]. En effet, dans ses échanges avec le gouvernement français, le président algérien minimisait l’importance de la défense des conditions de vie des travailleurs algériens par rapport aux bénéfices (économiques) de la migration : « Je ne pense pas à ces mesures qui sont souvent évoquées qui concernent l’amélioration de la formation professionnelle ou de leurs conditions de logement. Il est de bonne guerre de demander tout cela. Mais après tout, si les Algériens vivent en France dans des bidonvilles, beaucoup vivent en Algérie dans des conditions de vie pires encore. D’ailleurs, quand on quitte son pays pour gagner sa vie, cela sert à faire le plus d’économies possible et, du même coup, on accepte de vivre pauvrement. Mon souci, je le répète, est celui de la dignité et de la sécurité des personnes. » [32]

50Par « sécurité », le président fait référence à l’agitation politique créée par les revendications de travailleurs. On voit que dans une logique de préservation des intérêts économiques des employeurs français – et par extension, de l’économie algérienne – les autorités algériennes font le jeu des employeurs pour limiter les revendications de leurs ressortissants, s’éloignant ainsi des objectifs affichés de défense des intérêts de leurs concitoyens.

L’autonomie culturelle

51Les associations de défense des travailleurs immigrés développent une revendication d’autonomie culturelle afin de contrecarrer le discours sur la préservation des loyautés nationales formulé par les associations officielles.

52La filiation de ces mouvements avec le combat anticolonial a son importance puisque, déjà mobilisés autour de la défense de l’exploitation des peuples colonisés, ils réinvestissent les revendications identitaires d’indépendance par un discours sur la préservation de la culture des immigrés. Les activités culturelles qu’avaient annoncées l’Association des Marocains en France dans ses statuts, mais qui avaient été laissées de côté dans les années 1960, sont ainsi opportunément mises en avant à partir des années 1970 pour « renforcer l’identité culturelle des Marocains en France » : mise en place d’activités d’alphabétisation, de loisirs, organisation de fêtes religieuses et célébration de l’« insurrection populaire » du 23 mars 1965 à Casablanca [33]. Au combat politique socialiste propre au contexte marocain, s’ajoute une composante héritée des luttes anticoloniales qui s’exprime à travers un discours pour l’indépendance culturelle des Marocains sur le sol français.

53L’activisme culturel qui se développe au sein des mouvements de défense des travailleurs immigrés, au milieu des années 1970, offre un contrepoint aux discours officiels des autorités des pays d’origine. Au sein de ces mouvements se forment des troupes de théâtre militant qui accompagnent les mobilisations et se produisent, en 1975, lors du Premier festival de théâtre populaire des travailleurs immigrés à Suresnes (Vaz, 1985). La forme théâtrale sert de support à la revendication (mise en scène des conditions de vie des immigrés et dénonciation du système bureaucratique) et représente une demande d’autonomie culturelle des immigrés (Verbunt, 1980). L’autonomie peut alors se comprendre aussi bien vis-à-vis des autorités françaises que des autorités des pays d’origine qui se présentaient comme gardiennes légitimes de l’identité culturelle de leurs ressortissants.

54La création, en 1975, par le gouvernement français d’un Office national de promotion culturelle des immigrés inauguré en présence des ambassadeurs des pays d’émigration et censé promouvoir une politique culturelle en « bonne entente » avec les pays d’origine achève de démontrer la dimension symbolique et la finalité politique de la question des expressions culturelles des immigrés (Escafré-Dublet, 2008b) [34]. La mise en place par les autorités françaises d’une organisation à vocation culturelle démontre leur convergence d’intérêts avec les États d’origine. Les ambassades souhaitent maintenir la nostalgie du pays quitté par leurs ressortissants pour s’assurer de leur loyauté au projet politique du pays, l’envoi de devises et leur faible politisation. Les autorités françaises veulent que les travailleurs immigrés demeurent une main-d’œuvre temporaire et peu contestataire, le maintien des liens avec le pays d’origine contribuant à aider le retour dans le pays d’origine.

55Le projet de ne rester que pour un temps limité en France est partagé par les immigrés, et de ce point de vue, le maintien de liens culturels avec le pays d’origine convient à bon nombre de familles immigrées. Cependant, les dynamiques qui sous-tendent cet entretien de la nostalgie du pays quitté, le discours nationaliste et la préservation des intérêts économiques, expliquent que les immigrés pouvaient avoir des sentiments ambivalents vis-à-vis des activités mises en place par les pays d’origine. L’entretien de la nostalgie suscitait un certain écho auprès de populations éloignées de leur pays d’origine, mais le sentiment d’être la cible d’un discours nationaliste et d’être utilisé pour leur force de travail explique que nombreux y soient restés réticents [35].

