CAIRN.INFO : Matières à réflexion

1 De même que la naissance physique et la naissance psychique d’un bébé ne se voient pas toujours étroitement associées et peuvent parfois se trouver découplées (les enfants autistes, hélas, nous le montrent à l’envi), la puberté physique et la puberté psychique – soit le « pubertaire », selon Ph. Gutton (1991) – ne s’avèrent pas non plus, sans doute, indissociablement liées. Dans certains cas, c’est le corps qui peut d’abord changer sans que le fonctionnement psychique amorce encore ses propres transformations (on parle alors d’une avance de la puberté physique sur le pubertaire), dans d’autres cas, c’est le psychisme qui peut aborder les modifications de l’adolescence sans que le corps ne commence encore à se doter de ses caractères sexuels dits secondaires (on parle, ici, d’avance du pubertaire sur la puberté somatique). Quoi qu’il en soit, ces deux processus de la puberté physique et de la puberté psychique marquent la sortie de la période de latence qui avait débuté à l’issue de la période œdipienne (vers cinq ou six ans).

2 Il importe alors de remarquer que, dans la plupart de nos sociétés dites occidentales, nous constatons depuis une ou deux décennies environ une indubitable augmentation des tentatives de suicides ou de leurs équivalents chez des enfants et des préadolescents de moins de onze ou douze ans. Le fait est indiscutable, mais il demeure encore fort difficile à comprendre et à expliquer, et le récent rapport de B. Cyrulnik (2011) [1] est intéressant à cet égard. Tout se passe un petit peu comme si la sortie de la période de latence s’avérait aujourd’hui plus délicate et plus conflictualisée qu’auparavant, au sein de nos sociétés.

Sexualité infantile et latence

3 À l’heure actuelle, la période de latence apparaît souvent comme la parente pauvre de nos investissements réflexifs et financiers. Tout va aux bébés et aux adolescents et ceci est dommage, car la latence continue, en réalité, à nous poser des problèmes théoriques, cliniques et thérapeutiques à la fois passionnants et difficiles. Dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité, la question de la latence est évoquée par Freud (1905) en deux occurrences principales :

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  • Dans le premier paragraphe du deuxième chapitre de l’ouvrage consacré à « La sexualité infantile », paragraphe intitulé : « La période de latence sexuelle pendant l’enfance et ses interruptions » [2].
  • Dans le sixième paragraphe du même chapitre (« Phases du développement de l’organisation sexuelle »), paragraphe dans lequel Freud aborde la question des deux temps du choix de l’objet [3] en soulignant que la latence sexuelle (terme emprunté à W. Fliess) vient arrêter la première poussée pulsionnelle (qui se joue entre deux et cinq ans), en provoquant parfois une véritable régression, la deuxième poussée pulsionnelle commençant, quant à elle, à la puberté et déterminant « la forme définitive que prendra la vie sexuelle ».

5 Après avoir envisagé quelques problématiques centrales, à mon sens, au sujet de la période de latence, je proposerai l’idée que la latence ne serait au fond qu’une fiction clinique et théorique correspondant, en réalité, à la nécessité d’une sorte de croyance de l’adulte en un refoulement de l’enfant, refoulement qui ne serait qu’un refoulement par procuration des motions contre-œdipiennes de l’adulte lui-même, en lien avec les motions œdipiennes de l’enfant. Autrement dit, ce que j’avance ici, c’est une vision de la latence comme un processus de co-construction de l’enfant et de ses parents, dans un souci économique partagé.

6 Mais avant cela, rappelons l’idée phare de Freud quant à la spécificité humaine d’une maturation en deux temps de la sexualité (Œdipe et puberté), dynamique à laquelle il accorde la plus grande importance tant dans le champ du développement que dans celui de la genèse des troubles. Ce qui ne l’empêche cependant pas dans une note ajoutée en 1920 [4] de complexifier la question par la prise en compte d’un décalage entre la formation anatomique et le développement psychique, soit entre l’organogenèse proprement dite et la croissance psychique qui en découle. Freud avance en effet l’idée que « le premier point culminant du développement des organes sexuels se place au commencement de la période embryonnaire, tandis que la première éclosion de la vie sexuelle de l’enfant apparaît entre la troisième et la quatrième année de la vie de l’enfant » [5]. Outre le développement en deux temps de la maturation sexuelle physique (schéma de Lipschütz d’une première puberté fœtale, puis d’une phase intermédiaire de la puberté entre la naissance et la puberté proprement dite), le décalage entre les temps des changements corporels et des transformations psychiques joue ainsi, selon Freud, un rôle probablement considérable.

Quelques problématiques centrales

7 Parmi les nombreux développements qui pourraient être faits à partir du texte freudien de 1905, je me concentrerai ici sur quatre axes de réflexion :

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  • la question du parallèle possible entre le modèle freudien des phases de développement et les différentes étapes de la modélisation métapsychologique elle-même ;
  • la question de la dimension culturelle ou naturelle de la phase de latence ;
  • la place de la bisexualité psychique au sein de la dynamique de la phase de latence ;
  • la place respective, enfin, du refoulement et de la répression au sein des mécanismes de sublimation ou de formation réactionnelle propres à la période de latence, avec ce que cette réflexion peut nous apporter aujourd’hui quant à la conceptualisation de certains tableaux d’hyperactivité de l’enfant.

Phases du développement et phases de la théorie

9 Ce qui est terrible, disait Freud, c’est que « nous ne savons renoncer à rien » [6]. On sait que Freud éprouvait de réelles difficultés à l’égard de la séparation (d’où ses angoisses lors des séparations importantes, angoisses qu’il somatisait souvent au niveau de la bouche, par des aphtes), et à l’égard du travail de deuil en général. Ceci explique, à mon sens, le fait qu’il ne renonçait jamais, véritablement, à aucune de ses différentes théorisations, empilant en quelque sorte les théories successives qu’il continuait alors à utiliser en fonction du contexte réflexif : première et deuxième théorie des pulsions, théorie fonctionnelle et structurale de la topique, angoisse automatique et angoisse-signal, par exemple. Dans son travail sur l’auto-analyse de Freud, D. Anzieu (1975) a bien montré le parallèle qu’il est possible de faire entre les différentes étapes de la vie de Freud et celles de sa théorisation avec, comme exemple emblématique, la découverte de la problématique œdipienne à la suite du renoncement à sa « neurotica » et de la mort de son père. Je proposerais volontiers ici qu’il existe également un autre parallèle possible à faire entre les phases du développement psycho-affectif, selon le modèle freudien, et les différentes étapes maturatives de la théorisation métapsychologique elle-même :

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  • les phases prégénitales renverraient ainsi, d’une certaine manière, à la première théorie des pulsions (partielles) ;
  • le complexe d’Œdipe renverrait à la dialectique entre narcissisme et objectalité (Freud, 1914) ;
  • la latence renverrait, quant à elle, à la deuxième théorie pulsionnelle (Amour/Mort, objet total et sublimation), la référence à l’amour et à l’objet total, et non plus aux pulsions partielles et aux zones érogènes, faisant toujours courir le risque, selon A. Green (1987), d’un abandon du principe de plaisir/déplaisir et d’une désexualisation de la théorie, et ceci à l’image de la latence elle-même ;
  • la relative carence freudienne en matière de modélisation de l’adolescence renvoie à la difficile question des sublimations, question relativement claire par rapport aux pulsions partielles et à l’objet partiel, mais qui apparaît en effet plus complexe par rapport aux pulsions de vie et aux pulsions de mort.

11 Dans la perspective de ce parallèle entre stades freudiens du développement psycho-affectif et étapes de la théorisation freudienne elle-même, on voit donc à quel point la latence se retrouve intercalée – et comme « coincée » – entre la prévalence de l’objectalité, lors du complexe d’Œdipe, et la prévalence du narcissisme à l’adolescence.

Universalité de la période de latence ?

12 Le concept de latence s’avère probablement moins absolu et ubiquitaire qu’on a bien voulu le dire, ou le croire. D’une part, Freud (1905) lui-même, dans les Trois essais sur la théorie de la sexualité envisage des « irruptions » sexuelles susceptibles de venir troubler le calme relatif de cette période [7]. La latence ne serait donc en rien une phase de silence pulsionnel total, bien au contraire. Il ne s’agirait au fond que d’une mise en sourdine partielle de la vie sexuelle de l’enfant. Mais, en outre, dès que Freud parle de la latence, c’est la dimension de l’éducation qui surgit au premier plan, comme si cette phase de développement ne pouvait se comprendre qu’au regard des exigences sociologiques éducatives [8]. D’autre part, il semble bien qu’il puisse exister, de par le monde, des organisations socio-culturelles sans latence, comme le suggère et le montre de manière assez saisissante des auteurs comme S. de Plaen et M. R. Moro (1999). Bien que ce débat rappelle, à sa manière, celui qui a eu lieu, il y a déjà longtemps, à propos de l’ubiquité ou non du complexe d’Œdipe avec les travaux célèbres de B. Malinowski (1927) sur les Tobrianais, il offre tout de même une piste de réflexion intéressante qui permettrait de concevoir la latence comme un processus de co-construction à la rencontre de l’enfant (et de son équipement) et du fonctionnement ethno-sociologique de son groupe d’appartenance, chose que nous reprendrons, mutatis mutandis, plus loin dans le cadre de la triade. Finalement, si l’on tient compte simultanément de l’idée que la latence ne serait en fait que partielle et le fruit d’une pression éducative, et de l’idée que la latence comporterait une valence culturelle relativement forte, alors la latence peut être conceptualisée comme une modalité de traitement du sexuel par le groupe parents-enfants, au détriment de la sexualité infantile proprement dite, et ce n’est pas là le moindre de ses paradoxes.