Conclusion

56Dans la période allant de 1962 à 1975, les principaux pays de départ vers la France maintiennent des activités culturelles en direction de leurs ressortissants pour s’assurer de leur loyauté. Elles servent également de support pour faire comprendre les nécessités de la migration : en renvoyant des devises étrangères dans leur pays d’origine, les immigrés apportent une contribution économique essentielle à la construction de leur pays. Malgré une résistance initiale à voir des organisations étrangères s’immiscer dans l’encadrement des immigrés, l’administration française ne tarde pas à en saisir l’avantage. En proposant des activités culturelles, les États d’origine visent à tenir leurs ressortissants éloignés d’autres formes de sociabilité, comme les syndicats ou les organisations militantes, et ainsi à maintenir une forme de contrôle politique. Cependant, du côté des populations immigrées, la mainmise des États d’origine est contestée. L’émergence d’un mouvement de défense des immigrés démontre leur velléité de s’en départir et de dénoncer la collusion entre consulats et employeurs.

57Le coup d’arrêt porté à la migration économique à partir de 1974 change la donne. Initialement envisagée comme temporaire, il apparaît qu’une grande partie de la migration des années 1960 (toutes origines confondues) se sédentarise et que, à l’arrivée à l’âge adulte de leurs enfants, le projet du retour devient de moins en moins réalisable pour ces immigrés. Malgré des discours répétés sur la nécessaire « arabisation » des secondes générations [36], le gouvernement algérien, et les autres gouvernements d’immigration, passent progressivement d’une logique de préservation des loyautés nationales à un entretien de la diaspora et au développement du « lobbying communautaire » (Weil, 2005, 255).

58Parfois passé sous silence au profit de la relation unilatérale du migrant avec les autorités du pays d’accueil – aussi contraignante puisse-t-elle être – le poids des structures mises en places par les États d’origine est à prendre en compte dans l’analyse de l’expérience des migrants et des politiques qui peuvent influencer les trajectoires migratoires. La présence d’autant plus forte de telles structures, en raison de l’histoire commune partagée par les pays d’accueil et les pays d’origine, est également à souligner, ainsi que le niveau d’imbrication des économies qui rend les pays de départ dépendant du maintien des flux migratoires.