La bisexualité psychique dans la dynamique de la latence

13 La latence, on le sait, intervient chez l’enfant, à la fois comme assomption et comme déni corporels de la différence des sexes, dans la mesure où la relative analogie qui existe entre un corps de garçonnet et un corps de fillette peut permettre une sorte de figuration incarnée de la bisexualité psychique, que ce soit dans sa version « un seul sexe pour tous », ou dans celle qui s’énoncerait sous la forme « les deux sexes pour chacun ». La sortie de la latence, soit l’enclenchement de l’adolescence, correspond au contraire au deuil à faire de cette relative bisexualité corporelle, et il y a là un mouvement qui a pu être décrit en termes de « rupture du développement » (notion de breakdown) correspondant à l’entrée dans un corps plus définitivement sexué, et à la nécessité d’acceptation de celui-ci (M. Laufer et M. E. Laufer, 1989, 1993). Dans le cadre de cette dynamique, la préadolescence peut alors être conceptualisée comme la période transitoire où le travail psychique évoqué ci-dessus se met progressivement en place, alors même que le démarrage des transformations corporelles pubertaires n’a pas encore eu lieu. Ceci est intéressant à noter car ce décalage transitoire entre le mouvement psychique qui s’amorce (acceptation de la différence des sexes) et l’immobilité encore persistante du statut corporel reprend, comme dans un miroir inversé, le décalage que nous avons mentionné plus haut – et auquel Freud tenait beaucoup – entre la première « puberté embryonnaire » somatique et l’éclosion psychique seulement ultérieure de la vie sexuelle, au moment de la période œdipienne. Mais la question de la bisexualité psychique comporte, bien évidemment, des racines beaucoup plus précoces, et nous ne ferons que rappeler ici les travaux de D. Houzel (2002) qui ont bien montré qu’avant de se jouer en termes d’objet total (homme et femme), la bisexualité psychique se joue d’abord au niveau des enveloppes corporelles et psychiques (équilibre dialectique entre le holding ou la contenance féminine ou maternelle et la régulation masculine ou paternelle des limites), puis au niveau des relations d’objet partiel (avec l’instauration et la mise en jeu des différentes paires d’opposition sensorielle contrastées). La latence ne fait sans doute que mettre en apparente jachère tout ce travail d’intégration progressive et coûteuse.

Latences à répression et latences à refoulement

14 Quand bien même, et nous y reviendrons, le refoulement de la période de latence ne serait pas purement endogène mais, en quelque sorte, induit partiellement par le fonctionnement psychique des parents de l’enfant à cette époque particulière de son développement, les ratés du refoulement en période de latence ouvrent la porte à ce que P. Denis (1987) appelle « les latences à répression », pour les opposer aux habituelles et normales « latences à refoulement ». Dans le cadre des latences à répression, toute représentation psychiquement difficile ou douloureuse aurait alors tendance à s’évacuer de manière plus ou moins inefficace et incomplète par le biais de l’agitation, en raison d’un échec de ce qu’on pourrait appeler le système « pare-incitations » (Golse, 2001) fondamentalement centré par les mécanismes de refoulement intrapsychique. C’est dans ce cadre qu’on peut notamment comprendre qu’avec le temps, du fait d’une relative maturation du contrôle moteur, l’inattention prenne alors fréquemment le pas sur l’hyperactivité motrice proprement dite. Ceci est évidemment crucial à prendre en compte si l’on veut ne pas céder à une vision purement neuro-développementale et réductrice de l’hyperactivité de l’enfant, et si l’on souhaite, au contraire, maintenir fermement l’axe psycho-pathologique des modélisations de ce trouble hyper-médiatisé (Golse, 2004). Bien entendu, les échecs du refoulement en période de latence ne représentent pas la seule racine plausible de l’hyperactivité, mais ils en constituent très certainement l’une des sources importantes et relativement fréquentes, à côté des hyperactivités s’originant, quant à elles, dans une carence du holding initial des enfants.

La latence comme co-construction entre l’enfant et ses parents

15 Au terme de ces quelques lignes, il me semble qu’on peut reconsidérer la question de la phase de latence en en faisant, non pas une étape obligée d’un programme de développement pulsionnel strictement endogène, mais bien plutôt le résultat d’un authentique processus de co-construction entre l’enfant et ses parents. C’est sans doute ma pratique et mes réflexions dans le champ de la petite enfance qui m’amène à considérer les choses sous un angle constructiviste. D’une certaine manière, en effet, j’ai tendance à penser que tout se co-construit dans le cadre de la relation : l’histoire, l’identité sexuée, la place du tiers, la narrativité, etc., et même le système pulsionnel, comme les travaux de M. Milner (1976, 1990), de J. Laplanche (1984, 1986, 1987), ou de Ch. Bollas (1996) nous aident désormais à mieux le comprendre. Dans ces conditions, même si la plupart des sujets se développent selon une chronologie macroscopiquement comparable du point de vue psycho-affectif (stades prégénitaux, complexe d’Œdipe, période de latence, préadolescence, adolescence et accès à l’âge adulte), il n’en demeure pas moins que ce déroulement temporel n’a rien d’inéluctable, ce que nous montrent bien, hélas, certaines structures de type prépsychotique ou dysharmonique chez lesquelles, précisément, la stratification des différentes thématiques pulsionnelles s’avère très chaotique et très désordonnée. De ce fait, j’avancerais volontiers l’hypothèse que la latence, également, se trouve être l’objet d’une co-construction entre l’enfant et ses parents, lesquels induiraient chez l’enfant des processus de refoulement à la fois effectifs et quelque peu fictifs. L’Œdipe de leur enfant réveille en effet chez eux de fortes motions pulsionnelles et, réciproquement dit, un peu à la manière où, dans le cadre de la cure, il est impossible de dire si c’est le transfert qui induit le contre-transfert ou vice-versa (Neyraut, 1980).

16 Il est donc tout à fait économique (au sens métapsychologique du terme) pour les parents d’inciter l’enfant à refouler ses motions œdipiennes et de croire qu’il y parvient tout à fait, de même qu’il est tout à fait économique pour l’enfant de procéder à ses propres refoulements et de se faire croire qu’il en va bien ainsi. Effectivité et fiction se trouvent ainsi intimement mêlées. En tout état de cause, ce serait cette sorte de refoulement par procuration, de refoulement des motions œdipiennes par l’enfant sur injonction parentale inconsciente qui permettrait aux parents de faire l’économie de la prise de conscience de leurs propres motions contre-œdipiennes, et qui rendrait compte ainsi de la si constante proximité du thème de l’éducation, dès qu’il est question de la période de latence. Tout le monde a à y gagner. Telle est en tout cas l’hypothèse que je souhaitais formuler ici, hypothèse à mettre, bien entendu, à l’épreuve de la clinique. Sur ce plan, il me semble alors que l’ennui dont on parle si souvent à propos des cures menées avec des enfants en phase de latence, vient efficacement à l’appui de mon hypothèse. J’ai en effet le sentiment que, si ennui il y a, cet ennui vient refléter tout autant l’abrasement pulsionnel relatif de l’enfant dû à ses refoulements effectifs, que l’identification du thérapeute à la position inconsciente des parents, laquelle vise à cautionner la fiction d’un refoulement œdipien total chez l’enfant afin de se protéger, plus ou moins illusoirement, de leurs propres fantasmes contre-œdipiens. Resterait alors à comprendre, dans cette perspective, pourquoi l’entrée en phase de latence semble s’effectuer plus soudainement chez le garçon que chez la fille, comme l’a fait remarquer Freud (1923) en invoquant l’intensité des angoisses de castration qui viendraient clore la période œdipienne chez le garçon, alors qu’elles l’initieraient au contraire chez la fille. Faut-il penser ici que les fantasmes contre-œdipiens sont moins dérangeants, d’un point de vue sociologique, chez le père à l’égard de sa fille que chez la mère à l’égard de son fils ? Il me semble en tout cas que la question méritait d’être posée.

17 Finalement, si la latence se trouve être « coincée » entre l’Œdipe et l’adolescence, la modélisation de la latence chez Freud me paraît, quant à elle, se trouver être « coincée » entre la première et la deuxième théorie des pulsions. En effet, entre l’objectalité œdipienne et le narcissisme adolescent, la latence vient s’intercaler comme un temps d’hésitation où Freud a eu du mal, me semble-t-il, à conceptualiser les choses soit en termes de pulsions partielles (à refouler et à sublimer), soit en termes d’objet total (à aimer ou à haïr globalement). Peut-être avons-nous d’ailleurs à laisser la difficulté en tension afin de rendre le dilemme créatif. Mais sans doute nous faut-il également accepter de penser la latence en termes interactifs ou interrelationnels afin de la revisiter avec l’énergie qu’il convient, sauf à laisser aux bébés et aux adolescents toute l’exclusivité de nos investissements. La latence n’a pas dit son dernier mot, et si nous voulons résoudre un certain nombre des énigmes qu’elle nous propose encore, ne cédons pas aux sirènes du développement endogène : c’est seulement en nous incluant, nous en tant qu’adultes, dans la genèse même du processus, que nous parviendrons à ne pas nous ennuyer avec les enfants de cet âge qui, en réalité, sont tout sauf ennuyeux par eux-mêmes, mais qui ne le sont parfois qu’en raison de la projection de notre propre désir de refoulement pulsionnel contre-œdipien.