Notes

  • [1]
    Plus précisément, le Fonds d’action sociale aux travailleurs migrants (FAS) rattaché successivement au Premier ministre puis au ministère des Affaires sociales (1966), le Bureau des questions internationales rattaché lui au ministère du Travail qui s’occupait des accords de main-d’œuvre, la Sous-direction des étrangers au ministère de l’Intérieur et la Direction centrale des Renseignements généraux. Leurs archives sont conservées au Centre des archives contemporaines des archives nationales, désigné ci-après par l’acronyme CAC. Les archives du Fonds d’action sociale et du Bureau questions internationales ayant été versées par le ministère de la Santé, elles seront identifiées par l’acronyme MS, et celles de l’intérieur par l’acronyme MI, suivi du nom du bureau ou de la direction concernés. Le matériau a été collecté dans le cadre d’un travail de thèse en histoire contemporaine (Escafré-Dublet 2008a).
  • [2]
    Entretien avec D. réalisé par l’auteur, le 15 juin 2005 à Paris.
  • [3]
    Les archives de l’Association des Marocains en France, AMF (Siège de l’association, Saint-Denis).
  • [4]
    Source : recensement de la population 1931.
  • [5]
    « Contrairement à Paris, refuge de l’intelligentsia antifasciste entre les deux guerres, où le mouvement associatif est peu actif et le contexte politique plus clivé sur les enjeux du fascisme européen, New York est le lieu d’une fascisation « en douceur » des centaines de sociétés de secours mutuel et de loisirs qui constituent autant de structures de sociabilité pour les migrants à l’échelle du quartier. » (Rainhorn, 2005, 157).
  • [6]
    CAC 1985 0021, art.19 : 63/302. P.V. du C. A., décembre 1964, (MS Fonds d’action sociale).
  • [7]
    CAC 1989 0519, art. 10 : Note de la direction de la réglementation au directeur du service de liaison et de promotion des migrants, J. Saunier « création éventuelle à Levallois d’un foyer pour travailleurs noirs », septembre 1965, (MI, Sous-direction des étrangers).
  • [8]
    CAC 1989 0519, art. 10. Pour le ministre des Affaires étrangères, à la sous-direction des étrangers du Ministère de l’intérieur, 4 mars 1964, (MI, Sous-direction des étrangers).
  • [9]
    CAC 1985 0087, art. 37 : Appel à l’émigration diffusé par l’Amicale des Algériens en Europe, le 19 mars 1966, in note au sujet de l’Amicale des Algériens en Europe du préfet de Police, Maurice Papon, au ministère de l’Intérieur, 12 août 1966, (MI, Renseignements généraux).
  • [10]
    CAC 1985 0087, art. 37. Note au sujet de l’Amicale des Algériens en Europe du préfet de Police, Maurice Papon, au ministre de l’Intérieur, le 12 août 1966, (MI Renseignements généraux).
  • [11]
    La législation française depuis 1939 soumettait à autorisation du ministère de l’Intérieur la création d’une association par des étrangers (décret-loi du 12 avril 1939). Cette législation visait à éviter la constitution de groupes politiques étrangers. Le décret est aboli en 1981 permettant à tous les étrangers de créer des associations reconnues loi 1901.
  • [12]
    CAC 1985 0087, art. 37 : Note au sujet de l’Amicale des Algériens en Europe du préfet de Police, Maurice Papon, au ministère de l’Intérieur, 12 août 1966, p. 4. (MI, Renseignements généraux).
  • [13]
    Il n’a pas été possible de retrouver la liste d’animateurs culturels de l’Amicale des Algériens en Europe ce qui explique que le témoignage d’un seul d’entre eux ait pu être recueilli. Il a d’ailleurs été livré alors que l’enquêté avait été contacté pour d’autres activités artistiques, entreprises dans sa carrière. Il n’a pas souhaité que cet investissement dans les activités culturelles de l’Amicale soit connu.
  • [14]
    L’apprentissage du français en milieu pénitentiaire se heurte aux revendications des Algériens qui souhaitent apprendre à lire et écrire l’arabe. Cf. la note du directeur des services pénitentiaires de Marseille (D. est à la prison des Baumettes, à Marseille) in Note du 17 novembre 1960, CAC 1985 0021, art. 7 : 60/304 (MS, Fonds d’action sociale).
  • [15]
    « L’Amicale se détourne peu à peu des organisations communistes et cégétistes qui étaient jusqu’à un passé récent ses principaux auxiliaires dans la campagne d’alphabétisation et elle sollicite maintenant le concours de notabilités locales ou de groupements confessionnels divers ». Note sur l’Amicale des Algériens en Europe non signée, septembre 1966, CAC 1985 0087, art. 37, (MI, Renseignements généraux).
  • [16]
    La chanson ponctue le reportage Mémoire d’immigrés de Yamina Benguigui, et connaît un nouveau succès, à la fin des années 1990, quand elle est reprise par le chanteur Rachid Taha. Dans le texte, le chanteur s’adresse directement à un immigré : « Ô toi qui t’en vas, où pars-tu ? Tu finiras par revenir, Combien de gens peu avisés l’ont regretté avant toi et moi ? Combien de pays surpeuplés et de régions désertes as-tu vus ? Combien de temps as-tu gaspillé ? Combien vas-tu en perdre encore et que laisseras-tu ? », traduction de l’arabe, TAHA, Rachid, D’iwan, Album, 1995.
  • [17]
    Entretien avec D., réalisé par l’auteur, le 14 juin 2005 à Paris.
  • [18]