Les tentatives de suicide des préadolescents

18 À l’hôpital Necker-Enfants Malades où je travaille, ce qui était exceptionnel autrefois, il y a dix ou vingt ans, est devenu presque courant aujourd’hui. Ainsi, chaque semaine, nous avons en permanence deux ou trois enfants de moins de douze ans hospitalisés en pédiatrie pour des tentatives de suicide dures (par pendaison, par défenestration, par phlébotomie et bien sûr, aussi, par absorption de médicaments). Dans la même perspective, on observe de plus en plus souvent des troubles du comportement qui ne débutaient généralement qu’après douze ou treize ans, je veux parler de certaines conduites addictives (alcool ou autres produits), et de certaines conduites anorexiques sévères qui étaient classiquement l’apanage des adolescentes mais que l’on rencontre désormais aussi chez des fillettes très en deçà encore de l’âge moyen de la puberté. Ceci pose des problèmes théorico-cliniques extrêmement ardus, ainsi que de nouvelles questions quant aux modalités de prise en charge. Mais, pour ce qui nous intéresse ici, il nous faut tenter de réfléchir aux causes possibles de ce phénomène récent, et je proposerai deux pistes principales de réflexion : la première renvoyant à la question des renoncements difficiles pour quitter l’enfance, la deuxième renvoyant à la question de la remise en chantier des processus d’accès à l’intersubjectivité à la sortie de la période de latence. La sortie de la période de latence impose à l’enfant un certain nombre de renoncements qu’on désigne parfois sous le terme de « deuils développementaux », tels que le renoncement à l’image idéalisée de soi-même, le renoncement à l’image idéalisée des parents, le renoncement à la relative stabilité physique et psychique de cette période intermédiaire, et le renoncement enfin à une certaine indifférenciation sexuelle, comme je l’ai dit précédemment. Rappelons que c’est en effet l’entrée dans un corps sexué désormais capable de fabriquer un enfant qui peut donner lieu à la fameuse cassure dépressive des adolescents, soit le breakdown si bien décrit par M. et M. E. Laufer (1989, 1993). On sent bien que ces renoncements ne sont pas aisés, et notamment celui qui concerne l’abandon d’une relative bisexualité somatique.

19 Dans ces conditions, que peut-on observer au niveau de nos plus jeunes suicidants ? L’avance du pubertaire (psychique) sur la puberté physique correspond, me semble-t-il, au plus grand nombre de cas, et c’est d’ailleurs ce décalage développemental qui avait amené à dégager le concept de préadolescence quand s’enclenchent les transformations du fonctionnement psychique (avec une émergence de thématiques concernant la mort, la vie, la sexualité, la filiation,...), alors même que le corps est encore impubère. Mais il est aussi des cas, et peut-être de plus en plus fréquents, où les enfants qui se suicident présentent une avance de la puberté physique sur leurs transformations psychiques. Dans les deux cas, ces décalages développementaux sont probablement la source d’un certain mal-être chez l’enfant, et il faut alors se demander quel est le rôle éventuel de l’environnement dans ces situations. C’est là qu’intervient la notion, actuellement très médiatisée, de « sexualisation précoce des enfants ». Dans les deux types de décalages développementaux que je viens d’évoquer, la position psychique des parents vis-à-vis de la sexualité de leurs enfants est importante, à mon sens, à prendre en considération, dans la mesure où un forcing inconscient des parents peut amener l’enfant, soit à se déguiser en adulte alors que son psychisme est encore très infantile, soit à assumer des positions psychiques d’ores et déjà sexuées alors que son corps est encore impubère. Pour autant, cette position n’est jamais dénuée d’ambivalence dans la mesure où les adultes peuvent se montrer à la fois très désireux de tirer leurs enfants en avant, dans un mouvement d’anticipation parfois excessif, et en même temps très envieux de cet avenir sexuel de leurs enfants au moment où eux-mêmes, comme on le dit parfois, ressentent leur vie sexuelle et leur avenir comme se trouvant plutôt derrière eux... Si tel est le cas, ceci n’est pas facile à vivre, probablement, pour les enfants qui se sentent simultanément sommés d’entrer dans une sexualité adolescente et confrontés, s’ils répondent à cette injonction implicite, à une rivalité envieuse de la part de leurs parents. L’exemple extrême de ces situations paradoxales qui renvoient parfois à la notion de « double lien » (Watzlawick et al., 1972), est celui des « Lolita », fillettes propulsées par les adultes (parents et medias) dans des personnages d’adolescentes plus ou moins sensuelles et provocantes (dans leurs activités publiques comme dans leurs tenues vestimentaires) et qui se retrouvent alors prisonnières d’une injonction paradoxale, puisqu’au bout du compte on finit par leur envier et leur reprocher tout à la fois leur style et leur être. Bien entendu, comme toujours, dans le cadre de la psychopathologie, il ne faut jamais lâcher la référence à un modèle polyfactoriel. Ceci pour dire qu’il ne s’agit en rien de culpabiliser les parents ou les adultes dont les aspirations ne sont qu’un élément parmi bien d’autres de la constellation étiopathogénique. La part personnelle de l’enfant est également à prendre en considération, et l’impact de l’environnement (influence des medias, représentations sociales de l’enfance,...) demeure fort délicate à mesurer précisément. Ce qu’il faut retenir de tout ceci, c’est la question du découplage possible entre la puberté et le pubertaire, et l’ambivalence générale des adultes à l’égard du développement des enfants, et notamment à l’égard de leur passage d’un statut d’enfant à un statut d’adolescent qui peut faire à la fois peur et envie aux adultes.

20 Les nouvelles connaissances sur le bébé nous apportent beaucoup pour repenser la dynamique de l’adolescence, et si les bébés n’ont pas suffisamment le temps d’être des bébés, c’est l’entrée dans l’adolescence qui risque de se trouver entravée. Outre l’enfant réel, de chair et d’os, on distingue habituellement l’enfant imaginaire ou fantasmatique, l’enfant rêvé, l’enfant narcissique, « His majesty the baby » (Freud, 1914), et l’enfant mythique ou culturel qui composent ensemble l’enfant dit « imaginaire » (Stein, 1971). M. Soule (1982) parlait parfois, quant à lui, des « bébés-dans-la-tête ». C’est sur l’enfant mythique ou culturel que j’insisterai ici car c’est celui-ci qui, via le contexte socio-culturel, vient influencer les représentations que les parents ont dans leur psyché, quant à leur enfant à venir ou à leur enfant déjà né. Chaque époque, chaque société, chaque groupe culturel possède ses représentations spécifiques de l’enfance et celles-ci imprègnent, qu’on le veuille ou non et qu’on le sache ou non, le fonctionnement psychique des adultes qui composent ces groupes, à savoir les parents ou les futurs parents. Dans notre société, par exemple, l’enfant est devenu de plus en plus précieux (parce que de plus en plus rare compte tenu de la diminution progressive de la taille des fratries), de plus en plus tardif (l’âge des mères à la première grossesse a régulièrement augmenté jusqu’à récemment), et il se doit également d’être de plus en plus parfait (au fur et à mesure des progrès des techniques biomédicales pré et périnatales). Les victoires progressives sur l’infertilité des couples et les avancées considérables de l’assistance médicale à la procréation n’ont fait que renforcer ces différents courants d’évolution qui sous-tendent le mythe de l’enfant parfait. Mais, dans le même temps, l’enfant se doit d’être le plus rapidement possible autonome, c’est-à-dire le moins longtemps bébé afin de ne pas trop interférer avec le travail des parents qui est souvent prioritaire avant la naissance de l’enfant et qui doit ensuite être rapidement repris. Le trait est sans doute un peu forcé, mais il comporte cependant sa part de vérité. On notera, par exemple, que les prétendus progrès de la puériculture vont souvent dans le sens d’un éloignement progressif mais rapide du corps du bébé et de celui de l’adulte. Comme s’il fallait qu’assez vite le bébé dispose de son propre espace corporel et comportemental distinct de celui de ses parents. Sociologiquement au moins, la fusion n’est plus dans l’air du temps mais ceci m’amène alors à rappeler que parmi les droits de l’enfant il y a, tout simplement, le droit à l’enfance, en ajoutant que le débat sur la scolarisation précoce s’inscrit à l’évidence sur cet arrière-plan socio-culturel (Brisset, Golse, 2006). Il importe donc d’évoquer la triple culture de l’expertise (qui disqualifie les parents en leur laissant penser qu’il y a toujours quelqu’un, quelque part, qui sait mieux qu’eux ce qui est bon et nécessaire pour leur enfant), la culture de la rapidité (qui disqualifie la notion de rythme développemental propre à chaque enfant), et la culture du résultat enfin (qui disqualifie l’attention aux processus qualitatifs du développement). La culture de la rapidité et la culture du résultat s’intriquent avec ce que nous avons vu ci-dessus de l’enfant mythique ou culturel actuel qui laisse peu de temps aux bébés pour être des bébés, mais bien entendu aussi avec les contraintes économiques qui ne font généralement que révéler et amplifier des mouvements psychiques sous-jacents. Tout ceci n’est pas sans conséquence possible à long terme, car si les bébés n’ont plus le temps suffisant d’être des bébés, c’est-à-dire plus le temps suffisant de mettre en œuvre leurs mécanismes d’accès à l’intersubjectivité (Golse, 2006 ; Golse, Roussillon, 2010), on peut alors imaginer que la sortie de la période de latence et l’entrée dans l’adolescence s’en trouveront compliquées dans la mesure où se rejouent, à cette période du développement, les processus d’individuation, de séparation et d’accès à l’intersubjectivité. Il y a là en tout cas, me semble-t-il, une hypothèse importante quant à l’augmentation des tentatives de suicide chez des enfants encore au seuil de l’adolescence.