    CAC 1985 0087, art. 37 : Note au sujet de l’Amicale des Algériens en Europe du préfet de Police, Maurice Papon, au ministère de l’Intérieur, 12 août 1966 (MI, Renseignements généraux).
  • [19]
    CAC 1999 0459, art. 1 : Synthèse des rapports des chargés de mission du service de liaison et de promotion des migrants, juillet 1967 (MS, Direction de la population et des migrations).
  • [20]
    Convention avec le Mali, 8 mars 1963 ; la Mauritanie, 15 juillet 1963 ; le Sénégal, 21 janvier 1964 ; le Niger, 16 février 1963 ; le Togo, 25 février 1970 ; la Haute-Volta, 30 mai 1970 ; le Bénin, 12 février 1971 ; la Côte d’Ivoire, 21 février 1971 ; le Gabon, 12 février 1974.
  • [21]
    Entretien avec D., réalisé par l’auteur, le 14 juin 2005 à Paris.
  • [22]
    CAC 1985 0087, art. 37 : Appel à l’émigration diffusé par l’Amicale des Algériens en Europe le 19 mars 1966, note au sujet de l’Amicale des Algériens en Europe du préfet de Police, Maurice Papon, au ministère de l’Intérieur, 12 août 1966 (MI, Renseignements généraux).
  • [23]
    CAC 1979 0259, art. 1 : Lettre du ministère de l’Intérieur, junte d’émigration au chef de la mission de l’ONI à Lisbonne. 17 mars 1967 (MS, Bureau des questions internationales).
  • [24]
    CAC 1979 0259, art. 1. Portugal. Lettre du Directeur de l’Office national de l’immigration à Michel Massenet, Directeur de la population et des migrations, 16 novembre 1967 (MS, Bureau des questions internationales).
  • [25]
    Archives du ministère des Affaire sociales. CAC 1985 0021, art. 72 : 67/460. Dossier : Comité Lyautey. Note manuscrite de Michel Massenet à Jacques Revol (MS, Fonds d’action sociale).
  • [26]
    Cf. infra, D. était fils d’un militant du FLN expatrié en France pendant la guerre d’Algérie.
  • [27]
    Ceci explique l’absence de développement sur l’encadrement de la migration marocaine dans les paragraphes qui précèdent : alors que la migration marocaine est en progression à la fin des années 1960 celle-ci ne fait pas l’objet d’un encadrement culturel et social par les autorités marocaines au même titre que les Algériens. En outre, elle est moins surveillée par les autorités françaises que l’immigration algérienne. Il faut ajouter que l’arrivée des immigrés marocains est plus tardive : si elle passe de 3,3 % de la population étrangère en 1968 à 6,6 % en 1975, il faut attendre la fin des années 1990 pour qu’elle atteigne une proportion comparable à celle de l’Algérie : 12,1 % de Marocains contre 13,1 % d’Algériens sont dénombrés parmi les étrangers, au recensement de 1999.
  • [28]
    Archives de l’AMF : carton UNFP.
  • [29]
    En 1972, le Maroc créait la Banque Châabi pour contrôler le flux de devises de la France vers le Maroc.
  • [30]
    Archives de l’AMF : Journal Al Jalya, sans date, estimé à 1977, p. 4.
  • [31]
    CAC 1985 0087, art. 158 : Note du 3 avril 1974, incidents au meeting contre le racisme, qui s’est tenu le 2 avril à la salle de la Mutualité (MI, renseignements généraux).
  • [32]
    Archives des Affaires étrangères, cité dans Weil (2005, 94).
  • [33]
    Archives de l’AMF : A26, brochure, « MTI Qu’est-ce que c’est ? ».
  • [34]
    « Inauguration en présence des onze ambassades des pays d’émigration : Algérie, Espagne, Italie, Mali, Maroc, Mauritanie, Portugal, Tunisie, Turquie, Sénégal, Yougoslavie, (CAC 1979 0368, art. 4 : Rapport d’activité du 16 avril 1976, MS, Fonds d’action sociale)
  • [35]
    Pour une analyse de l’impact du projet de retour sur les projets d’installation en France (investissement résident par exemple), voir Santelli 1997.
  • [36]
    Fonds Patrick Weil (Sciences Po), art. 40 : Déclaration de Président de la république algérienne à l’émigration algérienne en France pour Mosaïque, télégramme du 3 novembre 1983.
Français

L’article porte sur le rôle des États d’origine dans l’encadrement des immigrés et la préservation des loyautés nationales. Il montre que les États d’origine organisent des activités culturelles pour entretenir une forme de « nationalisme à distance » (Anderson 1998) et maintenir des flux migratoires nécessaires à leurs économies émergentes. Il analyse les politiques de différents États d’origine (Algérie, Portugal, Maroc) et compare la réaction des autorités françaises (administration de l’action sociale en faveur des migrants et services du ministère de l’intérieur) de 1962 à 1975. Malgré une résistance initiale de l’administration française à voir des organisations étrangères s’immiscer dans l’encadrement social des immigrés, les pouvoirs publics ont finalement trouvé un avantage à voir ces populations surveillées par leurs pays d’origine. Il faut l’émergence d’un mouvement de défense des droits des immigrés au tournant des années 1970 pour que soit contesté cet état de fait. L’article permet de mieux connaître les déterminants de l’expérience des migrants dans la période d’arrivée des grandes vagues migratoires des années 1960.

Références bibliographiques

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Angéline Escafré-Dublet
Centre d’études et de recherches internationales (CERI), Sciences Po
Mis en ligne sur Cairn.info le 21/08/2013
https://doi.org/10.3917/adh.124.0141
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