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22 Qu’il s’agisse d’une entrée dans l’adolescence compliquée par l’ambivalence des parents, quant à la sexualité de leur enfant, ou d’un manque de respect, quant à la nécessité d’un temps suffisant à laisser aux bébés pour être des bébés, il est clair qu’il est crucial de savoir toujours respecter les rythmes propres du développement des enfants, sans projeter sur eux nos fantasmes personnels qui ne pourraient que les amener à perdre le sentiment de ce qu’il sont eux-mêmes, soit le sentiment de leur propre identité. L’augmentation de la fréquence des suicides en préadolescence ne se trouve peut-être pas entièrement expliquée par les deux hypothèses évoquées ci-dessus, mais il est clair que nous avons aujourd’hui à prendre en compte ce nouveau problème de santé publique dont les probables racines sociologiques nous rappellent avec force que le développement psychique de l’enfant, ainsi que ses troubles, se joue toujours à l’exact entrecroisement de facteurs internes (la part personnelle de l’enfant) et de facteurs externes (propres à l’environnement dans tous les sens de ce terme).

Suicide des préadolescents : chiffres et caractéristiques

23 Dans le rapport de B. Cyrulnik (2011), on apprend que les suicides des préadolescents augmentent actuellement dans nos sociétés occidentales, mais de manière encore plus nette dans les pays en cours de bouleversement socio-politique. Ceci ne va pas sans poser de nouvelles et difficiles questions sur le plan théorico-clinique avec, aujourd’hui, probablement plus de questions encore que de réponses claires.

Remarques épidémiologiques

24 En France, on évaluait en 2003 à 0,4 pour mille la fréquence des suicides entre cinq et treize ans.

25 En Bosnie-Herzégovine, on estime à 2,6 pour mille ces fréquences des suicides chez les jeunes enfants et chez les préadolescents.

26 En Estonie, au Kazakhstan ou en Russie, les chiffres tournent autour de 3 cas pour 100.000.

27 L’épidémiologie des suicides des enfants est donc relativement floue, et très variable d’un pays à un autre, d’une culture à une autre. Globalement, ces suicides précoces concernent cinq fois plus de garçons que de filles, ce qui demeure à comprendre, mais ceci n’est pas vrai partout, comme en Chine, au Surinam et au Sri Lanka où les suicides d’enfants sont surtout commis par des filles, avec une fréquence de 2,4 pour mille. Le suicide est la troisième cause de décès chez les adolescents aux États-Unis, et les pré-adolescents et les adolescents soignés par antidépresseurs sont un important groupe à risque de tentatives de suicide en raison de l’association entre dépression et suicide.

Remarques psychopathologiques

28 Avant treize ans, 16% des enfants pensent que la mort pourrait être une solution à leurs problèmes et entre 30 et 100 enfants parviennent, chaque année, à leurs fins. Ces chiffres seraient, selon B. Cyrulnik, largement sous-estimés car il ne s’agit que des gestes « évidents ». Or, « de nombreux suicides d’enfants sont masqués par des comportements quotidiens qui les mènent à la mort », indique le rapport. Un enfant qui descend d’un bus en marche, qui traverse la rue en courant ou qui tombe dans la mer ou un torrent agité sont autant d’attitudes qui peuvent être considérées comme une volonté de se donner la mort.  

Une étude de 2011 [9]

29 Afin de mieux comprendre cette situation, une étude publiée dans la revue Pediatrics a examiné 250 pré-adolescents et adolescents âgés de dix à dix-huit ans prenant des antidépresseurs et ayant déjà tenté de se suicider. Près de deux tiers des 250 pré-adolescents et adolescents ayant tenté de se suicider sont des filles. La proportion de filles chez les plus jeunes participants à l’étude, entre dix à quatorze ans, est de 56,1%. La proportion de filles chez les adolescents plus âgés, entre quinze à dix-huit ans, est de 69%. Les plus jeunes participants rapportent des antécédents d’abus sexuels plus nombreux (29% contre 16% des adolescents plus âgés). « Près d’un adolescent sur quatre dans cette étude rapporte soit des violences physiques, soit des abus sexuels, ce qui représente vingt fois la moyenne nationale », déclarent les chercheurs. Environ la moitié des participants à l’étude a déjà tenté de se suicider par le passé. Les chercheurs ont découvert que 81,2% des tentatives de suicide étaient graves au point de nécessiter une hospitalisation mais, heureusement, seul 1% d’entre elles ont conduit au décès. Plus surprenant peut-être, un conflit avec un parent ou un membre de la famille est la raison principale que les pré-adolescents (et les adolescents) invoquent quant à leur tentative de suicide, plus spécifiquement pour les plus jeunes (85% contre 64% des adolescents plus âgés). Les problèmes à l’école constituent la seconde raison. Sans surprise, des problèmes dans les relations amoureuses est la raison la plus souvent invoquée, mais ceci pour les adolescents plus âgés (26% contre 9% des participants les plus jeunes).

Notre expérience à l’hôpital Necker-Enfants malades [10] (Paris)

30 Alors que les tentatives de suicide chez les préadolescents étaient encore exceptionnelles il y a quinze ou vingt ans, elles sont devenues aujourd’hui beaucoup plus fréquentes. Il ne se passe guère de semaine sans qu’un ou deux patients suicidants de moins, douze ans ne soit hospitalisé dans notre établissement. Dans notre expérience, le moyen le plus fréquemment utilisé est l’absorption de médicaments de la pharmacopée familiale (60 à 70%), viennent ensuite les défenestrations (10 à 15%), puis la pendaison et enfin d’autres moyens divers. Il n’y a pas de structure spécifique de personnalité qui puisse être retrouvée, mais nous constatons une prévalence des personnalités-limites avec l’impulsivité et les failles narcissiques qui s’y attachent. L’impulsivité semble ainsi plus déterminante que la dépression dans la question du passage à l’acte suicidaire.

Notes

  • [1]
    Voir l’annexe en fin d’article.
  • [2]
    « Il paraît certain que l’enfant apporte à sa naissance des germes de mouvements sexuels qui, pendant un certain temps, évoluent, puis subissent une répression progressive, interrompue à son tour par des poussées régulières de développement ou arrêtée par suite des particularités de l’individu » (Freud, 1905, p. 69). Et plus loin : « Il arrive parfois qu’un fragment de la vie sexuelle qui a échappé à la sublimation fasse irruption ; ou encore qu’il subsiste une activité sexuelle à travers toute la durée de la latence, jusqu’à l’épanouissement de la pulsion sexuelle avec la puberté » (Ibid., pp. 71-72).
  • [3]
    « La première poussée commence entre deux et cinq ans, puis elle est arrêtée par une période de latence qui peut même provoquer une régression » (Ibid., p. 98). Et plus loin : « Que le choix de l’objet se fasse en deux poussées, autrement dit qu’il existe une période de latence sexuelle, est d’une grande importance dans la genèse des troubles de l’état définitif. Le choix de l’enfant survit dans ses effets, soit qu’ils demeurent avec leur intensité première, soit que, pendant la puberté, ils connaissent un renouveau. Par suite du refoulement qui se place entre les deux phases, l’objet du choix n’est pas utilisable » (Ibid.).
  • [4]
    Ibid., p. 99.
  • [5]
    Ibid., p. 178.
  • [6]
    Freud, 1908, p. 71.
  • [7]
    « Il arrive parfois qu’un fragment de la vie sexuelle fasse irruption ; ou encore il subsiste une activité sexuelle à travers toute la durée de la latence, jusqu’à l’épanouissement de la pulsion sexuelle avec la puberté » (Ibid., pp. 71-72).
  • [8]
    « C’est pendant la période de latence, totale ou partielle, que se constituent les forces psychiques qui, plus tard, feront obstacle aux pulsions sexuelles et, telles des digues, limiteront et resserreront leur cours (le dégoût, la pudeur, les aspirations morales et esthétiques). Devant l’enfant né dans une société civilisée, on a le sentiment que ces digues sont l’œuvre de l’éducation, et certes l’éducation y contribue » (Ibid., pp. 69-70). Ce que Freud, il est vrai, relativise immédiatement, pour faire une place à la constitution du sujet : « En réalité, cette évolution conditionnée par l’organisme et fixée par l’hérédité peut parfois se produire sans aucune intervention de l’éducation » (Ibid., p. 70). Mais ce sur quoi, il revient pourtant plus loin : « Sans vouloir nous illusionner sur la nature hypothétique de nos vues relatives à la période de latence, nous dirons que la transformation de la sexualité infantile, telle que nous l’avons décrite plus haut, représente un des buts de l’éducation, idéal que l’individu n’atteint qu’imparfaitement, et dont souvent il s’écarte considérablement » (Ibid., p. 71).
  • [9]
    Hysinger, Callahan, Caples, Fuchs, Shelton, Cooper, 2011, 28 : 447-454. ou Hysinger, Callahan et coll., 2011, 28 : 447-454.
  • [10]
    Kernier (de), Canouï et al., 2010, 17 : 435-441.
Français

Après avoir précisé quelques problématiques théoriques centrales de la période de latence, ce travail insiste sur le fait que la latence n’est pas un stade comme les autres et qu’il est le fruit d’une co-construction entre l’enfant et les adultes. À partir de là, sont envisagées les tentatives de suicide des préadolescents dont la recrudescence actuelle est indéniable dans nos sociétés occidentales, en lien peut-être avec le fait que les bébés n’ont pas le temps suffisant d’être des bébés.

Mots-clés

  • Bébé
  • Latence
  • Préadolescence
  • Suicide

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Bernard Golse
Univ. Paris V-René Descartes, Sorbonne Paris Cité
Hôpital Necker-Enfants Malades
Service de Pédopsychiatrie
INSERM U669
75015 Paris, France
bernard.golse@nck.aphp.fr
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https://doi.org/10.3917/ado.096.0385
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